1187878934_mort_venise

SPOILERS...

En 1971, Luchino Visconti réalise une adaptation du court roman de Thomas Mann La Mort A Venise. Intitulé logiquement Mort A Venise, le film, interprété par Dirk Bogarde, Silvana Mangano, Romolo Valli, Marisa Berenson et Bjorn Andresen, est un de ses films les plus majestueux. L'histoire est connue, c'est celle d'un chef d'orchestre/compositeur allemand, Gustav Von Aschenbach (qui n'a rien à voir avec le Aschenbach interprété par Helmut Griem dans Les Damnés, au fait) qui, au cours d'une cure de repos à Venise, fait la connaissance d'un très jeune homme d'origine polonaise, Tadzio (Bjorn Andresen, à la beauté incroyable), dont il tombe amoureux. Il s'agit, bien sur, d'un amour platonique, les deux protagonistes ne s'adressant meme pas la parole une seule fois. Mais un regard, une expression de Tadzio suffit à enflammer le coeur et l'esprit de Von Aschenbach (lequel, s'il n'est pas vieux, est quand meme assez mur, dans la cinquantaine).

1187879637_mmmm

Visconti a eu la main heureuse en débusquant lors d'un casting le jeune Bjorn Andresen, un Suédois. D'une beauté troublante, angélique, l'acteur illumine chacun des plans du film dans lequel il apparait. Regard impudent, effronté, sourire en coin...En le voyant, Aschenbach, assez malade du coeur, revit. Mais avec un cruel dilemme : il ne peut l'approcher, la différence d'age est trop grande, il vit avec sa mère (Silvana Mangano) et ses petites soeurs, et il n'est peut-etre meme pas amoureux de lui (ce que je crois : ces regards, postures et sourires ne sont que de la provocation, ou de l'ingénuité, et pas du sentiment amoureux envers Von Aschenbach). Peut-etre meme ne se rend-il pas compte que Von Aschenbach ressent de l'attirance pour lui, lui qui ne cesse de le suivre du regard (ou de le suivre tout cours, que ce soit dans les ruelles putrides de Venise ou sur la plage du Lido).

1187880402_capture

Von Aschenbach, dans une Venise pourrissante et en proie à une épidémie virulente de choléra asiatique (épidémie cachée aux touristes pour ne pas les effrayer, mais Von Aschenbach parvient à apprendre la terrible nouvelle), est tenaillé par son amour platonique et non partagé pour Tadzio. Il décidera de rester à Venise, alors que la maladie s'empare de lui, pour pouvoir admirer jsqu'au bout la vision de ce jeune homme (qui, lui, s'en va à la fin, avec sa famille). Et c'est en admirant Tadzio sur la plage, se chamaillant avec un de ses congénères, que Von Aschenbach trépasse, du choléra.

1187879959_tadzio

Sublimement mis en scène, interprété à la perfection par un Dirk Bogarde impérial et douloureux et par Bjorn Andresen, tout en retenue dans un role muet, Mort A Venise est également célèbre pour sa musique. Luchino Visconti, lorsqu'il réalisa Les Damnés, voulait utiliser la musique de Gustav Mahler comme fond sonore, ce qui lui fut poliment refusé, compte tenu que Maurice Jarre avait déjà composé des thèmes pour le film (et une musique excellente, d'ailleurs). Pour Mort A Venise, Visconti a enfin pu utiliser les troisième et cinquième symphonies de ce compositeur méconnu (qui connu un regain de gloire post-mortem suite au succès du film). Il faut bien le dire, cette musique, remarquable, sert admirablement bien le film.

1187879605_bb

J'ai trouvé Mort A Venise incroyablement pessimiste, situé dans une Venise putride (excepté les plages et hotels du Lido, suintants de luxe). Le film parle quand meme d'un amour impossible et sans aucun doute unilatéral. Von Aschenbach aime littéralement Tadzio, mais Tadzio, à mon avis, ne comprend pas vraiment, et n'aime pas cet homme qu'il ne connait absolument pas.

1187880140_ccccc

Il faut ici, pour finir, mettre les choses au clair : Mort A Venise n'est en rien une histoire de pédophilie. Il s'agit tout au plus d'une histoire de pédérastie, ce qui, bien entendu, n'a rien à voir. Si vous voulez voir une histoire de pédophilie, regardez Les Damnés, et plus principalement le personnage de Martin (Helmut Berger), qui a apparemment une déviance sexuelle bien poussée en ce qui concerne les petites filles de 8-10 ans (et en plus, il se tape sa mère, comme on le voit plus loin). Mais ne cherchez pas de la pédophilie dans ce film admirable et triste, aussi puissant et beau (visuellement parlant, c'est le plus beau de Visconti) que cruel et dramatique. Et pessimiste. Et putride, aussi, meme si le choléra n'est que secondaire dans le film, n'apparaissant verbalement que dans la dernière demi-heure. Mon Dieu, quel chef d'oeuvre. Que dire de plus ?