Mes films de chevet...

17 novembre 2017

La Beatlemania dans toute sa splendeur

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Spoilers !

Peut-être est-ce difficile à imaginer aujourd'hui (encore que), mais à l'époque de la sortie de ce film, soit en 1964, c'était infernal. Je parle des Beatles et de leur succès. Groupe dont je suis fan au point le plus absolu, les Beatles ont connu, en 1964, un pic incroyable en ce qui concerne leur popularité. Elle n'a jamais cessé de grimper, OK, mais elle a vraiment commencé à atteindre des proportions incroyablement dingues à l'époque de la sortie de ce film, leur premier, intitulé, chez nous, Quatre Garçons Dans Le Vent, alias, partout ailleurs, A Hard Day's Night. Réalisé par Richard Lester (qui signera aussi leur deuxième film, Help ! en 1965), le film est en noir & blanc (le suivant, les suivants en fait, seront en couleurs, eux) et interprété aussi par Wilfrid Brambell et Victor Spinetti. Patti Boyd, future femme de George Harrison (sa première femme, précisément) apparait dans une scène du train, et un tout jeune Phil Collins de 13 ans fait partie des figurants du final dans le théâtre télévisé. Ne le cherchez pas, il ne doit pas être fastoche à trouver, si ce n'est impossible, s'il fait partie des plans larges du public !

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Le film est une comédie assez dingue inspirée par les sketches de Peter Sellers (dont les Beatles étaient de grands fans), qui, en cette même année, était une grande star via Docteur Folamour et les deux premiers Panthère Rose. Le scénario du film est tellement basique que je vais le résumer ici assez rapidement : une journée dingue dans la vie du groupe (qui n'est jamais cité en tant que tel dans le film), pourchassé par des hordes de fans en furie et la police, accompagnés par le grand-père de Paul, un vrai filou qui les entraîne dans pas mal d'embrouilles. Ils doivent répéter pour une émission TV, mais auront beaucoup de mal, déjà, à arriver en studio tous ensemble ! Le film est un gros prétexte pour montrer les pitreries collectives ou individuelles des membres du groupe : Ringo qui erre dans les rues et sème une petite panique dans un bar ; Harrison pris à partie par une agence de publicité qui le prend pour un de ces jeunes nigauds prêts à tout acheter pour être à la mode ; le groupe se moquant allègrement d'un vieux con dans un compartiment de train, lequel est excédé par ces jeunes cons...

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Oui, le scénario est d'un basique tellement basique qu'il ne mérite pas le nom de scénario, en fait. Et les Beatles sont certes terriblement drôles (mimiques, réparties sont souvent fendardes), mais qui a dit qu'ils étaient de bons acteurs ? La réalisation de Lester (engagé par le groupe parce qu'il avait, auparavant, collaboré avec Sellers) est très bonne. La photographie est d'époque, le film a pris un coup dans l'aile, mais reste des plus regardables malgré tout. Et puis, il y à la musique. Là, c'est intouchable. Sept chansons parfaites, de "A Hard Day's Night" à "Can't Buy Me Love" en passant par "If I Fell" et "And I Love Her", c'est Byzance du début à la fin des 84 minutes de ce film musical cultissime au succès monumental un peu partout dans le monde. Le film est sans aucun doute un peu surestimé, mais reste mythique, surtout pour un Beatlemaniaque comme moi (même si ce n'est pas ma période préférée du groupe, je préfère amplement 1966/1970). Bref, pas un chef d'oeuvre, mais un film très drôle, très léger, assez gentiment anar parfois, à vir au moins une fois dans sa vie !


16 novembre 2017

Baudelairien

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Spoilers !

Pour ceux qui s'y connaissent, Jean Rollin n'est pas considéré comme un grand réalisateur. Le bonhomme, mort en 2010, était réalisateur mais aussi écrivain. Ses films étaient souvent, très souvent même, du registre soit du fantastique (avec une certaine fascination pour le vampirisme), soit érotiques voire même carrément classés X (il en a réalisé plusieurs sous divers pseudonymes, par ailleurs). Après plusieurs courts-métrages entre 1958 et 1965, il a tourné son premier long-métrage en 1968 : Le Viol Du Vampire. Un film fantastique en noir & blanc, à l'esthétique déjà bien présente, à l'onirisme et à l'érotisme eux aussi au programme. La touche Jean Rollin, c'est ça : des films au rythme lent, langoureux et vaporeux, avec des vampires (essentiellement féminins, des succubes) charnels et dénudés, de l'érotisme soft mais suffisant pour que ses films, à l'époque, aient été interdits aux mineurs. Les titres de ses films parlent pour eux : La Vampire Nue, Le Frisson Des Vampires (deux gros classiques du genre, aux affiches originales signées du grand Druillet), Lèvres De Sang, Requiem Pour Un Vampire... Il a aussi oeuvré dans le registre du gore pur et dur avec Les Raisins De La Mort (1978) et La Morte-Vivante (1982), et en 1973, a tourné son film le plus étrange, probablement le plus ambitieux aussi, un film très calme, soft, non-violent, non-érotique aussi (on a certes un petit peu de nudité féminine, mais franchement, si peu, par rapport à ses autres films), que ses fans et les spécialistes estiment souvent être son chef d'oeuvre.

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Ce film, c'est bien entendu celui-ci, La Rose De Fer, film court (75 minutes) qui fut interdit aux moins de 13 ans à sa sortie comme en témoigne l'affiche (une affiche à la Rollin, c'est à dire tape-à-l'oeil) et est interprété par Françoise Pascal (une actrice d'origine mauritienne, ayant souvent joué en Angleterre, et qui a même joué aux USA dans...Les Feux De L'Amour ! Si, si ! Vous pouvez me croire, je n'ai pas vérifié par moi-même quel rôle elle tenait, qui ne s'en foutrait pas ?), Hugues Quester (parfois crédité, comme sur l'affiche d'ailleurs, sous le nom de Pierre Dupont, mais c'est bien le même acteur), avec comme acteurs secondaires Natalie Perrey, Mireille Dargent, Michel Delesalle et Rollin lui-même. Le film possède peu d'acteurs, et seuls les deux premiers méritent en fait d'être crédités, ce sont les seuls à avoir des dialogues (lesquels ne sont pas toujours totalement audibles, le film a été tourné en décors naturels, avec relativement peu de moyens). Aucun des personnages n'a de nom, on ne sait pas comment ils s'appellent, mais ce n'est pas important. Inspiré par l'univers de Baudelaire et un poème de Tristan Corbière, cité dans le film (le poème), le film a été tourné en intégralité (enfin, sauf le prologue et les quelques scènes de plage, sensuelles, avec Françoise Pascal évoluant nue sur le rivage) dans le cimetière de la Madeleine, à Amiens, un des plus anciens, et le plus célèbre, des parkings à cadavres de la ville, et un des plus visités de France pour son côté très naturel et un peu labyrinthique. 

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Au cours d'une noce, deux jeunes gens s'attirent par des regards et sourires. Il est poète, et cherche la fille de ses rêves, qu'il pense avoir trouvé en elle. Il lui récite un de ses poèmes dans le jardin, pendant la noce, et au moment de ses séparer, les deux jeunes gens se donnent rendez-vous dans une gare de marchandises afin d'aller faire un peu de vélo à deux. Ils finissent leur randonnée dans un cimetière, où le jeune homme vient apparemment souvent, pour y puiser son inspiration dans ce lieu paisible, silencieux et qui en impose. Les deux jeunes gens vont, tout du long de la journée (qui commence à se terminer), se balader dans les allées touffues du cimetière, se laissant enfermer dans l'immense parc du cimetière à la tombée de la nuit et se perdant, finalement, la nuit durant, dans ce très grand cimetière, où ils sont les seuls êtres vivants (quelques chats exceptés). Pénétrant dans un ancien caveau de famille, ils font l'amour à l'intérieur. Au fil de la nuit, de plus en plus persuadés (elle, surtout) qu'ils vont éternellement errer ici, ils commencent lentement à perdre la raison...

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Atmosphère étrange, lente, onirique (poétique même) et souvent très lugubre, vu le sujet du film et les lieux de tournage (ceci dit, le cimetière de la Madeleine, que je n'ai jamais visité et pourtant j'ai été plusieurs fois à Amiens, semble être un très bon lieu de promenade ; aussi étrange que cela puisse paraître, se promener au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, est des plus agréables, c'est franchement reposant et j'adore m'y rendre, alors nul doute qu' j'irai, un jour où l'autre, dans ce cimetière amienois), La Rose De Fer, qui ne marchera pas à sa sortie, est un film culte. Ce n'est pas un film exempt de défauts, évidemment : la direction d'acteurs est minimaliste, les deux acteurs, toujours à leur sujet, ne sont pas immenses (Hugues Quester, sorte de croisement physique entre Laurent Terzieff et Laurent Lucas, gueule souvent ses répliques d'un air à moitié hystérique, et Françoise Pascal n'est pas de reste sur ce point), le scénario est basique (deux amoureux se perdent volontairement dans un cimetière, la nuit) et la réalisation aussi.

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Mais l'ambiance, gothique, romantique (dans le premier sens du terme : tragique et sombre), en un mot : baudelairienne, à la Fleurs Du Mal, est là, bien présente, palpable. Le film, court, lent, qui pourra sembler ennuyeux à quiconque aimant l'action, est très beau, bien que franchement étonnant. De tous les films de Rollin, c'est probablement le plus beau, car le plus pur, et si vous ne connaissez de lui que des films tels que Les Raisins De La Mort, Le Frisson Des Vampires ou Les Démoniaques, vous serez surpris, probablement en bien, en le regardant. Pour ce film, Rollin a mis de côté sa fascination (Fascination sera par ailleurs le titre d'un de ses films) pour le vampirisme et l'érotisme, pour se concentrer sur l'atmosphère ; celle des lieux, celle de l'histoire. Un OFNI, en quelque sorte, qui mérite amplement, malgré ses défauts, la (re)découverte.

