01 octobre 2009

Un film sous-estimé

Attention : cet article révèlera probablement des spoilers sur le film ! Si vous ne l'avez pas vu et ne voulez pas tout savoir avant de le regarder, attention !!

Sorti en 2002, La Prophétie Des Ombres n'a pas beaucoup d'atouts pour jouer en sa faveur. Le style du film (tant l'histoire que le style, en incluant la manière dont il est réalisé) ressemble beaucoup à un épisode de la série X-Files, le sujet semble avoir déjà été rabattu des centaines de fois (alors que ce n'est pas le cas !), du en partie à la ressemblance avec cette fameuse série TV à succès dans les années 90, le réalisateur n'est pas très connu (il a fait Arlington Road, pas exactement un grand film, même si pas un nanar quand même)...et, comble de tout, l'acteur principal n'est autre que le grisonnant et plat Richard Gere, dont le dernier bon film reste quand même American Gigolo de Paul Schrader, qui date de 1980 (quand même !)...

Donc, vu comme ça, ce film, inspiré de faits réels et basé aussi sur un livre écrit par un témoin de ces faits, partait mal pour une renommée internationale. Le film sortira presque anonymement, pas beaucoup de promotion, pas beaucoup de retentissement. Des critiques assassines, d'autres assez gentilles. Dans le fond, on ne retiendra pas grand chose de ce film lors de sa sortie, il n'aura pas marqué les esprits, et la sortie DVD ne sera pas (pléonasme) un évênement intergalactique comme ce fut le cas pour Le Seigneur Des Anneaux ou Spiderman.

Mais il faut réhabiliter La Prophétie Des Ombres, car le film est vraiment excellent. Dire qu'il s'agisse du second meilleur rôle de Richard Gere serait exagéré, l'acteur est vraiment un des pires au monde avec Totof Lambert et Steven 'Saumon Agile le casseur de petits bras' Seagal : aucune expression sur le visage, ou plutôt, deux expressions : 'je suis triste/étonné/surpris/pas à l'aise', et 'je suis content/rassuré/gai/rieur'. Ca fait peu. Mais on ne regarde pas le film pour ses talents d'acteur. On regarde le film parce qu'il fait peur, littéralement, et avec pas grand chose, en fin de compte.

Le film est inspiré d'un roman intitulé "The Mothman Prophecies" (titre original du film, en même temps), écrit dans les années 70 par l'auteur/journaliste John A. Keel. Cet auteur fut témoin, dans la ville de Point Pleasant (en Virginie) et ailleurs (mais surtout à Point Pleasant) d'évênement troublants, qu'il relatera dans le livre. Tout ce qui est vu ou dit dans le film est vraiment arrivé, excepté ce qui concerne la femme du personnage de Klein (R. Gere). Mais les évênements survenus dans la ville de Point Pleasant, dans le film, sont réellement arrivés, et la ville, bien sûr, existe bel et bien.

L'histoire, donc, est assez troublante. Washington. Un journaliste du Washington Post, John Klein (Richard 'une poêle à frire islandaise aurait plus d'expression que moi' Gere) a un accident de bagnole avec sa femme, qui conduisait. Au moment de l'accident, sa femme verra une forme étrange foncer vers la voiture (c'est, en fait, la cause de l'accident). A l'hôpital, où on diagnostique une tumeur inopérable et maligne au cerveau de Mary Klein, celle-ci, avant de mourir, révèle à son mari ce qu'elle a vu. Elle meurt, Klein récupère les affaires de sa femme à l'hosto, et notamment un carnet de dessins dont toutes les pages sont remplies de dessins similaires représentant une forme ailée, sorte d'homme-papillon (le terme 'Mothman' signifie 'homme-phalène', 'homme-papillon') assez étrange et flippant. Le dessin ci-dessus est une capture d'image représentant un de ces dessins.

Debra Messing et Richard Gere. Société Nouvelle de Distribution (S.N.D.)

