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GROS SPOILERS !

NE PAS LIRE SI VOUS N'AVEZ ENCORE JAMAIS VU CE FILM !

J'ai vu ce film pour la première fois en 1995 (j'avais 13 ans), dans une salle de cinéma spécialisée en films d'art et d'essai qui le ressortait. Gros choc. Si on excepte Dune, ce fut mon premier Lynch, et je dois dire que ce film, je ne l'ai absolument pas compris la première fois (normal, me direz-vous, c'est du Lynch). Ce film, c'est Eraserhead. Son premier film, amorcé en 1972, achevé fin 1975, proposé à Cannes en 1977. 1h25 minutes de métrage labyrinthique, lynchien par excellence. Un film en noir et blanc (sublime noir et blanc), relativement effrayant, en tout cas, terriblement oppressant. Un chef d'oeuvre.

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Comment décrire ce film ? Comment tenter d'expliquer un film dans lequel un poulet cuit et pret à etre découpé se met à bouger dans une assiette en répandant du sang ? Eraserhead (qui fut rebaptisé par la suite Labyrinth Man) raconte l'histoire d'un homme, Henry Spencer (John Nance, à la fameuse coiffure 'je-viens-de-Mars'), qui vit dans une ville oppressante et morne, industrielle, inhumaine, kafkaienne. Il est amoureux d'une jeune femme, Mary. Ils ont un enfant ensemble, ce qui les poussent à se marier. Mais le bébé, né prématurément (on ne sait meme pas si c'est un bébé, dira Mary avant meme qu'on ne le voie pour la première fois), est monstrueux. Difforme, inhumain, malgré ses pleurs, totalement normaux (et stressants : Mary, en pleine nuit, quitte le domicile conjugual, et on ne la reverra plus du film).

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Henry reste donc seul pour s'occuper du mome, qui tombe malade. En meme temps, Henry est assailli de visions semblant venir de derrière un radiateur : une femme, au visage (plus précisément : les joues) grotesquement difforme, Elephant Man avant l'heure, qui chante une mélodie idiote sur une scène, alors que des cordons ombilicaux - des vrais, selon la légende urbaine - lui tombent dessus. Une des visions d'Henry se poursuit en cauchemar, où il se voit en train de littéralement perdre la tete, qui tombe au sol, dans une flaque de sang noir. Son corps récupère une autre tete, celle de son 'bébé', ici grotesquement petite par rapport au reste du corps. La tete d'Henry tombe par la fenetre (bruit affreux quand elle atterrit - splashh), se retrouve dans la rue, un enfant la ramasse, et l'emmène dans un atelier, où un homme la lui prend, y perce un trou avec une foreuse, prend un morceau du cerveau, l'insère dans une machine, et fabrique des gommes à crayon. Voici donc l'explication du titre du film : eraser (gomme) + head (tete) : eraserhead (tete de gomme).

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A ce moment-là, Henry se réveille, ce n'était qu'un reve. Il reçoit la visite d'une belle jeune femme, voisine de palier, avec laquelle, apparemment, il couche. Elle s'en va, et Henry, de plus en plus oppressé par les cris de l'enfant malade, le tue avec une paire de ciseaux (une scène d'infanticide terrible et éprouvante). L'ultime vision qu'il reçoit (la femme aux chansons, qui lui tombe dans les bras) nous indique qu'il perd probablement et définitivement la boule.

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Eraserhead doit etre vu, meme s'il risque fort de rendre perplexe bon nombre d'entre vous. On n'est pas forcément préparé à voir un tel film. Le mieux est de le regarder sans savoir à l'avance de quoi il retourne (j'imagine donc que si vous etes en train de lire ceci, c'est que vous avez déjà vu le film). Le meilleur film de David Lynch, avec Lost Highway (qui est totalement inracontable) et Elephant Man (qui utilise le meme noir et blanc, mais est nettement plus commercial). Sans oublier Blue Velvet, bien sur. Mais Eraserhead est le film qui contient toutes les obsessions lynchiennes, c'est le premier, le plus décalé. Pour une fois, je suis content de la courte durée d'un film. Si Eraserhead avait duré une demi-heure de plus, il m'aurait rendu fou, littéralement. Car on ne sort pas indemne d'un tel film.