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Beyond 1984, beyond 2001, beyond love, beyond hate...

Je l'ai fait pour mon blog musical (Rock Fever), pourquoi ne pas le faire aussi pour Mes Films De Chevet ? Faire quoi, au juste ? Hé bien, refaire des articles publiés depuis longtemps, afin a) de remettre les films abordés par ces anciennes chroniques au goût du jour car ça fait longtemps que ces articles pataugeaient dans  la Préhistoire du blog et b) de proposer des chroniques plus développées que les anciennes, mieux écrites (enfin, je l'espère), bref, du neuf avec de l'ancien. Ca peut aussi permettre de proposer un avis différent de l'ancien, dans le cas où mon avis sur tel ou tel film aurait changé, ce qui, soit-dit en passant, ne sera pas le cas pour les premières 'nouvelles-chroniques-remplaçant-les-anciennes' qui seront publiées ici sur l'article-même de l'ancienne chronique (le lien ne change donc pas dans les pages de sommaire). Quand j'avais crée ce blog, à la base sur AllôCiné, le premier article que j'avait fait concernait le film Zardoz de John Boorman. Par la suite, lorsque j'ai transposé les articles sur la plateforme Canalblog (avec l'aide d'Alice In Oliver, qui a fait une partie du taf), l'ordre n'a pas été repris, on a fait ça au fil de l'eau. Mais pour cette première chronique refaite au sujet d'un film déjà abordé ici, c'est avec Zardoz que j'ai voulu démarrer. Pour le symbole ? Pour faire remonter à la surface un vieux film aujourd'hui bien oublié, et qui, de plus, possède une réputation à faire frémir celle de Bernard Madoff ? Un peu des deux, bro'.

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Ce film, il est vrai, n'a pas eu de bol dans la vie. D'abord ce fut, et ce, malgré la présence alléchante et même rassurante de Sean Connery en tête d'affiche, un bide commercial retentissant, les gens ne se sont pas rués dans les salles, c'est le moins que l'on puisse dire. Le film a aussi été un échec critique, il a été allumé, démoli par la presse, et ça a perduré pendant des années avant que, progressivement, Zardoz ne se fasse, petit à petit, réhabiliter (et encore, c'est pas gagné en 2014, 41 ans après la sortie du film). Pendant longtemps, le film a trouvé une place de choix dans les listes et classements des plus grands nanars et films de série Z (gasp...) du cinéma, un livre sur les nanars possédait même une photo issue du film, photo il est vrai peu engageante (Connery, dans sa tenue minimaliste rouge, un flingue antique à bout de bras, dans un décor désertique), en guise de visuel de couverture, honneur infâme ! Le film est sorti en DVD en 2002, il était, avant cela, difficile de le voir, et on ne peut pas dire que Zardoz fasse partie des films les plus souvent diffusés à la TV, satellite compris (en fait, en-dehors des chaînes du satellite, c'est bien simple : je n'ai JAMAIS vu ce film une seule fois à la TV en diffusion). Le film est oublié, et certains diront même qu'il est à oublier ; je ne suis pas de cet avis.

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Certes, Zardoz est un film possédant des tares. Dans le commentaire audio sur le DVD, John Boorman, réalisateur (et unique personne faisant le commentaire), explique que le film, tourné en Irlande non loin de la maison du réalisateur (ce qui fut aussi le cas d'Excalibur, en 1981, notamment), possédait un budget des plus rikiki, et ça se ressent fortement dans le visionnage. Pas à cause de la tenue minimaliste (un slip rouge, une ceinture de munitions, des bottes cuissardes) de Sean Connery, qui, soit-dit en passant, s'est fortement congelé les couilles pendant le tournage, qui n'a pas eu lieu en été, mais à cause de tout le reste.

