Mes films de chevet...

10 décembre 2018

Louis De Funès : un pilier du comique français

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Un numéro un peu particulier, cette fois-ci, de la série "Un Oeil Sur..." : on ne va pas parler d'un réalisateur et de sa filmographie, mais d'un acteur ! Et pas de sa filmographie en entier, sinon on ne s'en sort plus, mais d'une période en particulier : de 1963 à 1983 (date de son décès), soit les 20 dernières années de sa vie et de sa carrière, et la période au cours de laquelle il est devenu célèbre. Je veux bien entendu parler de Louis De Funès, immense acteur comique français. Né en 1914 (il est donc décédé à l'âge de 68 ans, vraiment pas vieux), cet acteur s'appelait en réalisé Louis Germain David de Funès de Galarza et était d'origine espagnole (un père issu d'une famille noble castillane ruinée, une mère originaire de la bourgeoisie. Ses deux parents étaient plutôt du genre fantasques, on comprend aisément où le sens du comique et de la comédie en général est venu à De Funès. Il entre au Cours Simon en 1942, et joue un peu de piano dans des clubs, donnant aussi des leçons individuelles, pour gagner sa vie. Au début des années 50, il est pianiste et comédien dans une troupe d'acteurs, et va, lentement mais sûrement, se faire révéler par de petits rôles, rejoignant en 1952 la fameuse troupe des Branquignols de Robert Dhéry et Colette Brosset, jouant dans leurs films (Ah ! Les Belles Bacchantes). De Funès va enchaîner les petits rôles, parfois très remarqués (Jambier l'épicier dans La Traversée De Paris en 1955), va jouer le rôle principal dans de petites comédies sans prétention (Ni Vu Ni Connu, La Vendetta...), joue aussi au théâtre (Oscar en 1959) avant d'exploser littéralement en 1963. 

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En 1963, en effet, outre dans le sympathique Carambolages de Marcel Bluwal (où il campe un chef d'entreprise énervé et strict qui va se faire supprimer par un employé aux dents longues), il joue dans Pouic Pouic, réalisé par Jean Girault, un film basé sur une pièce de théâtre de 1952 dans laquelle joua De Funès (dans le rôle du valet, ici joué par Christian Marin). Aussi interprété par Jacqueline Maillan, Mireille Darc, Roger Dumas, Daniel Ceccaldi et donc Christian Marin, le film raconte l'histoire d'une femme qui, pour faire plaisir à son mari, lui offre en cadeau une concession pétrolière en Amérique. Mais elle a acheté cette concession à un escroc, et il faut maintenant se débarrasser du cadeau empoisonné... Le titre du film est aussi celui d'un coq, qui traverse tout le film. Une comédie sans prétention, vraiment pas parmi ce que l'acteur a fait de mieux, mais ce film a cependant eu le mérite de lancer sa carrière. L'année suivante, en 1964 donc, De Funès retrouve Jean Girault (entre le réalisateur et l'acteur, une grande complicité, et un paquet de films ; Girault est mort en 1982 durant le tournage du dernier film que fera l'acteur, qui est, lui, mort peu après sa sortie) pour Faites Sauter La Banque !, premier des cinq films que l'acteur a fait cette année-là. L'histoire un commerçant en articles de chasset et pêche qui,  la suite d'un conseil de son banquier qui s'est révélé foireux, est ruiné. La banque se trouvant juste en face de son commerce, il décide, embarquant sa famille dans l'affaire, de creuser un trou, de sa cave à la banque, pour y effectuer un casse et récupérer son argent. On trouve aussi Jean-Pierre Marielle, Catherine Demongeot, Georges Wilson, Yvonne Clech et Michel Tureau (ainsi que, dans des petits rôles, Claude Piéplu, Jean Lefebvre, Dominique Zardi et Henri Attal, Guy Grosso (mais pas son acolyte Michel Modo). Ca se laisse regarder sans problème, tout en étant franchement mineur. Le film, comme Pouic Pouic, fut colorisé dans les années 90.

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Toujours en 1964, Louis De Funès tourne aussi dans deux comédies sans grand intérêt. D'abord Des Pissenlits Par La Racine, réalisé par Georges Lautner (d'après un roman), un film interprété par Michel Serrault, Mireille Darc, Maurice Biraud, Francis Blanche Ventantino Ventantini et Darry Cowl. Deux truands sans envergure sortent de prison et l'un d'entre eux va chercher à tuer un autre truand, qui courtise la même femme que lui. Mais c'est le rival amoureux (joué par De Funès) qui le tue et doit se débarrasser de l'encombrant cadavre. Pour celà, il le cache dans l'étui à contrebasse de son musicien de cousin. Parallèlement, l'autre truand, qui avait joué au tiercé, découvre qu'il a gagné, mais le ticket gagnant est dans la veste du macchabée... Beaucoup d'acteurs connus en seconds rôles (Grosso, Yves Barsacq, Philippe Castelli, Hubert Deschamps...) dans cette comédie vieillotte. Mais c'est tout de même meilleur que Une Souris Chez Les Hommes, qui sera renommé Un Drôle De Caïd, réalisé par Jacques Poitrenaud et interprété aussi par Dany Saval, Maurice Biraud et Robert Manuel. L'histoire de deux cambrioleurs ratés obligés de collaborer avec une jeune femme les ayant surpris en pleine action, afin de monnayer son silence... Renommé par la suite (avec une autre affiche, on peut voir les deux côte à côte ci-dessus) afin de miser sur la popularité de l'acteur, ce film n'est vraiment pas terrible. C'est le dernier film en noir & blanc avec l'acteur (si on met de côté un sketch du film Les Bons Vivants de Georges Lautner et Gilles Grangier, en 1965, que je n'aborde pas dans l'article).

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Pour finir avec 1964, les deux films qui ont vraiment fait exploser la carrière de l'acteur. Deux films qui sont les premiers volets de deux sagas très populaires. D'abord, réalisé par Jean Girault, Le Gendarme De Saint-Tropez, comédie populaire au succès monumental interprétée aussi par Michel Galabru, Jean Lefebvre, Christian Marin, Guy Grosso, Michel Modo, Geneviève Grad, France Rumilly et Patrice Laffont (oui, l'animateur). Un gendarme énervé et rempli de zèle est muté, avec un grade supérieur, à Saint-Tropez, dans le Var, où il entend bien faire régner l'ordre public. Mais ses nouveaux subordonnés sont vraiment dans la torpeur agréable locale, et il convient de redresser tout ça. Ce n'est ni le meilleur film de l'acteur, ni le meilleur de la série (qui comptera cinq autres volets), ni le pire et de l'acteur, et de la série, mais c'est aussi culte et drôle que parfaitement regardable, même si les nombreuses rediffusions entraînent souvent, désormais, une profonde lassitude. Enfin, le dernier film de cette importante année, c'est Fantomas, réalisé par André Hunebelle, avec Jean Marais, Mylène Demongeot, Jacques Dynam et Robert Dalban. Comédie policière inspirée de l'oeuvre de Souvestre et Allain, le film montre un Fufu moins excité que de coutume (tout en étant assez remuant), et se base surtout sur le personnage joué par Marais. Les personnages, en fait, car si les deux personnages sont totalement différents dans l'histoire, Marais joue Fantomas (avec la voix de Raymond Pellegrin) en plus de jouer le brave journaliste Fandor (dont le nom n'apparaît nulle part dans le film. L'histoire ? Un criminel insaisissable, amateur de déguisements, Fantomas, sème la terreur. Alors que le commissaire Juve trépigne de ne pas pouvoir l'arrêter, un journaliste et sa copine photographe vont essayer de la piéger, mais le piège va se refermer sur eux. Un film vraiment réussi, qui sera un succès monumental.

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1964 était une bonne année, 1965 sera une grande année : trois films (plus une apparition dans le film à sketches de Grangier et Lautner cité plus haut) qui seront, tous, d'immenses succès. D'abord, le plus important de ces trois films : Le Corniaud, réalisé par Gérard Oury, une comédie immensément populaire, énorme succès, qui reste encore aujourd'hui un des films les plus appréciés et connus de l'acteur. Il y partage la vedette avec Bourvil (qui est en fait le personnage et acteur principal, il est plus important dans dans le film que De Funès, qui apparaît moins souvent), et on y trouve aussi Venantino Venantini, Henri Génès, Grosso et Modo, Beba Loncar et Alida Chelli. L'histoire ? Un pauvre con sympathique mais pas très futé, Antoine, accepte, en dédommagement suite à un accident de voiture spectaculaire causé par un truand, Saroyan, de convoyer une Cadillac de Naples à Bordeaux, tous frais payés. Mais Saroyan a caché, dans la voiture, divers produits illégaux : drogue, diamants et autres pierres précieuses. Saroyan va, discrètement, suivre sa "mule" afin de s'assurer qu'il accomplira sa mission apparemment banale en toute sécurité, une bande rivale de celle de Saroyan convoitant en effet la marchandise. Le voyage ne sera pas de tout repos... Une comédie culte, remplie de scènes hilarantes (la douche, le garage, l'accident de voiture inaugural, qui reste dans toutes les mémoires), brillamment interprétée. Les deux acteurs apprécieront tellement de jouer ensemble qu'ils referont un film à deux vedettes, toujours réalisé par Oury, l'année suivante, comme on le sait. 

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Pour finir avec 1965, deux suites à deux succès de 1964. On a tout d'abord Le Gendarme A New York, réalisé par  Jean Girault, dans lequel on retrouve tous les acteurs du premier volet (Galabru, Lefebvre, Grosso et Modo, Marin, Geneviève Grad, France Rumilly qui est hilarante en bonne soeur folle du volant) une comédie qui est probablement mon préféré de la saga avec le quatrième volet, et dans lequel la brigade de gendarmerie de Saint-Tropez est sélectionnée pour représenter la gendarmerie française au cours d'un congrès international à New York. L'occasion de prendre le bateau "Le France" (le film, tourné en petite partie à bord, est ainsi, quelque part, un document sur ce magnifique bateau transatlantique qui sera par la suite vendu et démantelé, occasionnant l'ire, via une chanson célèbre, de Sardou...), de visiter la Grosse Pomme. Le problème ? La fille de Cruchot, malgré son refus de l'emmener, a embarqué en passagère clandestine et va, ensuite, errer dans la ville de New York, au grand désespoir de son père qui craint pour son autorité (il n'a pas réussi à empêcher sa fille de venir, comment pourrait-il gérer ses subordonnés ?). Une comédie amusante, vieillotte certes, et le passage en hommage à West Side Story est franchement longuet et embarrassant, mais j'aime vraiment beaucoup ce film. Puis on a Fantomas Se Déchaîne, deuxième volet, réalisé par André Hunebelle, de la trilogie mettant en scène le criminel masqué. On retrouve la distribution principale du premier volet (Marais, qui joue aussi le rôle de Fantomas et ses diverses apparitions déguisées ; Demongeot ; Dynam ; Dalban). Drôle et inventif, ce deuxième volet, dans lequel Fantomas tente d'enlever un scientifique novateur afin d'utiliser l'invention sur laquelle il travaille (un rayon télépathique) au cours d'un congrès scientifique international en Italie, et les diverses opérations de Fandor et de Juve pour l'en empêcher, est un bon cru. Premier des six films dans lesquels Olivier, un des enfants de De Funès, joue (souvent, il jouait le rôle de son fils, ou d'un membre de sa famille, mais pas ici), c'est un film un peu prise de tête parfois : Marais joue à la fois le rôle de Fandor, celui de Fantomas (il est vocalement doublé) et celui du professeur Lefèbvre, que Fantomas veut enlever. Il joue aussi Fandor avec un masque de Lefèbvre, et Fantomas avec un masque de Lefèbvre ! Difficile, parfois, de s'y retrouver... Mais c'est une très bonne comédie policière, remplie de gags.A noter qu'à la base, De Funès, qui prend clairement l'ascendant sur Marais dans le film, ne devait pas, à la base, jouer dans le film, mais sa popularité fit le contraire !

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En 1966, seulement deux films. Le premier d'entre eux, Le Grand Restaurant, réalisé par Jacques Besnard, est un film très mineur sur les mésaventures du patron d'un grand restaurant parisien accueillant des hommes d'Etat et célébrités. Un jour, dans son restaurant, le président d'un pays d'Amérique du Sud est enlevé, et la police va le suspecter. Il va alors se lancer sur la trace des ravisseurs, pour prouver son innocence. Le film est aussi interprété par Bernard Blier, Folco Lulli (un acteur italien pour jouer un sud-américain...), Olivier De Funès, Venantino Venantini, Paul Préboist, Noël Roquevert. Une scène est absolument gigantesque : celle du jeu d'ombres, au début du film, où, le temps de donner à un client allemand, et en allemand dans le texte, une recette de cuisine, De Funès, par le miracle d'un jeu d'ombres et de son positionnement face au mur, se transforme en Hitler. Apparaissant quasiment au tout début du film, cette scène est géniale. Malheureusement, dans l'ensemble, le film est vraiment médiocre... Heureusement, l'autre film sorti en 1966 est, lui, immense : La Grande Vadrouille, de Gérard Oury, pour lequel Fufu retrouve Bourvil. Interprété aussi par Terry-Thomas, Marie Dubois, Mike Marshall, Colette Brosset, Andréa Prisy, Claudio Brook et Benno Sterzenbach, le film sera pendant des années le plus gros succès du cinéma français, il sera par la suite battu par Bienvenue Chez Les Ch'tis et Intouchables, mais il faudra 40 ans pour y arriver ! Je ne vais pas vous faire l'affront de vous rappeler de quoi parle ce film génial (qui est de plus en plus drôle au fur et à mesure qu'il se déroule : la deuxième partie de cette longue comédie de deux heures est en effet plus drôle que la première), car je pense que tout le monde l'a vu plusieurs fois. Culte. 