15 novembre 2017

Anarchie filmique absolue

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Spoilers...

Ce film, Robert Altman ne l'aurait très certainement pas fait s'il n'avait pas, juste avant, réalisé M.A.S.H., pour lequel il a obtenu, en 1970, la sacro-sainte Palme d'Or (pour l'anecdote inutile, on aperçoit, à un moment donné, l'affiche du film dans une scène). Un tel projet, aussi fou, aussi anarchique, aussi gueudin que Brewster McCloud n'aurait très certainement jamais pu voir le jour sans cette auréole de gloire qui rôdait autour du brillant réalisateur à l'époque. Je vais avor du mal à parler de ce film, je le sens. CCommeçons déjà par le fait que ce film, rare, est enfin sorti en DVD chez nous, il y à quelques mois, dans une collection éditée par la Warner, en association avec la chaîne américaine TCM, proposant des trésors oubliés et rares. Proposé en VF et en VOST (laquelle VOST, il me semble, capote un peu vers la fin du film, des sautes de son qui n'apparaissent pas sur la VF), ce film, qui était auparavant aussi rare qu'un bon film de Max Pécas (donc, très rare), mérite amplement la (re)découverte, et rien que pour ça, merci de l'avoir enfin sorti en DVD. Bon. En même temps, je ne suis pas sûr que tout le monde parviendra à apprécier ce film, il est vraiment (vraiment !) étrange. C'est un peu indiqué au dos du DVD (film 'déjanté et anarchique', comme il est écrit noir sur blanc), mais il faut le voarrre pour le croaaaarrrrrrre. Brewster McCloud est un pur délire. 

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Je ne veux pas dire par là que le film est hilarant comme un film avec Peter Sellers, non, mais qu'il part dans tous les sens, parfois même en même temps. Rien que le générique : on voit le lion de la MGM, mais au moment de l'entendre rugir, on entend la voix de René Auberjonois (un des acteurs du film, qui joue un professeur spécialiste en ornithologie qui, tout le long du film, en visuel ou en voix-off, énumère des informations sur diverses variétés d'oiseaux, d'une manière de plus en plus surréaliste) dire J'ai oublié le début du texte, et le logo MGM est zappé direct. Puis, quand le générique de début démarre, il est stoppé et immédiatement repris du début. Pourquoi ? Parce qu'il se déroule durant une scène de répétition de l'hymne national, laquelle répétition est stoppée puis reprise car le morceau était mal joué ! Entre ça et le générique de fin, durant lequel les acteurs sont présentés, par un Monsieur Loyal, en tenue de cirque, durant une gigantesque fanfare dans l'Astrodôme, c'est dire à quel point ce film respecte peu de choses ! Les acteurs, justement : Bud Cort, Sally Kellerman (tous deux ont joué dans M.A.S.H.), René Auberjonois, Stacy Keach (méconnaissable), Shelley Duvall (dans son tout premier rôle au cinéma : le film a été tourné à Houston, Texas, sa ville d'origine ; si elle avait été originaire d'ailleurs, elle n'aurait jamais été engagée, sur un coup de tête, par Altman et n'aurait probablement pas eu la carrière que l'on sait, ça tient donc à peu de choses !), Jennifer Salt...et des oiseaux. 

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L'histoire est totalement bizarre. L'action se passe à Houston, Texas. Brewster McCloud (Bud Cort) est le chauffeur d'Abraham Wright (Stacy Keach), un vieillard impotent et richissime, propriétaire de maisons de retraite qu'il essaime régulièrement pour y récupérer son argent. Un vieillard cupide et méchant, cynique, qui est un jour retrouvé mort, étranglé, et le corps recouvert de fientes d'oiseaux. Ce n'est pas la première personne tuée de cette manière. Brewster vit (il se terre, plutôt) dans le sous-sol de l'Astrodome de Houston, une gigantesque arena. Il vit dans un abri anti-atomique du sous-sol, où il s'entraîne, aidé en celà par Louise (Sally Kellerman), une femme qui le protège d'un peu tout le monde, une sorte d'ange gardien. Le rêve de Brewster est de voler, comme un oiseau, et il s'entraîne dur pour ça, faisant des tractions par centaines, mangeant équilibré, etc... Alors que la police enquête sur les crimes (et d'autres sont commis : un flic des stupéfiants qui s'apprêtait à coffrer Brewster par erreur parce que ce dernier aurait fait tomber un joint de sa poche, mais on le soupçonne d'avoir falsifié ça), Brewster fait la connaissance de Susan (Shelley Duvall), une jeune femme assez excentrique dont il va tomber amoureux. La jeune femme va lui faire découvrir les plaisirs terrestres, lui qui n'aspirait, jusque là, qu'à découvrir ceux du ciel et de l'air. Parallèlement, la police, en enquêtant sur les fientes découvertes sur les cadavres, et par un malencontreux coup du sort, va finir par mener son enquête directement sur Brewster...

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Tout le film (qui dure 100 minutes) est entrecoupé d'interventions du narrateur sans nom (Auberjonois, hilarant), qui se prend de plus en plus pour un oiseau tandis qu'il parle d'eux, et uniquement d'eux (ceci dit, il y à des corrélations : l'accouplement et les parades amoureuses sont évoquées quand Brewster et Susan sont au lit...), d'une manière de plus en plus dingue, allant jusqu'à picorer des graines sur le tableau noir, ou faire sembler de voler, avec des plumes collées au costume. Et le film alterne entre l'enquête de la police et les aventures de Brewster. L'ensemble est joyeusement décousu, mélange adroit et étrange entre humour burlesque, enquête policière, courses-poursuites, romance et exposés ornithologiques, ainsi qu'ode au rêve et critique de la société. Le final du film est absolument magnifique. Ah ! oui, j'oubliais, de temps en temps, des chansons (interprétées notamment par Merry Clayton) parsèment le film. 

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Brewster McCloud est un des films les plus à part de Robert Altman, si ce n'est le plus atypique, et probablement un de ses plus beaux, aussi. Magnifiquement réalisé, subtilement écrit, très bien interprété (Bud Cort, avec son inoubliable sweater à rayures rouge et blanc, à la Où Est Charlie ?, et Shelley Duvall, sans oublier René Auberjonois, sont excellents), un film d'apparence complexe rapport à sa structure, mais on sy fait finalement assez vite. Un de mes films préférés d'Altman avec Le Privé et John McCabe !

14 novembre 2017

John Carpenter : un maître du genre

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Pour ce nouveau numéro de "Un Oeil Sur...", place à un grand réalisateur de 'petits' films qui, bien souvent, sont désormais devenus de grands classiques : John Carpenter. Né en 1948 dans l'Etat de New York, ce mec s'est fait une spécialité d'à peu près tout faire dans la conception de ses films : réalisation évidemment, mais aussi scénario, production, composition de la bande originale, parfois même petite figuration en acteur, sans oublier le montage. Il a aussi assuré la production ou coproduction pour des films d'autres réalisateurs (les deux premières suites de sa Nuit Des Masques, par exemple) et en ce qui concerne le genre cinématographique auquel l'associer, on est bien dans la merde : SF, fantastique, horreur pure, satire sociale, action, vous avez le choix ! Il y à même une comédie d'aventures dans le lot ! On notera quand même qu'environ un film sur deux, de la part de Jean le Charpentier, est un western déguisé, genre cinématographique qu'il n'a jamais tâté tel quel, mais qui semble vraiment le fasciner. C'est parti pour un petit tour d'horizon de ce réalisateur qui n'a rien réalisé depuis 2010, au grand dam de ses fans, dont je fais partie...

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C'est en 1974 que Carpenter réalise son premier film, Dark Star. Long de 84 minutes, le film ne devait, à l'origine, n'être qu'un court-métrage durant deux fois moins longtemps, et a été réalisé avec trois bouts de ficelle. Oeuvre de SF tout en étant une comédie noire, le film est notamment interprété par Dan O'Bannon, qui a cosigné, avec Carpenter, le scénario du film, ainsi que le montage et les décors. C'est en voyant ce film que Jodorowsky aura l'idée d'engager O'Bannon sur son projet faramineux (et au final, mort-né, au grand regret des fans de SF) Dune, en 1974/75. Rongé par le remords ne ne pas avoir pu mettre ce projet fou à terme, O'Bannon se consolera en imaginant (avec l'artiste suisse H.R. Giger, aussi sur le projet Dune) un monstre fameux qui deviendra le point central d'une saga de SF horrifique : Alien. Pour en revenir à Dark Star, c'est une sorte de version spatiale d'En Attendant Godot de Beckett, selon les propres termes de Carpenter, une comédie de SF amusante et un peu fauchée (pas mal fauchée, même ! 60 000 dollars de budget !), qui deviendra rapidement un vrai film culte, surtout une fois que Carpenter aura son petit succès avec ses films suivants. Sans doute pas un de ses meilleurs films, mais comme les premiers Cronenberg, il possède une ambiance bien typique et conserve son charme. A noter que Nick Castle, qui jouera le tueur dans La Nuit Des Masques, joue le rôle de l'extra-terrestre.

