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SPOILERS…

En 1953, Henri Georges Clouzot réalise un des plus grands films d’aventures et de suspense qui soit, une adaptation d’un roman (de même nom) de Georges Arnaud, Le Salaire De La Peur. Interprété par Charles Vanel, Yves Montand, Peter Ven Eyck, Folco Lulli, William Tubbs et Vera Clouzot (qui fut la femme de Clouzot), le film est formidable. Pourtant, chose rarissime pour être signalée, un remake sera fait en 1977 par William Friedkin (Le Convoi De La Peur), qui lui sera supérieur. Hé oui ! Ce qui n’empêche pas le film de Clouzot d’être grandiose. L’action se passe en 1951, au Guatemala. Un groupe d’Européens a échoué dans le village minable de Las Piedras, dans lequel le chômage et la pauvreté s’imposent. Un jour, au loin, un puits de pétrole est ravagé par un incendie, et la compagnie pétrolière SOC, américaine, décide d’embaucher quatre hommes afin de conduire des camions (deux camions) chargés de nitroglycérine jusqu’au puits.

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Mario (Yves Montand), Jo (Charles Vanel), Luigi (Folco Lulli) et Bimba (Peter Van Eyck) sont recrutés. Deux Français, un Italien et un Allemand. Bimba et Luigi montent ensemble, et Mario et Jo montent dans l‘autre camion. La route, longue, cahoteuse, sera très dangereuse. Le moindre cahot peut être fatal, la nitroglycérine étant extrêmement volatile… Au fil du trajet, Jo, un homme admiré au départ par Mario car représentant, pour lui, la virilité, la dureté, la force spirituelle, va peu à peu perdre sa virilité, pour devenir une vraie chiffe molle, atterré par tant de danger L’homme dur n’en était pas vraiment un. Tandis que Mario, sous le poids des responsabilités, et devant l’écrasement moral de Jo, devient de plus en plus viril, dur, cynique, sadique envers Jo…Personne n’en sortira indemne !

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Le film se passe au Guatemala, mais a été tourné en Provence, pour des raisons de budget bien évidentes. Bref, les décors ne sont pas spécialement crédibles (quoique, il y à les sierras, en Amérique du Sud). Le remake de Friedkin, lui, a été tourné sur place. Malgré ces décors français censés représenter l‘Amérique du Sud, le film n’a pas de défauts. Il est imprégné d’un suspense sadique, cruel, sans humour (on a souvent comparé Clouzot à Hitchcock, mais il y à de l’humour, même froid, chez Hitchcock, pas chez Clouzot), et même assez métaphysique (la fin, éloquente, à la fois grotesque, tragique et étrange).

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Jean Gabin devait jouer le rôle de Jo, mais refusa quand il découvrit que Jo était, en réalité, une loque, un lâche. Il ne voulait pas de rôles de lâches pour entacher sa carrière. En même temps, je n’arrive pas vraiment à imaginer Gabin dans le rôle de Jo ! Charles Vanel est fantastique, de toute façon. Yves Montand aussi, et son personnage est assez détestable quand on le voit engueuler, critiquer, se moquer de celui de Vanel. On a envie de lui dire ‘et alors ? Laisse-le tranquille, l’enfonce pas davantage !’.

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Le film regorge de grands passages, les citer tous serait très con de ma part. Mais, par exemple,  la scène où Jo se retrouve embourbé dans le pétrole (et le camion aussi) est frappante. A noter, le film prend son temps : il dure 2h30, mais pendant la première heure, il ne se passe rien, si ce n’est la présentation des personnages, et l’illustration de la vie miteuse à Las Piedras.

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Ce n’est qu’après une heure de film que les camions quittent la compagnie pétrolière pour prendre la route. On dit du remake de Friedkin qu’il est lent, mais démarrer le sujet du film après une heure de métrage, c’est fortiche, surtout quand le film en question dure moins de 3 heures (il aurait duré 3 heures, à la rigueur, ça n’aurait pas été étonnant, et il serait resté deux heures de film pour le suspense) ! En dehors de ça, un grand, grand monument du cinéma français. Et international.