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On arrive à 1967 : en cette année, Louis De Funès tourne dans trois films. Le premier d'entre eux est Fantomas Contre Scotland Yard, troisième et dernier (un quatrième, qui se serait appelé Fantomas A Moscou, fut un temps envisagé, mais Marais refusera de jouer dedans) volet de la saga, toujours réalisé par André Hunebelle et interprété par Marais, Dynam, Mylène Demongeot et Dalban. On y trouve aussi Jean-Roger Caussimon, Françoise Christophe, Henri Serre et Max Montavon. C'est mon préféré de la trilogie mais, aussi, le moins fort. Clairement, Fufu a pris le pouvoir, c'est un festival, et le personnage oué par Marais devient la portion congrue (Marais en était d'ailleurs très dépité, et n'apprécia pas vraiment de jouer ces films avec De Funès, qui l'énervait et lui piquait la vedette). Fantomas revient et menace un lord écossais en lui imposant une taxe sur le droit de vivre (il fait de même avec diverses personnalités richissimes). Juve, apprenant ça, s'élance en Ecosse, embarquant le journaliste Fandor, afin de lui tendre un piège. L'Ecosse, terre des fantômes... Mais l'essentiel du film a été tourné en France (des plans ont été faits en Ecosse, mais aucun acteur n'y a été pour le film), notamment dans la forêt de Fontainebleau pour la séquence de la chasse à courre. Le film est drôle, délirant même, et si son scénario est bancal, Fufu y est en grande forme. Comme dans Les Grandes Vacances, réalisé par Jean Girault, qui remporta le Ticket d'Or (une récompense éphémère décernée par les spectateurs), et dans lequel on retrouve son fils Olivier, ainsi que Ferdie Mayne, Maurice Risch, Claude Gensac (qui joue, pour la première fois, la femme de De Funès), Martine Kelly et Jacques Dynam. Le directeur d'un lycée pour familles aisées refuse que son fils, qui a foiré ses études, fasse une croisière en voilier, sur la Seine, avec ses amis durant les vacances, et il lui impose de partir en Angleterre, dans la famille d'un distilleur de whiskey (en échange, il reçoit chez lui la fille du distilleur). Son fils envoie un pote à sa place. Rien ne va se passer comme prévu... C'est drôle, pas forcément génial (une comédie populaire qui a vieilli et comme on en trouvait pas mal à l'époque), mais j'aime beaucoup ce film.

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1967 s'arrête avec Oscar, adaptation de la pièce de théâtre du même nom dans laquelle, je l'ai dit tout en haut de l'article, joua De Funès (il la refera sur scène en 1971/72). Ce film, réalisé par Edouard Molinaro, sera pendant des années, à partir de la fin des années 80 jusqu'à la fin des années 90, introuvable : Sylvester Stallone en acheta les droits pour en faire un remake (en 1991 : L'Embrouille Est Dans Le Sac, qui sera un bide monumental) et donc, les droits ayant été cédés, il faudra attendre de les récupérer pour revoir le film à la TV. Le film est interprété par Claude Rich, Mario David, Claude Gensac, Paul Préboist, et raconte les déboires d'un patron de société immobilière, Barnier, qui reçoit, un beau matin, la visite de son comptable qui lui demande de l'augmenter. Il s'apprête en effet à demander la main d'un jeune fille à son père et veut faire meilleure impression, or son salaire est assez mince. Mais la jeune fille en question n'est autre que la propre fille de Barnier...et ce n'est que le début d'une série de rebondissements. On sent bien que c'est une pièce de théâtre à la base : quasiment un seul décor, des rebondissements à la pelle, portes qui claquent, etc, et une réalisation statique et une durée rikiki de 80 minutes. Oscar est une bonne comédie, pas un grand cru, mais De Funès, le temps de quelques scènes imparables, y est en grande forme. On arrive en 1968, année où trois films seront à l'affiche avec De Funès. D'abord, Le Petit Baigneur, réalisé par Robert Dhéry, et dans lequel on retrouve la troupe des Branquignols dont fit partie De Funès dans les années 50. Le film est interprété par Dhéry, Colette Brosset, Jacques Legras, Andréa Parisy, Michel Galabru, Franco Fabrizi, Pierre Tornade, Henri Génès, Robert Rollis, Pierre Dac, Gérard Calvi... L'histoire d'un armateur (constructeur de bateaux) qui, après avoir viré avec perte et fracas un de ses ingénieurs parce que son bateau a, au cours de son inauguration, eu la coque transpercée par la bouteille de champagne, va devoir le réembaucher séance tenante : un autre de ses bateaux, le "Petit Baigneur", vient de remporter une régate en Italie, et on commence à s'arracher les droits d'acquisition du modèle. Il va falloir entreprendre une opération reconquête... Le film est hilarant, inventif, délirant même (tous les Castagnier sont roux, leur nom même est une allusion à la couleur châtain), c'est un festival de gags souvent nonsensiques (la flaque d'eau qui, avec De Funès, se transforme en piscine dans laquelle il plonge entièrement), c'est un de mes préférés de l'acteur, une de ses meilleures comédies aussi, je pense. Il ne recollaborera plus avec les Branquignols. 

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Deuxième film de 1968, et aussi un de mes préférés, Le Tatoué. Réalisé par Denys De La Patellière, ce film n'a pas dû être un excellent souvenir pour l'acteur, qui partage la vedette avec Jean Gabin pour la dernière fois (et ça faisait longtemps qu'ils n'avaient pas joué ensemble, depuis avant 1963). Le film a été fait par un réalisateur avec qui Gabin avait ses habitudes, mais pas De Funès. L'équipe technique était connue de Gabin, mais pas de lui. Fufu s'est probablement senti un peu seul durant le tournage de ce film, dans lequel on trouve aussi Paul Mercey, Dominique Davray, Pierre Tornade, Yves Barsacq et Patrick Préjean. L'histoire d'un marchand d'art, Mézeray, qui fait la rencontre fortuite d'un vieux légionnaire à la retraite bougon, irascible même, Legrain, qui se trouve avoir, tatoué dans le dos, un authentique dessin de Modigliani, que l'artiste lui fit, un soir de 1919. Mézeray va tout faire pour lui acheter le tatouage, s'engageant même auprès de Legrain pour lui retaper entièrement sa modeste maison de campagne...qui s'avère être, en fait, un château, Legrain étant en réalité un noble désargenté, comte de Montignac (dans le Périgord), et son château est dans un état de délabrement total. Mais une promesse est une promesse : le tatouage contre la rénovation totale du château. Le film n'est pas le meilleur de l'acteur, et Gabin en fait trop. Les deux acteurs n'ont, de plus, guère de complicité et ça se ressent. Mais des séquences vraiment drôles et une ambiance un peu surannée en fait un film que j'aime beaucoup. Mineur, mais sympa. 1968 se termine avec Le Gendarme Se Marie, réalisé par Jean Girault, troisième opus de la saga. Claude Gensac y fait sa première apparition, et Geneviève Grad, sa dernière. Pas mon préféré de la saga, il est cependant drôle (j'adore la section concernant le concours pour devenir adjudant-chef, où participent De Funès et Galabru) et a été tourné alors que la France était touchée par les évênements de Mai 68. On retrouve dans ce film la distribution habituelle pour les rôles principaux, ainsi que Mario David et divers acteurs de second plan habituels, comme Yves Barsacq et Dominique Davray. Ainsi que Nicole Garcia, future réalisatrice/actrice bien connue. Un volet sympa, un peu mineur mais pas le pire non plus. 

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1969 sera une année maigre : un seul film de tourné. Mais il s'agit d'un de ses meilleurs films, Hibernatus, adaptation d'une pièce de théâtre (ce qui se ressent : courte durée, peu de décors, rebondissements...), réalisé par Edouard Molinaro. Le film est aussi interprété par Bernard Alane, Olivier De Funès, Michael Lonsdale (crédité Michel Lonsdale), Claude Gensac, Yves Vincent, Paul Préboist, Martine Kelly, Annick Alane (mère de Bernard Alane), Claude Piéplu, Jacques Legras et Max Montavon. L'histoire abracadabrantesque et hilarante d'un homme retrouvé, en 1970, pris dans la glace au Pôle Nord. Il a tenu 65 ans dans la glace suite à un naufrage, est toujours vivant. C'est le grand-père de la femme d'Hubert de Tartas. L'hiberné doit revenir dans sa famille, mais il est fragile et pense toujours qu'on est en 1905. Il faut donc, pour le préserver, reconstituer une époque, et, la femme de Tartas ressemblant beaucoup à la mère de l'hiberné, elle doit se faire passer pour elle. Pour Tartas, qui doit sa fortune à sa femme, c'est un coup dur, car il n'a plus le droit de posséder cette fortune, rapport aux droits de succession... Une comédie virevoltante (le final est absolument dantesque, un pétage de plombs monumental d'un Fufu en grande forme) comptant parmi les plus grandes réussites de l'acteur. Mais c'est trop court : 75 minutes... C'est tout pour 1969. En 1970, l'acteur va faire deux films. Le premier d'entre eux, réalisé par Serge Korber, passe aujourd'hui très rarement à la TV, et est incontestablement un des moins réussis de De Funès (qui y partage l'affiche avec son fils encore une fois) : L'Homme Orchestre. On trouve aussi dans ce film Noëlle Adam, Paul Préboist, Tiberio Murga et Franco Volpi. L'histoire ? Le directeur d'une compagnie de danse qui dirige sa troupe d'une main de fer dans un gant de fer. Mais une de ses danseuses doit se marier et doit donc quitter la troupe. Il doit donc engager une nouvelle danseuse, et c'est le début d'une série de rocambolesques péripéties. Le film, sincèrement, est d'une profonde médiocrité et est retombé dans l'oubli. On passe ?

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Toujours en 1970, Fufu sortira encore un film : Le Gendarme En Balade, signé Jean Girault, quatrième volet de la fameuse saga inaugurée en 1964, est probablement le meilleur de cette plutôt médiocre année. C'est aussi, avec le second volet de 1965, mon préféré de la saga. Ce fut pendant longtemps mon préféré absolu de l'acteur, aussi. Ce film est un peu à part dans la série : vu leurs états de service glorieux, les gendarmes sont autorisés à prendre leur retraite anticipée. En fait, on les force à partir, place aux jeunes (ceux qui les remplacent, très zélés, sont de vrais bogosses). Pour Cruchot, réfugié dans la belle propriété de sa femme, c'est horrible, il s'emmerde. Apprenant que Fougasse est devenu amnésique suite à un accident, les autres se réunissent et, dans l'optique de lui faire retrouver la mémoire, le font sortir de la maison de retraite où il se trouvait pour l'emmener à Saint-Tropez, afin de déclencher un déclic grâce aux souvenirs. Le film est un petit délire bien dans son époque, très drôle, pas très subtil ni très réussi (c'est un nanar), mais encore une fois, ce n'est pas le pire de la série. C'est le dernier avec Christian Marin et Jean Lefèbvre. Pour ce dernier, il voulait une augmentation de cachet si la série devait continuer, alors on décidera, quand on relancera la série en 1979, de faire sans lui. Pour l'autre, sans doute qu'il en avait marre ! Niveau acteurs, on retrouve les mêmes, ainsi que Paul Mercey, Yves Barsacq, Yves Vincent, les trognes habituelles. Arrive 1971. Une année plus faste, qui se terminera en apothéose, mais a cependant mal démarré avec Sur Un Arbre Perché, de Serge Korber. J'aimais beaucoup ce film avant, ce n'est plus trop le cas, et c'est clair qu'il s'agit d'un des pires films présentés dans cet article. On retrouve Olivier De Funès et Géraldine Chaplin (fille de Charlie) dans ce film racontant les déboires d'un homme qui, après avoir pris deux autostoppeurs sur sa route, perd le contrôle de sa voiture et se retrouve coincé, sa voiture encastrée sur un pin parasol accroché à une falaise (sur la Côte d'Azur). Des séquences assez délirantes n'empêchent pas le film d'être, globalement, décevant, un vrai navet. 

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1971 encore et toujours. Le film suivant sera réalisé par Jean Girault. Adapté d'une pièce de théâtre australienne, le film, produit par MGM, s'appelle Jo, et son affiche, montrant Fufu brandissant un flingue face au spectateur, est étonnante. Court (85 minutes), le film raconte les mésaventures d'un auteur de pièces comiques qui est harcelé par Jo, un maître-chanteur. Il lui donne rendez-vous chez lui un soir, et l'abat afin de s'en débarrasser. Enfin, l'abat...disons que Jo meurt accidentellement, mais il meurt, en tout cas. Il lui reste à cacher le corps. Les travaux, dans son jardin, pour installer un kiosque à musique est l'occasion idéale, Brisebard enfouit le corps dans les fondations. Mais rien ne se passera comme prévu, et les visites incessantes dans sa maison (et notamment d'un inspecteur de police tenace et d'un agent immobilier) vont compliquer les choses... Le film est aussi interprété par Bernard Blier, Claude Gensac, Michel Galabru, Ferdy Mayne, Christiane Muller et Jacques Marin. C'est un film drôle, qui passe relativement peu souvent à la TV (et pendant des années, il était impossible de le trouver en DVD, jusqu'en 2011). Il passe désormais de temps en temps, mais il y aura une période de 20 ans, environ, pendant lesquels il ne fut pas diffusé. Sans doute pour des histoires de droits. On termine 1971 avec La Folie Des Grandeurs. Réalisé par Gérard Oury, le film devait être interprété, en co-vedette, par Bourvil, qui décèdera cette année-là. Le film lui est, je crois, dédié, et c'est Yves Montand qui a repris le rôle de Blaze le domestique de Don Salluste (Fufu). On retrouve aussi Alice Sapritsch, Karin Schubert, Venantino Venantini, Paul Préboist, Gabriele Tinti, Alberto De Mendoza. Le film, mis en musique par Polnareff, se base sur la pièce de théâtre Ruy Blas de Victor Hugo, en la détournant de manière comique. C'est un film culte et génial, hilarant, qui marchera moins bien que les deux précédents films de Oury avec De Funès, mais marchera tout de même très bien. L'histoire d'un marquis epagnol cupide et avare, collecteur d'impôts pour le roi d'Espagne Charles II, et de ses déboires quand il est accusé d'avoir fait un enfant à une des dames de compagnie de la reine. Il est destitué de ses titres et décide alors de fomenter sa vengeance... Un des meilleurs films de l'acteur. Je ne sais pas vraiment comment s'est passé le tournage avec Montand, mais à l'image, les deux semblent bien s'être entendu.

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Pas de films en 1972 pour l'acteur, qui joue Oscar au théâtre (en 1971 aussi). Il revient au cinéma en 1973 avec Les Aventures De Rabbi Jacob, réalisé par Gérard Oury. Le film est interprété aussi par Claude Giraud, Henri Guybet, Renzo Montagnani Suzy Delair, Miou-Miou, Marcel Dalio, Popeck, Claude Piéplu, Xavier Gélin, Jacques François et Janet Brandt. Cette comédie, parfaite de bout en bout, hilarante et remarquablement bien écrite, dans laquelle un homme d'affaires raciste et acariâtre se retrouve, par un concours de circonstance, obligé de se déguiser en rabbin et de se coltiner un dissident politique arabe pourchassé par des compatriotes bien décidés à le tuer. Soyons clairs, un film pareil, de nos jours, on ne pourrait plus le faire. D'ailleurs, à sa sortie, ce film, co-écrit avec un rabbin (Josy Eisenberg), a un peu fait couler de l'encre, on estimera parfois qu'il allait trop loin, d'autres diront qu'il n'allait en réalité pas assez loin... Le succès sera important, et le film devient culte et est encore, aujourd'hui, un des plus estimés et importants de De Funès et de Oury. Une comédie musicale en sera même tirée. Après ce film, Fufu se calmera pendant des années, la faute à une santé cardiaque qui commence à se faire fragile (il fera une attaque), et reviendra en 1976. Il ne tournera plus avec Oury, dont la suite de la carrière sera une alternance de réussites (L'As Des As, La Carapate) et de ratages (La Soif De L'Or, Le Schpountz), mais surtout des ratages. 

