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SPOILERS...

En 1967, Alejandro Jodorowsky crée sa propre société de production de films, Producciones Panicas, en rapport avec le mouvement surréaliste dont il est (avec Roland Topor et Fernando Arrabal) issu, le mouvement Panique. Pour son premier film, Jodorowsky s'attelle à l'adaptation d'une pièce de son ami Arrabal, Fando Y Lis, l'histoire cruelle et tendre de deux jeunes amoureux partant en quète de la cité mythique de Tar, ville où tous les reves et désirs sont exaucés. Cette quète vers l'absolu et l'impossible, utopique comme rarement une quète l'aura été, fascine Jodorowsky. Seulement, il ne fera pas une vraie adaptation de la pièce, mais plutot un film qu'il conçoit selon ses idées, convictions, fantasmes. Fando Et Lis est un film authentique, libre, qui représente selon lui la notion meme de liberté dans le cinéma. Arrabal dira de ce film (qu'il adore) qu'il n'arrive pas à le comprendre, et qu'il ne veut pas le comprendre, persuadé que si il arrive un jour à comprendre le film, il ne l'aimera plus tout autant. En tout cas, il s'agit d'une adaptation plus proche de l'univers de Dali que de Arrabal.

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Le film date de 1968. Tourné dans un noir et blanc qu'on imagine plus esthétique que pratique (Jodorowsky n'avait peut-etre pas les moyens de se procurer de la pellicule couleur, mais si il en avait eu les moyens, il aurait quand meme pris du noir et blanc, à mon avis), le film est interprété par deux jeunes acteurs amateurs, Sergio Kleiner et Diana Mariscal. Autant le dire tout de suite, ils ont beau etre amateurs, ils sont épatants. Autant le dire tout de suite aussi, les scènes de violence et de brutalité (coups, etc, etc) ne sont pas truquées, de meme que le sang que l'on voit de temps à autre est totalement authentique. Un film cruel, littéralement, pour lequel les acteurs ont subi de vraies tortures - quand on voit Diana Mariscal se faire trainer par les bras sur un sol rocailleux en hurlant, c'est vraiment le cas, elle a vraiment eu mal. Un film, donc, 'hardcore'.

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En meme temps, ne cherchez pas des scènes ultraviolentes et sanglantes, ne cherchez pas du snuff. Tout est relatif, bien entendu. Mais Fando Et Lis est quand meme un film dans lequel on ne triche pas. Et Jodorowsky l'a bien senti lors du Festival d'Acapulco en 1968. Projection du film, scandale absolu. Menaces de mort sur sa personne, et tentative de lynchage du cinéaste, qui dut s'enfuir en s'allongeant au sol de sa voiture, pour éviter une mort certaine (je n'exagère pas). Allez, parlons un petit peu de l'histoire du film, meme si ce n'est, en fin de compte, qu'une succession d'allégories surréalistes : Fando (Sergio Kleiner) et Lis (Diana Mariscal) sont deux jeunes gens. Lis est paralysée des jambes, et est trainée sur un chariot par Fando. Tous deux errent dans un pays dévasté par une guerre nucléaire, et sont en quète de la cité mythique de Tar.

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Tout au long de leur chemin, ils ne croiseront que folie, corruption, cruauté et violence. Leur route croisera celle de deux mendiants amateurs de sang et faisant une prise de sang à Lis (pour ensuite boire le liquide en se régalant), des personnages pataugeant dans une boue grisatre, un couple adultérin...Au fur et à mesure de leur périple s'instaurera une grande tension entre eux deux, ainsi que quelques engueulades violentes (Lis, paralysée, subit la cruauté passagère de Fando, qui va meme jusqu'à la déshabiller totalement pour la montrer à des gens de passage). Fando et Lis, se rendant compte que la cité de Tar n'existe que dans leur tete, sombrent totalement dans le désespoir, jusqu'à ce que Fando, à bout, tue Lis. Une fois son geste terrible effectué, une prise de conscience tout aussi terrible s'emparera de lui...

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Fando Et Lis est un film excellent, qu'il faut absolument voir pour se familiariser avec le cinéma surréaliste hispanique (par exemple, certains films de Bunuel s'en rapprochent). Très étrange (la scène d'intro, Lis mangeant littéralement une vraie fleur, des pétales à la racine...sans oublier le dialogue très étrange entre un enfant et un adulte, peu après le générique, poétique et troublant - jodorowesque, quoi !), le film est poétique, envoutant, mais aussi incroyablement cruel et malsain. En tout cas, c'est une véritable expérience (comme les autres films de Jodorowsky, en particulier La Montagne Sacrée), et un film vraiment méconnu, à découvrir.