1185987637_tout_gentil

Dans le genre satirique, on peut difficilement faure plus coriace que les films réalisés par Jean Yanne ! Celui-ci, son premier, est probablement son meilleur avec Les Chinois A Paris (qui fut son troisième). Tout Le Monde Il Est Beau, Tout Le Monde Il Est Gentil, tout est dans le titre. Dans ce film de 1972, interprété par lui-meme, mais aussi et surtout par Bernard Blier, Michel Serrault (qui nous manque déjà énormément), Jacques François, Marina Vlady, et Daniel Prévost, Yanne fait une critique de pas moins de quatre sujets :

- tout d'abord, la radio en général (le film fut tourné en partie dans les studios de radio de RTL, qui embauchait Yanne), par la biais de la station de radio fictive du film, Radio Plus ;

- ensuite, la mode du 'Jésus-Christ Revival' ;

- puis la société de consommation ;

- enfin, en règle générale, les effets de mode.

En 1h40 de film, c'est vraiment pas mal, et surtout pour un premier film. Voici, en quelques lignes, l'histoire du film : Christian Gerber (Jean Yanne) est un journaliste de terrain, qui travaille pour la radio, Radio Plus. En mission en Amérique du Sud, il doit interviewer des rebelles gauchistes à la Castro. Il le fait, mais les rebelles lui interdisent de repartir avec les bandes sonores. Il rentre bredouille, mais il a inteviewé les rebelles. Alors que ses confrères des autres radios, eux, n'ont rien glandé pendant des semaines, et reviennent avec de fausses infos.

Quand Gerber rentre en France, la mode est au 'Jésus-Christ Revival', portée, entre autres, par le fameux film Jésus Christ Superstar. Les panneaux publicitaires, les pubs radio, les voitures, tout est aux couleurs de Jésus. Les jingles annoncent sans cesse 'Radio Plus, Radio Plus, Radio Plus...Jééééééésuuuuuus', les publicités sont très orientées sur ce meme sujet. Gerber trouve ça affligeant. Il n'est pas le seul, mais tous sont aux ordres de Plantier (Jacques François), directeur de la station (lui-meme aux ordres du P-DG - Bernard Blier - , qui écoute 'sa' radio en permanence), qui suit les effets de mode à la lettre.

Gerber prend l'antenne dès son retour, pour faire son compte-rendu, et se met à raconter la vérité à propos des autres journalistes concurrents, à savoir qu'ils n'ont rien branlé et inventent l'information. Ce qui devait arriver arrivé, Plantier le convoque immédiatement, pour lui annoncer que le P-DG a décidé de le virer. A ce moment-là, la femme de Plantier, qui sort de l'asile où son mari l'avait interné, arrive. Plantier se cache dans ses toilettes privées, tandis que Gerber calme la dame. Une fois la femme partie, Plantier remercie Gerber, et décide finalement de ne pas le virer, mais de le nommer superviseur des émissions artistiques (poste qui n'existait pas encore - une voie de garage). Quand Gerber lui demande en quoi ça consiste, Plantier lui répond, emmerdé, euh, nous verrons ça plus tard, mon vieux, d'accord ?...

1185990547_2654

Gerber, qui n'en peut plus des spots orientés 'Jésus', décide, un soir, avc quelques uns de ses collègues (dont Ginette Garcin), de détourner un peu le bouzin. Il écrit quelques fausses pubs assez caustiques (vous avez le rhume à la messe ? Prenez Rhinomissel, et tout ira bien !) ainsi qu'une chanson vraiment blasphématoire, qu'il diffuse à l'antenne. Il enregistre aussi une lettre de démission radiophonique qu'il diffuse également, et dans laquelle il assaisonne pas mal Plantier - qui se retrouve seul, tout con, devant l'hilarité de ses employés.

Gerber, sans boulot, retrouve un de ses anciens collègues, Marcel Jeulin (Serrault), devenu directeur du TPI (un théatre), et qui aligne les échecs. Profitant de la vague 'Jésus', il écrit pour Jeulin une comédie musicale, Tilt Pour Jésus-Christ, qui fait un tabac. Il est recontacté par le P-DG de Radio Plus, via la femme du P-DG (Marina Vlady), afin de reprendre les rènes de la station. Le P-DG vire Plantier, et installe Gerber à sa place, en lui donnant carte blanche. Première initiative de Gerber : réengager tous ceux que Plantier avait viré (dont Jeulin). Ensuite, Gerber vire tout ce qui concerne Jésus, et décide d'orienter la station vers la vérité. Tous les employés (dont Daniel Prévost, parfait en faux-cul anthologique qui le revendique d'ailleurs) se mettent à tester tous les produits dont ils doivent diffuser les pubs. Si un produit est imbouffable, ils le disent, et il en va de meme pour l'actualité. A un moment donné, un journaliste vient au micro, devant Gerber, et dit j'ai testé la presse écrite : elle est pourrie !, ce à quoi Gerber répond : Oui bon ben ça, on le savait déjà, c'était vraiment pas la peine de la tester ! Irrévérence totale, bienvenue chez Yanne... La fin du film montre Gerber quitter la station, convaincu d'avoir tout dit, tout fait.

Excepté un intermède musical assez soulant (la comédie musicale citée plus haut, dont on voit environ 5 minutes), le film est excellent. Très drole, parfois méchant (mais pas trop, juste caustique), le film est un petit peu daté (on sent bien qu'il date des seventies), mais reste très jouissif. Le chef d'oeuvre de Jean Yanne en tant que réalisateur, aidé par des graphismes (affiche, générique de fin avec la fameuse chanson-titre) de Tito Topin et la musique de Michel Magne. Un excellent divertissement. Perso, j'adore !!