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De Funès revient donc en 1976 avec un film réalisé par Claude Zidi et produit par Christian Fechner (qui produira aussi les films restants, ceux de la série des Gendarmes exceptés) : L'Aile Ou La Cuisse. Le film est aussi interprété par Coluche (De Funès s'entendra si bien avec Coluche qu'il exigera que le nom de Coluche, sur l'affiche, soit en aussi gros que le sien, chose que Bourvil avait exigée pour le nom de De Funès, en 1965, pour Le Corniaud), Ann Zacharias, Claude Gensac (qui ne joue pas la femme de Fufu), Julien Guiomar, Philippe Bouvard dans son propre rôle, Raymond Bussières, Jean Martin, Max Montavon... Le film, hilarant, se passe dans le milieu culinaire : le patron d'un fameux guide culinaire (inspiré du Guide Michelin), Duchemin, a bien des soucis, entre son fils qui fait le clown dans un cirque au lieu de reprendre le boulot du père, et des rivaux qui cherchent à voler les manuscrits du futur Guide afin de savoir quel restaurant a eu, ou perdu, des étoiles... On sent qu'entre Fufu et Coluche, le courant est bien passé, et le film joue bien sur cette complicité. L'acteur est moins énervé que de coutume, ses soucis de santé oblige (des médecins étaient désormais sur le plateau, ainsi qu'un assureur, en cas de problèmes), mais comparé à ses derniers films (plus bas dans l'article), on ne se rend pas compte, ici, qu'il a été affaibli par des infarctus. Pour moi, c'est indéniablement un des meilleurs films de l'acteur, c'est aussi, clairement, son dernier grand film. Un classique. Ce qui n'est absolument pas le cas de son film suivant, sorti en 1978 (oui, le rythme va considérablement se ralentir, santé oblige), aussi réalisé par Zidi : La Zizanie. Interprété aussi par Annie Girardot (qui semble aussi à l'aise dans ce film qu'un poisson le serait sur du sable), Maurice Risch, Julien Guiomar et Jacques François, le film est dialoguisé par Pascal Jardin (père d'Alexandre), ce qui devrait être, logiquement, un gage de qualité, mais sincèrement, ici, ça ne fonctionne pas. L'histoire d'un industriel (et aussi maire de sa petite ville) qui, pour honorer une commande importante, va monopoliser sa maison (flinguant ainsi la serre d'horticulture de sa femme) pour y installer des machines destinées à fabriquer sa production (de l'engrais). Ce qui va forcément entraîner la zizanie dans le couple... Film minable dans lequel, pour la première fois on assiste au spectacle d'un Fufu fatigué. Mais une scène, trop courte, est géniale : une plante carnivore minuscule qui attaque De Funès en lui mordant le nez quand il tourne sa tête vers elle. Cette scène est géniale, mais le reste...

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En 1979, Jean Girault réalise le cinquième volet de la série des Gendarmes : Le Gendarme Et Les Extra-Terrestres. Je ne sais pas vous, mais moi, j'imagine assez bien la tronche des gens quand ils ont, pour la première fois, vu l'affiche du film, su son titre, et/ou vu le film en salles, tout simplement. Ils ont sûrement dû se dire mais qu'est-ce qu'ils vont pas encore inventer pour prolonger cette série, franchement..., et ils auront raison, car ici, c'est tout simplement nanardesque. On retrouve ici Galabru, Grosso et Modo, ainsi que Maurice Risch, Jean-Pierre Rambal, Marco Perrin, France Rumilly, Jean-Roger Caussimon, un jeune Lambert Wilson (dans le rôle d'un des extra-terrestres), Jacques François, Mario David, Henri Génès... Maria Mauban joue le rôle de la femme de Cruchot, à la place de Claude Gensac qui soit ne pouvait pas, soit ne voulait pas faire ce film (vu qu'elle revient pour le sixième opus, c'est surtout qu'elle ne pouvait apparemment pas faire le film). Immortalisé par une chanson de Bénabar qui en parle le temps d'un couplet, le film est pourri, ridicule (effets spéciaux inexistants, je ferais mieux personnellement), mal joué, Fufu semble à côté de la plaque... Mais ce nanar contient quand même des passages marrants, parfois involontairement. C'est tout de même vraiment un film embarrassant. L'année suivante, Jean Girault, encore lui, réalise, en collaboration avec De Funès qui marque sa seule incursion dans la réalisation, L'Avare, adaptation de la pièce de Molière. Le film, longuet (2 heures), interprété aussi avec Michel Galabru, Claude Gensac, Bernard Menez et Frank David, est une adaptation fidèle. En fait, c'est littéralement du théâtre filmé, statiquement, et sans âme. Mais Galabru est excellent, malgré son aspect fatigué, dans le rôle de Harpagon. Je dois dire que c'est un des rares films de l'acteur, avec son tout dernier, que je n'ai quasiment pas vu, deux fois seulement, et je n'ai pas envie de le revoir... Je le voudrais que je ne pourrais pas, ne le possédant pas en DVD (encore moins en BR), et le film passe rarement à la TV...

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En 1981, Jean Girault, toujours lui, réalise La Soupe Aux Choux, adaptation d'un roman de René Fallet (Fufu, scénariste sur le film, avait le livre en permanence sur lui pour s'assurer que l'adaptation serait bonne ; je n'ai pas lu le roman, je ne peux pas en juger). Film culte s'il en est, c'est surtout un film bancal : si la première partie est souvent drôle (mais quand même franchement lourde et nanardesque), la seconde, à partir du moment où La Denrée ressuscite la femme du Glaude, est chiante, larmoyante et naveteuse. Interprété aussi par Jean Carmet, Jacques Villeret, Claude Gensac, Marco Perrin et Christine Dejoux, le film subit une atroce musique qui, en plus d'être irritante (le thème principal, une fois entendu, vous pourrit le reste de la journée en restant en tête), est suremployée, toutes les 5 minutes ou presque. A force de voir ce film, dans lequel Fufu semble vraiment à plat malgré de bons moments (il fait vraiment vieux, il en est limite à faire pleurer ; mais il parvient à être vraiment convaincant dans des passages plus sobres que de coutume), je ne peux plus le regarder. Enfin, en 1982, Jean Girault (qui décèdera durant le tournage, le film sera fini par Tony Aboyantz, le réalisateur de la seconde équipe) réalise le sixième et ultime volet de la fameuse saga : Le Gendarme Et Les Gendarmettes. Jen-Pierre Rambal n'est plus là, remplacé par Patrick Préjean, et Claude Gensac est revenue, le reste de la distribution est inchangé. Dernier film de l'acteur, qui décèdera quelques mois après la sortie du film (et quand on sait que le réalisateur est, lui, mort pendant le tournage, on se dit que c'est un film maudit), c'est une immonde daube que je n'ai vu qu'une fois, il y à longtemps, et que je me refuse à revoir, par respect pour l'acteur. Galabru dira que si Jean Girault semblait affaibli, c'est au sujet de Fufu que les craintes étaient les plus fortes, tout le monde ou presque pensait qu'il ne finirait pas le tournage. C'est d'autant plus dommage que ce film soit foiré, vu que c'est son dernier. A la base, il avait été pressenti pour jouer dans Papy Fait De La Résistance (sorti en 1983, le film lui est dédié), il aurait joué le rôle que tient, finalement, Villeret dans le film. Au lieu de ça, sa carrière et sa vie se terminent sur ce ratage épouvantable, pire qu'un navet... Mais mis à part ces film ratés vers la fin de sa vie, quel acteur dans son genre !

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07 décembre 2018

Le bout du tunnel n'est peut-être pas très loin

Daylight

Spoilers !

Dans la série des films catastrophe, on a de grands classiques (La Tour Infernale ; L'Aventure Du Poséidon) et de profondes merdes (les Airport, le premier excepté, et encore ; 2012). Récemment, j'ai abordé ici le cas d'un petit film castastrophe qui ne casse pas vraiment des briques mais qui a quand même l'indéniable qualité de divertir durant le temps qu'on passe à le regarder (un temps assez court en ce qui concerne ce film) et qui, visuellement, était vraiment bien foutu : Poséidon, par Wolfgang Petersen, remake d'un classique du genre que j'ai cité plus haut, relisez si vous ne me croyez pas. Ce n'est pas un grand cru, ce Poséidon, surtout si on le compare à l'original avec Gene Hackman et Ernest Borgnine, mais c'est aussi loin d'être épouvantable. On peut en quelque sorte dire la même chose du film que j'aborde aujourd'hui et que, comme Poséidon, j'ai eu envie d'aborder ici en grande partie parce qu'il a été rediffusé la veille et que je l'ai revu. Mesdames et messieurs, petits garçons et caniches frisés, petites filles et chats angora, brothers and sisters, beer drinkers & hell raisers, voici venir le temps de parler de Daylight, réalisé en 1996 par Rob Cohen, qui a réalisé des oeuvres aussi immortelles (ironie, quand tu nous tiens) que Coeur De Dragon, xXx, Furtif, Alex Cross ou La Momie : La Tombe De L'Empereur Dragon, ainsi que Dragon : L'Histoire De Bruce Lee. Hé hé, trois de ses films contiennent le mot 'dragon' dans leurs titres (y compris leurs titres originaux), vous croyez qu'il aime ces petites bestioles ? Hé, les gars, on lui dit qu'ils z'esixtent pas ?

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Daylight est un des derniers films d'action que Sylvester Stallone a tournés, la suite de sa carrière, malgré quelques films comme les Expendables, John Rambo et Get Carter, sera moins centrée 'action', le pépère se faisant vieux. Au moment de la sortie du film, Sly commence à ne plus faire recette, pour tout dire : certains de ses films précédents ont bien marché (Demolition Man, Cliffhanger), mais on a aussi, dans le lot, L'Expert (foirage), Judge Dredd (désormais assez embarrassant) et Assassins (correct, mais sans plus). L'année suivante, avec Cop Land, il bouleversera les codes en interprétant un flic quasi obèse et très sobre, pas un héros, juste un simple flic, et ça sera un de ses meilleurs rôles. Dans Daylight, il campe un chauffeur de taxi, ancien chef des services médicaux d'urgence de New York. Le reste de la distribution de ce film est moins épatante que sa tête d'affiche, même si on notera Viggo Mortensen, futur Aragorn dans Le Seigneur Des Anneaux. On a aussi Amy Brenneman, Dan Hedaya, Sage Stallone (fiston de son papounet), Jay O. Sanders, Stan Shaw, Claire Bloom (Les Feux De La Rampe, La Maison Du Diable) et un très sympathique clébard non crédité au générique. 

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Daylight contient tous les codes (clichés ? poncifs ?) du film catastrophe : une série de personnages bien stéréotypés, rapidement présentés au début du film ; une situation absolument catastrophique ; un enchaînement de scènes d'action et de temps morts bien sentis histoire de faire retomber la pression et de préparer, calmement, au prochain climax ; et des répliques et comportements bien stéréotypé(e)s aussi. L'action se passe à New York. Suite à un braquage (ils ont volé la voiture d'un joaillier, et sa mallette de diamants) ayant dégénéré en course-poursuite avec les flics, une voiture conduite par des délinquants totalement camés s'encastre, dans le Holland Tunnel (tunnel autoroutier qui relie New York au New Jersey ; au passage, la tête d'indien située sur sa facade n'existe que dans le film), dans un camion transportant, illégalement, des déchets toxiques. La réaction est immédiate : le camion n'a pas apprécié l'empapaoutage et une gigantesque et destructrice explosion ravage le tunnel de long et en large, aux deux extrémités. Parmi les survivants, coincés dans le tunnel, se trouve un flic chargé du trafic du tunnel ; une famille (deux adultes et une ado de 14 ans) ; une jeune auteure de pièces de théâtre fauchée et quelque peu névrosée ; un vieux couple avec un chien ; une célébrité connue pour ses exploits sportifs et aventureux ; et quatre délinquants qui étaient en transfert pénitenciaire. Kit Latura (Stallone), ancien chef des services médicaux d'urgence (EMS) de la ville et ayant été limogé suite à une bavure, devenu chauffeur de taxi, est présent aux abords du tunnel quand celui-ci est ravagé par les flammes, et malgré l'avis du nouveau chef des EMS, il se propose, connaissant bien le tunnel, pour aider les éventuels survivants. Il lui faut passer par la ventilation, qui ne peut être stoppée (de grosses pales) qu'une seule fois, pour son passage...

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Soyons honnêtes : Daylight est un très agréable divertissement, un film d'action et castastrophe bien troussé, dans lequel Stallone est très convaincant en secouriste qui n'use pas forcément de ses gros bras. Disons que c'est plus un survival qu'un simple film d'action, terme qui ne me semble, en fait, pas vraiment convenir au film. Le reste de la distribution est cependant moins éblouissante (Mortensen est bon, mais son personnage est le premier à partir, connement de plus, et on l'oublie donc totalement ensuite), avec notamment des personnages irritants (les deux parents, qui accablent Latura de reproches et ne font que foutre la merde et la panique ; un des délinquants, quasiment psychotique, qui veut se comporter en boss alors que la situation exige un peu plus de contrôle de soi), celui interprété par Amy Brenneman étant particulièrement énervant dans son comportement hystérico-névrosé, certes très crédible (comment vous réagiriez dans pareille situation ?), mais un peu poussif quand même. Stallone est bon, je l'ai dit, mais la VF (sa voix habituelle, signée Alain Dorval) ne lui rend pas justice. Je ne sais pas comment l'expliquer, mais dans des rôles vraiment bourrins, cette voix est parfaite, mais dans un rôle un peu moins bourrin, comme ici où il joue, après tout, un homme normal (il finit le film certes vivant, mais allongé sur un brancard, pas en super forme), cette voix de gros dur semble un peu contreproductive. Elle est parfaite pour l'entendre brailler Si moi j'ai changé, et que vous, vous changez, alors on peut tous changer ! dans Rocky IV, mais pas pour dire On va tous prendre sa respiration car il faut un peu nager sous l'eau.

