4c31d2236242c

 

SPOILERS !...

Hier, j'ai réabordé (depuis le temps que je comptais le faire, il a fallu que je me revisionne la trilogie pour ça) L'Oiseau Au Plumage De Cristal, de Dario Argento. Ce film sorti en 1970 était non seulement le premier du réalisateur (et témoignait malgré cela d'une inventivité et d'un brio technique à toute épreuve), mais aussi le premier d'une trilogie appelée, par les fans (et le réalisateur), la trilogie animalière. Non pas parce que les héros sont des bébêtes, mais à cause des titres de ces trois films, qui font allusion à des animaux (et c'est à chaque fois une allusion à un détail de l'intrigue, qui peut ou pas avoir de l'importance). Voici le deuxième volet de cette trilogie, et aussi le deuxième film du réalisateur transalpin. Il est lui aussi sorti en 1970, en fin d'année, et on peut en parler, clairement, comme d'un film de commande. Il a en effet été écrit (en partie par Argento, en collaboration avec Luigi Collo et Dardano Sacchetti) et réalisé très peu de temps après la sortie du premier film, film qui s'est avéré être un tel succès (la vague du giallo a été, sinon lancée, du moins relancée, par ce film) que les producteurs (parmi eux, Argento et son père Salvatore via la Seda) et distributeurs ont exigé un autre opus. 

chat_9_queues-2

Cet autre opus, c'est donc ce film, Le Chat A Neuf Queues (Il Gatto A Nove Code), probablement mon préféré de la trilogie (en grande partie parce que c'est le premier que j'ai vu des trois), mais aussi, généralement, le moins bien considéré des trois. Dario Argento aime ce film maintenant, mais pendant des années, ce ne fut pas le cas, il trouvait que le film était trop consensuel, accessible, mainstream, et pour leur part, les critiques ont souvent estimé que le film exploitait un peu trop légèrement sa trame policière. Je pense personnellement, mais j'y reviendrai demain ou après-demain, que c'est le film suivant et dernier de la trilogie qui est dans ce cas, mais passons. Sans doute le fait que le film a été écrit et tourné assez vite, pour combler une demande, sans doute est-ce pour ça qu'Argento a longtemps dénigré Le Chat A Neuf Queues. Pourtant, film de commande ou pas, il n'en demeure pas moins un excellentissime giallo, brillamment interprété par un duo d'acteurs (américains comme l'acteur principal du précédent...et comme l'acteur principal du film suivant !) : Karl Malden (un des cadors du cinéma hollywoodien des années 50/60) et James Franciscus, moins connu et réputé, mais ayant joué dans Le Secret De La Planète Des Singes notamment. On a aussi Catherine Spaak (actrice française ayant souvent joué en Italie), Horst Frank (acteur allemand, le fameux Théo des Tontons Flingueurs), Pier Paolo Capponi, Rada Rassimov, Werner Pochath, Aldo Reggiani, Umberto Raho, Cinzia De Carolis et Ugo Fangareggi. Encore une fois, les mains du tueur, quand elles sont filmées en gros plan, sont celles du réalisateur.

09

Le film a été demandé, en grande partie, par les distributeurs américains (L'Oiseau Au Plumage De Cristal a cartonné là-bas), ce qui ne les a pas empêchés de virer une demi-heure de film lors de sa sortie là-bas, le faisant passer de 120 minutes à 90 minutes. J'ignore ce qui a été viré, mais j'imagine le résultat. Interdit aux moins de 12 ans (c'est toujours le cas), le film est techniquement irréprochable : les scènes de meurtres, stylisées, variées, sont filmées avec le plus grand soin, mention spéciale à celle concernant le photographe. De même que le film, encore une fois, est centré sur la perception, le regard. Dans le précédent film, le héros assistait impuissant à une agression, et n'avait de cesse, ensuite, de se remémorer la scène pour essayer d'en avoir plus, sentant que des détails lui échappaient. Ici, le témoin principal d'une agression est un aveugle, autrement dit, il est témoin auditif. L'absence de regard, de vision est importante ici, vu le handicap du personnage principal (enfin, un des personnages principaux). 

