SPOILERS !

Universal Studios

1971 sera une année dure pour Eastwood. OK, c'est l'année de sortie de son premier film en tant que réalisateur (Un Frisson Dans La Nuit) et de L'Inspecteur Harry de Don Siegel, deux gros succès. Mais 1971 sera aussi l'année où Eastwood (rapport au film de Siegel) sera taxé de fasciste total, comme quoi son personnage de flic extrèmiste serait un peu too much, trop radical, trop beaucoup méchant, quoi. Eastwood mettra du temps à se sortir de cette putain de mauvaise réputation.

En 1971, un film très ambitieux et décalé (décalé par rapport aux films habituels de l'acteur et du réalisateur) sort. Réalisé par Don Siegel, ce film s'appelle Les Proies (The Beguiled en anglais) et sera un échec total. La raison est surtout contenue dans le fait que les gens, voyant que le film se passerait en pleine guerre de Sécéssion, et faisant confiance à l'affiche représentant un Eastwood en soldat mal rasé, verraient en ce film un western. Alors que ce n'est absolument pas un western, mais un drame lorgnant un peu (surtout dans sa fin) vers le thriller psychologique.

Clint Eastwood. Universal Studios

Le film parle d'un soldat nordiste, John McBurney (surnommé McB), qui, en plein combat en terrain ennemi (sudiste, donc) est blessé. Il parvient à se mettre à l'écart du champ de bataille, et s'écroule à proximité d'un sentier. Il est découvert par une jeune fille, Amy, qui l'emmène dans une pension pour jeunes femmes (dans laquelle elle vit), afin qu'il puisse etre soigné. Sa tenue parle pour lui : il est un ennemi, il sera donc soigné et 'séquestré' en attendant qu'une patrouille confédérée passe ; à ce moment-là, il leur sera remis en tent que prisonnier de guerre.

Clint Eastwood. Universal Studios

McB se remet, progressivement, de sa blessure, et fait connaissance, peu à peu, avec les différentes pensionnaires, dont certaines sont troublées par la présence d'un homme en leur demeure. La pension est tenue par Martha (Geraldine Page) et Edwina (Elizabeth Hartman), plus jeune en est l'adjointe. Edwina ne tardera pas à tomber secrètement amoureuse de McB, lequel, tout en éprouvant lui aussi une certaine attirance pour elle, tentera également de séduire d'autres pensionnaires, et sera meme pris la main dans le sac, dans le lit de l'une d'entre elles. Bien sur, à partir de là, tout dérapera.

Universal Studios

Au fur et à mesure, McB n'est plus vraiment considéré comme une prise de guerre, mais comme le coq de la basse-cour. Croyant avoir la situation bien en main (Eastwood campe un parfait macho), McB se rendra compte qu'il ne controle absolument rien, et qu'une assemblée de femmes en colère peut faire beaucoup de dégats sur sa personne...notamment une amputation non réglementaire sur sa pauvre jambe blessée, soignée puis à nouveau blessée par une pensionnaire. McB est endormi, puis opéré (scène incroyable et glaçante), et, à son réveil, il constate avec horreur l'amputation (qui se serait avérée nécéssaire, la gangrène le menaçant).

Geraldine Page et Clint Eastwood. Universal Studios

La situation se referme donc inextricablement. McB tentera bien d'imposer sa loi (celle du pistolet), mais un repas en 'famille' brisera encore une fois son emprise, par le truchement de champignons vénéneux qu'on lui servira à manger...champignons cueillis spécialement pour lui par la petite Amy, benjamine de la pension. Et c'est un McB mort que la patrouille confédérée trouvera, à proximité de la pension...

Geraldine Page et Clint Eastwood. Universal Studios

Les Proies (qui devrait plutot s'appeler La Proie) est l'unique tentative de cinéma bergmanien pour Don Siegel, et meme pour Eastwood. Inspiré par une tragédie d'Eschyle, mais surtout par un roman de Thomas Cullinan, le film offre probablement un des plus grands roles (si ce n'est le plus grand) de Clint Eastwood, et est le meilleur de Siegel. Son insuccès à sa sortie et sa rareté (il passe rarement à la télévision) lui ont donné un statut (mérité) de film culte.

C'est, en tout cas, un des films les plus oppressants et psychologiquement déstabilisants (mais déstabilisant pour un spectateur masculin uniquement, la perte de virilité étant un des thèmes du film, la scène d'amputation pouvant se comparer à une castration, en quelque sorte) que j'ai vu. C'est aussi un des plus grands films qui soient, et je ne parle pas à la légère (comme c'est aussi le cas des autres articles de mon blog).