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La réalisation est solide, les effets spéciaux incendiaires sont très réussis pour l'époque et ont assez bien vieilli. Le scénario est con comme la lune mais on est en présence d'un film catastrophe, pas d'un film policier ou d'un film d'aventures. D'une durée très correcte (115 minutes, générique de fin compris), le film est donc un simple et honnête divertissement à voir un soir où il n'y à rien d'autre à la TV, et dans la catégorie des films catastrophe, ce n'est vraiment pas un mauvais représentant. Certes, c'est caricatural, convenu (à chaque fois qu'il y à un chien dans un film de ce genre, vous pouvez parier votre Ferrari contre un panini qu'il sera vivant à la fin, car ça ne fait pas politiquement correct de tuer un chien dans un film hollywoodien), rempli de clichés (le traditionnel flic, noir de plus, amoureux d'une employée du tunnel mais qui n'ose pas le lui dire ; les sempiternels vieux qui s'aiment encore malgré les coups du sort ; l'inévitable responsable officiel des opérations de secours au caractère à la con qui est contre l'idée de Latura, qui est pourtant la seule idée convenable), mais on passe un bon moment, c'est déjà ça. Pas un chef d'oeuvre, ni du genre, ni surtout en général, mais ça se laisse vraiment regarder sans problème. 

06 décembre 2018

John Boorman : L'Eclectique

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Pour ce nouvel article de la série "Un Oeil Sur...", place à un réalisateur aussi visionnaire et éclectique que, dans l'ensemble, mal connu du grand public (malgré qu'au moins trois de ses films soient très très connus et même franchement reconnus comme étant des classiques absolus), j'ai nommé John Boorman, réalisateur britannique né en 1933 à Londres, toujours de ce monde (et heureusement) et toujours en activité, son dernier film remontant à 2014. Boorman a commencé sa carrière à l'âge de 18 ans comme critique de cinéma dans des revues spécialisées et à la radio avant de devenir, en 1955, monteur pour une chaîne de TV. Il a démarré sa carrière de réalisateur en 1965 avec un film intitulé Catch Us If You Can, interprété par le Dave Clark Five, un petit groupe de pop anglais de l'époque qui tentera, comme d'autres, de concurrencer les Beatles. Je n'ai jamais vu ce film, qui a sans aucun doute dû sortir en France vu qu'on lui a attribué un titre français, Sauve Qui Peut.

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Je ne sais donc pas du tout ce qu'il vaut, mais j'imagine que, comme beaucoup de premières oeuvres (voir Kubrick, par exemple), ça ne doit pas être le meilleur film de Boorman. C'est apparemment une comédie, avec des passags musicaux, et pour ce qui est de l'histoire, j'imagine une histoire à la Quatre Garçons Dans Le Vent. Désolé si je fait l'impasse, dans l'article, sur ce film que je ne connais pas, et que je n'ai par ailleurs pas spécialement envie de regarder. Notons qu'après ce film, Boorman s'envole pour les USA, où il fera ses deux films suivants. Apparemment, Sauve Qui Peut marchera bien en Angleterre, suffisamment pour lui permettre de faire son film suivant aux USA !

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Et le film suivant, sorti en 1967, pardon, mais c'est un authentique classique : Le Point De Non-Retour, un film qui, en 1999, sera l'objet d'un remake pas vraiment officiel (mais l'intrigue s'en rapproche énormément), Payback (par Brian Helgeland, avec Mel Gibson). Adaptation d'un roman de Donald Westlake (publié sous le pseudonyme de Richard Stark), le film est interprété par Lee Marvin, Angie Dickinson, Keenan Wynn et Carroll O'Connor. Brillant et novateur (fortement influencé par le psychédélisme, il est assez expérimental, riche en couleurs, cadrages insensés, etc, ce qui lui sera sans doute un peu reproché à l'époque), le film raconte l'histoire d'un truand, génialement interprété par Marvin dans un de ses meilleurs rôles, qui, au cours d'un casse, est laissé pour mort par ses complices. Il se remet, et va chercher à se venger et à récupérer sa part du pognon... Un film intense, court (90 minutes seulement) mais prenant de bout en bout, un véritable monument du genre, sublimé par un Lee Marvin tout simplement impérial, dans un de ses plus grands rôles. Avec son final situé sur l'île-prison (déjà désaffectée) d'Alcatraz (je crois que c'est le premier film à utiliser Alcatraz comme décor, avant L'Evadé D'Alcatraz, avant L'Inspecteur Ne Renonce Jamais, et bien évidemment, bien avant Rock) et son intrigue tirée au cordeau, Point Blank est un chef d'oeuvre. A noter que Marvin ne tue personne dans le film, malgré les apparences. Regardez bien le film pour en avoir la preuve : des morts, il y en à, mais lui a les mains 'propres' !

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En 1968, Boorman récidive dans sa collaboration avec Lee Marvin (ça sera cependant le dernier film qu'ils feront ensemble ; Boorman voulait lui confier un rôle principal dans Délivrance, Marvin refusera car se sachant trop vieux pour le rôle, mais les deux sont restés amis) pour Duel Dans Le Pacifique. Ce film, tourné dans des condition difficiles sur une île située dans l'archipel des Palos, vers les Philippines, ne contient que deux acteurs, l'autre étant Toshiro Mifune. Rare à la TV, n'existant apparemment en DVD (en France du moins) que dans une édition franchement minable ne proposant que la VF et d'une qualité visuelle rebutante, ce film, qui n'offre que peu de dialogues et la moitié d'entre eux sont en japonais (quand le film sortit, aux USA, les répliques de Mifune n'étaient pas sous-titrées, et ce fut fait pareil, au Japon, pour les répliques de Marvin, histoire d'accentuer le côté choc des cultures), se passe sur une île déserte dans le Pacifique, durant la Seconde Guerre Mondiale (front du Pacifique). Un aviateur américain (dont on ne connaît pas le nom) se crashe sur l'île. S'y trouve déjà un marin japonais (dont on ne connaît pas le nom...) y ayant fait naufrage. Chacun va essayer de prendre l'ascendant sur l'autre, ce sont des représentants des deux pays en guerre, et ils vont, dans un sens, poursuivre cette guerre au stade du microcosme. Mais ils vont apprendre à se supporter, se connaître (malgré le choc des langues ; Mifune, de plus, ne parlait pas vraiment anglais)... Boorman avait, pour le film, tourné une séquence finale montrant les deux hommes, redevenus ennemis, s'éloigner l'un de l'autre, sur l'île, bien décidés à ne plus se rencontrer pour éviter de s'entretuer. Pour la sortie américaine, les producteurs le forcèrent à tourner une fin alternative, montrant les deux hommes mourir dans le bombardement de l'île. Ce qu'il dira toujours regretter. Un film méconnu et absolument remarquable, critique de la guerre et de la connerie humaine (on est différents, donc on ne peut pas être amis, etc). Les deux acteurs sont parfaits. 

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Après ces deux films américains, Boorman retourne en Angleterre. Il va faire ce qui deviendra son incontestable marque de fabrique : frapper là où on ne l'attend pas. Après deux films sombres (un polar et un film de guerre/survival), Boorman réalise, à Londres, Leo The Last, un film qui, à l'heure actuelle, n'existe toujours pas en DVD en France (quant au Blu-ray, n'en parlons pas), ni même en Angleterre. Interprété par Marcello Mastroianni et Billie Whitelaw, ce film, une fable philosophique, a obtenu le Prix de la mise en scène à Cannes en 1970 et a été tourné dans une rue désaffectée, destinée à la démolition (ce qui arriva bel et bien), située dans le populaire quartier de Notting Hill Gate, quartier essentiellement constitué d'immigrés jamaïcains. Boorman obtint la permission de tourner le film dans ce quartier qui devait être démoli, et ils firent construire une aire de jeux pour enfants en remerciements. Le film raconte l'histoire de Leo, un riche héritier coupé de tout, ne parvenant pas à se lier avec les autres ni à ressentir de compassion ou de sympathie, qui vit dans une maison située dans un quartier pauvre et noir de Londres. Vraie anomalie dans le quartier, il va, peu à peu, se familiariser avec ses voisins, allant jusqu'à aider Salambo, une jeune femme forcée de se prostituer. Son dévouement pour cette jeune femme va entraîner, dans son entourage (sa fiancée, issue de la haute société ; ses 'amis' et relations) une totale incompréhension. Mastrioanni (qui ne parlait pas anglais avant de faire ce film, et l'a appris pour le coup) est parfait, et le film, malheureusement d'une totale rareté (je l'ai vu en salles, dans un cinéma d'art et d'essai, il y à bien 15 ans, je m'en souviens encore même si je ne l'ai pas revu depuis, le film étant introuvable), est sans doute un des plus beaux de Boorman. Hélas, il ne sera pas un grand succès commercial, malgré sa récompense cannoise et son acteur principal, plutôt du genre tête d'affiche. A voir absolument...si vous y arrivez. A quand le DVD, putain ?

Delivrance

Boorman, en 1971, retourne aux USA pour y faire l'adaptation (c'est, à la base, un film de commande, et Boorman n'était pas le réalisateur initialement pressenti, ça devait être Sam Peckinpah) du roman Délivrance de James Dickey (qui joue le rôle du shérif dans le film). Délivrance, qui sortira en 1972 et sera un immense succès, est un film d'aventures, de suspense et de survival interprété par Jon Voigt, Burt Reynolds, Ned Beatty et Ronny Cox. Charley, le fils de Boorman (il a quatre enfants), joue le rôle du fils de Voigt, à la fin, et rejouera dans d'autres films de son papounet. Film qu'il vaut mieux éviter de voir avant de filer en week-end nature que l'on passera sur un canoé, c'est un chef d'oeuvre de suspense qui raconte le calvaire de quatre amis citadins qui filent, en week-end, dans le Georgie profonde, afin de faire du canoé sur une rivière tant que celle-ci existe encore (en effet, la construction d'un barrage, non loin, entraînera l'inondation de la vallée où se trouve la rivière). Au cours de leur virée (à deux canoés), deux d'entre eux se font prendre à part, au cours d'une halte, par deux locaux armés de fusils qui vont les frapper et violer l'un d'entre eux. Les deux autres arrivent, tuent les locaux, cachent les corps, décident de ne pas en parler aux autorités. Le cauchemar ne fait que commencer... A la base prévu pour Brando et Lee Marvin (qui refuseront, question d'âge), le film, doté d'une musique inoubliable au banjo (et de plusieurs scènes cultes, comme la séquence de la falaise, le final...et le 'duel de banjos' au début du film, entre Ronny Cox et un enfant local attardé), est monumental. C'est un des films les plus connus du réalisateur et un de ses plus gros succès.

Zardoz

Le succès monumental de Délivrance va entraîner, pour Boorman (qui repart pour l'Angleterre, et même pour l'Irlande, il y à trouvé une belle maison, qui va devenir son fief familial), de belles retombées. On lui accorde carte blanche pour son prochain projet. A la base, il avait l'intention d'adapter Le Seigneur Des Anneaux, en 1970, mais renoncera rapidement en raison du côté assez inadaptable, surtout pour l'époque, du roman (Peter Jackson y parviendra, les technologies du cinéma ayant évolué). C'est avec un scénario totalement original, signé de sa main, qu'il va revenir, en 1973 (le film sortira en 1974 dans certains pays comme, je crois, en France) avec Zardoz, un film de science-fiction totalement ahurissant. Le film a été tourné non loin de chez lui, en Irlande, et devait à la base être interprété par Burt Reynolds, qui, malade du dos, refusera le rôle. Sean Connery, qui tentait à l'époque de briser son image de James Bond, prend le rôle. Le film est aussi interprété par Charlotte Rampling, Sara Kestelman, Niall Buggy et John Alderton. S'inspirant en partie du roman Le Magicien D'Oz de L. Frank Baum (le titre du film, mais aussi des éléments de l'intrigue : le faux magicien), le film, qui sera un bide à sa sortie (tant commercial que critique), est aujourd'hui un peu réhabilité, mais quand même le plus souvent considéré comme un nanar (ce qu'il n'est absolument pas). Ce n'est pas un chef d'oeuvre absolu non plus, il possède des défauts, notamment une très grande propension au fouillis. Résumer le film est compliqué en si peu de lignes (pour cet article, donc), mais en gros, l'action se passe en 2293. La société a évolué en castes. On a les pauvres gens (les Brutes). On a des Brutes qui, pour le compte d'un dieu du nom de Zardoz qui apparaît de temps en temps et les fournit en armes et en ordres, régulent les Brutes (les Exterminateurs) pour éviter qu'ils ne se reproduisent trop, et les tiennent en esclavage. Et on a, vivant dans un Vortex, une caste supérieure, les Immortels (car, grâce à un cristal et à des recherches, ils ont réussi à atteindre l'immortalité), qui vivent dans l'opulence. Zed, un Exterminateur curieux, se cache dans la grande tête de pierre de Zardoz à l'occasion d'une de ses apparitions, et parvient à pénétrer le Vortex, suscitant à la fois la crainte et la curiosité chez les Immortels... Profondément original, tant du point de vue de l'histoire que du visuel, mis en musique via, notamment, la 7ème Symphonie de Beethoven, Zardoz est un OVNI. Certes, la vision d'un Sean Connery quasi nu, torse recourvert de bandes de munitions, crinière noire en queue de cheval et slip rouge, peut faire sourire (et à participé au statut injustifié de nanar), mais des films aussi dingues, aussi originaux, aussi libres que celui-ci, vous en connaissez beaucoup (les Jodorowsky mis à part, qui vont encore plus loin) ? Je n'ai pas honte de le dire, j'adore Zardoz, c'est mon préféré de Boorman, et un de ses plus importants. Culte. 

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Après ce film insensé qui a sûrement du faire regretter aux financeurs de Boorman le fait de lui avoir filé carte blanche, Boorman va accepter un film de commande : la suite du triomphe commercial L'Exorciste que Friedkin réalisa en 1973 (et marcha autant que Zardoz foira). C'est en 1977 qu'il réalise donc L'Exorciste II : L'Hérétique. Bide commercial à sa sortie, le film est considéré comme une vraie merde, et comme le moins réussi des trois volets (l'auteur du roman initial, William Peter Blatty, réalisera lui-même L'Exorciste III en 1990, suite directe du premier film, qui n'aborde absolument pas les faits relatés dans L'Hérétique, et qui se base sur un autre roman de Blatty, par la même occasion). Si, effectivement, L'Hérétique n'est pas immense, c'est toutefois un très bon film d'horreur et de fantastique, assez original encore une fois. Le film, qui a subi les affres d'une production difficile (deux versions du film ont été écrites, le final définitif n'est pas celui que Boorman avait imaginé), est interprété par Linda Blair, qui reprend son rôle de Regan (elle ne jouera pas dans le troisième film), Richard Burton, James Earl Jones, Paul Henreid dans son dernier rôle, Louise Fletcher, Kitty Winn, Ned Beatty et Max Von Sydow qui, dans des séquences de flashback, reprend son rôle du Père Merrin. Le film raconte l'histoire du Père Lamont qui, enquêtant sur la mystérieuse mort du Père Merrin au cours d'un exorcisme difficile sur une jeune fille, va découvrir que cette jeune fille, Regan, possède toujours en elle, latent, le démon qui la possédait, Pazuzu. Il va tout faire pour la sauver et chasser définitivement ce démon. Très mal reçu à sa sortie, le film est original, trop sans doute, et effectivement, c'est le moins bon des trois volets (le dernier volet, de 1990, très très flippant, possède des défauts, ceci dit). Burton n'est pas super convaincant dans le rôle principal. Mais la touche boormanienne est cependant bel et bien là. Une curiosité. 

