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Risques de révélations sur la vraie nature de la "Zone"...

Sorti en 1979, Stalker est sans doute le plus grand film d'Andrei Tarkovski, cinéaste russe extrèmement talentueux auteur de films aussi émorables que Solaris, Le Sacrifice, Andrei Roublev ou Le Miroir. D'une durée de 2h40 (à peu de choses près), le film existe en DVD (et je vous recommande à tous de vous le procurer : éditions MK2). Deux disques sont utilisés pour contenir le film, la raison est que lorsque le film fut achevé, il y à eu un assez grave problème avec les bandes originales, qui furent détruites. Tarkovski dut donc retourner le film, pour la télévision, et c'est ce montage scindé en deux parties de durées non égales (64 minutes et 93 minutes) qui existe désormais.

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Le film est du registre de la science-fiction, meme si aucun effet spécial n'est visible dans le film. L'action se passe en Russie (U.R.S.S. à l'époque, donc, toujours à l'époque où le film se déroule). Deux hommes, le Professeur (Nikolai Grinko) et l'Ecrivain (Anatoli Solonitsyn), se font escorter par un troisième homme, le Stalker (Alexandre Kaidanovski), un homme assez effacé et trouble, pauvre, et apparemment attardé (il n'en est rien). Le Stalker est un passeur, un homme qui se fait payer pour conduire (et ramener ensuite) des gens dans la Zone.

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Qu'est-ce que la Zone ? Un secteur, interdit au public, isolé, dévasté, lieu d'atterrissage, il y à un certain temps, d'une météorite (croit-on), ou d'extra-terrestres. Depuis, et meme si personne n'a le droit d'y aller, de nombreuses personnes font appel aux Stalkers pour les y conduire, car une partie de la Zone, appelée Chambre, arait le pouvoir de vous donner tout ce que vous désirez. En l'occurence, l'Ecrivain recherche de l'inspiration, qui lui fait cruellement défaut, tandis que le Professeur recherche une découverte scientifique pouvant lui permettre d'obtenir le Prix Nobel de Physique.

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Le film démarre dans un noir et blanc assez crasseux, presque sépia. A partir du moment où les trois hommes quiteront la ville sur une draisine, le film passera à la couleur (à exactement 37 minutes), pour ne plus la quitter, excepté une ou deux séquences isolées en noir et blanc, au milieu et à la fin du film. Le Stalker conduit les deux hommes à la Zone, en leur expliquant bien de faire attention, de ne jamais repasser deux fois par le meme endroit - meme le chemin du retour devra se faire par un autre passage). Diverses tensions se créent entre le Professeur et L'Ecrivain, qui ne partagent pas du tout les memes visions. Le Stalker n'essaie pas de les départager, ce n'est pas son role.

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Une fois arrivés à la Zone, et alors que l'Ecrivain, qui ouvre la marche, arrive à se dépètrer du plus dangereux piège cérébral que la Zone possède (la 'moulinette', puits très profond qui sonde au plus profond de l'ame de ceux qui s'en approchent, les enfonçant dans le désespoir), ils arrivent à proximité de la Chambre. Aucun des deux ne veut entrer le premier, l'Ecrivain parce qu'il a peur, le Professeur, parce que sa venue ici n'est pas motivée par l'espoir d'avoir tout ce qu'il désire, mais plutot par le but de détruire la Zone. En effet, le Professeur sort de son sac (qu'il avait égaré quelques temps plus tot, et était parti rechercher, au risque de se perdre) une bombe.

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Le Stalker, paniqué à l'idée de voir anéantie la Zone (qui est sa plus grande raison de vivre, compte tenu qu'il vit pour conduire autrui en ces lieux, sans aucun mobile financier, mais plutot pour rendre les gens heureux), essaie de raisonner le Professeur et l'Ecrivain (qui s'est rangé aux idées du premier). Le Stalker leur explique que la Zone représente l'espoir du peuple, et qu'en la détruisant, le Professeur détruirait l'espoir. Finalement, le Professeur détruit sa bombe, dcidant d'épargner la Zone. Et le trio repart chez eux - on ne voit pas le voyage de retour - pour la conclusion implacable du film.

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Le Stalker rentre chez lui, extrèmement fatigué. Sa femme lui demande s'il pourrait l'emmener à la Zone un jour. N'osant lui dire ce qu'est en réalité la Zone (un périmètre dévasté), il ne dit rien. Pendant ce temps, sa fille, apparemment mutante (les enfants des Stalkers ne sont pas considérés comme normaux), est assise à une table, et lit un journal. D'un coup, elle se met à regarder les trois verres posés sur la table, qui, un à un, se mettent à bouger...Le bruit et les remous d'un train passant tout près de leur maison, et donnant de violentes secousses aux murs, permet de douter - un instant seulement - sur la raison qui a poussé les verres à se mouvoir. Télékinésie, ou secousses du train ? Bien entendu, la réponse est la première. Et c'est bien une des rares réponses qu'on puisse avoir immédiatement, par rapport aux nombreuses questions sans réponses que l'on se pose en regardant ce film...

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Proprement hallucinant, Stalker est un des plus grands chef d'oeuvres du cinéma. Une expérience sensorielle, cérébrale, mystique, métaphysique, plutot lente et contemplative (Tarkovski aligne souvent les longs plans séquences fixes), non-violente, assez rebutante pour les amateurs de cinéma popcorn à la Michael Bay, mais hautement magistrale. On ne sort jamais vraiment de ce film, il vous hantera longtemps après son visionnage. Un de mes films de chevet avec La Montagne Sacrée d'Alejandro Jodorowsky. Un de ces films qu'on n'oubliera jamais.