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Spoilers...

Ayant récemment consacré un article de la catégorie "Un Oeil Sur..." (qui aborde les filmographies complètes, et la prochaine, ça sera probablement pour John Boorman) à Sam Peckinpah, j'ai eu envie de réaborder un de ses films ici. Mais lequel ? Pas Le Convoi ni Junior Bonner, ils ont  été abordés ici l'an dernier, c'est trop tôt, et je ne vois pas ce que j'aurais pu dire de nouveau à leur sujet. Pas Apportez-Moi La Tête D'Alfredo Garcia car ce film, mon grand préféré de Peckinpah (et sans doute son meilleur), qui fut le premier de ses films que j'ai abordés sur le blog, je l'ai réabordé il y à un peu plus d'un an. Alors j'ai quasiment tiré au sort, et le grand gagnant fut Pat Garrett & Billy The Kid, son film de 1973, que j'avais abordé en 2009 et depuis, rien. Samedi, il n'y avait rien à la TV, et je n'avais pas envie de regarder BFM ou LCI en boucle pour (re)voir les images des émeutes de la journée, alors je me suis mis un DVD, et ce fut ce film. Ca faisait longtemps que je ne l'avais pas revu, au passage, pas aussi longtemps que mon précédent article sur le film, mais pas loin. Pourtant, comme je le disais alors dans l'ancienne chronique, c'est un de mes préférés du grand Sam, et mon western préféré de lui. C'est aussi un film qui n'a pas eu de bol dans la vie, comme pas mal de films de Peckinpah. Sam a souvent eu des emmerdes avec ses producteurs, qui remontèrent ses films ou exigèrent qu'il en coupe des scènes. C'est ainsi que Major Dundee a perdu plus d'une heure de métrage. En fait, Apportez-Moi La Tête D'Alfredo Garcia, en 1974, a été le seul film qu'il a pu faire tel qu'il le voulait, sans remontage ni coupes, et il en résulte un film bien personnel et peckinpahien.

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Mais pour Pat Garrett & Billy The Kid, c'est encore autre chose. A la base, ce n'est même pas Peckinpah qui devait faire le film, mais Monte Hellman. Le scénariste du film, Rudy Wurlitzer, voulait Hellman (Macadam A Deux Voies). Mais James Coburn voulait absolument jouer Pat Garrett, et Sam Peckinpah s'est sans doute pris à imaginer faire ce film avec Coburn en tête d'affiche, car il a commencé à s'impliquer et, finalement, a remporté la timbale. Mais pour lui, ce fut un peu comme Spartacus pour Kubrick, un film pour lequel il n'avait pas vraiment de droit de regard sur le script. A la différence que Peckinpah a réalisé tout le film et a construit son propre casting, faisant jouer un parterre de seconds rôles de génie ayant, pour beaucoup d'entre eux, été des seconds couteaux d'envergure dans les westerns de l'Âge d'Or. Le but de Peckinpah était de continuer et de terminer sa révision du western, qu'il avait entreprise avec ses premiers films (ses cinq premiers films sont tous des westerns, et Pat Garrett & Billy The Kid, son neuvième film en tout, est aussi sin sixième et ultime western), de faire le western définitif, ultime. On ne peut pas dire qu'il a réussi son coup, car d'autres westerns seront faits par la suite, certains d'entre eux absolument grandioses (Josey Wales, Hors-La-Loi de Eastwood, et son Impitoyable aussi ; Missouri Breaks d'Arthur Penn ; les deux derniers Tarantino, Django Unchained et Les Huit Salopards ; Silverado de Kasdan ; Open Range de Costner, son Danse Avec Les Loups aussi), mais en tout cas, il est clair que le film de Peckinpah possède une sacrée ambiance fin de fête à l'ouest des Pecos

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Mais Peckinpah n'a pas eu de bol du tout : non seulement le film n'a pas été un gros succès commercial à sa sortie, mais il a été très mal reçu par la presse. Il faut dire que le film, tel qu'il est sorti en salles en 1973 a été grossièrement remonté et  tronqué par les producteurs, contre l'avis d'un Peckinpah qui n'avait, cependant, pas son mot à dire et était dans un tel état (ce n'est un secret pour personne, le bonhomme a eu de gros soucis de came et surtout d'alcool, qui n'ont pas été en s'améliorant jusqu'à sa mort en 1984) qu'il n'aurait probablement rien pu dire. La version d'époque du film, que je n'ai jamais vue, est apparemment un massacre absolu qu'à peu près tout le monde, parmi les acteurs et l'équipe technique du film, a renié. En 1988, après la mort de Sam donc, une version remodelée, dite "Turner Edition" (car conçue par Turner Home Entertainment, filliale de MGM qui a distribué le film), est sortie, proposant un montage plus long (2 heures au lieu de 105 minutes) et plus proche de ce que Peckinpah voulait. Il s'agit en fait de la version qui fut proposée en avant-première à certains critiques et réalisateurs (dont un Martin Scorsese éberlué par le film) en 1973, avant que le film ne soit remonté. Et en 2005, le film est sorti en DVD par Warner dans une édition double proposant la version Turner et une nouvelle version, dite définitive, longue de 115 minutes, et proposée en exclusivité sur le DVD. Cette nouvelle version est celle que j'ai revue et sur laquelle je base l'article. Mais la version Turner est remarquable aussi.