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1981 : Boorman réalise ce qui est encore aujourd'hui considéré comme son chef d'oeuvre : Excalibur. Tourné non loin de chez lui, en Irlande, le film se base sur la légende du Roi Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde. Il se base en fait sur plusieurs oeuvres littéraires (Chrétien de Troyes, Mallory...) et picturales sur le sujet, et en est une sorte de somme. Interprété par des acteurs absolument remarquables mais peu connus dans l'ensemble (on a certes Helen Mirren et Gabriel Byrne, mais Nigel Terry, Nicol Williamson, Nicholas Clay ne sont pas très connus mis à part pour ce film ; à noter que deux enfants de Boorman, Katrine et Charley, jouent dans le film ; Katrine joue Ygraine (mère d'Arthur) et Charley joue Mordred enfant, tandis que Robert Addie le joue adolescent. Magnifiquement mis en musique (rarement le "O, Fortuna" du Carmina Burana de Carl Orff aura été aussi bien utilisé au cinéma, rarement une musique aura aussi bien collé à un film ou une scène) et en images, le film, le plus long de Boorman à l'époque (2h20), sera un très gros succès commercial et sera super bien accueilli par la presse. C'est clairement un des plus grands films, si ce n'est le plus grand (dans un autre  registre, réaliste et nihiliste, La Chair Et Le Sang de Verhoeven est un autre classique du genre) film sur le Moyen-Âge. Un film dont on ne se lasse pas, rempli de scènes immenses et cultes (inoubliable final, qui transpire la légende arthurienne par tous ses pores), de décors sublimes, de costumes très réalistes (ce sont de vraies armures, les acteurs ont certainement dû en chier des briques triangulaires à tourner ce film). Un monument absolu, tout simplement.

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 On passe à 1985. En cette année-là, Boorman, encore auréolé du succès de son Excalibur, réalise, sur un scénario de Rospo Pallenberg (qui avait déjà collaboré avec Boorman sur le précédent film, mais aussi sur L'Hérétique et Délivrance (en assistant), La Forêt D'Emeraude. Le film est interprété par Powers Boothe, Charley Boorman (fils de qui vous savez) et Meg Foster. Tourné au Brésil (compte tenu du sujet il valait mieux aller tourner là-bas que dans les bois irlandais proches de la maison du réalisateur !), le film, qui sera un gros succès commercial, est une sorte de western initiatique se passant en forêt amazonienne. L'histoire est sublime : Bill Markham est un ingénieur américain, qui arrive au Brésil afin de construire un barrage hydraulique en bordure de la forêt amazonienne. Son fils Tommy, 5 ans, est enlevé par des indiens d'une tribu, les "Invisibles". Alors que Bill va le rechercher en vain, Tommy estélevé par la tribu, selon leur culture. Arrivé à l'âge adulte, il part seul en forêt pour un rite initiatique. Il retrouve son père, le découvre blessé et le ramène dans le village de sa tribu, mais refusera de repartir avec lui une fois son père guéri... Hymne à la vie sauvage et à la nature, plaidoyer contre la déforestation qui, déjà, à l'époque, faisait des ravages, ce film est une preuve supplémentaire du talent du réalisateur, c'est une oeuvre sublime inspirée d'une histoire vraie (la nationalité de l'enfant enlevé par les indiens, dans la réalité, est péruvienne). Deux ans plus tard, autre sublime film, Hope And Glory (alias La Guerre A 7 Ans), un film interprété par le jeune Sebastian Rice-Edwards, mais aussi par Sarah Miles, David Hayman, Sammi Davis et Geraldine Muir. On y trouve aussi Jean-Marc Barr et Katrine Boorman, une des enfants du réalisateur. Le film se passe durant la Seconde Guerre Mondiale, en Angleterre, et contient des éléments autobiographiques (Boorman, enfant, a connu les bombardements) : la vie d'un garçon de 7 ans et de sa famille (le père est parti au combat) durant la guerre, vie rythmée par le manque, les bombardements, les soldats, la destruction. Pour un petit garçon, le côté dramatique de la guerre est peu important, à côté de l'aspect 'grand spectacle' et aventureux. Nommé cinq fois aux Oscars, Hope And Glory est encore une fois une incontestable réussite pour Boorman. 

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En 1990, Boorman réalise Tout Pour Réussir. Comédie dramatique, le film est interprété par Dabney Coleman, Uma Thurman, Crispin Glover, Joanna Cassidy, Christopher Plummer (dans le rôle d'un personnage surnommé, en VO, Shitty, et en VF, la Merde !), David Hewlett et Suzy Amis. Peu connu, ce film dont l'affiche française n'est pas sans faire penser à La Forêt D'Emeraude se passe à New York. Le film raconte l'histoire d'un entrepreneur spécialisé dans la démolition d'immeubles, et dont le projet immobilier ambitieux qu'il envisage de mettre en place est contrecarré par la protection étonnante d'une maison située au coeur d'un pâté de maisons en cours de démolition. Tant que cette maison reste en place, son projet est impossible à réaliser. Et il ne peut pas faire démolir cette maison ! Un jour, il découvre une de ses filles parmi les manifestants oeuvrant pour le maintien de cette maison... Film amusant mais mineur, c'est une comédie dramatique et romantique assez sympathique, mais qui ne restera pas dans les annales. Bien plus réussi est Rangoon, sorti en 1995 (entre temps, Boorman réalisera aussi des courts-métrages), interprété par Patricia Arquette, Frances McDormand, Spalding Gray et U Aung Ko. Comme son nom l'indique, le film se passe en Birmanie et est une sorte de version boormanienne, et birmanienne (les deux mots se ressemblent), de La Déchirure, le chef d'oeuvre de Roland Joffé. L'action se passe durant les évênements politiques survenus en 1988 en Birmanie, une guerre civile lancée par des manifestations étudiantes et qui ont abouti, dans la violence, au retour d'une junte militaire (et ce, juqu'au retour, en 2012, d'Aung San Suu Ki suite à sa libération deux ans plus tôt). Le film raconte l'histoire d'une jeune femme, meurtrie par un drame personnel (son mari et son fils ont été assassinés), qui part en Birmanie pour souffler un peu, se changer les idées. Mais elle arrive au moment de la guerre civile et à la suite de la perte de son passeport, est contrainte de rester à Rangoon, la capitale. Mais la situation est telle qu'elle va devoir essayer de fuir le pays. Un excellent film, aujourd'hui assez méconnu, et qu'il faut voir. Pas le meilleur de Boorman (et je sais que je vais tuer le suspense, mais à mes yeux, le dernier chef d'oeuvre du réalisateur date de 1985), mais vraiment un bon film.

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En 1998, Boorman prouve encore une fois qu'il peut, à l'envi, changer de genre. Après une comédie romantique, après un drame de guerre, place à un film en noir & blanc sur un criminel irlandais, Martin Cahill, un braqueur qui était surnommé Le Général en raison du soin particulier qu'il mettait dans ses cambriolages. Cahill, on le voit dès le début du film (le reste est constitué de flash-backs), a été abattu en 1994 par des membres de l'IRA à la suite d'un vol de tableaux appartenant à des membres de l'organisation. Le film, Le Général, est interprété par Brendan Gleeson, acteur irlandais qui va devenir quasiment un fidèle de Boorman, par Jon Voigt, qui n'avait pas collaboré avec Boorman depuis Délivrance, par Maria Doyle Kennedy et Sean McGinley. C'est un très bon film, assez aride mais passionnant, à la fois sur le banditisme et sur les troubles en Irlande (IRA, UVF), excellemment bien interprété par un Brendan Gleeson impeccable. Pas le meilleur de Boorman encore une fois, mais il serait dommage de passer à côté. Trois ans plus tard, en 2001 donc, Boorman réalise The Tailor Of Panama (même en France, le film est sorti sous ce titre anglophone), adaptation d'un roman de John Le Carré (un spécialiste de l'espionnage) et interprété par Pierce Brosnan, Geoffrey Rush, Brendan Gleeson, Jamie Lee Curtis, Catherine McCormack, Harold Pinter, Daniel Radcliffe (la même année, il interprétait Harry Potter pour la première fois). L'histoire d'unespion britannique qui, à la suite d'une aventure sentimentale malheureuse (il a couché avec la maîtresse d'un ministre espagnol, alors qu'il était en poste à Madrid), est envoyé en anction à Panama. Là, il va faire la connaissance d'un tailleur britannique ayant de nombreuses relations, et qui est en fait un escroc spécialiste en bobards. Les deux vont organiser un coup monté d'envergure : faire croire aux USA et au Royaume-Uni que les autorités locales vont reprendre le contrôle du Canal et qu'une révolution populaire ne va pas tarder à éclater... Comédie d'espionnage parodique (le fait que l'espion britannique un peu raté soit joué par celui qui, à l'époque, jouait encore James Bond n'est pas anodin), c'est un film amusant, mineur mais sympathique. 

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En 2004, Boorman recollabore avec Brendan Gleeson pour In My Country, film interprété par Juliette Binoche et Samuel L. Jackson (Gleeson a le troisième rôle). Le film est basé apparemment sur une histoire vraie, celle d'une poète et journaliste sud-africaine afrikaner, Anna Malan, qui, durant la période de la réconciliation en Afrique du Sud (suite au retour de Mandela), et plus particulièrement au moment de la Commissionde la vérité et de la réconciliation en 1995, a entretenu des relations sentimentales avec un journaliste afro-américain. Deux personnes, de nationalités et de couleur de peau différentes, qui s'aiment dans un pays tout juste sorti d'une longue et sombre période (l'Appartheid) et encore en "convalescence". Un film sur la différence, les préjugés et les fautes de l'Histoire, coproduit par l'Afrique du Sud. In My Country n'est pas un film très connu (d'une manière générale, les films de Boorman faits après 2001 sont assez confidentiels), et son scénario, d'après un livre de Antjie Krog (une poètesse sud-africaine afrikaner), est signé Ann Peacock, qui est à moitié sud-africaine elle-même. Un très beau film. Ce qui n'est pas vraiment le cas du film suivant de Boorman, sorti en 2006, The Tiger's Tail. Le film est interprété par Brendan Gleeson (quand je disais que cet acteur était devenu un récurrent chez Boorman !), Kim Cattrall, Ciaran Hinds et Sean McGinley. L'histoire d'un promoteur immobilier de Dublin, ayant réussi sa vie professionnelle (mais sa vie privée, entre une femme qui n'est pas heureuse et un fils rebelle, n'est pas aussi folichonne) qui voit cependant sa vie basculer quand le conseil municipal de Dublin décide d'arrêter les frais quant à la construction d'un stade, projet pour lequel il s'est personnellement endetté afin de le mener à bien... Sincèrement, je me suis ennuyé devant ce film assez bien interprété par Gleeson, mais qui compte assurément parmi les plus mineurs des films du réalisateur (qui n'a pas fait tant de films mineurs que ça, au final).

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Bien plus réussi est Queen And Country, sorti en 2014, à ce jour le dernier film du réalisateur (qui, en 2018, a 85 ans). Le film est interprété par Callum Turner, Vanessa Kirby, David Thewlis Richard E. Grant, David Hayman, Tamsin Egerton, mais pas par Brendal Gleeson, une première depuis presque 20 ans ! Le film se passe en Angleterre en 1952 et est la suite directe de Hope And Glory, film qui s'inspirait en partie de l'enfance de Boorman (on notera la similarité entre les titres des deux films, qui semblent comme deux facettes d'une même pièce). le jeune Bill a désormais l'âge de faire son service militaire. Ayant pour crainte l'idée de peut-être partir sur le front en Corée, Bill va s'amouracher d'une jeune aristocrate dépressive et va découvrir la dure vie militaire. Le film est un complément très réussi à Hope And Glory, il est plus sombre (si on peut dire ; disons, plus adulte) que le précédent, mais tout aussi réussi. C'est vraiment une belle réussite de plus (après un film assez moyen) pour un réalisateur attachant et vraiment talentueux, un de mes réalisateurs préférés au final. Même s'il a signé ses chefs d'oeuvre essentiellement dans la première partie de sa carrière, l'ensemble de celle-ci est des plus intéressante et passionnante.  

03 décembre 2018

Quitter l'Enfer pour mieux le retrouver

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Spoilers... Ne lisez l'article que si vous avez vu le film, car je raconte TOUT !

Lorsque j'ai découvert ce film, en VHS (achetée au marchand de journaux ; vous savez bien, ces VHS, désormais DVD, vendues à moins de 10 €), je devais avoir dans les 16 ans. C'était donc vers 1998, et donc avant l'arrivée de l'euro. Je sais, on s'en fout. Mais ce film, que je connais donc depuis à peu près une vingtaine d'années, et qui me procure toujours le même effet (même si je sais par coeur tout ce qui s'y passe, et notamment le final), compte énormément pour moi. Comme les deux précédents articles publiés ici, il s'agit d'une réécriture, l'ancienne chronique datant de 2009, ce qui ne nous rajeunit pas. Mais il était temps de la refaire, cette chronique, car elle commençait sérieusement, avec ses petites photos rikiki à la basse résolution et ses petits paragraphes minables de quatre lignes, à sentir la litière que l'on a oublié de changer depuis deux mois. Voici donc un de mes gros, gros coups de coeur personnels depuis 20 ans, et il en sera encore de même dans 20 ans (vous voulez parier que non ? Vous allez perdre, mais OK) : un film réalisé en 1990 par Adrian Lyne, pour qui ce film est, entre parenthèses, un gros OVNI : L'Echelle De Jacob. Un film interprété par Tim Robbins, Elizabeth Pena, Danny Aiello, Matt Craven, Macaulay Culkin (pas crédité, pas encore connu), Ving Rhames, Eriq LaSalle, Jason Alexander, Patricia Kalember et Pruitt Taylor Vince. Le film est écrit par Bruce Joel Rubin, qui a apparemment passé le plus clair de son temps, entre le moment où il a écrit le scénario et celui où Adrian Lyne l'a mis en images, à essayer de le vendre à Hollywood. Après plusieurs refus (de Ridley Scott, Sidney Lumet...), c'est Lyne, qui aurait dû réaliser l'adaptation du Bûcher Des Vanités de Tom Wolfe (film qui sera fait par Brian DePalma au final), qui s'intéresse au projet, au point d'abandonner celui d'adapter Wolfe. Au passage, Lyne envisageait Tom Hanks dans le rôle principal de Jacob's Ladder, mais finalement, prendra Tim Robbins, tandis que Hanks jouera le rôle principal du... Bûcher Des Vanités ! On s'y retrouve ?

