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J'adore Tintin. J'adore la BD en général, la BD franco-belge en particulier, et Tintin fait partie de mes séries préférées (et je sais ne pas être le seul dans ce cas). J'ai lu et relu tous les albums, vu et revu tous les films, dessins animés et épisodes de série TV animée ayant été faits à partir de cette série. Récemment, j'ai abordé ici le film de Steven Spielberg, tant attendu, et sorti en 2011. Auparavant, et il y à de celà assez longtemps (2009/2010), j'avais abordé, sur ce blog, les autres productions cinéma basées sur la série d'Hergé : les deux films avec acteurs, des années 60 (abordés en un seul et même article), et les deux dessins animés de long-métrage. J'ai eu envie de reparler du premier de ces dessins animés, sorti en 1969, réalisé par Raymond Leblanc et ses Studios Belvision, et intitulé Tintin Et Le Temple Du Soleil. Pourquoi ce dessin animé et pas un autre ? Pour deux raisons : d'abord, des différents articles sur Tintin, sur le blog, c'était le plus ancien (2009, ça commence à dater), et il fallait bien le réactualiser. Ensuite, c'est un de mes dessins animés préférés au monde, définitivement. J'avais vraiment envie d'en reparler, plus longuement, car, en plus, l'ancienne chronique (ne la cherchez plus, elle n'existe plus) était, franchement, trop courte et assez moyenne. Même visuellement, elle faisait pitié, deux pauvres illustrations minuscules et moyennement jolies, pixellisées, je ne m'étais pas fait chier à l'époque (ou alors, j'avais pris ce que j'avais trouvé sur le Net)... Je rectifie, donc, ici.

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Comme son titre l'indique, Tintin Et Le Temple Du Soleil adapte l'album Le Temple Du Soleil (ainsi que son prédécesseur, Les 7 Boules De Cristal, les deux albums formant, comme chacun le sait, un diptyque). Ce diptyque est généralement considéré par les fans comme le magnum opus de la série entière, les meilleurs albums, et force est de constater que c'est le cas (j'avoue cependant encore plus adorer les deux albums précédents, Le Secret De La Licorne et sa suite Le Trésor De Rackham Le Rouge). D'une durée de 90 minutes, le dessin animé adapte essentiellement Le Temple Du Soleil : 20 minutes à peine après le début du métrage, les héros sont au Pérou, où ils débarquent dès la première case du deuxième album du diptyque. Quant aux 20 premières minutes, c'est, donc, Les 7 Boules De Cristal, mais en accéléré : un rapide résumé au début du dessin animé, en forme de conférence (le conférencier a de belles allures d'Hergé, et on reconnaît la Castafiore et Bob De Moor - un des membres du Studio Hergé - dans le public !), sur l'expédition ayant entraîné la malédiction de la momie et les premières victimes de ladite malédiction, puis l'action démarre directement chez le dernier scientifique visé, Bergamote, chez qui se trouve la momie de l'Inca Rascar Capac, but de l'expédition maudite relatée plus avant. Au cours de cette scène orageuse (car se passant en plein orage, ah ah), la momie se volatilise avec la foudre, Bergamote est touché par la malédiction, Tournesol, ayant glissé à son poignet un bracelet sacré de la momie, est enlevé, Tintin et le Capitaine Haddock (et Milou) se lancent à sa recherche, et leur traque les mène à Lima, Pérou, où le "Pachacamac", navire ayant vraisemblablement embarqué Tournesol, est arrivé.

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Dois-je, en fait, résumer cet album (ce que j'ai en partie fait juste avant), et donc, ce film d'animation ? Non, n'est-ce pas ? Vous avez, du moins je le pense et l'espère, au moins une fois lu les albums, ou vu le dessin animé, donc vous connaissez l'histoire. Tintin Et Le Temple Du Soleil en est une très bonne adaptation, pas parfaite car on y trouve des différences (notamment les Dupondt : dans l'album, ils ne participent pas activement à l'aventure, ils cherchent Tournesol de leur côté, jamais le bon, mais ne sont pas aux côtés de Tintin et d'Haddock ; dans le dessin animé, ils sont avec Tintin et Haddock, du début à la fin, pour rajouter un peu plus d'humour ; aussi, dans le dessin animé, le Grand Inca a une fille, royalement absente de l'album), des oublis (essentiellement ce qui se passe dans Les 7 Boules De Cristal et qui ne sert pas totalement à l'intrigue, comme la fameuse séquence du music-hall où on retrouve le Général Alcazar), des variations. Mais malgré ces variations, ces oublis, changements, le spectacle est réussi, et l'adaptation aussi. L'animation, il faut cependant le dire, souffre de son âge : les techniques n'étaient pas les mêmes que maintenant, et même, les Studios Belvision, bien qu'à l'époque très rôdés et maîtrisés, n'avaient pas vraiment le même budget que Disney. Bref, ça a vieilli, ce qui est aussi le cas des autres dessins animés cinématographiques (avant cela, ils faisaient de l'animation télévisuelle) des Studios (Astérix Le Gaulois, Astérix Et Cléopâtre, Lucky Luke : Daisy Town, Tintin Et Le Lac Aux Requins, La Flûte A Six Schtroumpfs).

