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SPOILERS...

Réalisé juste avant Que La Bete Meure, ce film de Claude Chabrol offre déjà un role inquiétant à ce fameux acteur qu'était Jean Yanne. Seulement, si son personnage de Paul Décourt dans Que La Bete Meure était à la fois terrifiant et antipathique, celui qu'il interprète dans Le Boucher est peut-etre terrifiant, mais assez pathétique et, dans un sens, attachant. Le Boucher, à la fois parce que Jean Yanne inteprète le role d'un boucher dans un petit village du Périgord, mais aussi un tueur en série (du moins, le soupçonne-t-on durant tout le film, mais on en a la confirmation à la fin).

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Le film, réalisé en 1969, est aussi interprété par Stéphane Audran, égérie et ex-épouse de Claude Chabrol, qui jouera dans un grand nombre de ses films (Les Biches, Poulet Au Vinaigre, etc...). Cetes, pas mal de personnes pourront reprocher à cette actrice de ne pas etre complètement expressive (son visage sur l'affiche du film reflète bien son jeu de comédienne : tout en effacement...). Néanmoins, elle ne dessert pas le film, qui est porté dans son intégralité par la performance à la fois attachante et oppressante de Jean Yanne, ici au sommet (avec Que La Bete Meure, comme je l'ai déjà dit).

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Le film se passe dans un petit village du Périgord, région dont le patrimoine est extrèmement riche, que ce soit culturel et historique (grottes préhistoriques, on en voit une dans le film) ou culinaire (foie gras, confits, magrets, et bons vins, miam). Une région que, personellement, j'adore, en plus de bien la connaitre, ce qui rend la vision du film encore plus intéressante pour moi (mais je ne reconnais pas le village, néanmoins). Bref, dans ce petit village vit un boucher, le seul du village, Popaul (Jean Yanne), bien aimé de tous, réquisitionné à chaque mariage, et diverses fetes, pour organiser les repas (comme au début du film).

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Dans ce village arrive une nouvelle maitresse d'école, mademoiselle Hélène (Stéphane Audran). Popaul, lors de la fete (un mariage), va rencontrer Hélène, et discuter avec elle. Hélène se rend bien compte que sous l'aspect assez rébarbatif du boucher (costaud, un peu rustre, très campagnard) se cache un homme timide et seul, célibataire, et qui lui fait d'ailleurs la cour, d'une manière très timide, lente, sans vouloir la forcer. Popaul, un jour, se rend dans la salle de classe de mademoiselle Hélène (alors qu'elle fait cours aux enfants) pour lui remettre, enveloppé comme un bouquet de fleurs, un gigot. Il lui tend le gigot comme on tendrait le bouquet (scène absolument magnifique, mais trop courte, de déclaration d'amour du boucher). Hélène, à la fois amusée et touchée, accepte le 'bouquet'. Au fur et à mesure, les deux personnes se revoient, discutent, se promènent. Un jour, lors d'une balade en foret, Hélène offre un briquet zippo à Popaul.

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Un autre jour, Hélène emmène les enfants visiter une grotte préhistorique. Au cours de l'excursion, alors que les enfants et leur maitresse font une halte pique-nique, un enfant monte sur une colline surplombant ses camarades, et tombe nez-à-nez avec un cadavre, une jeune femme, sauvagement assassinée (poignardée). Hélène se rend sur les lieux pour récupérer le gosse, et découvre, non loin du corps, un briquet semblable à celui qu'elle à offert à Popaul. Popaul devient, quelques fois, assez distant, cela lui arrive meme de partir brusquement pour la ville, et de ne revenir qu'au bout de quelques jours. Hélène est partagée entre son amour naissant pour le boucher et cette découverte troublante (d'autant plus troublante que Popaul semble avoir perdu le sien, de briquet ; quant à elle, elle a gardé le zippo sur elle, n'en ayant pas parlé à la police, et est de plus en plus persuadé que c'est celui de Popaul). L'annonce d'un nouveau meurtre semblable, cette-fois ci non loin de la ville (où Popaul s'était rendu peu de temps avant) confirme ses craintes. Un soir, Popaul fait irruption dans la salle de classe, alors que seule Hélène s'y trouve. Armé d'un couteau de boucher, il la menace, avoue tout (ce qu'elle savait depuis longtemps), et tente de la tuer. Mais au dernier moment, il retourne le couteau et se plante lui-meme, devant elle. Paniquée, elle l'emmène à l'hopital, mais les médecins ne pourront pas le sauver. Hélène, troublée et désespérée, rentre chez elle...

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Remarquablement interprété (Jean Yanne, simply incredible) et mis en scène, bati sur un scénario remarquablement bien ficelé, porté par une musique très angoissante, Le Boucher est un des plus grands chef d'oeuvres du cinéma français, un film absolument grandiose. Un monument du cinéma dramatique et de suspense. Court (1h30), le film montre un des tueurs en série (fictif, celui-ci) les plus réalistes et terrifiants qui soient : un homme assez rustre d'apparence, mais relativement timide et attachant dans un premier abord...Meme le fait qu'il soit un assassin sans scrupules (aucun vrai mobile pour ses meurtres) ne l'empeche pas d'etre pathétique, on a vraiment plus de pitié que de dégout pour lui. Là est la force de ce chef d'oeuvre chabrolien, un des meilleurs films de Chabrol, qui a, pour le coup, oublié son obsession pour le milieu social des 'petits-bourgeois'. Vraiment remarquable.