James-Franciscus-Karl-Malden-1024x426

L'action se passe en Italie (le film a été tourné aux studio Cinecitta de Rome ainsi qu'à Turin, rien n'est dit de la ville où ça se passe, probablement Turin). Le gardien de nuit d'un institut spécialisé dans les recherches génétiques (et notamment sur le fameux troisième chronomosome, XYY), l'Institut Terzi, est retrouvé assassiné, et l'agresseur s'est infiltré dans les locaux. Un journaliste, Carlo Giordani (James Franciscus) se rend sur les lieux pour écrire un article. Il fait la connaissance, sur le trottoir, d'un aveugle, Franco Arno (Karl Malden), un ancien journaliste qui vient le voir peu après dans son bureau, accompagné de sa jeune nièce Lori (Cinzia De Carolis). Il lui explique qu'il a entendu l'agression, habitant à côté de l'Institut. Peu de temps auparavant, dans la même soirée, alors qu'il rentrait chez lui, il a entendu, venant d'une voiture garée près de l'Institut, une conversation tendue concernant un chantage. Giordani ne semble pas voir de lien entre les deux faits. Le lendemain, un des scientifiques de l'Institut, Calabresi, appelle un numéro pour donner un rendez-vous à la gare. Il y est retrouvé par son interlocuteur, qu'on ne voit pas, et qui pousse Calabresi sous le train, scène immortalisée par un photographe venu pour photographier une star présente dans le train. 

Le-chat-à-neuf-queues-734x1024

Apprenant la nouvelle dans la presse, Arno file voir Giordani, convaincu que le cambriolage doublé du meurtre du gardien, la conversation dans la voiture (Lori affirmera à Arno qu'un des deux hommes de la voiture n'était autre que Calabresi) et l'accident de Calabresi à la gare sont liés. Un recadrage de la photo prouve que l'homme a été poussé, on voit les mains de l'agresseur. Comme pour prouver que tout est lié à l'Institut et qu'il vaut mieux ne pas chercher à en savoir plus, le photographe, puis la fiancée de Calabresi (chez qui Arno est venu poser quelques questions de routine) Bianca Merusi (Rada Rassimov), sont retrouvés assassinés, étranglés à la cordelette. Le tueur, chez le photographe, a pris les négatifs et tirages de la photo de la gare. Plus que jamais persuadés que tout tourne autour de l'Institut, Carlo et Franco vont surveiller les lieux et les différents scientifiques qui y travaillent. Carlo va plus particulièrement faire connaissance avec Anna (Catherine Spaak), la fille du directeur de l'Institut. C'est elle qui va qui expliquer la teneur des travaux sur le chromosome XYY, une rareté génétique qui prouverait une prédisposition à la violence... 

ob_3555ed_chat-a-neuf-queues

Le film regorge de scènes franchement exemplaires, celle du cimetière, nocturne comme il se doit (Franco et Carlo se rendent au cimetière pour ouvrir la tombe de Bianca Merusi, dans le caveau familial, persuadés qu'un indice sur le tueur, ou en tout cas l'affaire, se trouve dans un médaillon avec lequel elle a été enterrée), étant incontestablement la meilleure du film. Tout le sens du suspense d'Argento est là (SPOILERS ! SI VOUS NE VOULEZ PAS SAVOIR, PASSEZ AU PARAGRAPHE SUIVANT ! IL VOUS RESTE 10 SECONDES ! 9 ! 8 ! 7 ! 6 ! 5 ! 4 ! 3 ! 2 ! 1 ! VOUS ETIEZ PREVENUS !) : Arno fait le guet dehors pendant que Giordano fouille ; la porte du caveau se referme soudainement, et Giordani reste dans le noir pendant de longues minutes avant que la porte ne se rouvre et que Franco Arno ne rentre, titubant, une expression hagarde sur le visage, yeux fixant le vide et canne-épée suintante de sang. Il a été agressé par le tueur et l'a repoussé en le blessant, mais pendant un instant, on se pose vraiment des questions (et Giordani aussi !), se demandant si Arno ne serait pas le tueur. La première fois qu'on voit cette scène, on est vraiment pris par l'angoisse et le doute. Coup de maître en la matière ! Idem pour la scène du lait, chez Giordano, remplie d'un suspense assez intense.

 

Le-Chat-à-neuf-queues-1024x426

 

Un truc qui est génial aussi, avec ce film, c'est l'impossibilité du spectateur de découvrir qui est le tueur avant la révélation finale (au cours d'un climax anthologique). On apprend sinon pas mal de choses sur les différents scientifiques (autant de suspects), untel est homo, un autre cache des secrets familiaux... Le jeu des acteurs, parfois trouble (Catherine Spaak, Horst Frank), en rajoute à l'ambiance délétère qui plane tout au long de ce film. Je ne comprend franchement pas pourquoi on a dit du Chat A Neuf Queues que son intrigue était traitée avec désinvolture. Pour moi, le film suivant, Quatre Mouches De Velours Gris, bien que remarquable, est vraiment concerné par cette critique, mais j'y reviendrai bientôt. En attendant, ce second volet de la trilogie (des films, mis à part ça, indépendants) est une réussite, un régal de suspense et de thriller horrifique, avec des crimes bien remuants et une intrigue tarabiscotée comme on aime. Un des meilleurs gialli qui soient, et un des meilleurs Argento !