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En 1976, Carpenter, toujours avec un petit budget (mais avec tout de même quasiment deux fois plus de pognon que pour Dark Star), tourne son deuxième film. Ni un film d'horreur, ni un film de SF ou de fantastique, Assaut est au contraire un film des plus réalistes, dont Carpenter a signé le scénario sous le pseudonyme de John T. Chance (qu'il réutilisera par la suite). Tommy Lee Wallace, futur réalisateur du TVfilm "Il" Est Revenu ou de Halloween III : Le Sang Du Sorcier, est dans l'équipe technique de ce film qui fait partie des 'westerns' du réalisateurs. C'est même un des plus évidents tributs de Carpenter au western, tant le film semble être une version moderne et urbaine d'Alamo. L'action se passe à Los Angeles, dans un quartier difficile : un commissariat est pris d'assaut par un gang de rue, suite à une descente de police. Les flics présents dans le commissariat vont repousser leurs assauts, aidés en cela par deux criminels condamnés à mort en transfert d'une prison à l'autre, et se trouvant dans le commissariat au cours d'une halte de leur escorte. Confier des armes à des criminels pour qu'ils aident la police à en repousser d'autres ! La musique, géniale, est minimaliste, du pur Carpenter. L'interprétation n'est pas toujours géniale, mais le suspense est là, redoutable. Assaut (qui a été remaké par Jean-François Richet en 2005) est un autre film culte.

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C'est cependant avec son troisième film que Carpenter va devenir un grand. Sorti en 1978, La Nuit Des Masques va lancer une série de films, les Halloween (dont c'est le titre original). Doté d'un scénario cosigné par Carpenter et Debra Hill (qui collaborera encore à quelques reprises avec Carpenter, aussi bien en tant que scénariste ou productrice, et est morte en 2005), le film est, avec Black Christmas, un des premiers slashers, et est interprété par Donald Pleasance (qui collaborera à nouveau avec Carpenter) et Jamie Lee Curtis, dont la carrière a été lancée avec ce film et qui deviendra une authentique scream queen, habituée aux productions du genre (et notamment quelques suites au film original). L'histoire ? Michael Myers, un pensionnaire d'asile, un psychopathe ayant tué sa soeur à coups de couteau à l'âge de 6 ans, s'évade, à sa majorité, en profitant d'un transfert pénitentiaire pour son procès. Il va causer un vrai massacre dans sa ville natale de l'Illinois, en cette nuit d'Halloween (tout comme la nuit de l'assassinat de sa soeur), et va être traqué par son psychiatre, Loomis, qui voit en lui plus une machine à tuer qu'un jeune homme... Le film est saisissant : la musique, inoubliable et glaçante, de Carpenter ; la figure impersonnelle (un masque blanc sans expression cache son visage) du tueur, qui ne prononce pas un mot ; les scènes de meurtres, brutales et sèches... Un chef d'oeuvre qui lancera une série de suites, toutes plus ratées les unes que les autres (le troisième opus excepté, qui est à part, ne faisant pas intervenir le tueur fou). Encore une fois, un film culte de plus, et le premier succès commercial du réalisateur.

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A partir de ce moment, on va commencer à attendre le nouveau Carpenter. C'est en 1980 qu'il sortira son quatrième film, un film interprété par Adrienne Barbeau (qui fut la femme de Carpenter de 1979 à 1984), Jamie Lee Curtis, Tom Atkins, Janet Leigh (je crois que c'est le seul film dans lequel on trouve Janet Leigh et sa fille Jamie Lee Curtis), John Houseman et Hal Holbrook. Carpenter apparaît rapidement dans un petit rôle, et Debra Hill, qui produit et cosigne le scénario, fait une voix de radio. Le film, c'est Fog (rien à voir avec le roman de James Herbert écrit en 1975), un autenthique film d'épouvante à l'ancienne qui se passe dans une petite ville portuaire de Californie. Un épais brouillard surgit, alors que la ville fête son centenaire. De la brume vont surgir des morts-vivants qui vont semer la panique et la mort dans la ville. Une ville qui, apparemment, a bien des choses à cacher, un mystérieux et glauque secret du passé qui n'est pas sans lien avec les sinistres évênements qui se produisent depuis l'arrivée du brouillard... Encore une fois, une bande-son glaçante signée du réalisateur, et un sens inné du suspense, pour un film horrifique qui a très bien vieilli et qui, chose importante à dire, ne contient pas la moindre goutte de sang, ce n'est pas gore du tout. En revanche, Fog contient quelques passages assez flippants et surprenants (le final), et on peut dire sans se tromper qu'il s'agit d'un des meilleurs films de Carpenter, bien que ce dernier ne partage pas cet avis : selon lui, son faible budget (un million de dollars) l'empêche d'être une totale réussite, et c'est parce qu'il a toujours considéré ce film comme mineur dans sa filmographie qu'il en a autorisé, en 2005, un remake...largement en-dessous de l'original !

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Un an plus tard, soit en 1981, Carpenter recollabore avec : Donald Pleasance, Adrienne Barbeau et Debra Hill (cette dernière, en coproductrice avec Larry Franco, qui lui aussi, recollaborera avec le réalisateur), pour New York 1997, film de SF culte interprété par Kurt Russell (et avec aussi Harry Dean Stanton, Lee Van Cleef et Isaac Hayes). Co-écrit avec Nick Castle, ce film majeur, un des plus grands chefs d'oeuvres du réalisateur avec son film suivant, est un jalon de l'anticipation. En 1997, la criminalité est devenue tellement importante que la presqu'île de Manhattan, à New York, a été murée et transformée en gigantesque prison à ciel ouvert : les criminels y sont lâchés, livrés à eux-mêmes, mais ne peuvent en sortir, les ponts ayant été minés. L'avion du Président se crashe au-dessus de Manhattan, on suppose que le Président a survécu. Il doit à tout prix être retrouvé, ainsi que les documents qu'il se trimbale avec lui. On envoie Snake Plissken, un criminel et ancien membre des forces spéciales, dans le bourbier de Manhattan. Il a 24 heures pour retrouver le Président. S'il dépasse ce budget, il meurt : on lui a injecté, avant de le lâcher dans Manhattan, une capsule explosive qui se dissout lentement dans son organisme, et pétera à la deadline...histoire de le motiver. Ambiance sombre et nihiliste, musique géniallissime, acteurs géniaux (Kurt Russell campe un personnage culte qu'il reprendra en 1996 dans une suite inférieure à l'original, elle aussi signée Carpenter, j'en parle évidemment plus bas), scénario parfait, scènes cultes, ce film est un monument du genre, et un autre 'western déguisé' de la part du réalisateur. La même année, sort Halloween 2, que Carpenter a produit, toujours avec Jamie Lee Curtis et Donald Pleasance. On passe ?

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Encore un an plus tard, Carpenter s'essaie au remake (ça ne sera pas sa seule tentative en la matière) avec The Thing. Remake de La Chose D'Un Autre Monde de Christian Nyby (film de SF horrifique des années 50), le film sera lui aussi l'objet d'un remake en forme de préquelle (qu'il est préférable d'oublier ; ce remake/préquelle porte le même titre que le film) et est interprété par Kurt Russell, encore une fois à l'affiche (et pas pour la dernière fois !) d'un film de Carpenter. Keith David, Wilford Brimley et Donald Moffat interprètent aussi ce film, qui ne contient aucun rôle féminin et dont la bande-son, chose rarissime dans les films de Carpenter, est signée d'un autre que lui, en l'occurrence le grand Ennio Morricone. Film ahurissant se passant en Antarctique, The Thing contient quelques scènes comptant parmi les plus gores et terrifiantes jamais vues dans un film d'horreur/fantastique/SF du circuit traditionnel (je ne compte donc pas les petites productions gore à petit budget et les films underground dans le lot), et le fait de lire 'pour tous publics' sur le boîtier DVD me fait penser que le jour où cette jaquette DVD a été conçue, celui qui en a eu la charge a du avoir un gros pet au casque...Le film est tout sauf 'pour tous publics' ! Rien que la scène du chenil est à elle seule un justificatif sérieux pour mettre ce film en interdiction aux moins de 12 ans, voire de 16 ans. Dans son genre, ce film est immense, et probablement mon préféré de Carpenter...avec le précédent ! A noter qu'une partie du film a été tournée en studio à Los Angeles, par une température extérieure caniculaire, mais dans des salles réfrigérées, choc thermique assuré pour les acteurs et l'équipe technique !

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En 1983, Stephen King publie Christine, roman étonnant mais maladroitement écrit (il faut le lire pour comprendre ce que je veux dire par là). Carpenter a acheté les droits du roman très rapidement, et a tourné le film assez rapidement aussi, ce qui fait que son film, Christine, sortira la même année que le roman ! Interprété par Keith Gordon (vu auparavant dans Les Dents De La Mer 2 et Pulsions), Alexandra Paul, John Stockwell, Robert Prosky, Harry Dean Stanton, Roberts Blossom et William Ostrander (un certain David Spielberg, rien à voir avec Spielby, joue aussi dans le film), le film est une excellente adaptation du roman, et est même un des rares cas d'adaptations surpassant le roman initial. Je vous jure que c'est vrai : le film de Carpenter est supérieur au roman de King ! Mais comme je l'ai dit, le roman est mineur, maladroit (un changement de système de narration rend l'ensemble assez bancal). Le film est excellent, les effets spéciaux assurent, la bande-son est signée Carpenter et Alan Howarth, mais on y entend pas mal de chansons (des Rolling Stones, George Thorogood, Little Richard, Larry Williams, Dion & The Belmonts...). Un des meilleurs Carpenter ? Je le pense sérieusement !

