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SPOILERS !

En 1987, Stanley Kubrick, qui a abandonné l'idée de faire une adaptaton du best-seller Le Parfum de Patrick Süskind, sort son avant-dernier film, - même si, à l'époque, personne ne l'aurait imaginé - le film ultime sur la guerre du Vietnam, Full Metal Jacket.

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Ce film, très violent, a été classé parmi les plus grands films de guerre jamais réalisés, en concurrence directe avec Platoon de Oliver Stone (réalisé un an avant) et Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. Coïncidence, tous ces exemples traitent de la même guerre, le fameux merdier cher à l'auteur du roman à la base du film, Gustav Hasford. Le scénario a été écrit par Kubrick et un autre rescapé de la guerre du Vietnam, Michael Herr. Le rôle du sergent-instructeur Hartman a été confié à un vrai sergent-instructeur à la retraite, Lee Ermey, gage de véracité, d'authenticité. Personellement, même si un tournage kubrickien n'était pas forcément synonyme de rigolade (le documentaire tourné par sa propre fille lors du tournage de Shining le montre assez bien), j'imagine bien Lee Ermey se marrer intérieurement en récitant ses fameux discours virulents, du style je n'ai rien contre les youpins, métèques, ritals ou négros. Ici, vous n'êtes tous que des vrais connards, et j'ai comme mission de virer la moindre petite couille de loup qui fera honte à ma chère unité !. Un peu comme le bon vieux temps, car il n'y à aucun doute : il n'en a pas trop fait, ce cher sergent.

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Le film, comme bon nombre de films du Maître, est conçu sur plusieurs tableaux. Trois parties dans le film, dont deux qui sont bien évidentes (l'entraînement, puis la guerre). La troisième partie est, en fait, l'attaque du tireur isolé, les vingt dernières minutes du film. Incontestablement, la première heure est un des meilleurs moments de l'oeuvre kubrickienne. Centre d'entraînement des Marines, à Parris Island. On passe de l'humour pur et dur (même si froid, cruel et vulgaire, souvent) des scènes d'entrainement et des engueulades de Hartman envers le tas de punaises qu'il compte bien transformer en machines à tuer du Viet. Quitte à aborder le sujet de Lee Harvey Oswald et Charles Whitman, deux tueurs bien connus, et à leur avouer que ces deux hommes étaient des Marines, et que, vous aussi, vous pourrez faire la même chose, scène assez malsaine selon moi, mais tellement vraie.

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Mais il suffit que Hartman s'en prenne un peu trop vivement à sa tête de Turc, l'engagé Baleine (car tous ses hommes se sont fait 'gentiment' rebaptiser, le Black devenant Blanche-Neige, le petit malin Guignol, etc, etc...), pour que, subitement, ça dérape dans le tragique. Pas mal de soldats en devenir dans l'unité, mais la caméra de Kubrick se base essentiellement sur le narrateur (Guignol - Matthew Modine, excellent), sur Cowboy (Arliss Howard, excellent), et sur le malheureux Baleine, alias Leonard Lawrence (Vincent d'Onofrio, épatant dans le rôle du martyr). On suit donc avec beaucoup de détails les souffrances de Baleine, qui se fait néanmoins soutenir par son seul ami dans la troupe, Guignol. Et la scène finale de cette première partie (que je ne révèlerai pas si il y en à ici qui n'ont jamais vu le film) est aussi marquante et poignante (si si, poignante, j'insiste, tout se passe dans le dernier regard) que choquante, même si tristement prévisible.

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Et on passe directement au Vietnam, en une poignée de secondes, en une ellipse saisissante. Et là, inutile de le dire, on découvre l'horreur des villes dévastées, des fossés remplis de cadavres blanchis à la chaux pour éviter la vermine nécrophage... On découvre aussi ce que la guerre fait aux hommes. Un personnage comme celui de la Brute (Adam Baldwin) est éloquent. Voilà un soldat qui, s'il ne vient peut-être pas de Parris Island et de l'unité dirigée par Hartman, est devenu un authentique prêtre de la mort. Un soldat redoutable lorsqu'il tient une mitraillette. Un homme terrifiant, qui mérite bien son surnom. Une bête humaine.

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Les scènes de batailles, que ce soit à Hué-Ville ou dans la scène du tireur isolé dans l'immeuble dévasté, sont saisissantes. Filmées caméra à la main. Cette technique de filmage est dangereuse : chez Lelouch, ça foire, chez Kubrick, ça marche à la perfection. Mais imaginez Lelouch faire un film sur la guerre du Vietnam, avec la musique de Francis Lai en fond sonore ? Non, sérieux, arrêtez de rigoler. Question musique, celle du film (signée Abigael Mead) est excellente. Sinistre, angoissante, entrecoupée de chansons emblématiques de l'époque (Paint It Black des Rolling Cailloux en générique de fin, These Boots Are Made For Walking de la fifille à Sinatra en ouverture de la partie Vietnam). Kubrick aura toujours porté le plus grand soin à l'accompagnement musical de ses films, Full Metal Jacket (dont la signification du titre nébuleux est révélé lors de la scène finale de la première partie) ne fait pas exception à la règle. Et comme tous les autres films de Kubrick, c'est un authentique chef d'oeuvre. Reste que son extrême violence (qu'elle soit morale - première partie - ou physique - le reste...) et son réalisme fulgurant (le sang, giclant littéralement en grosses gouttes des corps) le rend difficile à suivre pour une âme sensible.