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Zardoz est un film de science-fiction, et Boorman n'est pas un spécialiste de ce genre. Niveau effets spéciaux, c'est pour le moins...sobre. Il y en à, mais on aurait aimé qu'il n'y en ait pas, voilà ce que je veux dire : les effets spéciaux sont ratés. Des fondus image par image, ce genre de choses. Ca, plus une histoire des plus étranges et complexes (première fois que j'ai vu le film : j'ai strictement rien capté ; seconde fois : aussi ; troisième fois : ça allait un peu mieux), plus des décors assez étranges (à la fois rustique et futuriste, ça fait vraiment chelou), tout ça fait qu'on se demande souvent, en visionnant le film, où Boorman voulait en venir. La réputation merdeuse de Zardoz semble, au départ, justifiée. C'est avec le temps qu'on se rend compte que le film va loin et est des plus riches. C'est, aussi et surtout, un film culte s'il en est, et possédant quelques images qui restent longtemps en mémoire, comme ce générique nuageux avec, sur fond sonore de la Septième de Beethoven, un masque de pierre grimaçant à l'effigie de Zeus (voir affiche, voir, aussi, photo ci-dessus), planant dans les airs avant de se poser. A la base, le film démarrait ainsi, par le générique (non, rien d'original, hein ?), mais Boorman, sentant que les projections-test étaient brouillonnes, fera rajouter une scène de deux minutes (environ) montrant, sur fond noir, une tête humaine, flottant, et parlant (photo ci-dessous). Cet homme, dont on ne voit que la tête, parle, et nous explique qui il est : Arthur Frayne, alias Zardoz. Ce petit passage a été rajouté afin d'aider les gens à comprendre le film, mais Boorman avoue, dans le commentaire audio du DVD, que ce ne fut pas des plus concluants ! A noter que sur le DVD, cette scène n'a pas été doublée en français, et qu'il faut, donc, à moins d'être parfaitement bilingue ou de ne voir, par conviction, les films qu'en VOST, mettre le sous-titrage pour comprendre ce qui est dit. Cette scène introductive n'a sans doute pas été utilisée lors de la sortie française du film à l'époque !

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Sinon, de quoi parle Zardoz ? Vaste programme, comme le Général l'aurait dit sur un tout autre sujet. L'action de ce film se passe en Angleterre (du moins, le suppose-t-on ; comme je l'ai dit, ça a été tourné en Irlande), en 2293. Le monde est ravagé, décor post-apocalyptique. Les Hommes qui (sur)vivent dans ce monde désolé sont divisés en trois catégories : les Brutes, les Exterminateurs et les Eternels. Les premiers, des gens simples, des paysans, des pauvres, fournissent de la nourriture pour les Eternels, qui méritent bien leur nom car ils ont découvert le secret de  la vie éternelle, et vivent reclus dans des 'vortex', des régions isolées protégées par des murs invisibles (des champs de force). Les Exterminateurs, eux, sont chargés de réguler les Brutes, et vouent un culte au Dieu Zardoz, qui est aussi vénéré par les Brutes, et leur apparaît sous la forme d'une gigantesque tête antique de pierre, qui leur crache des armes ou de la nourriture, et sert aussi pour récupérer la nourriture pour les Eternels. Ce Zardoz n'est en réalité qu'un Eternel du nom d'Arthur Frayn (Niall Buggy) qui, pour passer le temps, a eu l'idée de se faire passer pour un Dieu. Un jour, Zed (Sean Connery), un des Exterminateurs, a l'idée de se cacher dans la tête de pierre après que les autres Exterminateurs soient partis, afin de savoir ce qu'il y à de l'autre côté. Il arrive ainsi dans le 'vortex', et va découvrir les Eternels. Eux aussi vont découvrir, avec stupeur, un Homme pouvant mourir (ce qui, pour certains d'entre eux, est un cadeau divin, l'immortalité pouvant être très usante et lassante...), un Homme différent d'eux, totalement inculte, sauvage, une bête pour eux...

