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Attention : certaines images peuvent choquer...

Dans la catégorie des films jusqu'auboutistes, La Passion Du Christ de Mel Gibson (2003) se pose là. Entièrement tourné en araméen (la langue parlée à l'époque, depuis oubliée), hébreu et latin, d'une violence physique absolument insoutenable, ce film a provoqué un tollé mondial lors de sa sortie (qui a plus ou moins coincidé avec Paques, pour la France, provocation ultime).

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Beaucoup ont catalogué Mel Gibson de fanatique, d'antisémite. A bien y regarder, le film est certes violent, mais je ne vois pas en quoi il serait antisémite. Selon la légende urbaine, Mel Gibson (qu'on n'aurait pu prévoir réaliser ce film-là en le regardant déconner dans les quatre volets de L'Arme Fatale) se serait comporté en vrai fanatique, mystique, lors du tournage du film. A un point tel que ça en devient dingue : la main qui frappe la masse servant à planter le clou dans la main du Christ, c'est la propre main de Gibson, qui, pourtant, ne joue pas dans le film ! Comme s'il avait voulu, par ce détail, se donner un role dans la responsabilité collective du martyre du Christ. Tant qu'à faire, il aurait pu jouer le role de Ponce Pilate, non ?

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Les acteurs (pour la plupart méconnus) sont prodigieux. Mention spéciale à Monica Belucci, qui joue Marie-Madeleine, et bien entendu, Jim Caviezel, révélé par le mémorable La Ligne Rouge, ici dans le role de Jésus-Christ. Il y est resplendissant, et Dieu sait (sans vouloir faire de jeu de mots) combien ce role est important et difficile. Il fut un temps, au cinéma (exemple dans le film Barabbas) où les acteurs incarnant le Christ ne montraient pas leur visage, pour ne pas donner un visage au Christ. On n'osait pas, à l'époque. Et puis, un jour, arriva Max Von Sydow dans La Plus Grande Histoire Jamais Contée...et les films mythiques Jésus De Nazareth, La Dernière Tentation Du Christ (dont le scandale fut, en un sens, plus grand que celui du film gibsonien), Le Messie...Sans oublier Donald Sutherland dans Johnny Got His Gun. La représentation du Christ au cinéma s'est, depuis, pas banalisée, mais presque.

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Mais que l'on montre le calvaire de Jésus, je veux dire, le VRAI calvaire de Jésus, et là, on hurle au scandale, au blasphéme. Faut-il rappeler que le Pape Jean-Paul II, ayant vu le film de Gibson, ne le contestera pas, proclamant que ça s'était passé exactement ainsi à l'époque (oui, je sais, il n'y avait pas la TV, et personne ne pourrait vraiment témoigner...). Comme je ne sais plus qui l'a dit à la radio à l'époque (2003), faut quand meme pas s'imaginer que, uniquement parce que c'est le Christ, le sang n'a pas coulé des plaies causées par les flagellations, coups, et clous enfoncés dans les paumes. C'est cruel de dire ça, je sais, mais totalement vrai.

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Inutile de dire de quoi parle le film : des dernières heures de la vie du Christ, de la trahison de Judas Iscariote (et ses 30 deniers) à la mise au tombeau (à ce titre, la dernière image du film est majestueuse : Jésus, ressuscité), en passant par le Démon apparaissant à Jésus (scène superbe d'un Diable très iconographique et féminin), la flagellation publique, Ponce Pilate se lavant les mains, le chemin de croix (qui en est un aussi pour le spectateur, tant la violence est graphique) et le Golgotha, la crucifixion.

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Violent et sanglant (on pourrait utiliser le terme de gore, mais je pense qu'il serait quand meme malvenu dans un film biblique), La Passion Du Christ l'est, assurément. La longue séquence du chemin de croix est incroyablement dure, celle de la crucifixion aussi. Le sang gicle, c'est abominable, j'ai personellement vu quelqu'un tomber dans les pommes dans la salle de cinéma où j'ai vu le film (et je n'étais pas au mieux de ma forme non plus). Je n'avais pas encore vu Salo de Pasolini à l'époque (à un mois près), et ce film de Mel Gibson m'apparut ainsi comme le plus dur, violent et choquant (et authentique, aussi, Mel Gibson ne se moque pas du spectateur, il lui montre la vraie Passion) que j'ai vu. Une fois Salo vu et difficilement digéré, je me suis rendu compte qu'à coté, le film de Gibson n'était rien, niveau choc.

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Mais La Passion Du Christ, en dépit de tout ça, reste un grand film, absolument superbe. Je pense que Mel Gibson y a été un peu fort niveau violence, mais je pense aussi qu'un film sans vraie violence aurait semblé un peu light, et non crédible. Je ne vais pas dire qu'il faut se forcer à voir ce film. Disons juste qu'il ne faut pas le voir en mangeant, ou juste après manger. Il ne faut pas le voir si on ne se sent pas pret à le voir. Mais il faut tenter l'expérience, et rehausser le blason de ce film décrié parce qu'il ose montrer ce qui était longtemps un sujet tabou au cinéma et dans l'art.