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On ne peut en revanche pas vraiment dire la même chose de son film suivant, sorti en 1984, j'ai nommé Starman. Interprété par Jeff Bridges, Karen Allen, Charles Martin Smith et Richard Jaeckel, ce film est à la fois un film de SF et de romance. Un extraterrestre échoué sur la Terre prend l'apparence d'un humain, en l'occurrence du défunt mari d'une jeune veuve inconsolable qui, en le voyant, n'en croit pas sa chance. Mais le Starman n'a qu'une seule envie : revenir parmi les siens... Sorte de version carpenterienne de La Soupe Aux Choux (je me moque, je me moque...) en version romance à deux balles cinquante-sept, le film est visuellement bien foutu, et bien interprété, mais c'est aussi et surtout d'une mièvrerie totale. Indigne de John Carpenter, qui ne se laissera plus jamais aller à un tel déferlement de gnan-gnantitude (bien qu'assumée). Un des producteurs du film n'est autre que Michael Douglas, qui n'avait pas pensé à Carpenter à la base. La musique est de Jack Nitzsche. Carpenter n'a fait que réaliser le film, c'est une oeuvre de commande, sans doute est-ce pour ça que Starman est assurément un de ses plus mauvais films...

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Son film suivant sortira en 1986 : Les Aventures De Jack Burton Dans Les Griffes Du Mandarin. Interprété par Kurt Russell, Kim Cattrall, Dennis Dun, Victor Wong, James Hong et Kate Burton, le film est une comédie d'aventures débridée (sans jeu de mots douteux) teintée de fantastique, un film dans la veine du Golden Child avec Eddie Murphy, mais en version réussie. Hélas, cet exemple parfait de divertissement bariolé associant humour, action, kung-fu, fantastique et exotisme en général sera un retentissant bide commercial, un des pires, si ce n'est le pire, de l'ensemble de la carrière de John Carpenter, qui s'en remettra difficilement. Le film est devenu culte par la suite, dès sa sortie en VHS, puis en DVD et Blu-ray (je le possède sous ce format). Kurt Russell, qui en est à se troisième collaboration avec Carpenter, est excellent dans ce rôle d'anti-héros (malgré ce que le titre français, bien plus long que le titre original qui est Big Trouble In Little China, le dit, le héros n'est pas le personnagé joué par Russell, mais celui joué par Dennis Dun). Un film vraiment génial à voir à tout prix ! 

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Suite au four immense de sa comédie d'action de 1986, Carpenter va, coup sur coup, signer deux films férocement anti-commerciaux. Le premier est sorti en 1987. Interprété par Donald Pleasance, Jameson Parker, Victor Wong, Lisa Blount, Dennis Dun et Susan Blanchard (Alice Cooper, le fameux chanteur de hard-rock, joue un rôle de clochard, un rôle sans paroles mais inoubliable), le film est mis en musique par celui qui en a aussi signé le scénario : Carpenter. Pour le scénario, il l'a signé sous le pseudonyme de Martin Quatermass. Prince Des Ténèbres est un authentique chef d'oeuvre hautement terrifiant qui suggère plutôt que de montrer, même si certains passages sont assez graphiques. L'action se passe dans une petite église désaffectée de Californie, dont le sous-sol renferme un objet étrange : un cylindre de verre renfermant un liquide verdâtre qui semble en mouvement. Une équipe de jeunes chercheurs universitaires, leur professeur et un prêtre appartenant à une mystérieuse confrérie chargée de surveiller ce cylindre pensent que le liquide situé à l'intérieur, tout sauf naturel, pourrait être le fils de Satan, attendant sa libération, qui pourrait bien être proche... Proprement terrifiant, doté d'une atmosphère sombre et nihiliste (et d'un final glaçant), Prince Des Ténèbres, qui ne marchera pas fort à sa sortie, est un des 3 ou 4 meilleurs films du réalisateur. Essentiel. Ou comment faire flipper avec un liquide vert, une église désaffectée (entourée de clodos devenus suppôts de Satan) et des ordinateurs délivrant des messages irréels...On notera encore une fois l'aspect un peu western du film, sorte de version fantastique d'Alamo par moments !

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1988. Carpenter nous livre, en cette année, un de ses films les plus politisés : Invasion Los Angeles. Le titre du film est assez idiot quand on sait qu'en anglais, le film s'appelle They Live. Le titre original étant difficilement traduisible sans qu'il ne devienne incompréhensible pour quiconque n'ayant pas vu le film, il a été rebaptisé ainsi en VF, mais on ne saurait être plus à côté de la plaque ! Sans parler de l'affiche, qui n'aurait pas juré pour un film de Bruce Willis ou Steven Seagal... Bon. Interprété par le catcheur Roddy Piper, Keith David et Meg Foster, le film est de la SF pure, avec une ambiance parfois très proche des films de SF des années 50, à l'époque où ceux-ci servaient à dénoncer des complots et étaient assez paranos dans l'âme (genre L'Invasion Des Profanateurs De Sépulture de Don Siegel). L'histoire ? Un homme lambda (il s'appelle John Nada, et 'nada', en espagnol, signifie 'rien') découvre par inadvertance, grâce à des lunettes spéciales, que le monde a été envahi d'extraterrestres, qui occupent les positions de pouvoir (police, gouvernement...) et dirigent lentement mais sûrement la plèbe. De quoi donner envie de se révolter et de renverser leur mainmise, non ? Le film est génial, hormis une longue scène de baston qui ne sert strictement à rien, hormis à gaspiller 10 minutes de film. Une scène bien foutue, mais inutile. Le reste est juste excellent. Un des meilleurs films du réalisateur, mais il ne sera pas un gros succès à sa sortie. Il deviendra culte plus tard. Comme souvent avec Carpenter !

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Il faudra attendre 1992 pour avoir un nouveau film de Carpenter, et ça sera un film qui, aujourd'hui encore, compte parmi ses moins connus (pour être sincère, au moment de récupérer les illustrations pour rédiger cet article, j'avais oublié son existence (en fait, j'avais oublié que c'était un Carpenter !), il a fallu Wikipédia pour me rafraîchir la mémoire !) : Les Aventures D'Un Homme Invisible. Comédie fantastique interprétée par Chevy Chase (acteur comique), Daryl Hannah, Sam Neill et Michael McKean, le film est une autre oeuvre de commande que Carpenter n'a fait que réaliser. Drôle mais mièvre, le film est une comédie policière fantastique sans grande envergure, sauvée par les effets spéciaux et un Chevy Chase comme toujours, très drôle. Sans oublier la toujours efficace réalisation de Carpenter. Mais mis à part ça, pas grand chose à signaler de ce film...

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 En 1995, Carpenter réalise deux films (le deuxième film qu'il réalise cette année sortira en 1996). L'Antre De La Folie, interprété par Sam Neill, Jurgen Prochnow, Julie Carmen, David Warner et Charlton Heston, est le premier des deux. Inspiré par les oeuvres de Stephen King et H.P. Lovecraft mais sans les adapter (le scénario est signé Michael DeLuca), le film permet au futur Anakin Skywalker, Hayden Christensen, de jouer pour la première fois. L'histoire est celle d'un enquêteur d'assurances qui cherche à en savoir plus sur la disparition d'un écrivain célèbre spécialisé dans l'épouvante, et découvrant, à son sujet, qu'apparemment, tout ce que cet écrivain a écrit semble totalement réel, malgré son côté irréel et horrifique. Une plongée dans l'angoisse et la folie qui permet à Sam Neill de livrer une de ses meilleures prestations. Un excellent film. On ne peut pas en dire autant, hélas, du Village Des Damnés, sorti en 1995, remake du film du même nom (de Wolf Rilla), lui-même adaptation d'un roman culte de John Wyndham. L'histoire ? Un jour, les habitants d'un petit village tombent tous dans une profonde léthargie, le temps d'une nuit. Peu après, les femmes du village tombent, toutes, enceintes. Les naissances donneront lieu à des enfants aux yeux argentés, tous similaires, apparemment médiums et dotés d'autres pouvoirs des plus terrifiants... Un remake inutile qui foirera complètement au box-office, ce qui n'est que justice !

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En 1996, Carpenter se laisse aller à faire une suite à un de ses plus grands films : New York 1997. Retrouvant Kurt Russell pour la première fois en 10 ans, il lui redonne le rôle de Snake Plissken dans Los Angeles 2013, film qui se passe, comme son titre français le dit, 16 ans après les évênements du premier opus. Et a été tourné 15 ans après le premier ! On trouve aussi Pam Grier, Steve Buscemi, Stacy Keach Michelle Forbes et Cliff Robertson dans ce film qui reprend les codes du premier opus mais n'arrive jamais à être aussi bon que lui. Après un tremblement de terre en 2000, Los Angeles s'est désolidarisé du continent, et est donc devenu une île servant à exclure tous les bannis de la société. Plissken y est envoyé afin de contrer le dirigeant des lieux, un révolutionnaire cherchant à prendre le contrôle d'un réseau de satellites militaires. Il a 48 heures pour accommplir sa mission, faut de quoi...oui, il a été suffisamment con pour se laisser avoir une deuxième fois avec cette connerie d'implant explosif ! Le film est visuellement bien foutu et ça fait plaisir de revoir Kurt Russell en Snake Plissken. Mais force est de constater que Los Angeles 2013, sans être nul, n'est vraiment pas aussi grandiose que l'original. Ca fait trop grossier, ici, comme une lourdaude tentative, vouée à l'échec, de jouer la surenchère vis-à-vis de l'original, et de faire mieux (impossible). C'est cependant regardable. 

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En 1998, Carpenter réalise une adaptation d'un roman de John Steakley : Vampires. Interprété par James Woods (qui y eest jubilatoire), Sheryl Fenn, Daniel Baldwin Thomas Ian Griffith et Maxililian Schell, le film est un western fantastique (c'est un des films les plus westerns du réalisateur) remarquable et très drôle, tout en étant gore et assez violent. Une équipe de chasseurs de vampires très rock'n'roll mandatés par le Vatican se lance à la poursuite d'un maître vampire insaisissable. Doté d'une ambiance à la fois western et fantastique, le film est assurément un de mes grands préférés de Carpenter (j'aime énormément le roman initial, aussi, qui est cependant meilleur). Le film ne sera pas un gros succès à sa sortie, mais est devenu culte. C'est pour moi le dernier grand film du réalisateur. 