Un an ou deux passent. Klein, de nuit, prend la route pour se rendre à Richmond, afin d'interviewer un homme politique. Au cours du trajet, la voiture, en pleine cambrousse, cale. Tout ce qui marche à l'électricité, piles (etc, etc) cesse de fonctionner. Klein est coincé en pleine campagne, se rend dans la maison la plus proche pour demander à téléphoner à un dépanneur (au fait, c'est censé se passer dans les années 60, comme les vrais faits, mais il est question de la tragédie de Tchernobyl - 1986 - à un moment donné...). Il frappe à la porte, et un homme (Will Patton) lui ouvre, l'air inquiétant. Il brandit un fusil, et lui dit 'je savais que vous reviendriez, salopard', avant de l'emmener de force dans la salle de bains, de dire à sa femme d'appeler les flics, et de toujours le maintenir en joue avec son fusil. Klein ne comprend rien, il est affolé. Le flic (ou plutôt, la fliquette : Laura Linney) arrive à calmer l'homme, qui s'appelle Gordon Smallwood. Gordon explique que cela fait deux ou trois nuits de suite qu'on le réveille en pleine nuit pour demander à téléphoner, et qu'à chaque fois, c'est Klien (même si il ignore son nom) qui est à la porte. Klein, lui, affirme ne jamais être venu ici avant, et surtout pas les nuits précédentes.

Ne sachant qui croire, la femme flic (qui s'appelle Connie Parker) demande à Klein de quitter la ville afin que tout soit oublié, ce que Gordon est prêt à accepter. Voyant l'état de la voiture, elle raccompagne Klein au motel de la ville (la ville, c'est Point Pleasant, et c'est à partir de là que le film reprend les faits réels), tout en lui expliquant que les habitants sont un peu sur les nerfs en ce moment, il se passe des choses étranges. Klein découvre, au motel, qu'il se trouve à une distance phénoménale par rapport à Richmond, et dans une direction totalement opposée. En une nuit, il a parcouru, sans s'en rendre compte, une distance impossible à faire en si peu de temps, et il ne sait pas comment il est arrivé ici. Comme il tente, le lendemain, de l'expliquer à Gordon en lui parlant dans une rue de la ville, Gordon lui répond 'et c'est moi que vous traitez de fou ?', réponse somme toutes assez logique. Klein apprend que sa voiture n'a strictement rien, elle marche à merveille, chose encore plus troublante alors qu'hier, elle déconnait grave.

Laura Linney et Richard Gere. Société Nouvelle de Distribution (S.N.D.)

Klein, le soir, retourne à l'endroit où sa voiture avait calé. Connie Parker l'y retrouve, sachant très bien qu'il serait là (instinct de flic ?), et lui révèle ce qui se passe dans la ville : de plus en plus de témoignages dignes de foi (les habitants n'étant pas des dingues ou des drogués, mais des personnes respectables, comme elle lui dit) parlant d'apparitions étranges. Elle-même fait des rêves étranges, dans lesquels elle se voit entrain de mourir noyée, avant d'entendre une voix lui dire 'réveillez-vous, numéro 37'. Klein demande à voir le dossier, et constate que les descriptions et dessins faits sur les apparitions ressemblent trait pour trait à ce que sa femme avait vu et dessiné avant de mourir. Ce qui pousse Klein à enquêter pour son compte (il a apparemment oublié son interview du gouverneur à Richmond, et ignore les engueulades téléphoniques de son boss).

Il apparaît que ce personnage est un homme-papillon, une créature qui débarque, la nuit, pour annoncer de futures catastrophes. Gordon l'a vu de nombreuses fois (était-ce lui qui frappait à sa porte ? probablement), pour lui annoncer des catastrophes à venir, catastrophes qui, par la suite, arriveront bien (tremblement de terre en Equateur, crash d'avion, avec le nombre de victimes). Il lui donne même son 'nom' : Indrid Cold.

Richard Gere. Société Nouvelle de Distribution (S.N.D.)

Un soir, de sa chambre de motel, Klein reçoit un appel étrange, d'Indrid Cold, qui, apparemment, connait tout de lui. Klein décide de se renseigner plus en avant sur ce phénomène, et parvient à rencontrer, à New York, l'auteur d'un livre sur le sujet, Alexander Leek (joué par Alan Bates ; à noter : Leek est l'anagramme de Keel, auteur du vrai livre), qui lui en dit un peu plus, tout en lui demandant d'abandonner ses recherches (qui peuvent être dangereuses) et de quitter Point Pleasant, lui annonçant que le nombre sans cesse grandissant de témoignages d'apparitions d'Indrid Cold (ou quel que soit son nom) est signe d'une terrible catastrophe à venir dans la ville. Le fait que Klein soit arrivé sans le savoir à Point Pleasant signifierait qu'il aurait été envoyé là-bas pour y mourir. Ce qui ne rassure pas Klein...

