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SPOILERS...

En 1962, Stanley Kubrick décide de porter à l'écran un roman à sensation du russe Vladimir Nabokov. Ce film porte le meme nom que le roman, à savoir Lolita. De tous les films de Kubrick, c'est incontestablement le plus sous-estimé, le moins apprécié, encore moins que Eyes Wide Shut. Et pourtant, ce film est tout simplement grandiose. Interprété par une foule d'acteurs de talent (James Mason, Shelley Winters, Peter Sellers), le film fera scandale lors de sa sortie. Et comment donc ! Car Lolita, pour ceux qui l'ignoreraient encore, aborde un sujet vraiment tabou, douloureux, limite malsain, en tout cas, très vénéneux : l'amour entre une jeune fille de 16-17 ans (bien plus jeune dans le roman) et un homme plus vieux qu'elle d'environ...25-30 ans. Bref, d'un amour pédophile. Et incestueux, aussi, dans un sens.

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Humbert Humbert (James Mason) est un professeur d'université (il enseigne la littérature française). Pour l'été, il loue une chambre dans une pension de famille tenue par Charlotte Haze (Shelley Winters), une veuve un peu excentrique. Charlotte à une fille, Lolita (Sue Lyon, révélée par ce film), environ 16-17 ans. Humbert va tomber littéralement amoureux de Lolita, et pour rester continuellement auprès d'elle, va épouser sa mère. Il devient donc le beau-père de Lolita, ce qui rend son amour d'autant plus difficile et tabou. Lolita, quant à elle, a un comportement assez sensuel, provocateur, aguicheur, ce qui rend les choses encore plus difficiles à vivre pour Humbert, tenaillé entre son amour pour sa belle-fille et la nécéssité de ne rien en montrer.

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Bien vite, Charlotte va se rendre compte de cette attirance, de ce jeu de séduction que Lolita exerce sur Humbert, et va vite commencer à avoir des soupçons. Puis arrive le drame, un accident domestique tue Charlotte, et Lolita se retrouve donc seule avec Humbert. Et commence alors le début de leur vraie relation, qui reste surtout platonique, mais qui plonge en faveur de Lolita, qui se comporte d'une manière de plus en plus perverse et vénéneuse envers son beau-père/amoureux...Quand on prend aussi en compte le fait que Lolita va se mettre à fréquenter des garçons plus de son age, la jalousie et le désespoir vont se mèler dans Humbert, qui en sera vite réduit aux limites de la légalité et de la moralité pour consrver l'amour de Lolita...

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Kubrick, ce génie, nous offre ici un film pervers, long (2h30), vénéneux, mais aussi plein d'humour (le personnage de Clarence Quilty - Peter Sellers dans un role de fou - est tout simplement inoubliable, meme si on peut reprocher à Sellers d'en faire un petit peu trop). Un film totalement réussi, contrairement au remake qu'Adrian Lyne en fera plus de 30 ans plus tard...

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Excellence de la réalisation, de l'interprétation (Shelley Winters dans son meilleur role, et le compliment tient aussi pour James Mason), connotations freudiennes qui dès lors ne cesseront de titiller le cinéma kubrickien (et qui apparaissent pour la première fois dans son oeuvre avec ce film), un film tout bonnement prodigieux, hélas peu connu par rapport aux chef d'oeuvres incontournables et intouchables que sont Barry Lyndon, 2001 : L'Odyssée De L'Espace, Orange Mécanique et Les Sentiers De La Gloire, voici donc un film indispensable à toute DVDthèque qui se respecte. Et tout fan de Kubrick le sait : négliger ce film est une grave erreur.

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On dit souvent de Lolita que c'est le film que les anti-Kubrick préfèrent de Kubrick. Parce que c'est le moins aimé, le moins apprécié ? Le film date de 1962, il a donc pris un petit coup de vieux. Et certains diront qu'une durée de 2h30 n'était pas indispensable (meme 2001 dure moins longtemps). Dans un sens, oui, c'est vrai. Mais ce film comporte tellement de beauté et de force en lui que ces petits défauts ne compte, en réalité, pas vraiment. Sue Lyon, prisonnière à vie de ce role-titre, est aussi sensuelle et aguicheuse que Marilyn Monroe ou Brigitte Bardot (je parle pour l'époque du film, bien sur !). Et le coté totalement amoral et malsain du film (on parle de pédophilie, en fin de compte, et pourtant, c'est difficile de voir Humbert comme un pédophile, tant Lolita se joue de lui avec ses airs provocateurs - elle, par contre, passe à la fois pour une gamine joueuse et pour une petite salope, excusez du mot) le rend encore plus puissant. Un monument.