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SPOILERS !

Dans la filmographie de Luchino Visconti, on trouvera énormément de classiques : Senso, Mort A Venise, Violence Et Passion, Ludwig Ou Le Crépuscule Des Dieux, Le Guépard...En fait, on pourrait tous les citer. Mais il en est un qui, avec Mort A Venise et Ludwig (et avant eux, chronologiquement parlant), constitue la trilogie allemande du cinéaste italien : Les Damnés. Ce film, qui est sorti en 1969 et est un des plus grands succès du réalisateur, est interprété par Dirk Bogarde, Helmut Berger, Ingrid Thulin, Renaud Verley, Charlotte Rampling, Florinda Bolkan, Helmut Griem et Umberto Orsini, excusez du peu. Il a pour cadre l'Allemagne de l'entre-deux-guerres, bref, l'Allemagne nazie. Et plus particulièrement une famille bourgeoise allemande, les Von Essenbeck, que leur filliation avec le parti Nazi va mener à la perte.

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Cruel, malsain (Helmut Berger, alors inconnu, est saisissant et vénéneux), décadent, mais aussi terrifiant (on voit bien jusqu'à quel point la folie nazie - et humaine, tout simplement - peut aller) dans son propos, Les Damnés (La Caduta Degli Dei dans son titre original) est le chef d'oeuvre de Visconti. 2h30 de pur bonheur cinématographique, meme si on peut quand meme trouver un défaut au film : il y à trop de gros plans et de travellings avant, une mode de l'époque, à laquelle Visconti n'a pas résisté... Avec ce film, Luchino Visconti a voulu faire une sorte de transposition de Macbeth.

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L'histoire, assez brève : La famille Von Essenbeck, propriétaires d'une aciérie, organise une soirée privée (à laquelle sont quand meme invités Aschenbach (Helmut Griem), un officier SS, et neveu du baron Joaquim, et Frederick Bruckmann (Dirk Bogarde), le fiancé de Sophie Von Essenbeck (Ingrid Thulin). La soirée est organisée pour feter l'anniversaire du baron Joaquim Von Essenbeck (Albrecht Schoenhals), patriarche de la famille. Au cours de la soirée, Martin Von Essenbeck (Helmut Berger), fils de Sophie, se produit en spectacle devant Joaquim, habillé comme Marlène Dietrich dans le film L'Ange Bleu, et interprétant une chanson provocatrice laissant planer un doute sérieux sur son orientation sexuelle (Berger était homosexuel, et a meme été l'amant de Visconti). Plus tard, on apprend que le Reichshtag (immeuble abritant l'assemblée du meme nom, le Parlement allemand) brule, l'incendie, l'histoire le dira (car c'est un évenement historique authentique), a été déclenché par les nazis, qui n'étaient pas encore au pouvoir. Dans la nuit, Joaquim est retrouvé mort, assassiné. Aschenbach propose à Bruckmann de s'associer à lui, et de prendre peu à peu le controle de la famille (comme il va épouser Sophie, héritière). Martin, successeur de son grand-père Joaquim selon les voeux que ce dernier avait fait depuis longtemps, nomme Bruckmann directeur de l'aciérie, et ce dernier commence à prendre part entière dans les réseaux nazis. C'est le début de la fin pour les Von Essenbeck.

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Bruckmann épouse Sophie, et devient donc membre à part entière (et nouveau patriarche, meme si son role est un peu spoilé par Aschenbach) du clan Von Essenbeck. Un des membres de la famille, Konstantin (Reinhard Kolldehoff), autre neveu de Joaquim, est dirigeant d'une antenne SA (Sections d'Assaut, première milice hitlerienne). Aschenbach, avec ses SS et l'aide de Bruckmann, va 'nettoyer' le parti en massacrant, au cours d'une fete organisée par les SA et qui se terminera en orgie, les soldats de Konstantin, et Konstantin lui-meme : la Nuit des longs Couteaux. Passé cette séquence violente située au beau milieu du film, le film plonge dans l'enfer de la décadence. Martin, de plus en plus affilié au parti Nazi, et sexuellement déviant, provoque Bruckmann et viole sa propre mère, Sophie. Au cours d'une réception, il finira par les empoisonner.

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Ceux qui ont vu le film le diront : ce résumé n'est pas totalement fiable. Je le reconnais, et m'en excuse, mais j'ai aussi deux bonnes raisons pour l'avoir fait ainsi :

- tout d'abord, ce film est fourmillant de personnages et de scènes, et toutes les relater (les plus importantes comme les moins importantes) aurait été fastidieux à faire, et à lire pour vous.

- ensuite, le film est assez lent (pas contemplatif comme Mort A Venise, mais quand meme lent, et ce n'est pas un défaut ni un reproche), ce qui fait qu'en presque une heure, il ne se passe, en fin de compte, pas énormément de choses, les scénes étant longues comme au théatre.

- enfin (car, en fait, il y à trois raisons), faire un résumé détaillé pourrait ne plus donner envie de voir ce film à ceux qui ne le connaissent pas encore. Je préfère etre plus bref, quitte à oublier des détails importants (je n'ai pas parlé du personnage d'Umberto Orsini et de sa femme - dans le film uniquement... - Charlotte Rampling, victimes de la famille).

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Les Damnés est un chef d'oeuvre total. A la musique de Mahler que Visconti voulait utiliser, la Warner préfèrera une bande-son signée Maurice Jarre. Excellente bande-son, d'ailleurs. Le film est assez dur, meme si la violence est morale. Les acteurs sont tous prodigieux (mention spéciale à Bogarde et Berger, ahurissants de cruauté et de vice), la réalisation imparable, le scénario (original, ce n'est pas une adaptation de roman) aussi. Un des 10 plus grands films de l'histoire du 7ème Art, un Monument, avec un M majuscule. Et un de mes films de chevet. Grazie mile, signor Visconti !