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SPOILERS...

Comme le titre de mon article l'indique, Le Cercle Rouge est un double testament. Tout d'abord, c'est le testament spirituel et artistique du réalisateur Jean-Pierre Melville, bien qu'il aura encore le temps, deux ans après, de faire un autre film avant de mourir (Un Flic, 1972). Ensuite, c'est le testament d'André Bourvil, dont ce sera le dernier role, puisque l'acteur est mort peu de temps après le clap final du tournage (un autre film sortira juste après Le Cercle Rouge : Le Mur De L'Atlantique, pochade comique réalisée en 1967 mais qui ne sortira qu'en 1970, je ne sais plus trop pourquoi - mais c'est bien Le Cercle Rouge qui est son ultime role).

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Encore une fois, Melville réalise un film complexe et très influencé par l'Asie (meme si l'influence asiatique ne sera jamais aussi forte que dans Le Samourai - citations du Bushido, titre du film, très explicite). Le film s'ouvre par une citation de Bouddha, qui explique à elle seule le titre nébuleux du film : Quand des hommes, meme s'ils l'ignorent, doivent se retrouver un jour, tout pourra arriver à chacun d'entre eux et ils pourront suivre des chemins différents. Au jour dit, ils seront réunis dans le cercle rouge. Quiconque a déjà vu ce film magistral, le meilleur de Melville, le comprend en se remémorant la fameuse scène finale.

L'interprétation est, ici, prodigieuse : Alain Delon (pas encore réellement énervant) dans le role d'un truand sorti de prison, qui va replonger ; Bourvil, dont c'est le role de sa vie, un role sérieux, le role d'un commissaire acharné à retrouver un fugitif ; Gian Maria Volonte, dans le role dudit fugitif, échappé lors d'un transfert ; Yves Montand dans le role d'un ex-flic, alcoolique ; Francois Périer dans le role d'un patron de night-club un peu louche...Musique inquiétante et remarquable d'Eric de Marsan. Photographie sublime. Un film intemporel, qui pourrait se passer dans les années 70 (comme c'est le cas) comme de nos jours. Alors, après, de quoi parle le film ? Brièvement (enfin, façon de parler) :

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Corey (Alain Delon) sort de taule (Marseille), et reprend vite ses vieilles habitudes (il récupère une arme, rentre chez lui, retrouve ses vieux amis, avec qui il a encore quelques comptes à rendre). Pendant ce temps, le commissaire Mattei (Bourvil) est chargé du transfert pénitentiaire d'un criminel, Vogel (Gian Maria Volonte). Tous deux prennent le train à Marseille, direction Paris. Au cours du voyage, Vogel parvient à se détacher et à passer par la vitre du train. Mattei tire la sonnette d'alarme, et commence une battue. A ce moment-là, ils sont en région bourguignonne. Vogel est poursuivi par des flics et leurs chiens. Il parvient à atteindre une aire d'autoroute, et se glisse dans le coffre de la première voiture venue, celle de Corey, qui (on le comprend assez vite) l'a vu monter dans le coffre. Pourquoi Corey est-il ici ? On ne le sait pas trop, mais rien ne l'empèche de voyager, non ?

Corey remonte en voiture, et une fois arrivé sur une route isolée, sort, se poste devant le coffre (dans lequel se trouve Vogel, et son arme), et dit, tout haut, il n'y à personne. Vous pouvez sortir. Ce que fait Vogel, qui le remercie. Corey, pour lui prouver sa confiance, lui propose de monter un coup avec lui, un coup qui lui a été psoposé par un des gardiens de son ancienne prison des Baumettes. Vogel accepte. Il s'agit de braquer une bijoutierie parisienne (de la place Vendome). Pour ce faire, ils ont besoin des services d'un ancien flic, viré pour alcoolisme, un tireur d'élite, que Vogel connait : Jansen (Yves Montand). Un rendez-vous est pris entre Jansen et Corey dans un night-club, Vogel ne pouvant se montrer, Mattei est à ses trousses.

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Jansen accepte de marcher dans le coup. Pendant ce temps, Mattei, pressé par le Directeur de la Police Nationale (qui a des idées très pointues sur l'humanité, jugeant que tous les hommes sont coupables de quelque chose), recherche avidement Vogel. Il arpente tous les bars et night-clubs. Un de ses indicateurs, Santi (Francois Périer) est propriétaire d'une boite de nuit. La boite de nuit où Corey et Jansen se sont donné rendez-vous. La boite de nuit, probablement, où Vogel (qui, de toute façons, connait Santi) avait des habitudes. En tout cas Mattei ordonne à Santi de le tenir au courant s'il apprend quoi que ce soit d'étrange.

Le casse a lieu, la nuit, dans la bijouterie, vraie chambre blindée. Les alarmes sont, une à une, neutralisées. Passé ce casse (magistralement filmé, une scène tout en silence et en lenteur), il faut faire appel à un receleur, pour se débarrasser des diamants et toucher de l'argent. Corey, sur conseil de Vogel, téléphone à la boite de nuit de Santi, lui en touche deux mots. Santi, 'obligé' par ses liens avec la Police, le dit à Mattei, qui se rend, un soir, dans la boite, avec des lunettes noires et un grand chapeau, et se présente à Corey comme receleur intéressé par leur marchandise. Rendez-vous est pris chez le 'receleur'.

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Corey, Vogel et Jansen (ces deux-là restent en retrait, Jansen pret à tirer) se rendent au rendez-vous. Corey donne la marchandise à Mattei, mais Vogel, qui observait la scène de loin, intervient en hurlant c'est un piège, Corey ! C'est les flics ! Corey et Vogel, reprenant la valise de bijoux, s'enfuient, et sont abattus par les policiers et Mattei. Jansen, tentant d'intervenir, est lui aussi tué, et Mattei le reconnait (Jansen étant un ancien policier, pas étonnant qu'ils se connaissent). Les trois hommes sont au sol, morts, non loin l'un de l'autre. Mattei, au centre, les regarde. Les quatre hommes, pions de la tragédie, sont réunis dans un cercle rouge virtuel. Fin de l'oeuvre.

Que ce soit dans l'interprétation, éblouissante (surtout Bourvil) ou la réalisation, sobre, le film est incontestablement un sommet. Le plus grand films noir jamais réalisé, qui a toute l'admiration de cinéastes tels que John Woo (qui aimerait en faire un remake) et Quentin Tarantino.  Comment parler de cette séquence hallucinante montrant Yves Montand, en pleine crise de delirium tremens, se battre contre des insectes, reptiles et rongeurs imainaires qui lui rampent dessus ? Un chef d'oeuvre absolu. Ni plus ni moins.