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Spoilers !

Voici article à propos de films récents. D’ailleurs, cet article aborde les deux films réalisés par Jean-François Richet, vu qu’il s’agit d’un diptyque. Les deux films datent de 2008, sortis respectivement en octobre et novembre dernier.

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Ce diptyque raconte, on le sait, la vie et l’œuvre (ah ah) de Jacques Mesrine (on prononce Mérine, mais je dirai toujours Messerine, par habitude), truand français devenu l’ennemi public numéro 1, abattu en 1979 par les flics au cours d’une opération totalement westernienne. Interprétés par Vincent Cassel dans le rôle-titre, mais aussi par Gérard Depardieu, Cécile De France, Gilles Lellouche, Roy Dupuis, Florence Thomassin, Myriam Boyer, Michel Duchaussoy (premier film) et Ludivine Sagnier, Olivier Gourmet, Mathieu Amalric, Samuel Le Bihan, Gérard Lanvin, Georges Wilson (second film – Michel Duchaussoy joue aussi dans le second film, et Ludivine Sagnier au début du premier), le diptyque Mesrine est implacable et réaliste, souvent très violent et dur.

L’INSTINCT DE MORT

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Le premier volet, d’une durée de 115 minutes (contre 130 minutes pour le second), tient son nom du livre que Mesrine écrira en prison, et sortira de son vivant. Ce livre, réédité au moment de la sortie des films, est à la fois dur, révoltant et passionnant. Le début du film montre la fin du second, à savoir, la mort de Mesrine, piégé avec sa dernière compagne (Ludivine Sagnier), qui survivra, par les flics de Broussard (Olivier Gourmet, qui n’apparaît pas dans le premier film).

Au moment où les fusils des flics apparaissent on passe à la guerre d’Algérie. Mesrine, en effet, a fait la guerre d’Algérie, et en reviendra totalement marqué (on le voit abattre un prisonnier, membre présumé du FLN, dans une cave sordide). De retour en France, il retrouve ses amis, dont Paul (Gilles Lellouche, dans un des rares rôles fictifs du film), une petite frappe travaillant pour Guido (Depardieu, imposant), un parrain de la pègre ayant des liens avec l’OAS, la fameuse organisation clandestine terroriste anti-gaulliste.

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Paul parvient rapidement à intégrer Mesrine au gang de Guido, et devient un de ses hommes de mains (et occasionnellement chauffeur). C’est là que Mesrine rentre totalement dans la criminalité, tabassant, et réglant même définitivement son compte à un proxénète arabe ayant tabassé une de ses amies, la prostituée Sarah (Florence Thomassin).

Un jour, lors d’une virée en Espagne avec Paul, Mesrine rencontre Sofia (Elena Anaya), une ravissante jeune femme dont il tombe amoureux. Il l’épouse, elle lui fait trois enfants, mais ne supporte pas de le voir ruiner sa vie et son temps à faire le voyou. Le courant passe mal, il la frappe, la menace, et elle le quitte. Avec les gosses. Par la suite, après avoir bien tabassé deux hommes dans le bar de Guido, Mesrine devient persona non grata à Paris, et se met à son compte. Il rencontre Jeanne Schneider (Cécile De France), qu’il embarque dans son monde (elle va l’aider à faire quelques braquages dans des établissements dirigés par le rival de Guido). Avec elle, il va s’enfuir pour le Canada, Québec, afin de calmer le jeu, sa tête étant plutôt mise à prix en France.

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Au Québec, le couple rencontre Jean-Paul Mercier (Roy Dupuis, très bon acteur québécois), un militant activiste prônant l’indépendance québecoise. Les deux hommes deviennent amis, et montent un plan : Mesrine et Jeanne se font embaucher chez un milliardaire handicapé, comme agents de ménage. Leur plan : enlever le milliardaire et demander un rançon. Mais le plan capote, et tous trois sont envoyés en prison (Mesrine et Jeanne, après une cavale qui les emmène en Arizona). Pendant ce temps, en France, Guido et Paul se font tuer lors d’un règlement de comptes ayant tout à voir avec les méfaits de Mesrine avant son départ pour la Vieille Province.

Mesrine et Mercier parviennent à s’évader, et ils promettent de revenir armés afin de faire libérer d’autres prisonniers devenus leurs amis. Effectivement, ils reviennent, mais leur tentative d’évasion se solde par un massacre, plusieurs détenus, gardiens et policiers sont abattus. Mercier et Mesrine s’enfuient. Un jour, alors qu’ils s’entraînent dans les bois à tirer, deux gardes-chasse arrivent et les reconnaissent. Mauvaise pioche, Mesrine et son ami québécois les allument direct…Et le film se finit sur cette boucherie, et la phrase Ou dehors, ou mort !, slogan favori de Mercier…

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Un carton nous apprend que Mercier sera abattu par les flics lors d’un braquage quelques mois plus tard, et que Mesrine regagnera la France discrètement. Quant à Jeanne, elle purgera sa peine en prison, tranquillement, sa vie ruinée…

Brutal, parfois sanglant (le proxénète tué par Mesrine n’est vraiment salement, saigné et enterré quasi vivant), très âpre, L’Instinct De Mort est un polar dramatique et biographique très réaliste, tellement réaliste qu’on en a froid dans le dos. Vincent Cassel joue son rôle à la perfection. Dans ce premier volet, on voit un Mesrine souvent raciste et macho, très violent. Impossible de le trouver totalement sympathique (ce qu’il n’était pas), d’ailleurs, le film n’essaie même pas de le rendre héroïque, heureusement. Cassel est tour à tour terrifiant, émouvant, drôle et intriguant. On sent un souffle d’épopée dans l’histoire de Mesrine.