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Ce qui signifie par conséquent que je ne serai pas aussi gentil avec les films suivants de Carpenter (il n'y en à plus que deux, de toute façon), et surtout avec celui-ci, sorti en 2001, j'ai nommé Ghosts Of Mars. Interprété par Natasha Henstridge, Pam Grier et un relativement méconnu, alors, Jason Statham, ce film est un mélange entre SF, fantastique/horreur et...western. Un imbriglio scénaristique complètement chtarbé, qui m'a pas mal fait penser à Assaut et Prince Des Ténèbres par moments, Carpenter a parfois eu du mal à se recycler, et ce film, le dernier de ses films à être sorti en salles en France, en est un des plus parfaits exemples. J'aurais aimé être plus gentil avec ce film, mais désolé, je ne peux pas !

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Carpenter, plus tout jeune, mettra 10 ans avant de refaire un film. On est alors en 2011, vu que vous savez si bien compter. The Ward : L'Hôpital De La Terreur, tel est le nom de ce dernier (pour le moment) film du réalisateur, et il n'est pas sorti en salles chez nous, directement en DVD, ce qui en dit long, certains pourraient le crier bien haut, sur son niveau. Interprété par Amber Heard, Mamie Gummer et Jared Harris (notamment), ce film d'horreur n'est en effet vraiment pas terrible du tout, et parle d'une jeune femme, internée, en 1966, dans un asile, après avoir été retrouvée non loin d'une ferme qu'elle venait apparemment d'incendier. L'asile est du genre étrange, pas mal de choses innommables s'y sont passées et continuent de s'y passer. Court (90 minutes), le film est tellement médiocre qu'il ressemble plus à une note de bas de page qu'à un rajout dans une filmographie plutôt conséquente dans son ensemble. Carpenter semble avoir paumé sa gniaque, et s'il doit un jour faire un autre film, prions qu'il soit d'un meilleur niveau que celui-ci !

13 novembre 2017

"Tous les chemins sont mon chemin"

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Spoilers...et c'est le 1000ème article du blog !

Récemment  (il y à quelques semaines) j'ai abordé ici La Danza De La Realidad d'Alejandro Jodorowsky, qui était, à sa sortie en 2013, le premier film du réalisateur franco-chilien depuis 22 ans. Je précisais dans l'article que le film, autobiographique, avait été suivi, trois ans plus tard, d'un autre volet, intitulé Poesia Sin Fin (qui vient tout juste de sortir en DVD). Si j'avais su, à la base, que le deuxième film (le dernier de Jodorowsky à ce jour, et vu son grand âge, 89 ans il me semble, c'est probablement son dernier tout court, même si le bonhomme est encore vert) était la suite directe du premier, j'aurais attendu un petit peu plus pour aborder les deux films ensemble, sur le blog. Mais bon, c'est comme ça. Voici donc Poesia Sin Fin ("Poésie sans fin"), sorti en 2016, coproduction franco-chilienne tournée en espagnol (mis à part une petite scène étonnante, tournée en français, et une autre tournée en anglais), au Chili, longue de deux belles heures, et huitième film de Jodorowsky en à peu près 50 ans de carrière.

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Les acteurs du film sont les mêmes que pour La Danza De La Realidad : Brontis Jodorowsky (un des fils, et le plus âgé, du réalisateur) dans le rôle de Jaime, père d'Alejandro ; Pamela Flores dans le rôle de la mère d'Alejandro (et qui continue de chanter ses répliques plutôt que de les réciter, comme dans le précédent opus), mais aussi dans un tout autre rôle ; Jeremias Herskovits dans celui d'Alejandro jeune, Adan Jodorowsky (autre fils du réalisateur, qui avait joué Fénix enfant dans Santa Sangre ; Fénix adulte, c'était Axel Jodorowsky, désormais connu sous son premier prénom, Cristobal) dans celui d'Alejandro jeune adulte ; Leandro Taub ; Felipe Rios, Carolyn Carlson et Julia Avendano. Comme pour le premier opus, Jodorowsky lui-même apparaît dans quelques petites scènes, en personnage fantôme, conscience adulte de son moi plus jeune et inexpérimenté, pour le conseiller ou le soutenir dans ses choix. Il apparait aussi au début du film. J'imagine à quel point ça a du être étrange, pour lui, de faire de duo de films dans lesquels il se met en scène ainsi que ses parents, confiant le rôle de son père à son fils, et son propre rôle à un autre de ses fils (dans Poesia Sin Fin) ! Je pense notamment au final de ce deuxième volet, qui est...mais laissons le suspense pour ceux qui n'ont pas encore vu le film !

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L'action (terme un peu fort pour un film pareil ; disons : 'les faits') se déroule immédiatement là où se finissait La Danza De La Realidad : sur le quai du petit port de Tocopilla, Chili, avec la famille Jodorowsky (Jaime, Sara et Alejandro) s'apprêtant à prendre un bateau pour quitter le petit village et s'installer dans la capitale du pays, Santiago. On arrive quelques années plus tard. Alejandro est un peu plus âgé, et aide au magasin de lingerie de son père. Son père, Jaime, veut que son fils devienne médecin, et l'oblige à lire des livres de biologie. Alejandro, lui, ne rêve que de poésie, il dévore les oeuvres de Neruda, Garcia Lorca, Nicanor Parra, au grand dam de son père qui gueule au tout-venant que ces artistes sont tous des pédés, et qu'en lisant leurs oeuvres, Alejandro en deviendra un lui aussi. Rejetant ses origines juives et sa famille, Alejandro se barre de chez lui, et grâce à un cousin homo (qui tente de le séduire, mais Alejandro le repousse gentiment, et le cousin n'insistera pas), il fait la connaissance de toute une bande d'artistes bohèmes de tous genres (peintre, danseurs, pianiste, sculpteur...) qui vivent dans une maison, dans laquelle il va un temps vivre aussi (à partir de ce moment-là, Adan Jodorowsky reprend le rôle pris au tout début par Jeremias Herskovits).

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En allant, un soir, dans un bar branché, il rencontre une jeune femme à la longue chevelure rouge, aux jambes peinturlurées, au comportement arrogant et violent, à la corpulence affichée et possédant un appétit certain pour la bière. Une vraie teigne qu'il va tenter de séduire, appréciant le personnage. Il s'agit de Stella Diaz Varin (Pamela Flores, qui joue aussi le rôle de Sara, la mère du réalisateur, tient ce rôle), poétesse chilienne à la réputation sulfureuse. Les deux personnages vont tellement apprendre à se plaire qu'ils vont vivre, un temps, ensemble, vivotant de ci de là, écrivant des poèmes, mais sans connaître de succès. Un jour, Alejandro aspire à un peu de solitude et demande à Stella de se séparer pendant 40 jours. Une fois ce délai passé, Stella a changé de vie, et les deux se séparent définitivement. Peu après, il fait la connaissance d'Enrique Lihn (Leandro Taub), un jeune poète un peu anar avec qui il va faire les 400 coups, poétiquement parlant, organisant de petits happenings dans les rues. Une stupide histoire d'amour va entraîner une brouille entre les deux hommes, et Alejandro, sur une rencontre inopinée, va incorporer, en tant que clown, un cirque itinérant...

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Ayant raconté, dans les grandes largeurs, environ 75% du film, j'ai limite envie de raconter les 35% restants, mais je me retiens. Poesia Sin Fin est aussi grandiose que La Danza De La Realidad, et possède la même identité visuelle, un peu accentuée parfois (au début du film, on voit littéralement les faux décors, en noir & blanc, des rues de Santiago, se faire installer par l'équipe technique sur les facades actuelles de la rue, qui a bien changé depuis tout ce temps ; et de temps en temps, on voit des silhouettes entièrement vêtues de noir, dans la pénombre, chargées de donner ou de récupérer des accessoires de la main des acteurs), ce mélange détonnant, étonnant et si jodorowskyien entre réalité et irréalité. Autobiographie fantasmée et exagérée (comme le Amarcord de Fellini, auquel il est permis de penser parfois), mais évidemment basée sur la réalité, ce duo de films est une pure splendeur, et le deuxième volet de ce duo, ce Poesia Sin Fin, est assurément le film le plus drôle de l'ensemble de la carrière, pas centrée sur la comédie, du réalisateur. Parfois burlesque (l'homosexuel qui porte toujours son chihuahua dans sa main et qui, quand il se suicide par pendaison au lampadaire, n'en lâche pas son chien pour autant, qui se retrouve coincé, gémissant, à plusieurs mètres de haut, perché dans la main de son cadavre de maître), parfois rempli d'humour noir ou poétique, le film sait aussi, évidemment, être émouvant ou triste, et contient quelques scènes assez osées, comme La Danza De La Realidad. Malgré celà, ce film et le précédent sont indiqués 'tous publics' au dos de leurs éditions DVD, une belle aberration.

