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SPOILERS...

Sam Peckinpah (que j'aime décidément beaucoup) n'aura jamais fait dans la douceur. Ces films sont violents, et simples, brutaux, qu'ils soient westerns (La Horde Sauvage), polars (Le Guet-Apens), drames (Les Chiens De Paille) ou meme d'action et d'aventures (Apportez-Moi La Tete D'Alfredo Garcia). Donc, vous imaginez bien que lorsque le Grand Sam s'attaque au film de guerre, ça donne un résultat brutal, violent et sans concessions : Croix De Fer, assurément un de ses films les plus réussis. Le titre de mon article reprend le sous-titre présent sur l'affiche, voir plus haut. Sorti en 1977, le film possède un casting impérial, entre James Coburn, Maximilian Schell, James Mason et David Warner. L'action se passe pendant la seconde guerre mondiale, en Crimée (territoire de l'U.R.S.S.), et du coté allemand, donc nazi. Le titre du film (allusion, en meme temps, au vieux film Les Croix De Bois qui date de l'entre-deux-guerres) est assez explicite, d'ailleurs, sur les personnages que Peckinpah a choisi de faire évoluer.

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Le sergent Steiner (James Coburn) est un soldat efficace, ayant obtenu la Croix de Fer (récompense militaire allemande offerte aux soldats de mérite) pour sa bravoure au combat. Assez hargneux et antimilitariste, dégueulant le nazisme (le soldat allemand ne se bat plus pour ce parti nazi de merde depuis belle lurette), Steiner ne veut pas en entendre parler, considérant son role de soldat meneur d'hommes comme un boulot comme les autres. Tout ceci désole un peu son supérieur, le colonel Brandt (James Mason)...Blessé lors d'un assaut, Steiner est envoyé dans un centre de repos (où il courtise une infirmière, jouée par Senta Berger) avant de revenir au combat.

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Le capitaine Stransky (Maximilian Schell), qui reve d'obtenir cette distinction, arrive dans le baraquement (des tranchées, enneigées en permanence). Stransky est d'origine aristocratique, il ne connait quasiment rien des dures lois de la guerre et n'avait encore jamais été envoyé au front. En quelque sorte, c'est un 'bleu', mais de grande distonction, et gradé. Stransky est pret à tout pour obtenir cette distinction, mais refuse d'aller combattre. Considérant cette attitude idiote et totalement en contraire avec la dure loi de la guerre, Steiner méprise Stransky. Mais Stransky est son supérieur.

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Steiner se retrouve sous les ordres de Stransky, et commence à prendre parti contre lui et son héroisme de lache. Il poussera Stransky à prendre les armes et à partir au front avec lui. Stransky, au péril de sa vie (et chiant probablement dans son froc) se retrouve dans un monde qui ne lui appartient pas, et ce, sous les quolibets de Steiner, qui lui dit : vous inquiétez pas, vous l'aurez, votre Croix de Fer, capitaine , si c'est ça ce que vous voulez ! Le film se termine sur le rire de Steiner/Coburn et la tronche apeurée de Stransky/Schell. En effet, nul doute que Stransky ne profitera jamais de sa distinction (s'il l'obtient), car sa survie est nettement improbable, tant il est inexpérimenté.

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Le film est probablement le plus violent de Peckinpah (et le film de guerre le plus violent et brutal jamais fait). Egorgements, fusillades, scène de viol de paysannes russes, mort d'enfant, corps écrasé sous les chenilles des tanks - image dure : un cops déjà aplati par des dizaines de passages de chars, dans une ornière boueuse -, rien ne manque pour faire de Croix De Fer la dénonciation la plus apre et hargneuse des méfaits de la guerre en général. Conditions de tournage chaotiques, que ce soit au niveau de la production que de la météo.

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Un vrai chef d'oeuvre signé du grand Sam Peckinpah, servi par une distribution exceptionnelle (James Coburn est en passe de devenir un de mes acteurs préférés), une réalisation tout aussi exceptionnelle, et un scénario très bien ficelé. Le film sera un échec (comme tous les films de Peckinpah sortis après Pat Garrett & Billy The Kid) et n'est décidément apprécié et estimé à sa juste valeur qu'en France (en tout cas, pas aux States). On est les plus forts, c'est normal. Comment dire d'un soldat (en parlant de Stransky) qu'il est un héros, lui remettre une haute distinction militaire, quand celui-ci est pret à tout (et vraiment à tout) pour l'obtenir, et ne tient de l'héroisme qu'une piètre opinion ? Cela vaut-il de faire massacrer ses hommes, qui la méritent sans doute bien mieux ? Un grand film dénonciateur, un grand film de guerre. Le dernier chef d'oeuvre de Peckinpah, ses films suivants (Le Convoi, Osterman Weekend) étant bons, mais pas suffisamment pour retenir vraiment l'attention...