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Le film est du genre qui ne s'oublie pas, et je tiens à préciser ici que si vous ne l'avez pas encore vu (comme ce n'est pas un film ultra-méga-connu, et qu'il passe rarement à la TV, c'est probable que vous ne le connaissez pas), et que vous voulez le voir et le découvrir en entier sans rien savoir de son intrigue, alors mieux vaut cesser la lecture de cet article, regarder le film, et revenir ensuite reprendre la lecture. La fonction replay ne marche pas ici, mais il y à un sommaire sur la droite, vous retrouverez l'article facilement. Pour les autres, il faut évidemment continuer la lecture, sauf si vous vous faites chier. L'Echelle De Jacob se passe à New York en 1975, après un prologue se passant en 1971 au Vietnam. On y voit, dans le prologue, des soldats américains, parmi eux Jacob Singer (Tim Robbins), en poste dans un village du delta du Mekong. Alors qu'ils sont en train de se reposer et de déconner entre eux (certains fument des pétards gros comme des tacos Ol Del Paso, d'autres écoutent du rock), on annonce une attaque. Jacob voit certains de ses amis se faire tuer par des balles ou explosions, mais il voit surtout certains de ses camarades pris de folie, de catatonie ou d'épilepsie, tournant sur eux-mêmes, bavant, hurlant, etc. Alors qu'il tente de fuir, il est poignardé par un ennemi que l'on ne voit pas. Puis flash en 1975, Jacob se réveille dans le métro, et on comprend qu'il a survécu à sa blessure et est revenu au pays. Il travaille comme postier et vit chez sa petite amie Jezabel (Elizabeth Pena), étant séparé de sa femme Sarah, avec qui il a eu des enfants, dont l'un d'entre eux, Gabriel, est mort dans un accident (renversé par une voiture) avant que Jacob ne soit parti à la guerre.

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Jacob, qui tente de vivre simplement et d'oublier son traumatisme de la guerre, commence à être pris de visions dérangeantes, de plus en plus dérangeantes. Un soir, dans une station de métro à moitié fermée, il aperçoit, dans une rame qui manque de l'écraser alors qu'il traversait la voie pour accéder à la sortie, des visages déformés qui le regardent, de l'intérieur, certains remuent la tête de manière frénétique. Un soir, au cours d'une fête organisée chez Jezabel (ou Jezzie), il voit des formes bizarres, et voit Jezzie se faire prendre, violemment, par une sorte de monstre ailé qui la baise devant tout le monde, mais seul Jacob s'en aperçoit. Il fait une crise, devient tellement fiévreux qu'il manque de mourir. Tandis que Jezzie et des amis le mettent dans une baignoire remplie d'eau glacée pour faire baisser sa température, il part dans un délire dans lequel il vit avec Sarah, avec ses deux enfants (tous bien vivants), et dans lequel il n'a jamais vécu avec une autre femme que Sarah. Il finit par revenir à lui, dans la baignoire remplie de glaçons fondus, sauvé mais se rendant compte qu'il y à vraiment quelque chose qui cloche dans sa vie. Peu après, il apprend qu'un ancien vétéran qu'il a connu au feu, Paul, vient de mourir dans un accident de voitures. Peu de temps avant, ce même Paul avait appelé Jacob pour lui demander de se revoir, il avait des choses à lui dire, sur des trucs bizarres qui commençaient à lui arriver. A l'enterrement de Paul, Jacob retrouve d'autres vétérans qu'il connait, et décide de leur parler de ce qui lui arrive (et arrivait aussi à Paul, apparemment). Contre toute attente, eux aussi ont ce genre de visions. Ils décident d'engager un avocat (Jason Alexander) et de tenter une action en justice contre l'armée, pour traumatisme.

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L'avocat finit par clore le dossier et abandonner l'affaire, et quand Jacob lui demande pourquoi, il lui dit que, selon l'armée, ni lui ni aucun de ses amis n'a été au Vietnam, tous ayant été réformés pour des problèmes psychologiques. Alors qu'il sort du tribunal, Jacob est enlevé, brutalement, par deux hommes qui le frappent et l'emmènent, en voiture. Ils lui ordonnent d'arrêter ses recherches sur l'armée et le Vietnam. Jacob parvient à se jeter hors de la voiture, se blessant au dos dans sa chute (son dos est fragile, il va souvent voir un chiropracteur, Louis (Danny Aiello), qui est un ami), et est emmené à l'hôpital, attaché à un brancard. Son trajet dans les couloir de l'hôpital est une vraie plongée en enfer, couloirs de plus en plus glauques, jonchés de restes humains et de sang, traversée de salles remplies de monstres, d'amputés, de psychotiques. Alors que les médecins ne cessent de lui dire qu'il est déjà mort, il est sorti de l'hosto par Louis, qui le soigne et lui dit (citant un philosophe dominicain, Maître Eckhart) que la seule chose qu'il y à en Enfer, c'est la part de soi qui refuse d'admettre que l'on est mort. Si on refuse d'admettre cette vérité, on voit des démons. Des anges si on l'accepte. Jacob finit par obtenir des infos par le biais d'un médecin qui était, comme lui, au Vietnam, et qui a aidé à évacuer Jacob et ses camarades au cours de l'attaque vue dans le prologue du film. Cet homme, Newman (Matt Craven), a participé à une opération secrète de l'armée, au cours de laquelle une drogue baptisée l'Echelle a été administrée, en douce, à des soldats, dont Jacob. Une drogue capable de décupler l'agressivité au combat. Mais les effets secondaires étaient redoutables : les cobayes sont devenus fous et se sont entretués. Il n'y à pas eu d'attaque de l'ennemi, l'ennemi, c'était les soldats eux-mêmes, et c'est par un de ses camarades que Jacob a été poignardé. Mais il n'a pas survécu à sa blessure, est mort au Vietnam, comme les autres, et c'est au cours des derniers instants de sa survie qu'il a imaginé tout ça, sa vie de retour à New York, avec quelqu'un d'autre. Quant à ses visions, ce n'étaient que des démons venus le rappeler à l'ordre, lui intimer d'accepter qu'il est en train de mourir et de cesser de lutter. Il meurt en souriant, sa dernière vision étant celle de son enfant mort, Gabriel, lui tenant la main pour le faire monter un très lumineux escalier. Ou une échelle.

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Quelqu'un qui s'y connaît un peu en symbolisme religieux, en voyant le titre du film, aura des indices, et les noms des personnages (l'enfant s'appelle Gabriel, le nom d'un ange ; la petite amie de Jacob s'appelle Jezabel, le nom d'une tentatrice ; et le nom du personnage principal, Jacob, évidemment) étant sans équivoque. Le titre du film est une allusion à l'expérience faite par l'armée (le nom de la drogue secrète) mais surtout une allusion à un passage de la Bible, le lien entre la Terre et le Paradis se faisant par le biais d'une échelle imaginée, au cours d'un rêve, par Jacob, dans la Genèse (28:12). Le film possède beaucoup d'allusions à la religion et à l'Ancien Testament, mais il y en avait bien plus dans le scénario. On peut trouver un peu étonnante cette fin, comprenant ainsi que Jacob est mort dès le début et qu'il a imaginé, dans un délire de moribond, tout le reste, mais L'Echelle De Jacob n'est pas le premier film à proposer une histoire de la sorte. Une des références de Lyne est un court-métrage français, La Rivière Du Hibou, de Robert Enrico (1964), qui fut d'ailleurs diffusé aux USA dans le cadre de La Quatrième Dimension (saison 5 mais l'épisode est absent des DVD de la série) et qui parle d'un homme qui, alors qu'il meurt, s'imagine être ailleurs. On peut aussi penser aux Choses De La Vie de Sautet, où un homme en train de subir un accident de voiture voit toute sa vie dérouler dans sa tête. Le temps devient élastique. La réalité change. Le film de Lyne, oppressant de A à Z (les apparitions sont glaçantes, terrifiantes), l'est d'autant plus que, ces apparitions mis à part, l'aspect du film est très réaliste, on n'a aucun mal à penser que Jacob vit vraiment en 1975, revenu blessé et traumatisé mais vivant du Vietnam. Il parle à des gens, mange, dort, baise, rit, travaille... Une vie normale, mis à part ces apparitions, de plus en plus fréquentes et glaçantes, qui, sans qu'il le sache (ou plutôt, l'admette en son for intérieur), lui signifient qu'il ne devrait pas être là. Qu'il est en Enfer parce qu'il refuse d'admettre qu'il est mort. Il revient d'un Enfer (la guerre) pour un autre (le 'vrai' Enfer), en fait il ne l'a jamais quitté. 

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Les acteurs sont excellents, à commencer évidemment par un Tim Robbins qui, mis à part dans Les Evadés, The Player et Mystic River, n'a jamais été aussi bon, aussi grandiose qu'ici. Il parvient à insuffler toute la fragilité nécessaire au personnage. On n'a aucune peine à croire que Jacob est dans la détresse et la crainte de devenir fou, tant Robbins est criant de vérité. La réalisation est solide et sobre, les effets spéciaux ont été faits sans rajouts (maquillage, prothèses, effets de ralentissement ou d'accélération de l'image) et sont ahurissants. Mais l'aspect du film est tel que même des passages assez classiques en deviennent glaçants : le Père Noël de rue qui dépouille Jacob avachi au sol après sa chute de voiture ; la femme qui dévisage ardemment Jacob dans le métro, au regard terrifiant, et qui semble continuer de le regarder après qu'il soit descendu de la rame... La photographie est froide (sauf pour le segment vietnamien), la musique de Maurice Jarre (pas n'importe qui) est sublime, le scénario est incroyable, et on peut comprendre que le scénariste ait mis du temps à le vendre à Hollywood, tant il est complexe et peut faire peur à des producteurs frileux. L'Echelle De Jacob, de loin le sommet d'Adrian Lyne (réalisateur de Flashdance, de Liaison Fatale, du remake abominable de Lolita, mais aussi de Proposition Indécente et de 9 Semaines 1/2, on comprend que ce film soit un OVNI dans sa filmographie), ne sera pas un gros succès à sa sortie. Mais il a été bien reçu par la presse et fait partie des films (avec Angel Heart de Parker, Usual Suspects de Singer et Sixième Sens de Shyamalan) qu'il est nécessaire de voir plusieurs fois, afin que le spectateur puisse bien le comprendre, et afin de le voir différemment. Comment verrez-vous le film une fois que vous savez que Jacob est mort et qu'il 'délire' une autre vie alors qu'il s'accroche désespérément à la vie ? Petite anecdote pour finir : ce film, de par son ambiance flippante (il est considéré à juste titre comme un des films les plus terrifiants qui soient), fait partie des sources d'inspiration pour Silent Hill (jeux vidéos et film). Et une chanson (et le clip qui va avec) du groupe Avenged Sevenfold, "Nightmare", s'inspire d'une scène du film. Clairement, on peut parler d'un film culte. Et d'un grand film, à voir et revoir absolument.  

02 décembre 2018

Le dernier hors-la-loi

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Spoilers...

Ayant récemment consacré un article de la catégorie "Un Oeil Sur..." (qui aborde les filmographies complètes, et la prochaine, ça sera probablement pour John Boorman) à Sam Peckinpah, j'ai eu envie de réaborder un de ses films ici. Mais lequel ? Pas Le Convoi ni Junior Bonner, ils ont  été abordés ici l'an dernier, c'est trop tôt, et je ne vois pas ce que j'aurais pu dire de nouveau à leur sujet. Pas Apportez-Moi La Tête D'Alfredo Garcia car ce film, mon grand préféré de Peckinpah (et sans doute son meilleur), qui fut le premier de ses films que j'ai abordés sur le blog, je l'ai réabordé il y à un peu plus d'un an. Alors j'ai quasiment tiré au sort, et le grand gagnant fut Pat Garrett & Billy The Kid, son film de 1973, que j'avais abordé en 2009 et depuis, rien. Samedi, il n'y avait rien à la TV, et je n'avais pas envie de regarder BFM ou LCI en boucle pour (re)voir les images des émeutes de la journée, alors je me suis mis un DVD, et ce fut ce film. Ca faisait longtemps que je ne l'avais pas revu, au passage, pas aussi longtemps que mon précédent article sur le film, mais pas loin. Pourtant, comme je le disais alors dans l'ancienne chronique, c'est un de mes préférés du grand Sam, et mon western préféré de lui. C'est aussi un film qui n'a pas eu de bol dans la vie, comme pas mal de films de Peckinpah. Sam a souvent eu des emmerdes avec ses producteurs, qui remontèrent ses films ou exigèrent qu'il en coupe des scènes. C'est ainsi que Major Dundee a perdu plus d'une heure de métrage. En fait, Apportez-Moi La Tête D'Alfredo Garcia, en 1974, a été le seul film qu'il a pu faire tel qu'il le voulait, sans remontage ni coupes, et il en résulte un film bien personnel et peckinpahien.

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Mais pour Pat Garrett & Billy The Kid, c'est encore autre chose. A la base, ce n'est même pas Peckinpah qui devait faire le film, mais Monte Hellman. Le scénariste du film, Rudy Wurlitzer, voulait Hellman (Macadam A Deux Voies). Mais James Coburn voulait absolument jouer Pat Garrett, et Sam Peckinpah s'est sans doute pris à imaginer faire ce film avec Coburn en tête d'affiche, car il a commencé à s'impliquer et, finalement, a remporté la timbale. Mais pour lui, ce fut un peu comme Spartacus pour Kubrick, un film pour lequel il n'avait pas vraiment de droit de regard sur le script. A la différence que Peckinpah a réalisé tout le film et a construit son propre casting, faisant jouer un parterre de seconds rôles de génie ayant, pour beaucoup d'entre eux, été des seconds couteaux d'envergure dans les westerns de l'Âge d'Or. Le but de Peckinpah était de continuer et de terminer sa révision du western, qu'il avait entreprise avec ses premiers films (ses cinq premiers films sont tous des westerns, et Pat Garrett & Billy The Kid, son neuvième film en tout, est aussi sin sixième et ultime western), de faire le western définitif, ultime. On ne peut pas dire qu'il a réussi son coup, car d'autres westerns seront faits par la suite, certains d'entre eux absolument grandioses (Josey Wales, Hors-La-Loi de Eastwood, et son Impitoyable aussi ; Missouri Breaks d'Arthur Penn ; les deux derniers Tarantino, Django Unchained et Les Huit Salopards ; Silverado de Kasdan ; Open Range de Costner, son Danse Avec Les Loups aussi), mais en tout cas, il est clair que le film de Peckinpah possède une sacrée ambiance fin de fête à l'ouest des Pecos

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Mais Peckinpah n'a pas eu de bol du tout : non seulement le film n'a pas été un gros succès commercial à sa sortie, mais il a été très mal reçu par la presse. Il faut dire que le film, tel qu'il est sorti en salles en 1973 a été grossièrement remonté et  tronqué par les producteurs, contre l'avis d'un Peckinpah qui n'avait, cependant, pas son mot à dire et était dans un tel état (ce n'est un secret pour personne, le bonhomme a eu de gros soucis de came et surtout d'alcool, qui n'ont pas été en s'améliorant jusqu'à sa mort en 1984) qu'il n'aurait probablement rien pu dire. La version d'époque du film, que je n'ai jamais vue, est apparemment un massacre absolu qu'à peu près tout le monde, parmi les acteurs et l'équipe technique du film, a renié. En 1988, après la mort de Sam donc, une version remodelée, dite "Turner Edition" (car conçue par Turner Home Entertainment, filliale de MGM qui a distribué le film), est sortie, proposant un montage plus long (2 heures au lieu de 105 minutes) et plus proche de ce que Peckinpah voulait. Il s'agit en fait de la version qui fut proposée en avant-première à certains critiques et réalisateurs (dont un Martin Scorsese éberlué par le film) en 1973, avant que le film ne soit remonté. Et en 2005, le film est sorti en DVD par Warner dans une édition double proposant la version Turner et une nouvelle version, dite définitive, longue de 115 minutes, et proposée en exclusivité sur le DVD. Cette nouvelle version est celle que j'ai revue et sur laquelle je base l'article. Mais la version Turner est remarquable aussi.