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Tous les acteurs, et surtout Adan et Brontis Jodorowsky, sont absolument immenses. La réalisation est sobre, l'amosphère générale est à la fois burlesque, tragique, violente et complètement dingue (Jodorowsky a toujours eu un bon gros grain de folie, un personnage larger than life, complètement allumé, et c'est pour ça qu'on l'aime), on regarde ce film (et le précédent, qui était cependant plus centré sur le personnage du père ; là, c'est le fils) comme on lirait une passionnante autobiographie, même en sachant que tout ce qui est montré n'est pas à 100% en raccord avec la réalité, c'est de la réalité augmentée et fantasmée, jodorowskyée en quelque sorte. Le sens du visuel, à la fois poétique et parfois choquant (aah, cette scène de La Danza De La Realidad, où Pamela Flores pisse, en gros plan et vraisemblablement sans trucages, sur Brontis Jodorowsky pour le guérir d'une maladie...et y parvenant !), tellement à part, du réalisateur, fait encore merveille. Bien qu'étant un film dans l'ensemble très sage (mais son plus sage restera à jamais Tusk, en 1978, film aujourd'hui quasiment oublié et perdu), Jodorowsky y a mis tout ce qui fait sa force : amour des gens différents (personnes de petite taille et éclopés divers parsèment ses films), sens inné de la poésie (le moteur du film), sens tout aussi inné de la provocation, anarchisme gentil mais bien présent, obsessions pour le sexe et la découverte du moi intérieur, et envie de toujours en faire plus, d'aller plus loin... C'est peut-être le point final de la carrière cinématographique du réalisateur de La Montagne Sacrée (qui reste mon préféré de lui, et mon préféré tout court). Si c'est le cas, c'est un point final d'une stupéfiante beauté et d'une force inégalée ! Felicitaciones, señor Jodorowsky !


12 novembre 2017

"On le tue maintenant, ou on boit petit café d'abord ?"

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 Spoilers !

Il existe une sorte de trilogie divine, dans le registre de la comédie française populaire des années 60. Trois films intouchables, avec à peu près le même casting (l'acteur principal est le même, en tout cas), le même réalisateur, probablement la même équipe technique ou en tout cas grosso modo la même, et le même scénariste/dialoguiste. Bien entendu, je veux parler des Tontons Flingueurs, des Barbouzes et de Ne Nous Fâchons Pas, sortis respectivement en 1963, 1964 et 1965. J'avais déjà abordé ici, il y à longtemps, le premier film et le dernier (le seul à être en couleurs) sur le blog. Mais Les Barbouzes, non. Pourquoi ? Oubli ? Refus ? Inconscience ? Acte manqué ? Temps qui manquait ? Un peu de l'oubli et du temps qui manquait, j'en ai peur. En plus, j'ai toujours, depuis que la Terre est Terre et que l'eau mouille le doigt quand on le plonge dedans, j'ai toujours trouvé que ce film était moins grandiose que les deux autres, et je l'ai toujours moins apprécié.

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Autant je revois Les Tontons Flingueurs et Ne Nous Fâchons Pas à chaque diffusion TV (et un simple calcul vous prouvera que je les revois souvent, par conséquent !) et de plus, je les possède en DVD, autant je ne possède pas Les Barbouzes en DVD ou BR (même pas en VHS que je ne pourrai plus lire désormais) et je ne le revois pas systématiquement à chaque diffusion. Tiens, il a été rediffusé récemment sur Paris Première, je ne l'ai pas revu pour autant. Désolé, mais j'avais un Altman à revoir, où bien un autre film bien plus intéressant repassait sur une autre chaîne ce soir-là, etc, vous savez ce que c'est. Mais il n'empêche que Les Barbouzes, qui aura un très fort succès à sa sortie, est une excellente comédie. Réalisé par Georges Lautner et dialoguisé par Michel Audiard, le film est doté d'un casting en airain : Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche, Mireille Darc, Jess Hahn, ainsi que moult acteurs de second rôle très amusants, comme Philippe Castelli et Noël Rocquevert. Il est en noir & blanc, ne réglez donc pas la couleur de votre PC, les photos sont fiables. C'est une comédie d'espionnage franchement hilarante, même s'il faut attendre une bonne demi-heure pour que ça décolle vraiment. 

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Un marchand d'armes international, Constantin Bernard Shah, est mort. A son enterrement arrivent quatre personnes qui font partie de la famille ou des proches du défunt, du moins, c'est ce qu'ils disent à Amaranthe (Mireille Darc), sa jeune (et pas très éplorée, il faut dire que Shah, qui était âgé, lui laisse un paquet de fric et une sublime propriété) veuve. Il y à Francis Lagneau (Lino Ventura), un cousin ; Hans Müller (Charles Millot), son psychanalyste allemand ; Boris Vassilieff (Francis Blanche), son frère de lait soviétique ; et Eusébio Cafarelli (Bernard Blier), son confesseur, de nationalité suisse. En réalité, si leurs nationalités sont certaines, leurs attributions ne le sont pas : tous quatre sont des barbouzes, des agents secrets sous couverture, chargés de récupérer les secrets de l'héritage du marchand d'armes (il y est notamment question d'armes nucléaires). Pour obtenir ces précieux documents, tous les coups seront permis, tout en conservant, bien entendu, pour la jeune veuve, un semblant de civilité ! Mais quand les services secrets américains, en la présence d'un agent secret très têtu et peu discret (Jess Hahn) se mêlent à la partie, sans parler d'une horde d'espions chinois, rien ne va plus !

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Le film met un peu de temps à démarrer, le début étant un peu longuet (en dépit d'un prologue hilarant dans un train de nuit, où chaque espion est systématiquement éliminé par un autre, qui est éliminé par un autre, etc, et tous sont des sosies des personnages principaux du film), mais à partir du moment où les quatre barbouzes sont réunis dans la belle propriété (le château de Vigny, dans le Val d'Oise, non loin de là où j'habite, un sublime château hélas un peu à l'abandon désormais), ça devient de l'ordre du cartoon avec acteurs. Un pur délire très inventif dans le registre du tous les coups sont permis (douche à l'acide, araignée dans le lit, fusillades, etc), servi par des acteurs en forme et doté de dialogues imparables. Même s'ils semblent moins percutants au premier abord que dans Les Tontons Flingueurs, les dialogues des Barbouzes n'en sont pas moins une preuve supplémentaire du génie, en la matière, d'Audiard. 

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Dans l'ensemble, cette comédie d'espionnage est un petit régal, certes un peu daté, certes pas aussi grandiose que les deux films de Lautner/Audiard (et avec Ventura) qui la sandwichent, mais tout de même vraiment, vraiment un bon cru, qu'on reverra avec plaisir. Une montée en puissance quasiment inégalée dans le délire comique, le film mettant certes un peu de temps à décoller, mais il ne retouche plus terre une fois que c'est fait. Un petit classique, en somme ! Les acteurs sont excellents (Ventura, Blanche, Blier sont impayables). A noter que, comme Les Tontons Flingueurs (et d'autres films aussi anciens ou plus anciens), Les Barbouzes a été colorisé, cette version colorisée, affreuse comme toutes les autres (et une totale hérésie, de plus) repasse encore de temps en temps à la TV. Si jamais, le jour où le film repasse, c'est cette version colorisée qui est au programme...coupez la couleur de votre TV avant le visionnage !

11 novembre 2017

Les aventures de Barnabas

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Spoilers...

Dans les années 60/70, il a existé, aux USA (pas sûr qu'elle ait été diffusée en France à l'époque, ni même maintenant), une série TV, créée par Dan Curtis, du nom de Dark Shadows. Dans cette série, on suivait les aventures d'un vampire et de sa famille un peu fin de race et étrange. Une série culte aux USA, qui devait bien, tôt ou tard, être adaptée au cinéma. Ce fut plus 'tard' que 'tôt', car si la série a été diffusée, à la base, de 1966 à 1971 (ou 1972 ?), le film, lui, ne sera fait que quelques 40 ans après la fin de ladite série, soit 2012 ! Un tel sujet (une famille étrange dans une vieille demeure gothique, et un vampire en tant que personnage principal) ne pouvait être abordé que par Tim Burton, aussi personne ne fut surpris quand on a appris que le réalisateur de Sleepy Hollow et de Beetlejuice allait s'atteler à l'adaptation cinéma de cette série TV. Le film est sorti donc en 2012, et possède un casting solide : Johnny Depp, Eva Green, Michelle Pfeiffer, Jonny Lee Miller (Sick Boy dans Trainspotting), Jackie Earle Haley (Rorschasch dans Watchmen), Helena Bonham-Carter et Chloe Grace Moretz. On notera aussi la participation amicale et très brève de Christopher Lee, ainsi que celle, moins anecdotique, et dans son propre rôle, d'Alice Cooper, que l'on entend notamment chanter "No More Mr Nice Guy". Oui, Alice Cooper, Vincent Furnier de son vrai nom ! Oui, putain, oui, vous avez bien lu : Alice Cooper ! Jonathan Frid, qui jouait Barnabas dans la série TV (et qui est mort un mois avant la sortie du film) apparaît, ainsi que les autres acteurs principaux de la série, dans la scène de la fiesta glam à Collinwood (la même scène où apparaît Alice Cooper).

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Dark Shadows est une comédie fantastique totalement dingue dont le seul défaut véritable est son dernier quart d'heure, qui n'est vraiment pas aussi réussi que le reste. D'une longueur de 108 minutes générique de fin inclus, le film est mis à part sa conclusion un peu lourdaude (mais la dernière scène, qui répond à une des premières du film, est réussie, et la dernière image est jubilatoire), une belle réussite de la part de Burton. Bon, OK, ce n'est pas aussi grandiose que Sleepy Hollow, Big Fish, Ed Wood, Edward Aux Mains D'Argent ou Sweeney Todd (pour moi, les cinq plus grands films du réalisateur, et probablement dans cet ordre-là, d'ailleurs ; Johnny Depp joue dans quatre de ces films, pour l'anecdote), mais c'est un cru secondaire de Burton, et dans cette catégorie-là (dans laquelle on trouve aussi Mars Attacks !, Charlie Et La Chocolaterie et Miss Peregrine Et Les Enfants Particuliers), assurément un des meilleurs. Les acteurs sont excellents, mention ultra spéciale à un Johnny Depp hilarant comme il l'est souvent (c'est le roi des expressions faciales et regards comiques et décalés), ainsi qu'à Jackie Earle Haley, tordant en majordome à moitié débile, et à Jonny Lee Miller, en père de famille tout sauf responsable.

