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Attention, spoilers à craindre !

Charlton Heston n'aura jamais été aussi convaincant que dans ses films de science-fiction : Le Survivant, La Planète Des Singes, et ce film, donc, Soleil Vert, réalisé en 1973 par le vétéran Richard Fleisher.

Le film est un chef d'oeuvre de l'anticipation. L'action se passe à New York, en l'an 2022. La Terre va mal, très mal. La pollution, les guerres (et le réchauffement climatique, qui rend ce film assez prophétique encore maintenant) ont tout dérèglé. Surpopulation dans une atmosphère de canicule permanente (le film pourrait se passer en juillet comme en janvier). Irrespirable. Invivable. Les gens dorment dans la rue, dans des tentes installées à la va-vite, dans des bidonvilles, dans les escaliers des immeubles vétustes dont les appartements sont habités par quelques privilégiés (comme le héros du film, flic, et son colocataire âgé, aide intellectuelle de la police).

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Plus de nourriture normale, ou alors très peu, vendue très cher, en quantité infime, au marché noir, et ce, uniquement pour ceux qui en ont les moyens. La populace se nourrit de produits synthétiques, produits par la société Solyent (dont les gérants sont quasiment les maîtres absolus). Du Soleil jaune, du Soleil rouge, du Soleil vert. Petites plaquettes faites à base de plancton, distribuée aux foules par ration, comme au temps de l'Occupation en France. De très fréquentes émeutes rapport au manque de nourriture entraînent des manières de répression fortes : des engins de chantier, pelleteuses, sont utilisées pour des rafles de masse.

C'est dans cette ambiance sinistre (le grain de la photographie, pour les scènes d'extérieur jour, est volontairement granuleux, pour bien insister sur la canicule et l'extrème pollution de l'air) que le film démarre par le meurtre d'un des responsables de la société Solyent, Simonson, abattu à coups de barre de fer par un mendiant s'étant incrusté clandestinement dans le complexe d'habitation luxueux (appelé Chelsea Ouest) réservé aux riches, et dans lequel les femmes sont considérées comme du mobilier faisant partie intégrante de l'immeuble. Le détective (flic, en fait, un simple flic) Thorn - Charlton Heston - enquête sur ce crime. En pénètrant sur les lieux du crime, l'appartement, il découvre plus de choses qu'il n'en a vu de sa vie (il en profite d'ailleurs pour rafler impunément bouteille de cognac, savonnette, serviette, tranche de boeuf obtenue au marché noir, légumes et fruits, ainsi qu'un livre sur Solyent), et découvre que ce crime pourrait être en fait un règlement de compte maquillé en assassinat pur et simple. Il fait la connaissance du garde du corps de Simonson (Chuck Connors), et de Shirl, le 'mobilier' de Simonson (bref, la fille qui vivait et couchait avec lui). Il ressent, d'ailleurs, une certaine attirance pour la fille, attirance plus ou moins réciproque - disons qu'elle ne le repousse pas...

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Une des scènes du film est à la fois comique et touchante : le repas, fait avec les produits frais et raflés chez la victime, entre Thorn et son 'biblio', Sol Roth (incarné par Edgar G. Robinson, dont ce sera le 101ème et dernier film, il est mort peu de temps après et un document présent sur le DVD - une fête organisée en l'honneur de ce 101ème film - st en ce sens très émouvant). Thorn a environ 40-45 ans, dans l'histoire, Sol, lui, a atteint les 80 ans. Thorn n'a rien connu de la Terre d'avant les bouleversements climatiques, n'a jamais rien bouffé d'autre que du synthétique, n'a jamais entendu parler de vallées fleuries. Sol, lui, a connu cet Âge d'Or révolu, et se souvient, en dégustant ce steak, ces pommes, ces tomates (en nomre et taille très limités, ce sont des produits luxueux et rares), de cette époque bénie. Scène touchante. On espère juste ne jamais vivre en vrai des scènes comme ça un jour lointain.

Thorn, grace à Sol, découvre que Simonson allait faire l'objet d'une fronde au sein de Soylent. Thorn pense de plus en plus à un règlement de compte, et même à un complot essayant de l'empêcher d'e nsavoir plus : le prêtre qui, habituellement, prenait les confessions de Simonson se fait descendre. Ses supérieurs hiérarchiques, sous pression, le relèguent aux manifestations, à la circulation.

Sol Roth parvient à découvrir la vérité grace à des relations, et cette vérité (que l'on découvre nous-mêmes à la fin du film) le choque tellement qu'il choisit de mourir. Thorn assiste, impuissant, à la mort (suicide assisté, on lui projette des images de l'ancien monde après lui avoir fait boire - de son plein gré -  un liquide qu'on imagine léthal) de Sol, qui a juste le temps de lui dire le nom de 'disposoir', qui est le lieu où l'on entrepose les cadavres. Thorn se rend à l'usine Solyent, et découvre lui-aussi la vérité : les cadavres sont emmenés à l'usine, et c'est avec les corps qu'on fabrique le soleil vert. En un mot comme en cent, on fait manger à la population affamée du corps humain en plaquettes, en faisant croire qu'il s'agit de plancton (lequel plancton a disparu de la surface terrestre - ou plutôt, maritime... - depuis un certain temps, ce que Thorn découvre aussi). Le soleil vert est fait à partir d'humains.

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Thorn s'enfuit de l'usine, mais est rattrapé par des tueurs, notamment le garde du corps de Simonson, à la solde des pontes de Solyent. Affrontement violent dans une église, qui se conclut par la mort du garde du corps. Thorn, blessé, parvient à appeler ses collègues, qui déboulent. Il a à peine le temps d'essayer de leur expliquer l'atroce vérité qu'il est emmené sur une civière, et on ne donne pas cher de sa vie...

Réflexion sur la malbouffe, sur la surpopulation, sur les inégalités sociales aussi, où le simple fait de possèder un pot de confiture est signe de corruption, le film s'ouvre sur un des plus grandioses génériques jamais faits : une succession d'images couleur sépia, sur fond de musique un peu boogie/ragtime, lente succession d'images montrant une dégénérescence mondiale : guerre, surpopulation, famine, pollution...

Il faut voir ce film, qui a un peu vieilli, certes, mais reste assez évocateur. En espérant que le monde de demain ne soit pas comme le futur proposé dans le film, dont l'action se passe en 2022...