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Mais mine de rien, avec Astérix Et Cléopâtre (1968), ce dessin animé est probablement le meilleur des Belvision. On y trouve de très belles séquences, comme le prologue en conférence qui résume quasiment tout le premier album du diptyque, ou bien le cauchemar irréel de Tintin (plus abstrait que dans la version BD), sans parler de la séquence du train, de l'arrivée dans le Temple... La musique, de François Rauber, est très jolie, et on a même droit à deux chansons inédites signées du grand Jacques Brel. Toutes deux chantées par le personnage de Zorrino, enfant péruvien servant de guide à Tintin, et qui, malgré sa présence dans cet album et aucun autre, compte parmi les personnages secondaires les plus mythiques et réussis, et attachants, de la série. Les deux chansons sont, il faut le reconnaître, mièvres (surtout la seconde, qui doit sans doute s'appeler Pourquoi Faut-Il Que Zorrino S'En Aille ? au vu des paroles ; l'autre s'appelle vraisemblablement La Nuit), datées, Brel a fait mieux (il ne les chante pas, c'est la voix de Zorrino, c'est à dire la chanteuse et spécialiste des doublages Lucie Dolène, qui avait alors quasiment 40 ans ; une femme pour doubler un jeune garçon !), et je n'aime pas ces chansons, mais un dessin animé, surtout de l'époque, sans intermède musical, ça n'existe pas, et on se console en se disant que non seulement il n'y à que deux chansons, mais qu'en plus, elles sont courtes. J'ai parlé de qui doublait la voix de Zorrino, parlons aussi de ceux qui doublent les autres personnages : Philippe Ogouz fait Tintin, Claude Bertrand le Capitaine Haddock, Fred Pasquali le professeur Tournesol, Guy Pierauld et Paul Rieger les Dupondt, et on a des voix plus connues, dans de petits rôles bien souvent anonymes : Jacques Marin, Jacques Balutin, Henri Virlojeux, Gérard Hernandez, André Valmy, Jacques Jouanneau.

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Humour très présent (les Dupondt, de vrais sacs à connerie, mais aussi certains personnages anonymes comme le bègue du port, avec la voix de Jacques Balutin), musique très belle, ambiance un peu kitsch, datée, mais ayant conservée tout son charme, scènes cultes que l'on prend plaisir à voir en animation après les avoir lues et relues en albums (le train, l'éclipse...à noter que dans l'album, elle avait été dessinée à l'envers, et que le dessin animé, qui fut supervisé par Hergé, la propose dans le bon sens !), et le simple plaisir de suivre une excellente histoire, avec de remarquables et attachants personnages, voilà qui fait de Tintin Et Le Temple Du Soleil un petit classique de l'animation, qui, certes, souffre de la comparaison avec les Disney de la même époque (et d'avant lui !), mais on ne parle pas du même budget, en même temps. C'est, sinon, tout sauf honteux, c'est très honorable, et bien que ça ait vieilli, ça a, je trouve, nettement mieux vieilli que l'autre long-métrage animé des Belvision sur le même personnage, Tintin Et Le Lac Aux Requins (1972, basé sur un scénario inédit signé non pas d'Hergé, mais de Greg) qui, sans être mauvais, est tout de même de qualité un peu moyenne. Mais ce premier dessin animé de cinéma sur Tintin est, dans son genre, et pour son budget, une belle réussite, un des meilleurs dessins animés francophones de son époque, si ce n'est le meilleur (sans comparaison, je le répête, avec les Disney) ! Ah non, pardon, il y à La Planète Sauvage (1973) et Le Roi Et L'Oiseau (1979) à mettre avant, en terme de réussite, mais celui-ci date d'avant eux, et entre dans le trio de tête quand même, même si c'est en dernier !