1192887078_brazil

GROS SPOILERS !

 

 

 

Terry Gilliam, unique Américain de la troupe anglaise des Monty Python, réalise en 1984 ce qu'il voyait comme une adaptation du roman 1984 de George Orwell, et qu'il comptait appeler 1984 1/2 en conséquence. Las, le projet, qui ressemble un peu au roman orwellien (qui a eu droit à une vrai adaptation officielle réalisée par Michael Bradford la meme année) s'appellera, en fin de compte, Brazil, du nom de la chanson latino que l'on entend assez souvent dans le film. Film de science-fiction/anticipation totalement débridé, à la fois hilarant et oppressant (interdit aux moins de 12 ans, ce qui est peut-etre un petit peu exagéré quand meme ?), Brazil est totalement intemporel. Porté par la performance exceptionnelle de Jonathan Pryce (le bad guy de Demain Ne Meurt Jamais, un assez mauvais '007'), et celle, tout aussi grandiose, de Robert De Niro, le film est quasiment inracontable.

 

1186580002_brazil22

Dans un futur proche, Sam Lowry, modeste employé de bureau (comme le Winston Smith du roman de Orwell) ne se sent libre que dans ses reves, où il se voit en Icare, en homme-oiseau argenté pourfendant ses ennemis et sauvant une belle jeune femme. (Ces scènes sont purement merveilleuses, et le film vaudrait qu'on le voie rien que pour elles, c'est dire). Un ordre, venant de très-haut (le futur est très bureaucratisé), arrive : il faut arreter un certain Harold Tuttle (De Niro), convaincu de rebellion. Malheureusement, une mouche mal placée, et qui tombera dans la machine a écrire, transformera le nom de Tuttle en Buttle (faute de frappe qui, ici, aura des conséquences dramatiques). A cause de cette faute de frappe causée par la chute d'une mouche dans les rouages de la machine, un innocent sera arreté et 'vaporisé' (pour reprendre le terme du roman orwellien) à la place du vrai anarchiste, Tuttle, un plombier/chauffagiste de son état.

1186579854_a_20brazil_20criterion_20single_20720_20brazil_4

Lowry va mener son enquete, tiraillé entre ses supérieurs (notamment Ian Holm) qui le tannent, sa mère (une vieille folle avide de liftings, jouée par Katherine Helmond) qui l'emmerde avec ses amies, et la jeune femme de ses reves, qu'il rencontre enfin (Kim Greist) et qui l'obsède, va se retrouver imbriqué dans une histroire abracadabrantesque et délirante, tout aussi proche de l'univers des Monty Python (un des membres de la troupe, Michael Palin, joue le role d'un tortionnaire inquiétant) que de films tels que Blade Runner et...1984, justement.

 

1186580029_brazil50

Le film contient énormément de scènes cultissimes, notamment le lifting de la mère de Lowry, la scène dans le restaurant français (ou d'apparence française), les reves de Sam, la séquence où deux ingénieurs dingos et crétins (dont Bob Hoskins, crédité sur le devant de la jaquette DVD alors que son role n'est pas si important que ça) se font recouvrir de merde dans l'appartement de Lowry (dont la fosse septique vient d'exploser)... Le film existe en plusieurs versions - comme Blade Runner, en fait : une version avec happy-end, totalement ridicule et plus courte que l'originale ; je déconseille fortement cette version, qui est de toute façons pas très facile à dénicher. Et une version dite officielle, celle du DVD, durant 2h05, avec une fin assez ambigue (Lowry se fait torturer par le tortionnaire (Palin et son masque de bébé terrifiant), et, les yeux clos, se met à sourire, alors que le thème Brazil se fait entendre : est-il mort, où bien échappe-t-il à la souffrance de la torture en revant ?

 

1186580081_brazil46

Ce n'est pas facile de parler de Brazil ; ce n'est, d'ailleurs, pas facile de comprendre tout le film à la première vision. Généralement, on le prend comme une claque, mais un peu comme pour Zardoz ou Matrix (que je ne supporte pas, d'ailleurs - je parle de la trilogie Matrix) : on ne comprend pas tout, on se sent un peu éjecté, et une seconde vision s'impose. C'est, souvent, à la seconde vision qu'on se rend compte si on aime ou si on déteste le film. Car ce film, c'est comme la majorité des autres films de Gilliam (L'Armée Des 12 Singes, Las Vegas Parano, Jabberwocky) : soit on aime, soit on déteste, mais on reste pas indifférent.