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Interprété, donc, par Sean Connery, mais aussi Charlotte Rampling, John Alderton, Sara Kestelman, Niall Buggy et Sally Anne Newton, Zardoz est un film vraiment étrange. Certains diraient même que c'est un grand film malade. Tourné quasiment chez l'occupant (Boorman !) avec peu de moyens, une débauche de décors bizarres (les intérieurs de maisons, du 'vortex', donnent l'impression que les décorateurs ont été puiser chez divers antiquaires du coin, un bric-à-brac, le tout, dans une sorte d'ancien corps de ferme, apparemment, très rural ; parallèlement, d'autres décors font très futuristes, plein de miroirs, de reflets, de couleurs, de prismes, kaléïdoscopes, etc), des acteurs dans l'ensemble peu connus (Connery et Rampling exceptés) et exclusivement britanniques, et un scénario des plus abscons, Zardoz n'a pas vraiment de quoi plaire au premier abord. Comme je l'ai dit plus haut, je n'ai rien compris au premier visionnage (en même temps, j'avais 12 ans, c'était en salles, dans un cinéma d'art et d'essai qui rediffuse de temps en temps de vieux films), et je n'avais pas trop aimé, par conséquent. Le film m'est devenu culte par la suite, et je n'ai pas honte de dire que c'est clairement un de mes films préférés au monde avec La Montagne Sacrée de Jodorowsky et Phantom Of The Paradise de De Palma (les tous les Kubrick de la période 1968/1980). Je pense aussi que c'est un des meilleurs films de John Boorman, réalisateur aussi de Délivrance, Excalibur, Le Point De Non-Retour et Leo The Last, autres excellents films. Zardoz est surtout un des films les plus sous-estimés et oubliés qui soient, un classique de la SF, un film bien timbré, il est vrai, et je peux comprendre qu'on ne l'aime pas, mais je pense qu'il est, en tout cas, à voir, vraiment.

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Oubliez le look totalement dévasté de Sean Connery et le manque de moyens, on sent vraiment une totale originalité (le scénario est de Boorman seul), ça change des films de SF classiques. Le film est assez initiatique, assez expérimental parfois, totalement décomplexé, abordant des sujets assez graves comme la mort et les différences sociales, riche en images qui font date (la tête de pierre, la dernière séquence, même ce pain de couleur - bleu ! - que Boorman dira, par la suite, assez fréquemment trouver dans les chambres d'hôtel qu'il réservait, en hommage de certains fans ayant appris sa présence dans l'hôtel), et baigné par une musique sublime (Beethoven, need I say more ? Mais on a aussi de la musique composée, pour le film, par David Munrow, qui est pas mal du tout). On peut se demander, parfois, en visionnant le film, qu'est-ce qui a bien pu passer par la tête de Boorman pour faire un film aussi barré (à noter que le rôle principal fut refusé par Burt Reynolds, non pas par goût, mais pas nécessité, il s'était blessé au dos), mais la réponse est toute simple : Délivrance (avec, justement, Reynolds), le film précédent de Boorman, fut un tel succès que l'on dira à Boorman tu as carte blanche pour ton prochain film, fais-toi plaisir, on te laisse faire ce que tu veux, et ce fut Zardoz. Ceux qui lui dirent ça (distributeur, etc) regrettèrent-ils cette déclaration une fois le film achevé ?

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En tout cas, moi, je le dis haut et fort, clair et net, ce film, certes pas parfait, est tout de même un sacré classique de la science-fiction/anticipation, nettement plus apprécié aujourd'hui qu'en 1973 par ailleurs, totalement culte, mythique même, et un des films de SF les plus originaux qui soient. Et non, non, non, ce n'est ni un navet, ni un nanar. C'est un bon reflet de son époque, aussi, car un film pareil, aujourd'hui, personne, et je dis bien : PERSONNE, ne pourrait le refaire. Un film qui a des défauts et des qualités, et parfois, ses qualités sont ses défauts, et réciproquement. Et si vous voulez savoir ce que le titre du film signifie, sachez que (SPOILERS ! ceux qui n'ont pas vu le film et ne veulent pas savoir, arrêtez la lecture ici !) que c'est une allusion au roman et au film Le Magicien D'Oz : wiZARD of OZ, et une autre allusion à ce roman et ce film se trouve dans le personnage d'Arthur Frayne, une sorte de Oz, dans un sens (le personnage du Magicien d'Oz est un faux magicien, qui se fait passer pour tel afin de se faire vénérer et craindre comme un dieu)...