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Le prologue du film se passe en 1775. Barnabas Collins (Johnny Depp) est l'héritier de la famille Collins, originaire de Liverpool (Angleterre) et arrivée aux USA, dans le Maine, en 1760, afin de faire fortune. Les Collins on en effet fait fortune, ayant lancé une société de pêche industrielle, fondé une ville portuaire qui porte leur nom (Collinsport), et bâti un imposant manoir d'apparence gothique, Collinwood, dans laquelle ils vivent. La servante de Barnabas, Angélique Bouchard (Eva Green), tombe amoureuse de lui, mais lui est amoureux de Josette (Bella Heathcote). Face au refus de Barnabas de l'aimer, Angélique, qui possède des pouvoirs de sorcière, tue les parents de Barnabas (faisant passer le tout pour un accident) et pousse Josette à la mort, en la faisant se jeter du haut d'une falaise. La voyant se tuer, Barnabas se jette lui aussi du haut de la falaise, mais s'en sort sans mal : il a été en effet transformé en vampire par Angélique, qui va s'emparer de lui, le mettre dans un cercueil qu'elle va enterrer (avec lui, conscient, et 'vivant') dans la forêt.

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1972. Au même endroit. A l'occasion d'un chantier de construction, une pelleteuse déblaie une grosse caisse de bois, qui s'avère être un cercueil. Le cercueil s'ouvre, et Barnabas, assoiffé, en sort et s'en prend aux ouvrier qui l'ont découvert, avant de prendre la route en direction de Collinwood, avide de vengeance. Face à un Collinsport qui a bien changé (voyant le M d'un McDonald's, il prend ça pour le signe de Méphisto), il va progressivement découvrir qu'il a 'dormi' pas mal d'années dans son cercueil : presque 200 ans en tout et pour tout ! Il arrive à Collinwood, la demeure est toujours habitée par les Collins, mais elle est dans un état de totale décrépitude. Barnabas, dont un portrait peint trône dans le grand salon (ce qui fait qu'à son arrivée, les Collins de 1972 auront une légère impression de déjà-vu en le regardant), entend bien reprendre sa place dans la famille (à qui il n'a pas l'intention de faire le moindre mal : ce sont les siens), et découvrant que la société de pêche familiale a été détrônée par une nouvelle société du nom d'Angelbay, dirigée par une certaine Angélique Bouchard, il comprend vite que cette salope de sorcière ayant causé la perte de sa famille a fait des siennes en 200 ans...et va bien compter y rémédier !

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Comme je l'ai dit, les acteurs sont excellents, et se sont bien amusés, notamment Depp qui est jubilatoire en vampire du XVIIIème siècle débarqué comme un cheveu sur la soupe chez ses descendants de 2 siècles, et découvrant avec atterrement les innombrables changements (technologies, nourriture, moeurs, musique). Entre une adolescente (Chloe Grace Moretz) en pleine crise...d'adolescence et qu'il ne manque pas de qualifier, en la voyant la première fois (avant de savoir de qui il s'agit) de fille de joie, un autre rejeton, plus jeune, un peu perturbé, et qui croit aux fantômes (de fait, il y en à au moins un, celui de Josette), un père de famille totalement à côté de la plaque et qui s'en fout et une maîtresse de maison psychorigide (Michelle Pfeiffer), il a de quoi faire !

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Si on y rajoute une psychologue (chargée de s'occuper du bambin) jouée par Helena Bonham-Carter, qui passe le plus clair de son temps à picoler, et une jeune gouvernante (pour le même gamin), Victoria, qui s'avère être le sosie parfait de Josette (c'est la même actrice qui l'interprète), Barnabas, on le sent, va avoir du mal à s'adapter. Tout le film (jusqu'à sa conclusion, qui n'est autre que l'affrontement entre Barnabas et Angélique) joue sur cette confrontation comique entre le vieux vampire (qui cache son statut de buveur de sang vieux de deux siècles à tout le monde sauf à Michelle Pfeiffer et à Helena Bonham-Carter, avant que le pot aux roses ne soit, finalement, découvert) et sa très décadente nouvelle famille d'anciens industriels sans le sou. Une sorte de version fantastique et gothique des Visiteurs, quelque part, qui fait partie des films les plus drôles de Burton avec Beetlejuice. Un petit régal !

10 novembre 2017

La rédemption est au bout de la folie

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Spoilers !

Pour Terry Gilliam, ce film a quelque chose du médicament. L'ancien Monty Python sortait, en effet, d'une expérience des plus cuisantes, traumatisantes même (plus traumatisant encore sera le multiple échec de son adaptation de Don Quichotte, projet avorté plusieurs fois et qu'apparemment, Terry aurait enfin réussi à mener à terme) de sa carrière : Les Aventures Du Baron De Münchhausen, film sorti en 1988, un très beau film, visuellement splendide, du pur Gilliam des familles heureuses, mais qui, à sa sortie, marchera à peu près aussi bien qu'un album de Larusso en 2010. C'est à dire qu'il bidera quelque chose de bien, et Gilliam, revenant par la suite sur cette expérience, l'estimera être la pire de sa carrière (ce constat fut fait avant qu'il ne tente de faire Don Quichotte, car depuis, ce projet avorté dans la douleur est entré directement N°1 au hit-parade des cauchemars de réalisateurs). Pour se refaire, Gilliam a réalisé, en 1991 (sur un scénario de Richard LaGravenese), un film très étrange, avec un casting solide, un film mélangeant adroitement réalité et onirisme, bref, du pur Gilliam des familles en délire, encore une fois. Son titre, à ce film ? Fisher King

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Ce film, nominé cinq fois aux Oscars comme fièrement indiqué sur l'affiche française, notamment aux catégories du meilleur acteur et du meilleur scénario original. L'Oscar de la meilleure actrice en second rôle a été remporté par Mercedes Ruehl, c'est le seul Oscar remporté pour le film. Le casting est excellent : Jeff Bridges, Robin Williams (qui fut nominé), Amanda Plummer, Mercedes Ruehl donc, Michael Jeter, Tom Waits (dans un court rôle pour lequel il n'est pas crédité), Harry Shearer et Laura Harris. Long de 132 minutes (en dépit des 97 minutes indiquées sur le boîtier DVD ; je les soupçonne d'avoir confondu 137 minutes et 1h37, 137 minutes étant la durée généralement indiquée pour le film sur le Net, malgré le fait qu'il ne dure, en réalité, que 132 minutes, soit 2h12 ; prenez un Doliprane, ça va passer), le film se passe à New York à notre époque, mais malgré cela, contient un grand nombre de références à la légende arthurienne.

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Jack Lucas (Jeff Bridges) est un animateur de radio. Arrogant, cynique, sans compassion, c'est un authentique sale con avide d'argent et de reconnaissance, un arriviste sans vergogne, un sale type qui, d'ailleurs, n'a pas que des amis dans la vie. Un soir, il reçoit dans son émission un appel, celui d'un auditeur qui semble quelque peu malade et qui, après avoir appelé Jack, se rend dans un restaurant et y fait un vrai carnage  (il tue sept personnes) avant de se suicider. Bouleversé par ce drame dont il se sent quelque peu responsable, Jack perd par ailleurs son travail et plonge dans l'alcool. Il erre dans les rues, et un soir, manque de se faire tabasser par une bande de malfrats qui en veulent à son argent. Il est sauvé in extremis par Parry (Robin Williams), un clochard. Ce dernier est un ancien professeur de lettres qui, suite à la mort de sa femme, a sombré dans la folie et la précarité.

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Il s'avère que la femme de Parry est une des victimes de l'auditeur fou de l'émission de Jack. Raison de plus pour Jack de se sentir responsable. Parry, qui va prendre plus ou moins Jack son son aile (et réciproquement), est obnubilé par la quête du Graal, et par une femme du nom de Lydia (Amanda Plummer), une femme qui, si elle existe réellement, est, telle que Parry la voit et l'aime, totalement imaginaire, une version utopique d'une vraie femme. Afin de trouver le Graal, Parry a besoin d'un aide, et c'est en Jack qu'il va le trouver. Pour Jack, cette 'collaboration' avec ce doux rêveur est une manière comme une autre de trouver sa rédemption, et un nouveau sens à sa vie en lambeaux...

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Après un film au budget très important (ce qui accentuera son statut de film maudit après son échec retentissant), à savoir Les Aventures Du Baron De Münchhausen, Gilliam avait envie d'un film au budget serré, une petite production, n'ayant probablement pas envie, si le film s'avérait encore une fois être un bide, de devoir se faire cataloguer, définitivement, réalisateur maudit au même titre que Michael Cimino (déjà que son échec de 1988, et sa réputation de cadet de l'espace sur les tournages, l'avaient déjà un peu catalogué ainsi). Le film ne foirera pas comme l'a fait celui de 1988, mais on ne peut pas non plus dire qu'il a cartonné, il a plutôt correctement marché compte tenu du sujet et de la manière dont il a été traité, ayant rapporté dans les 42 millions de dollars, mais Gilliam n'en espérait pas un triomphe, et de ce côté-là, il n'a pas été déçu. Il en reste un excellent petit film, assez étrange, mais de combien de films de Terry Gilliam peut-on dire qu'ils ne sont pas étranges ? Une pure petite splendeur en tout cas, à la fois étrange et touchante, portée par un duo d'acteurs exceptionnels. 

09 novembre 2017

Femme fatale, nettoyage à sec et OVNIS

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Spoilers...

