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Attention : risque de spoilers !

Parmi mes films de chevet, il en est un qui me tient particulièrement à coeur. C'est celui-là, More, réalisé en 1969 par Barbet Schroeder, production luxembourgeoise tournée à Paris et à Ibiza, et en langue anglaise (mais avec des scènes tournées en Français, en espagnol et en allemand). Compte tenu que je suis un fan absolu du groupe de rock planant Pink Floyd, et compte tenu que la musique de ce film a été intégralement composée par Pink Floyd, je ne peux qu'adorer ce film. Surtout que le style très psychédélique et parlant du film (de même que son coté un peu surrané - ça a un petit peu vieilli) me plaît aussi énormément.

Le film raconte une histoire universelle, celle de l'amour (auto-)destructeur. Une jeune Allemand, Stefan (Klaus Grünberg), vient de finir ses études, et décide de partir à l'aventure. Dès le début du film, on le voit, sous une pluis battante, faire de l'auto-stop, en direction de Paris. Il y parvient, et une fois à Paris, fait la connaissance, dans un bar typiquement parisien, d'un jeune Français, Charlie (Michel Chanderli), au look de jeune désoeuvré un peu débrouillard, sorte de 'Titi Parisien' baba-cool. Charlie, qui manie bien la langue de Shakespeare, prend Stefan sous son aile, et ensemble, ils font les 400 coups, se rendent dans des soirées hippies huppées (matez le jeu de mots) et s'emmerdent.

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Au cours d'une de ces soirées, Stefan fait la connaissance d'une jeune Américaine, Estelle Miller (Mimsy Farmer, icône du cinéma hippie), qui lui semble un peu distante, mais avec laquelle il discute assez gentiment. Pendant ce temps, Charlie, en quête de thune, vole de l'argent dans le porte-feuilles des invités, notamment dans celui d'Estelle. Au moment où Stefan et Charlie s'en vont, Charlie le lui dit, et Stefan, en colère, décide de rendre l'argent à Estelle dès le lendemain, à son hôtel (dont elle lui avait donné l'adresse). Il lui rend l'argent, elle l'invite à fumer un pétard avec elle (son premier joint, pour Stefan), et finissent par coucher ensemble. Estelle révèle à Stefan qu'elle est une ancienne droguée, et lui annonce qu'elle s'en va pour Ibiza, rejoindre des amis qui y vivent, notamment un certain Dr Wolf, et l'invite à venir avec elle. Stefan dit oui, mais qu'il la rejoindra quelques jours plus tard, devant achever une affaire à Paris.

Louise Wink. Les Films du Losange

Stefan rejoint Estelle à Ibiza, lieu où le reste du film se passe (à ce momentlà, à peine une demi-heure s'est passée dans le film). Paysages de carte postale...Stefan cherche Estelle, ne la trouve pas, et cherche auprès du Dr Wolf, un ancien militaire allemand ayant trouvé refuge à Ibiza (et s'étant spécialisé dans le commerce de drogue, comme on le découvre vite). Stefan trouve Wolf (Heinz Engelman), sympathise avc lui (entre compatriotes...), et finit par trouver Estelle. Elle lui paraît étonamment distante, même plus que distante. Il couche avec elle, mais elle ne réagit pas, comme une morte. Elle lui donne rendez-vous à une soirée hippie, dans la campagne d'Ibiza. Il s'y rend, elle le retrouve, s'excuse de son comportement. Ensemble, ils fument à la pipe d'opium. Le mélange opium/alcool ne réussit pas à Stefan, qui se met à devenir agressif, et insulte presque Estelle, lui demandant si elle couche avec Wolf (qui a quand même dans les 50 ans, et pourrait être son père). Une violente dispute s'engage, Stefan se couche dans un coin de la cabane servant de décor pour la soirée.

Stefan et Estelle se réconcilient, et décident de s'installer dans une petite maison isolée dans les hauteurs d'Ibiza. Stefan vient chercher, en pleine nuit, Estelle à l'hôtel de Wolf. Elle pique un gros paquet se trouvant dans le bureau de Wolf, paquet qui contient des doses d'héroïne.

Les Films du Losange

Pendant que Wolf, furieux, se lance à leur pourquite, Estelle et Stefan mênent une vie tranquille et très nature dans la petite maison, se dorant nus au soleil, vivant paisiblement, fumant de l'opium ou des pétards. Un jour, Estelle révèle à Stefan ce qu'il y à dans le paquet qu'elle a dérobé à Wolf. Demandant à Stefan s'il veut essayer l'héroïne, juste une fois, il accepte, et elle lui fait un shoot d'héro. Ca lui plait tellement qu'il commence à devenir totalement accro. Estelle, elle aussi, replonge.

Wolf retrouve les deux tourtereaux junkies (au fait, Ibiza était le repaire idéal des drogués), et Stefan lui rend les doses restantes, tout en proposant à Wolf de travailler pour lui afin de lui rembourser le reste, ce qui est fait sans problème. Estelle et Stefan s'installent à nouveau dans le centre de l'île, abandonnant la maison des hauteurs. Ils plongent de plus en plus dans la came (surtout Stefan, abandonné de l'amour d'Estelle, de plus en plus irritante et distante) et deviennent des parias dans l'île.

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Un jour, Charlie débarque à Ibiza pour retrouver Stefan. Stefan est très content de retrouver son ami français. Charlie, voyant l'état de Stefan, lui demande de rentrer avec lui à Paris pour qu'il se fasse désintoxiquer. Stefan, n'ayant plus grand chose à faie à Ibiza, accepte. Mais un soir, découvrant l'infidélité d'Estelle (elle couche avec Wolf, il l'apprend d'elle-même), il pète les plombs et achète à un dealer deux doses d'héro qu'il prend à la suite. Victime d'overdose, il meurt, et sera enterré presque anonymement, à la sauvage, dans un champ de l'île. Seul son ami Charlie, ainsi que deux autres personnes de l'île - dont le dealer... - , seront à son enterrement.

Le film raconte une histoire vraie (enfin, en partie), vu qu'un ami du réalisateur avait été victime d'une overdose mortelle à Ibiza. D'ailleurs, Barbet Schroeder lui-même joue dans son film, dans la scène finale, il joue un des porteurs du cercueil.

Louise Wink. Les Films du Losange

Dur, cru, choquant (interdit aux moins de 18 ans en 1969, interdit aux moins de 16 ans de nos jours), le film est un vrai manifeste anti-drogue. On peut constater la dégénérescence physique et psychologique du personnage principal, un jeune homme apparemment banal, qui pourrait être n'importe qui. L'histoire est on ne peut plus crédible, intemporelle. L'interprétation, très juste, donne encore plus de crédit au film. La musique, sublime, du Pink Floyd permet de situer le film dans le temps (fin des sixties) et reste la seule chose datable de More. Cependant, rien n'a vraiment vieilli ici. Un film exemplaire, indispensable, et très rare. Même si le DVD vient de sortir, évênement proche du cosmique.

Vraiment grandiose. A regarder pour ne jamais plonger dans l'enfer de la drogue...