Gordon est retrouvé mort, tué par le froid, alors qu'il avait attendu toute la nuit une apparition d'Indrid Cold. Son boss du journal de Washington appelle Klein pour lui dire que le gouverneur qu'il devait interviewer doit se rendre à Point Pleasant pour visiter l'usine chimique située à proximité de la ville, et de la rivière Ohio. En même temps, une apparition d'Indrid Cold annonce une future catastrophe sur la rivière Ohio. Klein, persuadé que l'usine explosera le jour de la visite officielle, tente d'alerter le gouverneur. En vain, mis ce n'est pas grave : l'usine n'explosera pas, il ne se passera rien. Klein reçoit un appel d'Indrid Cold lui annonçant que sa femme rentrera en contact avec lui à midi, au téléphone, chez lui à Washington. N'osant y croire, mais plein d'espoir de pouvoir parler à sa femme (même si il sait bien qu'elle est morte), Klein quitte la ville, et rentre chez lui. On est aux environs de Noël, un jour avant.

Washington, midi moins dix, le téléphone sonne, c'est Connie, qui lui supplie de venir à Point Pleasant passer Noël avec elle, qui lui ordonne presque d'oublier ça, de ne pas rester seul. Klein, en larmes (Gere fait presque rire tant il surjoue), lui dit qu'il ne peut pas. Il raccroche juste avant midi. A midi, le télephone sonne, mais il ne décroche pas. Il débranche le téléphone, mais ça continue de sonner, preuve que ce n'est pas un appel normal. Klein retourne à Point Pleasant, comme Connie lui a demandé.

Laura Linney. Société Nouvelle de Distribution (S.N.D.)

Il y parvient le soir. Embouteillages sur le pont surplombant la rivière Ohio. Parmi les voitures, celle, officielle, de Connie Parker. A ce moment, les fondations du pont commencent à trembler, les rivets se barrent, le pont se fissure, va s'écrouler. Klein se souvient de la prophétie, et prend conscience que la catastrophe est en train de se produire. Il parvient à faire fuir pas mal de gens vers la sortie du pont, mais le mal est fait, le pont s'effondre progressivement, embarquant plusieurs centaines de gens dans la rivière glacée. Klein aperçoit Connie tomber avec sa voiture. Il saute, et la sauve. Il apparait ensuite que le nombre de victimes sera de 36 personnes, et que si Klein n'avait pas réussi à sauver Connie, elle aurait été la 37ème. Comme dans le rêve qu'elle faisait, 'réveillez-vous, numéro 37'...Et c'est la fin du film, après un panneau annonçant qu'aucun autre évênement de ce genre ne recommenca à Point Pleasant.

Le film est flippant de par son histoire, son ambiance, et parce que les évênement qui arrivent se sont vraiment produits. De plus, une scène du film contient quelque chose d'étrange : lors d'une scène où Gere est seul dans sa chambre de motel, on le voit claquer brutalement, de colère (son appel téléphonique fut houleux !), la porte du placard, sur laquelle se trouve un miroir. Le miroir pivote vers la caméra, le temps d'une seconde, et on y aperçoit un visage, qui n'est certainement pas celui de Gere (car on voit bien Gere en arrière-plan) ni de quiconque d'autre (car il est seul dans la pièce). Est-ce un mec de l'équipe du film, autrement dit, est-ce une erreur de tournage...Ou est-ce une apparition, qui ne fut pas remarquée lors du tournage et montage du film ? En tout cas, l'effet, saisissant, dure peu de temps (une seconde, mais c'est suffisant pour s'en rappeler, limite subliminal) mais est assez étrange et flippant. La photo ci-dessous est une capture d'image de cette scène :

untitled

Rien que pour cette courte scène, et rien que pour la scène où Leek/Alan Bates explique à Klein ce que sont les hommes-papillons, j'adore ce film. Pas un chef d'oeuvre, mais largement sous-estimé. Presque un chef d'oeuvre mineur et oublié, selon moi. Mais je vous rassure, j'adore aussi les films de Kubrick, Kurosawa, Tarkovski, Fellini, Pasolini et Jodorowsky...

Posté par : Alice In Oliver à - - Permalien [#]
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