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Je n'ai pas encore commencé à parler du film, mais parlons maintenant de son casting. Il est ébouriffant : James Coburn dans le rôle de Garrett, Kris Kristofferson (un acteur et chanteur de country : "Me & Bobby McGee", repris par Janis Joplin et notre Johnny national) dans celui de Billy The Kid, Bob Dylan (qui signe aussi la bande-son, inoubliable "Knockin' On Heaven's Door") dans un rôle secondaire peu important mais du genre qu'on n'oublie pas (et son premier rôle au cinéma). Et notons aussi, dans le désordre, des acteurs tels que Jason Robards, Harry Dean Stanton, Jack Elam, Richard Jaeckel, R.G. Armstrong, John Beck, Charles Martin Smith, Katy Jurado, la chanteuse et choriste Rita Coolidge, L.Q. Jones, Slim Pickens, Elisha Cook Jr, Bruce Dern (non crédité), Emilio Fernandez, Luke Askew, Barry Sullivan, et on notera aussi la participation du scénariste, Rudy Wurlitzer, et de Peckinpah, non crédité, dans de petits rôles. Comme je l'ai dit, la musique est signée Bob Dylan, et elle respire le Mexique (l'action du film se passe en partie au Mexique) et le western, tant dans ses chansons que ses instrumentaux. Kristofferson estimera que "Knockin' On Heaven's Door" était une chanson monumentale et que son utilisation dans le film était des plus judicieuses. Mais Peckinpah, qui pensait sans doute que Dylan fut imposé par la production, a sous-estimé la chanson, qui n'est présente que par bribes dans le film. Ca ne tue pas la qualité de la scène ni de la musique, mais ça reste frustrant. 

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La scène du bordel : le rêve de tout homme

L'action du film se passe en 1881 (mais le prologue en images sépia se déroule en 1909 et montre un Pat Garrett vieillissant se faisant tuer en embuscade) au Nouveau-Mexique. William H. Bonney, alias Billy The Kid (Kristofferson) et ses amis s'amusent à flinguer des poulets à moitié enterrés dans le sable quand un ancien ami et compagnon de route du Kid, Pat Garrett (Coburn) arrive et les salue. Garrett était autrefois un hors-la-loi, comme le Kid, ils faisaient partie de la même bande, mais désormais, Garrett s'est rangé, il est devenu shérif, et il annonce à Billy, calmement, amicalement (on sent que les deux hommes, malgré cette divergence, sont restés amis), qu'il va devoir quitter les lieux s'il ne veut pas avoir d'ennuis. Garrett lui laisse cinq jours. Six jours plus tard, Billy et ses amis sont toujours là, dans une ferme reculée, et Garrett et des hommes de loi déboulent pour les déloger. Une fusillade éclate, seul Billy s'en sort, et il se rend, souriant, se sachant cependant condamné à la pendaison. Alors qu'il attend son sort dans sa cellule, jouant aux cartes avec un adjoint de Garrett, il parvient à s'évader grâce à une arme cachée dans les toilettes. Son évasion n'est pas sans être remarquée d'un homme taciturne (Bob Dylan) qui, se faisant appeler Alias, ne va pas tarder à le rejoindre et à entrer dans sa bande. Parallèlement, Garrett, ayant appris l'évasion sanglante de Billy, reçoit du gouverneur Lew Wallace (Jason Robards) l'ordre de traquer Billy et de l'arrêter, mort ou vif, pour 1000 dollars. Garrett se lance alors dans la traque de son ancien ami, de son meilleur ennemi, dans un Ouest américain en fin de course, où les hors-la-lois se font rares (bon nombre d'entre eux, comme Garrett, sont passés de l'autre côté)...

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Magistral de bout en bout, doté d'une atmosphère mélancolique (on sent bien que c'est la fin d'une époque, un peu comme dans Missouri Breaks ou La Horde Sauvage et Un Nommé Cable Hogue, ces derniers, de Peckinpah) et d'acteurs époustouflants, Pat Garrett & Billy The Kid est moins violent que les autres films de Peckinpah (il contient quand même des scènes de gunfights assez imposantes, mais la barbarie de La Horde Sauvage et de son final chaotique est loin), mais pas moins réussi, loin de là. Mal reçu à sa sortie à cause d'un remontage studio catastrophique (qui a entraîné un bide commercial, en plus), cet ultime western de Peckinpah, qui ne se voyait pas en faire d'autres après, est un de ses meilleurs films. Acteurs parfaits, scénario remarquablement bien écrit, réalisation solide, photographie magnifique et musique inoubliable (en revanche, si Dylan n'est pas mauvais acteur, il apparaît peu souvent ou dans des scènes trop courtes, son personnage n'est pas très utile au final ; mais on prend plaisir à le voir en bandit adroit au lancer de couteau). Sans parler de cette ambiance de fin de cycle, on assiste quelque part à la fin d'une ère, la chute des derniers hors-la-lois. La musique, souvent mélancolique ("Final Theme", "Main Title Theme", "Cantina's Theme (Working For The Law", "Knockin' On Heaven's Door") est à ce titre exceptionnelle, tant elle convient au climat du film. Je ne vois au final rien à dire de négatif (mis à part une durée assez mince, un peu moins de 2 heures, mais le film, avant coupures, durait dans les 125 minutes, donc la différence n'est pas immense ; et si vous voulez voir une version plus longue, prenez la Turner, sur le second disque de l'édition double DVD après tout) sur ce film, mon western préféré du grand Sam et un de mes préférés de lui. Grandiose.