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Je n'ai pas encore commencé à parler du film, mais parlons maintenant de son casting. Il est ébouriffant : James Coburn dans le rôle de Garrett, Kris Kristofferson (un acteur et chanteur de country : "Me & Bobby McGee", repris par Janis Joplin et notre Johnny national) dans celui de Billy The Kid, Bob Dylan (qui signe aussi la bande-son, inoubliable "Knockin' On Heaven's Door") dans un rôle secondaire peu important mais du genre qu'on n'oublie pas (et son premier rôle au cinéma). Et notons aussi, dans le désordre, des acteurs tels que Jason Robards, Harry Dean Stanton, Jack Elam, Richard Jaeckel, R.G. Armstrong, John Beck, Charles Martin Smith, Katy Jurado, la chanteuse et choriste Rita Coolidge, L.Q. Jones, Slim Pickens, Elisha Cook Jr, Bruce Dern (non crédité), Emilio Fernandez, Luke Askew, Barry Sullivan, et on notera aussi la participation du scénariste, Rudy Wurlitzer, et de Peckinpah, non crédité, dans de petits rôles. Comme je l'ai dit, la musique est signée Bob Dylan, et elle respire le Mexique (l'action du film se passe en partie au Mexique) et le western, tant dans ses chansons que ses instrumentaux. Kristofferson estimera que "Knockin' On Heaven's Door" était une chanson monumentale et que son utilisation dans le film était des plus judicieuses. Mais Peckinpah, qui pensait sans doute que Dylan fut imposé par la production, a sous-estimé la chanson, qui n'est présente que par bribes dans le film. Ca ne tue pas la qualité de la scène ni de la musique, mais ça reste frustrant. 

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La scène du bordel : le rêve de tout homme

L'action du film se passe en 1881 (mais le prologue en images sépia se déroule en 1909 et montre un Pat Garrett vieillissant se faisant tuer en embuscade) au Nouveau-Mexique. William H. Bonney, alias Billy The Kid (Kristofferson) et ses amis s'amusent à flinguer des poulets à moitié enterrés dans le sable quand un ancien ami et compagnon de route du Kid, Pat Garrett (Coburn) arrive et les salue. Garrett était autrefois un hors-la-loi, comme le Kid, ils faisaient partie de la même bande, mais désormais, Garrett s'est rangé, il est devenu shérif, et il annonce à Billy, calmement, amicalement (on sent que les deux hommes, malgré cette divergence, sont restés amis), qu'il va devoir quitter les lieux s'il ne veut pas avoir d'ennuis. Garrett lui laisse cinq jours. Six jours plus tard, Billy et ses amis sont toujours là, dans une ferme reculée, et Garrett et des hommes de loi déboulent pour les déloger. Une fusillade éclate, seul Billy s'en sort, et il se rend, souriant, se sachant cependant condamné à la pendaison. Alors qu'il attend son sort dans sa cellule, jouant aux cartes avec un adjoint de Garrett, il parvient à s'évader grâce à une arme cachée dans les toilettes. Son évasion n'est pas sans être remarquée d'un homme taciturne (Bob Dylan) qui, se faisant appeler Alias, ne va pas tarder à le rejoindre et à entrer dans sa bande. Parallèlement, Garrett, ayant appris l'évasion sanglante de Billy, reçoit du gouverneur Lew Wallace (Jason Robards) l'ordre de traquer Billy et de l'arrêter, mort ou vif, pour 1000 dollars. Garrett se lance alors dans la traque de son ancien ami, de son meilleur ennemi, dans un Ouest américain en fin de course, où les hors-la-lois se font rares (bon nombre d'entre eux, comme Garrett, sont passés de l'autre côté)...

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Magistral de bout en bout, doté d'une atmosphère mélancolique (on sent bien que c'est la fin d'une époque, un peu comme dans Missouri Breaks ou La Horde Sauvage et Un Nommé Cable Hogue, ces derniers, de Peckinpah) et d'acteurs époustouflants, Pat Garrett & Billy The Kid est moins violent que les autres films de Peckinpah (il contient quand même des scènes de gunfights assez imposantes, mais la barbarie de La Horde Sauvage et de son final chaotique est loin), mais pas moins réussi, loin de là. Mal reçu à sa sortie à cause d'un remontage studio catastrophique (qui a entraîné un bide commercial, en plus), cet ultime western de Peckinpah, qui ne se voyait pas en faire d'autres après, est un de ses meilleurs films. Acteurs parfaits, scénario remarquablement bien écrit, réalisation solide, photographie magnifique et musique inoubliable (en revanche, si Dylan n'est pas mauvais acteur, il apparaît peu souvent ou dans des scènes trop courtes, son personnage n'est pas très utile au final ; mais on prend plaisir à le voir en bandit adroit au lancer de couteau). Sans parler de cette ambiance de fin de cycle, on assiste quelque part à la fin d'une ère, la chute des derniers hors-la-lois. La musique, souvent mélancolique ("Final Theme", "Main Title Theme", "Cantina's Theme (Working For The Law", "Knockin' On Heaven's Door") est à ce titre exceptionnelle, tant elle convient au climat du film. Je ne vois au final rien à dire de négatif (mis à part une durée assez mince, un peu moins de 2 heures, mais le film, avant coupures, durait dans les 125 minutes, donc la différence n'est pas immense ; et si vous voulez voir une version plus longue, prenez la Turner, sur le second disque de l'édition double DVD après tout) sur ce film, mon western préféré du grand Sam et un de mes préférés de lui. Grandiose. 

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01 décembre 2018

La forme compte plus que le fond

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Spoilers...

 

Pour ce nouvel article, j'ai eu envie de réaborder un film qui l'avait été il y à longtemps, peut-être pas 10 ans (c'est, grosso merdo, l'âge du blog sur Canalblog), mais au moins il y à 7 ou 8 ans. Un film d'horreur, comme vous pouvez le constater en matant son affiche. Et un du genre gore, est-il besoin de le préciser. Je précise d'ailleurs qu'une ou deux images sur l'article risqueront de choquer les plus sensibles, mais qu'est-ce qui m'arrive aujourd'hui, c'esst sans doute l'arrivée de Noël, je deviens sentimental et prévenant. Frayeurs, sorti en 1980, est un film de Lucio Fulci, son je-ne-sais-combientième de film car le bonhomme (mot en 1996 à l'âge de 68 ans) en a accumulé, depuis son premier en 1959 juqu'à son dernier en 1991. Il a touché à tous les genres (polar, western, comédie, aventures, signant même une adaptation de Croc-Blanc en 1973) mais a aussi et surtout fait des films fantastique et d'horrreur, souvent gore, surtout à partir de L'Enfer Des Zombies en 1979 (sorte de suite/préquelle non-officielle du Zombie de Romero, et dont le titre original italien est un Zombi 2 sans aucune subtilité). Frayeurs, dont le titre original est, comme souvent avec les films italiens, bien long (La Paura Nella Città Dei Morti Viventi) et a été raccourci, souvent, en un simple La Paura, est considéré comme le premier volet d'une trilogie, les deux autres sont L'Au-Delà (1981) et La Maison Près Du Cimetière (1981 t'aussi). Trois films indépendants dans leurs intrigues, mais avec la même actrice principale (dans trois rôles distincts), Catriona MacColl, une actrice britannique ayant souvent joué en France (notamment dans... Plus Belle La Vie ! Si ! On peut jouer aussi bien dans un film gore italien de Fulci que dans ce...truc diffusé sur France 3 !).

 

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Les autres acteurs principaux du film sont Christopher George, Carlo De Mejo, Antonella Interlenghi, Michele Soavi (son prénom ne le dit pas forcément, mais c'est un homme), Venantino Venantini (qui vient de nous quitter, il y à quelques semaines), Giovanni Lombardo Radice, Janet Agren et Fabrizio Jovine. Fulci joue un petit rôle de médecin. Aucun des acteurs ne brille par son jeu exemplaire, je pense notamment à Carlo De Mejo qui, durant tout le film, nous promène en laisse sa bonne trogne barbue de Corbier ahuri, voir la photo ci-dessus. Christopher George aussi n'est pas terrible, c'est le héros du film, et on peut dire qu'il n'en a pas vraiment l'allure et la carrure. Mais j'ai envie de dire qu'on s'en contrefout le genou gauche (ou le droit, je ne suis pas sectaire) en chantant du Sardou en espagnol. Frayeurs est un film qui ne s'embarrasse de strictement rien. Ca faisait longtemps que je n'avais pas revu le film, et avoir visionné, récemment, une vidéo sur le film, sur YouTube (sur la géniale chaîne du Fossoyeur de Films, un mec qui fait des vidéos dans lesquelles il décortique des films de genre et/ou parle de nouveautés), vidéo que j'encourage tout le monde à voir car comme pour l'ensemble de ses vidéos, c'est aussi génialement bien foutu que terriblement drôle, après avoir vu cette vidéo donc, qui m'a donné envie de revoir le film, je me suis rendu compte à quel point Frayeurs est abstrait. Le Fossoyeur insiste d'ailleurs bien sur ce détail qui n'en est pas un. A ce niveau, on ne peut pas vraiment parler d'abstraction, c'est carrément autre chose. Le film possède un scénario si mince qu'on voit le scénario du film suivant de Fulci à travers. La direction d'acteurs est, comment dire, loin du niveau d'un Kubrick. Le cadrage et la mise au point, le Fossoyeur insiste aussi là-dessus (un truc qui est bien, avec ses vidéos, c'est qu'il aborde un film aussi bien selon l'angle de l'histoire et du contexte que de sa réalisation, il n'oublie pas le technique, qui compte beaucoup pour lui), est parfois moyenne. 

 

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On peut ne pas le croire, mais c'est bel et bien le héros du film

 

Autant parler du scénario, faire un rapide (oui, ça sera rapide !) résumé du film. Le début du film se passe dans une petite ville américaine, fictive, Dunwich (les fans de Lovecraft savent que c'est le nom d'un ville dans laquelle, dans une de ses terribles histoires, se déroule une Abomination). Un prêtre (Fabrizio Jovine) se promène dans le petit cimetière, empli de brume matinale. Il s'approche d'un arbre, y accroche une corde, se pend. Parallèlement, à New York, une jeune médium, Mary Woodhouse (Catriona MacColl), au cours d'une séance de spiritisme, reçoit la vision de ce suicide du prêtre, et voit des morts sortir de terre. Une des portes de l'Enfer se serait ouverte suite au blapshème qu'est le suicide du prêtre de Dunwich. Au cours de cette séance de spiritisme, elle s'écroule, comme morte. Elle est d'ailleurs enterrée. Alors que les fossoyeurs (pas de films, ceux-là) l'ont mise en terre et commencent à recouvrir le cercueil de terre. Un journaliste, Peter Bell (Christopher George), qui essayait d'entrer dans l'appartement de la séance de spiritisme pour avoir des infos mais fut repoussé, se rend à l'enterrement. Alors qu'il s'en va en laissant les fossoyeurs faire leur boulot (de vrais fonctionnaires, apparemment, à les voir bosser avec négligence), il croit entendre des cris venir du cercueil, puis les cris se font plus forts. Il ouvre le cercueil, tant bien que mal, et Mary en sort, bien vivante, elle n'était apparemment que dans le coma (marrant, comme il est dit dans la vidéo, que compte tenu des circonstances de la 'mort', la police n'ait pas demandé une autopsie). Elle explique à Bell sa vision et ses craintes, ils filent vers Dunwich, où d'étranges et terribles faits se déroulent, des morts étranges et bien sanglantes...

 

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A un certain moment de l'intrigue, il est dit que Dunwich fut, autrefois, le lieu de l'exécution de prétendues sorcières. Info complètement inutile. Il est aussi fait allusion, au début du film, d'un livre, le Livre d'Enoch. Ce qui, par la suite, ne revient à aucun moment dans le film. Et à aucun moment, on ne sait pourquoi le curé se suicide par pendaison au début du film. Mais ce curé revient hanter les habitants de la ville, il surgit comme ça, tue par la force de la pensée, sème la panique et parallèlement, les morts sortent de terre et s'en prennent aux vivants. Mais certains vivants aussi s'en prennent au vivants : dans une séquence aussi gore et remarquable (le 'clou' du film) que fondamentalement inutile à l'intrigue, un homme, Mr Ross (joué par Venantino Venantini), tue un pauvre gars un peu paumé, Bobby (joué par Giovanni Lombardo Radice) en lui trouant la tempe avec une perceuse industrielle (pas une perceuse à main, mais du genre 'gros matos vissé au sol', voyez) dans son garage. Pourquoi ? Oh, disons que le Bobby est un mec un peu douteux, camé, paumé, on le soupçonne de quelques trucs, et il tourne autour de la fille de Ross, ce qui explique qu'il se soit emporté. Emporté ? Bon, OK, le fait qu'une des portes de l'Enfer se soit ouverte à Dunwich y est aussi pour quelque chose. Enfin, je crois ? Aaah, ce film... Expliquez-moi donc pourquoi il se termine par la vision d'un gamin courant, heureux, vers l'héroïne qui, elle, se met à hurler à la mort, tandis que l'image du gamin en train de courir se brise, comme du verre, entraînant le générique de fin ? 

