Le grand Océan de l'inconscient
SPOILERS...
Souvent considéré comme la réponse soviétique au 2001 : L'Odyssée De L'Espace de Stanley Kubrick, Solaris n'en est pas moins totalement différent (excepté un coté métaphysique assez partagé). Ce film de science-fiction, réalisé par le génie Andrei Tarkovski en 1972, est incontestablement un des trois plus beaux films de son auteur avec Stalker et Le Sacrifice. Tout comme ces deux autres films (et tout comme l'intégralité des films de Tarkovski, de toute façon), Solaris est lent, très lent. Il est aussi assez long, 2h40 à peu près (le film étant scindé en deux parties, sur deux disques, c'est donc une durée approximative que je donne ici).
Le film (qui a fait l'objet d'un remake américain réalisé par Steven Soderbergh en 2002, avec George Clooney - remake moyennement réussi, et de plus totalement inutile) est une adaptation d'un roman de science-fiction du Polonais Stanislas Lem ; un roman relativement connu dans le milieu de la S.F., et qui plus est, extrèmement réussi, que je conseille à tous. Interpété par des acteurs excellents (meme si certains semblent moyennement charismatiques) comme Donatias Banionis et Natalia Bondartchouk, le film est également porté par une musique sublime et un tantinet angoissante (un peu comme certains thèmes de 2001, notamment Atmospheres) signée Edouard Artemiev - d'après Bach.
Le film se situe dans un futur proche, mais non daté. Un psychologue, Kris Kelvin (Donatias Banionis) est envoyé sur une base spatiale située sur la planète Solaris. Sur cette planète se trouve un océan gélatineux (qui recouvre, en fait, toute la surface de Solaris), non identifiable. Cet Océan (mieux vaut l'écrire avec un O majuscule, vu que ce n'est pas tout à fait un océan naturel) a apparemment la faculté de faire 'vivre' les pensées et l'inconscient de ceux qui s'en approchent. Comme si l'Océan était une entité vivante capable de matérialiser vos pensées et souvenirs, y compris ceux que vous enfouissez au plus profond de vous.
Kelvin a un ami, Gaborian, scientifique physiologiste travaillant à la station. Il y travaille avec deux autres hommes, Snaut et Sartorius. Kelvin, arrivant la station, apprend la mort (par suicide) de Gaborian ; ce denrier lui a laissé un message audiovisuel avant de sauter la rampe, lui enjoignant de faire attention à ce qu'il verra, et de ne surtout pas penser qu'il devient fou, car ce qu'il verra et entendra relève de tout sauf de la folie. Comme Snaut lui dit par la suite, la folie serait une vraie bénédiction, par rapport à ce qui nous arrive.
Kelvin va vite découvrir qu'ils ne sont pas seuls sur la station : une jeune femme (Natalia Bondartchouk), que Kelvin reconnaitra tout de suite comme étant Harey, son ex-femme...morte depuis une dizaine d'années, fait son apparition. Kelvin, se rendant compte que ce ne peut pas etre la vraie Harey, commence à croire ce qu'on lui racontait : l'Océan de Solaris fait vivre les souvenirs de ceux qui s'en approchent. Cette femme n'est qu'une 'copie', une représentation (qui devient pourtant de plus en plus 'humaine' au contact de Kelvin, et à chacune de ses réapparitions - Kelvin essaie une fois de s'en débarasser, en lenfermant dans une fusée qu'il fait partir, mais elle revient) de Harey. Cette 'représentation', d'ailleurs, le sait parfaitement elle-meme : elle n'est pas vraiment humaine... Kelvin va revivre, avec elle, ses années de bonheur, jusqu'à ce qu'elle disparaisse définitivement. Il repartira ainsi vers la Terre, retournera chez lui, où l'attend son père...
Je ne raconterai pas la révélation finale, vraiment saisissante (la première fois que j'ai vu le film, j'en ai eu la bouche bée, littéralement). Solaris est inimaginablement beau, malgré certains plans un peu froids et cliniques, et une lenteur que certains (surtout les amateurs de Michael Bay et Simon West) trouveront sans doute exaspérante. Cependant, si vous avez vu (et survécu à) Stalker, sachez que Solaris n'est pas aussi lent et contemplatif. Il l'est tout autant que 2001... Andrei Tarkovski, mort en 1986, était un génie total ; aucun mauvais film dans sa (hélas courte) filmographie. Ce film de 1972 est incontestablement son plus commercial (il remportera le Grand Prix du Jury à Cannes, en 1972), mais il n'en est pas moins très spirituel.
Solaris est, au final, un des plus grands films de toute l'histoire de la science-fiction. Il existe deux styles de films de S.F. : ceux qui nous défoulent devant une ribambelle d'effets spéciaux (la saga Star Wars en est un bel exemple), et ceux qui nous font réfléchir, soit sur notre futur (Soleil Vert), soit sur la possibilité d'une autre vie dans l'espace (la suite foirée de 2001, 2010, aborde un peu ce thème), soit (et c'est le cas de 2001 et de ce film) sur notre propre humanité. Et pas besoin d'effets spéciaux à foison pour aider à faire passer le message. Bref, il faut voir ce film, un film vraiment sublime.
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