Pour ce nouvel article, encore un film des frères Coen, décidément pas mal à l'honneur sur le blog ces dernières semaines, entre Miller's Crossing, Ave César ! et Le Grand Saut pour les derniers films abordés. Celui-ci est, de leurs films, un de ceux ayant reçu les meilleures critiques. Il date de 2001, a obtenu le Prix de la mise en scène à Cannes la même année (pas mal de films des Coen ont reçu un prix à Cannes), ex-aequo, je crois, avec le Mulholland Drive de David Lynch, et il est interprété par Billy Bob Thornton, Frances McDormand, James Gandolfini, Tony Shalhoub, Jon Polito et Scarlett Johansson (notamment). Il s'appelle The Barber : L'Homme Qui N'Etait Pas Là, ou The Barber tout court, pour le titre français. Et The Man Who Wasn't There pour le titre original (sans aucune mention de la qualification du personnage, contrairement au titre français qui est, donc lui aussi anglophone, chose assez étonnante, mais vraie). Loin d'être aussi drôle que la majorité des films des Coen fratelli, The Barber est au contraire un film sec, austère et, par ailleurs, en glorieux noir & blanc. On peut trouver les silences et moues monolithiques et quelque peu ennuyées de Billy Bob Thornton drôles (et c'est volontaire), mais c'est bien tout, dans ce domaine.

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Le film est un brillant hommage aux films noirs des années 40. Tout y est : la Californie des années 40,une intrigue complexe, personnages troubles, ambiance poisseuse, femme fatale, adultère, chantage, meurtre, complot, dérives dans l'intrigue. Même l'interprétation est au cordeau, et digne des meilleurs films noirs de la grande époque, des films comme Le Grand Sommeil, Le Port De L'Angoisse ou Le Faucon Maltais. Ecrit par les frangins, le film est un hommage, pas un pastiche. Si vous voulez un pastiche de film noir par les Coen, prenez, à la rigueur, Sang Pour Sang, leur premier film. Ici, c'est du pur. En noir & blanc comme je l'ai dit, même si le film existe aussi, apparemment, dans une version colorisée, que je n'ai pas vue et qu'il ne m'intéresse pas de voir, d'ailleurs. Le film marchera plutôt bien à sa sortie, sans toutefois casser la baraque, et sera accueilli par une presse globalement dithyrambique, il faut dire qu'il y à de quoi s'extasier. Le film est plutôt court (110 minutes bien tassées), mais sa durée est idéale. 

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Los Angeles, 1949. Ed Crane (Billy Bob Thornton) est coiffeur dans le salon appartenant à son beau-frère (Ed est marié à sa soeur, Doris - Frances McDormand). Autant son beau-frère est volubile, bavard, autant Ed est un taiseux, qui ferait passer Eastwood dans Pour Une Poignée De Dollars pour un vrai jacqueteur. Sa vie professionnelle va sans problèmes, mais sa vie privée est des plus mornes : il ne fait plus l'amour à sa femme depuis pas mal de temps, il la soupçonne de le tromper avec ""Big" Dave (James Gandolfini), propriétaire de magasin et employeur de Doris (elle est sa secrétaire-comptable). Il envoie à Dave un courrier anonyme indiquant qu'il trompe sa femme avec Doris Crane et qu'en échange du silence du corbeau il lui faut verser 10 000 dollars. Avec cet argent, Ed espère bien faire affaire avec un homme d'affaires, une histoire de nettoyage à sec (un nouveau procédé de nettoyage qui risque bien de casser la baraque).

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Dave paye, et se retrouve ruiné. Un soir, il appelle Ed pour lui demander de passer le voir. Là, il lui annonce qu'il sait tout sur le chantage d'Ed. La situation s'envenime, Ed tue Dave presque par défense, en le poignardant, et s'en va. Quelques jours plus tard, la police arrête Doris et l'inculpe de détournement de fonds (la caisse du magasin) et surtout, du meurtre de Dave. Sachant bien qu'elle est innocente du meurtre (et pour cause), Ed engage un ténor du barreau pour la défendre. La situation va encore plus déraper quand, juste avant le procès, alors que l'avocat semble avoir trouvé de quoi l'innocenter, Doris se suicide par pendaison dans sa cellule, la femme (désormais veuve) de Dave vient voir Ed pour lui dire que le gouvernement est sans doute derrière l'assassinat de son mari, car Dave et elle, en vacances dans l'Oregon, virent un jour un OVNI dans le ciel...

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Vrai film noir à l'ancienne, doté d'un scénario certes moins alambiqué que les films noirs d'époque, mais avec toutefois tous les éléments du genre, The Barber est un régal qui, s'il n'est pas mon préféré des frères Coen (et ne le sera jamais), est probablement un de leurs meilleurs films. Billy Bob Thornton est juste époustouflant dans le rôle de ce coiffeur sans envergure, mari cocu et meurtrier involontaire (il ne regrette cependant pas d'avoir tué l'amant de sa femme), Frances McDormand, grande habituée des films des Coen (elle est mariée à Joel), est excellente, de même que Tony Shalhoub dans le rôle de l'avocat. La photographie est sublime, une des plus belles des films des frangins. Tout concourt donc à faire de ce film une totale réussite !

08 novembre 2017

La fuite en avant

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Spoilers...

Réalisé en 1974, ce film est une des plus grandes réussites de Robert Altman. Ce qui, quand on se penche d'un peu plus près sur la faramineuse filmographie de ce réalisateur, n'est pas peu dire : M.A.S.H., The Player, Short Cuts, Le Privé, Popeye, Brewster McCloud, Buffalo Bill Et Les Indiens, Nashville, John McCabe, Un Mariage, ça commence à chiffrer tout ça. Adapté d'un roman d'Edward Anderson, ce film s'appelle Nous Sommes Tous Des Voleurs, en anglais, Thieves Like Us ("des voleurs comme nous", le titre français est à peu près bien adapté, donc). Le roman porte le même titre que le film, et avait déjà été adapté au cinéma en 1947 par Nicholas Ray, sous le titre des Anges De La Nuit (They Live By Night), film qui, bien que réalisé en 1947, ne sortira que deux ans après. Le film est interprété par Keith Carradine, Shelley Duvall, John Schuck, Louise Fletcher, Tom Skerritt, Bert Remsen et Ann Latham, dure 2 heures et a été projeté à Cannes, en 1974. Il a été tourné dans le Mississippi, et pas mal d'habitants des villes locales dans lesquelles le tournage a été effectué jouent des figurants. La musique est du genre diégétique, c'est à dire, de la musique qui, dans le film, provient de différentes sources telles que la radio, mais aucune bande orginale n'a été composée spécialement pour le film.

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Le film est à la fois un drame et un film de gangsters, que l'on rapprochera de films tels que Bonnie And Clyde ou Public Enemies. C'est cependant plus proche du premier film que du second. L'action se passe dans le Mississippi en 1936. Bowie (Keith Carradine) est un jeune prisonnier, coffré pour meurtre. Il s'évade en compagnie des braqueurs de banques Chicamaw (John Schuck) et T-Dub (Bert Remsen), qui sont enchaînés à lui. Le trio va continuer leurs méfaits, enchaînant les braquages et coups divers, et se cachent dans la maison de Mattie (Louise Fletcher), qui vit avec ses deux enfants, et est l'amante de Bowie. Mais ce dernier va rapidement la quitter pour la plus jeune Keechie (Shelley Duvall), ce qui va entraîner beaucoup de ressentiment de Mattie à son égard, et une envie féroce de se venger. Cette Keechie, Bowie l'a rencontré par le plus grand des hasards : blessé dans un accident de voiture, il a trouvé refuge dans une station-service, et c'est la fille du propriétaire, Keechie, qui l'a hébergé et soigné. Ils deviennent amants, très liés l'un à l'autre, commencent à s'imaginer des projets en commun, mais Bowie refuse d'abandonner les braquages. Comment concilier amour et une vie aussi mouvementée, dangereuse et dont l'issue semble comme courue d'avance ?

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On trouvera dans Nous Sommes Tous Des Voleurs tout ce qui fait la force du cinéma d'Altman, et du grand cinéma en général : une photographie sublime, un scénario parfait, une réalisation au cordeau, et surtout, un casting remarquable (Carradine, demi-frère de David Carradine notamment, et Shelley Duvall, sont des habitués altmaniens, surtout Shelley Duvall : de son premier film en 1970, Brewster McCloud, à 1980, année de Popeye et Shining, Shelley Duvall a joué dans 9 films dont 7 sont d'Altman, les deux qui ne le sont pas étant Shining de Kubrick et, en 1977, Annie Hall de Woody Allen ; elle ne jouera cependant plus dans les films d'Altman après Popeye, et sa carrière restera quelque peu hésitante à partir des années 80).

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Le film, qui ne passe jamais à la TV (mais qui, heureusement, existe en DVD, un DVD assez facile à trouver sur le Net, et proposant le film dans une copie de très bonne qualité), est un des meilleurs opus d'Altman, situé, dans son imposante filmographie, entre le génial film noir Le Privé avec Elliott Gould (autre acteur fétiche du réalisateur), adaptation de Chandler sortie en 1973, et Les Flambeurs (alias California Split, aussi avec Gould) datant de 1974. Aussi bien Carradine que Duvall ne rejoueront dans un film d'Altman qu'en 1975 (l'année suivante, donc ; ce réalisateur, à l'époque, tournait à la vitesse de l'éclair !), et ce sera le sublime Nashville. Sombre, tragique (nul besoin de dire comment ça se termine : généralement, les films de gangsters se terminent mal pour leurs anti-héros...), beau et violent à la fois, Thieves Like Us est un chef d'oeuvre du genre, à la fois romance et film noir, et une très belle dépiction des USA des années 30. Acteurs épatants (excellente tout du long, Shelley Duvall a toujours eu un petit côté assez excentrique, bien rendu au travers des personnages qu'elle interprète, c'est d'ailleurs ça qui a attiré Kubrick chez elle quand il l'a prise pour Shining), réalisation remarquable, scénario bien écrit, Nous Sommes Tous Des Voleurs mérite amplement le visionnage, voire plusieurs visionnages !