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SPOILERS...

Roland Joffé n'a pas fait beaucoup de grands films, mais il y en à deux qu'on peut largement considérer comme chef d'oeuvres : Mission, qui obtiendra la Palme d'Or à Cannes en 1986 ; et ce film, La Déchirure (The Killing Fields en VO), sorti en 1984, qui aborde un sujet douloureux et rarement traité au cinéma, la dictature des Khmers Rouges au Cambodge dans les années 70, et le génocide civil qui en a découlé (un des plus affreux moments de l'histoire du XXème siècle). Brillamment interprété par Sam Waterston, John Malkovich et surtout Haing S. Ngor (qui a réellement vécu ce drame), le film de Joffé est bien évidemment entièrement bati sur une histoire vraie (les photos des vrais Schanberg et Pran apparaissent en fin de film). Ce qui le rend encore plus beau et puissant. Le film est aussi merveilleusement mis en musique par le grand Mike Oldfield, qui offre ici sa meilleure bande originale de film.

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1973. Sydney Schanberg (Sam Waterston) est journaliste correspondant au New York Times. Il couvre la guerre civile cambodgienne, avec l'aide du photographe Al Rockoff (John Malkovich), mais surtout, avec l'aide précieuse de son traducteur et guide cambodgien, lui aussi journaliste, Dith Pran (Haing S. Ngor). Témoins de plusieurs attentats et éxécutions, les trois hommes, aidés d'un journaliste anglais, Swain (Julian Sands), évoluent dans un Cambodge ravagé.

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Peu de temps après l'annonce de la victoire du parti des Khmers Rouges et de la fin de la guerre (et du retrait des forces américaines qui se trouvaient sur place pour endiguer la guerre civile), Schanberg, Pran, Rockoff et Swain parviennent à se réfugier (avec bon nombre de Cambodgiens) au sein de l'Ambassade de France (n'oublions pas que le Cambodge est une ancienne colonie française de l'Indochine - beaucoup de panneaux et de conversations ont lieu en français, dans ce film).

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Apprenant que les Cambodgiens doivent impérativement quitter l'Ambassade pour partir avec les Khmers, qui les raflent, Rockof, Swain et Schanberg (pour qui Pran est comme un frère, et ce sentiment est réciproque) tentent le tout pour le tout pour faire de faux passeports anglais pour Pran, mais malheureusement, la tentative échoue. Schanberg et ses collègues sont rapatriés aux USA et en Angleterre, aors que Dith Pran est emmené par les Khmers Rouges.

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De retour à New York, Schanberg fait tout son possible (envoi de lettre, de photos) pour tenter de retrouver Dith (dont la famille avait été rapatriée aux USA peu de temps avant la victoire des Khmers). Sans obtenir de réponse. Il obtiendra le Prix du Journalisme, en 1976, et dédiera ce prix à son ami, sans qui il n'aurait jamais pu dénoncer le régime Khmer. De son coté, Dith Pran est prisonnier et doit travailler pour le compte des Khmers, avec d'autres prisonniers, dans des champs et carrières. Ils se font enseigner (un vrai lavage de cerveau) les dogmes de l'Angkar, la 'religion' des Khmers Rouges, et sont forcés de renier tout leur passé, faire comme si ils venaient de renaitre - year zero.

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Dith, un jour, en travaillant dans une rizière, parvient à s'échapper, en se laissant dériver dans la rizière. Il parvient à quitter le camp, et à atteindre une autre rizière. Sous le choc de ce qu'il découvre, il s'écroule (et sera retrouvé peu de temps après, et reconduit au camp) : la rizière est un vrai charnier (killing field), remplie de cadavres en putréfaction (voire meme d'ossements), ses compatriotes, tués par les Khmers parce qu'ils ne correspondaient pas à leur idéologie.

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Dith, dans le camp, arive à se lier avec un des leaders khmers du camp, dont le jeune fils est malade. Le leader parle à Dith en anglais, pour lui dire de bien veiller sur son fils malade. Dith comprend qu'il a un allié. Un jour de 1979 (meme si ce n'est pas précisé), des bombardements américains ont lieu, et ravagent le camp. Profitant de l'occasion, Dith s'enfuit, avec plusieurs autres prisonniers dont il prend la tete. Il sera le seul à atteindre un camp de la Croix Rouge, et de là il pourra contacter Schanberg, à New York...Les deux hommes se retrouveront, en 1979, et Dith Pran partira avec lui, pour devenir photographe attitré au New York Times.

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Rarement un film aura été aussi puissant et réaliste. On ressent le génocide Khmer d'une manière vraiment forte (meme si on ne voit pas beaucoup de scènes de tueries, la scène de la rizière transformée en ossuaire suffit à évoquer beaucoup de choses - cette scène est courte, mais absolument saisissante, et terrifiante). On a la rage, en voyant ce film, la rage contre les Khmers Rouges (qui n'ont encore jamais été réellement jugés, car leur leader suprème, Pol Pot, est mort de vieillesse en 1998, et le pays a été plus préocuppé par panser ses plaies que juger ses anciens bourreaux), la rage contre la guerre. Un des films les plus importants, aussi, sur la notion meme de journaliste correspondant de guerre. Sam Waterston est impérial, il joue avec beaucoup de talent, de conviction. Malkovich est comme à son habitude, génial. Mais la révélation du film (qui obtiendra l'Oscar du meilleur acteur en second role - le film aura en tout 3 Oscars), c'est bien entendu Haing S. Ngor. Cet acteur, cambodgien, a vécu cette période dramatique. Il a malheureusement été assassiné en 1996, par balles. Un crime politique ? En 1988, il avait écrit un livre pour témoigner de son expérience...

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La Déchirure est un des films les plus forts que j'ai vu. Un film qu'il faudrait montrer à tout le monde, si possible assez jeune (12-13 ans, le film a beau contenir des scènes dures (la rizière), il n'est pas interdit aux moins de 12 ans). Un film à montrer dans les collèges et lycées, un film qui devrait etre diffusé à la TV plus souvent qu'il ne l'est actuellement. Un pur monument signé Joffé, qui fera encore un autre monument deux ans plus tard (Mission) puis s'écroulera, avec divers films médiocres, ou tout simplement foireux (Captivity...). The Killing Fields est à voir et à revoir.