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Si, quelques temps avant sa mort, il sera devenu (véridique) une des personnalités préférées des Français à cause de son coté théâtral, grandiloquent, grande gueule, le Mesrine de L’Instinct De Mort n’est ni plus ni moins qu’un criminel (qui ne tue que trois personnes dans le film : le prisonnier dans le prologue ‘guerre d’Algérie’, le proxénète arabe, et un garde-chasse québécois), un truand de la pire espèce, doté d’un sens de l’humour assez poussé, mais capable d’accès de violence vraiment incontrôlables.

Ce premier volet est tout aussi réussi que le second, mais différent. Le second montre la fin, et montre aussi Mesrine devenu un criminel abouti, entouré de pointures, un braqueur aux multiples visages, fort en gueule. Le second film est plus lumineux. Ce premier film, lui, est froid, clinique, parfois sordide. Et en tous points grandiose.

L’ENNEMI PUBLIC N°1

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Avec son affiche limite christique montrant Mesrine de profil, mort, sanguinolent (j’ai pensé à l’affiche de La Passion Du Christ, pour être honnête), L’Ennemi Public N°1 est le second et dernier volet du diptyque Mesrine, et est à la fois le digne successeur du premier et un film radicalement différent. Vincent Cassel y est tout aussi prodigieux que dans le premier volet, et il est entouré, ici, d’une foule d’acteurs remarquables, Amalric, Lanvin, Le Bihan, et Gourmet dans le rôle du commissaire Broussard.

Le film démarre en 1973 (excepté la première scène, montrant Mesrine mort, dans sa voiture, entouré d’une armada de flics et de journalistes), par l’arrestation de Mesrine pour braquage de banque perpétré avec un certain Michel Ardouin (Samuel Le Bihan), alias Porte-Avions en raison du grand nombre de flingues qu’il porte sur lui. Mesrine, lors de son procès, parvient à s’évader en prenant le juge en otage, grâce à une arme cachée dans les toilettes du tribunal.

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Peu de temps après, son père (Duchaussoy) meurt, et Mesrine reprend les affaires. Il se fait cependant arrêter rapidement par le commissaire Broussard (Olivier Gourmet, génial) de la BRI, et est expédié à la prison de la Santé, en QHS (Quartier de Haute Sécurité), où il rencontre un autre truand multirécidiviste et pro de l’évasion, François Besse (Mathieu Amalric, décidément un grand acteur). 1978. Besse et lui, avec le concours de l’avocate de Mesrine, vont se faire la belle. En cavale, ils se planquent de ci de là, et, à Deauville, braquent le casino en se faisant passer pour des flics. Ils parviennent à éviter les barrages, et regagnent discrètement Paris.

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Là, Mesrine rencontre une prostituée, Sylvia (Ludivine Sagnier), qui va se mettre avec lui. Mesrine, avant de s’enfuir pour Londres (avec Besse et Sylvia), se fait interviewer par Paris-Match. Besse se rend compte que Mesrine commence à dérailler, il veut fracasser le système, faire la révolution, tandis que Besse, lui, n’est qu’un truand classique cherchant à voler de l’argent. Il se désolidarise du groupe.

De retour en France, Mesrine enlève par la suite un milliardaire, Lefebvre (Georges Wilson) et empochent la rançon. Besse, de son coté, se fait arrêter par la police en Belgique (il s’évadera par la suite, mais ne reviendra plus dans l’histoire). Par la suite, Mesrine, qui renoue le contact avec un ami activiste, Charlie Bauer (Gérard Lanvin, dont l’accent du sud n’est pas convaincant, point faible du film dans un sens !), et s’en prend à un journaliste d’extrême-droite l’ayant égratigné dans son journal. Il le tue, ou quasiment : il l'amoche vraiment.

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On est alors en 1979, et quelques temps plus tard, Mesrine, alors qu’il roulera en voiture avec Sylvia à ses cotés, sera abattu par les forces de police de Broussard, dans un traquenard à la Porte de Clignancourt. Littéralement haché par les balles de plusieurs mitraillettes. Un vrai assassinat de la part de la police ; en effet, si Mesrine avait plusieurs grenades sous son siège, il n’aurait pas eu le temps de s’en servir. Pourquoi, dans ce cas, ne pas lui avoir ordonné de sortir du véhicule ? Aucune sommation ne fut faite, il fut abattu comme un chien. Et devint un martyr, en quelque sorte.

Enfin, un martyr…L’erreur serait de transformer un criminel se considérant lui-même comme dangereux (son interview de Paris-Match) comme un martyr. Le film, de même que le premier volet, ne le montre pas comme un héros, ni comme un anti-héros, mais comme un homme, capable du meilleur comme du pire (pas mal d’humour, surtout au début, mais des scènes de violence assez brutales).

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L’Ennemi Public N°1 est tout aussi grandiose que L’Instinct De Mort. Même : il est encore plus réussi que L’Instinct De Mort. Pendant 2h10, on est plongé dans le monde du grand banditisme des années 70, on cotoie de grands noms (Besse, Mesrine), les pétards grondent, l’argent coule à flot, la tension est latente, présente, on sent que tout peut péter à tout moment (la scène finale est un sommet de tension, ce qui est d’autant plus fort car on sait à l’avance ce qui va se passer, et on ne devrait pas être aussi tendu).

Jean-François Richet a réussi ici une paire de films absolument majestueux, qui feront date dans l’histoire du polar français. Vincent Cassel est magistral, les autres acteurs (Amalric, Gourmet, Dupuis, Sagnier, Depardieu, De France) assurent un maximum, la tension ne se relâche jamais. Le diptyque Mesrine est monumental, une double paire de claques dans la gueule !