 

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La dernière image du film, incompréhensible

 

Frayeurs joue à fond la carte de la terreur pure, s'occupe de la forme sans se préoccuper du fond (c'est pour ça que j'ai choisi un tel titre pour mon article). L'immense majorité du film, de son prologue au cimetière à son final dans le même cimetière, en passant par les séquences de morts immondes  (aah, cette vision d'yeux sanglants...cette régurgitation d'intestins...) et cette dégueulasse (et, au premier visionnage, interminable tant la répulsion est présente pour le spectateur) scène des asticots, qui surgissent dans la maison, envahissent tout, se collent aux visages, on imagine que certains ont été avalés, etc... Séquence qui, encore une fois, ne sert à rien (à ce niveau d'abstraction, on peut dire que rien ne sert à rien dans le film), mais à le mérite, comme celle de la perceuse ou le prologue, d'être absolument inoubliable. Frayeurs pourrait être une pure merde. Un film qui ne se préoccupe absolument pas de son scénario (aucune explication donnée pour le suicide inaugural du prêtre, un contexte historique rapidement abordé mais qui n'est absolument pas exploité, une accumulation de scènes choc sans grand lien, des personnages aussi plats que des soles écrasées par un convoi de 38-tonnes) ne devrait pas être aussi réussi, malgré tout. Car réussi, il l'est. Bien que totalement abscons, ce film, doté d'une bande-son hypnotique de Fabio Frizzi et d'une photographie sépulcrale, est une claque formelle, un chef d'oeuvre d'épouvante et de gore, qui file les jetons et révulse comme jamais ou presque. OK, les acteurs ne sont pas tous terribles (et la VF est abominable ; regardez le film en VOST, par pitié), et OK, plus qu'OK, il n'y à pas vraiment d'histoire digne de ce nom.

 

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Mais ce film est littéralement hypnotique, malgré ces défauts. Le film d'horreur suivant de Fulci, L'Au-Delà, sera à peu près du même genre. Je terminerai en citant encore une fois la petite (elle dure plus d'un quart d'heure tout de même !) vidéo du Fossoyeur sur ce film, qui propose comme explication, pour le côté non-sensique et abscons du film, le fait qu'il traite de la peur et semble être un cauchemar, tout du long de ses 90 minutes. Or, un cauchemar est rarement structuré et logique (et d'une manière générale, qu'il soit bon ou mauvais, un rêve), n'est-ce pas ? Ce film, c'est en gros, un gigantesque cauchemar éveillé, celui des personnages (qui le vivent vraiment) et celui des spectateurs (qui en sortent brutalement, comme le film se termine brutalement). Une explication qui n'est peut-être pas la seule, mais qui est intéressante. Tout comme le film, qui est, vraiment, un classique du genre !

30 novembre 2018

Big Apple Dreamin' (Dino)

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Spoilers...

Courir me semble une bonne idée. - Jean Reno (dans le film).

A ceux qui se demanderaient pourquoi j'ai appelé cet article ainsi, et qui ne verraient absolument pas ce que je veux dire par ce titre, je leur demande de pardonner à un grand fan d'Alice Cooper, dont une des chansons s'appelle quasi exactement pareil (remplacez juste le mot entre parenthèse par 'Hippo' plutôt que 'Dino'), et qui trouvait (le fan, pas Alice Cooper) assez marrant et surtout trop tentant d'appeler l'article ainsi, de cette manière légèrement détournée. Ah et puis merde, on s'en fout, après tout, parce que c'est pas d'un Kubrick ou d'un Altman qu'on va parler ici, mais de Godzilla, réalisé par Roland Emmerich (non, ne fuyez pas) en 1998, film qui a été rediffusé très récemment (le 29 novembre dernier) sur Paris Première et que j'ai revu à cette occasion, malgré le fait que je possède le film en DVD (rassurez-vous, je ne l'avais pas payé cher) et peux donc le revoir quand je veux, et même maintennt si je veux, car je suis un grand malade. Mais je me retiens, vous figurez-vous. Ce film, je ne l'ai pas vu en salles (un mec dans ma classe, j'étais au lycée à l'époque, qui l'avait vu et en disait du plus grand mal m'avait retenu de dépenser du pognon dans une place de cinéma pour aller le voir) à sa sortie mais que j'ai vu lors de sa première diffusion TV, sur Canal +, quelques mois plus tard, ce film donc, est l'oeuvre que Roland der verrücktes Deutsch Emmerich a réalisé après avoir connu le carton plein de son Independence Day que j'ai abordé ici récemment.

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Ca, c'est de l'empreinte de pas

Je n'ai pas vu ce film en salles à l'époque mais je me souviens parfaitement de sa sortie. Le film était attendu. Pensez-donc : le réalisateur d'Independence Day et de Stargate (deux gros succès commerciaux) s'offrant un remake de Godzilla, avec les effets spéciaux qui vont avec. Et en plus, avec Jean Reno, les mecs. Le film était attendu comme une mariée à l'église, et à sa sortie, la déception fut à la hauteur des attentes. Avez-vous déjà eu l'impression de vous faire avoir ? Si la réponse est non, c'est que vous n'avez pas encore vu ce film. A la base, il était prévu que ce film soit le premier opus d'une trilogie (et la fin du film est sans équivoque à ce sujet), mais le mauvais accueil, tant critique que commercial, fera enterrer profond, très profond, cette très mauvaise idée. Reste ce film, très long pour ce qu'il est (2h20), et interprété par Matthew Broderick, Jean Reno, Maria Pitillo, Hank Azaria, Kevin Dunn, Harry Shearer et Michael Lerner (ce dernier joue le rôle du maire de New York, qui s'appelle Ebert ; Ebert est le nom d'un fameux critique de cinéma, Roger Ebert, mort en 2013, qui, physiquement, ressemble beaucoup à Lerner dans le film, et ce dernier lui rend une sorte de petit hommage amusant). Le scénario est signé Emmerich et Dean Devlin (autrement dit, des auteurs d'Independence Day) et le concepteur graphique ayant conçu la créature, Patrick Tatopoulos, a prêté son nom de famille (aux consonnances grecques) au personnage principal du film, lequel film, coproduction avec le Japon, est le premier film sur Godzilla à être produit par un studio américain.

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Mais, attends, Roland...c'est quand que je dis "Mortecouille !" dans le script ?

L'action se passe de nos jours (1998 donc). Dans le Pacifique sud, un cargo japonais est attaquépar une créature monstrueuse, un lézard amphibie gigantesque issu, malgré lui, des séquelles des essais nucléaires français dans l'archipel des Tuamotu (Mururoa). Le seul rescapé du naufrage du cargo est doucement interrogé, à Papeete, par la DGSE (services secrets extérieurs français) et murmure le mot "Gojira", qui est le nom d'une créature mythique du folklore nippon. Parallèlement, Nick Tatopoulos (Broderick), un scientifique américain bossantpour la Commission de règlementation nucléaire, est appelé en urgence pour se rendre au Panama, avec un groupe de militaires américains : on a découvert sur les lieux d'immenses traces de pas, qui semblent provenir d'une tout aussi immense créature. Ce monstre a écrasé un village avant de plonger dans l'océan Atlantique, en direction des USA. Tatopoulos et les militaires, menés par le colonel Hicks (Kevin Dunn, qui campe une tête pleine d'eau de compète), arrivent à destination de New York, qui semble être le futur lieu de villégiature du super-lézard à côté duquel le T-Rex de Jurassic Park ressemblerait à un caniche constipé. A son arrivée à New York, le gros zazard se fait presque - presque ! - pêcher par un vieux con de retraité à casquette et gilet sans manches (pourtant, il pleut à torrent sur la Grosse Pomme durant tout le film, le tournage ayant eu lieu en partie durant une tornade) avant de foutre en l'air le pier et de débouler comme un gilet jaune en furie dans les rues de Manhattan. Un caméraman un peu foufou, Victor 'Animal' Palotti (Hank Azaria), sur place par chance, parvient à le filmer en contre-plongée et manque, pour récompense, de se faire piétiner (il passe entre les...euh, orteils ?... de Godzilla et en sort quelque peu hystérique, on le comprend).

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La bonne trogne d'azaria d'Hank Ahuri...euh, non, c'est l'inverse !

Les militaires, qui posent leur camp de base, commencent à prendre de très mauvaises décisions en attaquant le monstre un peu n'importe comment. Si le Chrysler Building et le Flatiron Building, deux des icônes de l'architecture de Nouillorque, partent en morceaux dans le film, c'est grâce à eux. Le maire Ebert (Michael Lerner, à la fois horripilant et hilarant), en campagne de réélection, prend assez mal les choses. Bon, OK, Godzilla (surnommé ainsi par les Américains qui ont du mal à bien prononcer Gojira) fout la merde dans la ville, et sans s'excuser, mais les militaires aussi, en tirant un peu partout sauf sur lui (et il à la très mauvaise habitude de se baisser quand on lui envoie un missile, le p'tit salopiau). Tatopoulos, qui ne sait pas que des agents de la DGSE menés par Philippe Roche (Jean Reno) surveillent tout ça de près en buvant du mauvais café, en lisant le journal et en bouffant des donuts à la place de croissants, Tatopoulos donc, à l'idée d'appâter le mégadino en déversant des tonnes de poissons dans la rue, près d'une station de métro où le monmonstre s'est caché. Commotion cérébrale pour les militaires qui oublient, dans un premier temps, d'ouvrir les bouches d'égout pour que l'odeur alléchante (ça dépend pour qui) se répande mieux, et qui ne comprennent pas quand Tatopoulos leur demande de le faire. Quand Tatopoulos dit à un des sous-officiers (le sergent O'Neal, joué par Doug Savant, qui ne mérite pas son nom tant il semble con, et la VF en rajoute dans le côté neuneu) que la pêche a appaemment été bonne, ce dernier le regarde faire ce trait d'esprit sans rien dire, c'est trop fort pour lui. Ce dernier, par la suite dans le film, dit au colonel, par talkie-walkie, que l'opération se déroule comme prévu, y'à pas de lézard. Pas de lézard ! L'humour du film me fout à terre à chaque visionnage. 

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Tatopoulos, qui découvre que le monstre est enceinte (et du genre asexué, hermaphrodite, car il n'y à pas de monsieur et madame Godzilla), retrouve une ancienne petite amie, Audrey (Maria Pitillo, l'épitomé de la blondasse conne et trop gentille qui tente de réussir dans une ville impitoyaaaaaableeeuuu), qui bosse pour une chaîne de TV (la même qu'Animal) et parvient, presque malgré elle, à lui soutirer des informations. Elle lui vole même une VHS (à deux ans près, elle lui aurait volé un DVD) d'images top secret sur Godzilla, qu'elle fait passer à l'antenne (et le surnom de Godzilla vient de là, la vidéo montrant le vieux rescapé nippon dire "Gojira"), et en visionnant cette vidéo top secret sur une télévision, les militaires pètent un câble (télévision, câble...je sais, c'est pas drôle) et virent Tatopoulos qui, avant de partir, clame à qui veut l'entendre que Godzilla a très certainement pondu des oeufs, qui ne vont pas tarder à éclore, quelque part dans la ville, et que si on ne détruit pas le nid, ça va être la merde. Prenant un taxi, il est en fait, sans le savoir, 'enlevé' par la DGSE, c'est en effet Roche qui conduit le tacos, et qui l'emmène à leur QG de campagne, sur le port. Animal, qui a suivi le taxi afin de ramener Tatopoulos pour qu'il pardonne à Audrey son petit coup de pute (on lui a dit que pour survivre à Nougayork, il fallait être salope...leçon retenue !), voit Tatopoulos et Roche (qu'il ne connaît pas) entrer dans un entrepôt. Roche propose à Tatopoulos (que je vais appeler Nick, c'est son prénom, à partir de maintenant, j'en ai marre d'écrire son nom de famille) de les aider à trouver et détruire le nid. Après tout, c'est à cause de la France, et de ses essais nucléaires passés, que tout ça est arrivé. Nick accepte. Il sait même où commencer, car Godzilla (qui, entre temps, a regagné l'océan et est torpillé, apparemment avec succès, par des sous-marins, le péril semble donc terminé) se cachait vers la 23ème rue, et a emmagasiné plein de poissons dans les sous-sols vers cette rue, comme pour préparer à nourrir ses futurs enfants. Tandis qu'Animal et Audrey les suivent, Nick et Roche (et ses hommes, qui s'appellent tous Jean-Quelque-chose, Jean-Pierre, Jean-Luc, etc) découvrent qu'en guise de lieu de nidification, le gros lézard a choisi le Madison Square Garden, fameuse arena. Et il a pondu largement de quoi constituer plusieurs équipes de hockey ! Alors qu'ils posent des charges explosives sur les nids, ceux-ci commencent à éclore... 

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S'ils aiment le pop-corn, alors ils ne peuvent pas être totalement mauvais, non ?

On pensait donc que c'était fini, mais non, la merde redémarre. Mais la merde se lave, et ça tombe bien, il pleut durant tout le film. Film qui, il faut le reconnaître, est sauvagement hilarant du début à la fin, entre des militaires cons comme des balais sans manche, des personnages secondaires stéréotypés au possible (le maire ronchon amateur de sucreries et également très con, son adjoint qu'il juge incapable ; le reporter-vedette de la chaîne TV qui est prêt à tout pour avoir le scoop ; la blondasse trop bonne trop conne ; le caméraman crâmé de la tête) et ces caricatures de Français qui passent le plus clair du film à râler sur le mauvais café vendu aux zuhéssa et à bouffer des donuts... Les acteurs sont soit mauvais, soit ne correspondent pas aux rôles. Broderick est un bon acteur, mais qui a dit qu'il était l'acteur idéal pour jouer dans un film de ce genre ? Il traîne comme un boulet sa brave gueule d'ahuri post-pubère durant tout le film. Reno fait son Reno ronchon, on l'attend presque à gueuler Montjoie ! Saint-Denis ! Que trépasse si je faiblis ! à tout moment. Quand il imite Elvis Presley, chewing-gum en action, pour se faire passer pour un soldat américain (lui et ses sbires ont apparemment trop vu Le Jour Le Plus Long tant ils semblent être prêts à combattre sur la Pointe du Hoc), c'est drôle, mais dans le genre embarrassant. Pour lui. Pour la France. Connard d'Emmerich ! Vengeance allemande tardive ?

(Arrêtez, je déconne)

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L'inévitable allusion à King Kong

Le scénario du film ? Jusqu'à maintenant, je n'avais pas vraiment remarqué s'il y en avait un, en fait, de scénario. Un monstre déboule à New York, fout la merde, faut le détruire, point barre. Et il ressemble foutralement trop au T-Rex des films de Spielberg (à ce titre, Le Monde Perdu date de 197, Godzilla de 1998, et à la fin du film de Spielby, le T-Rex fout sa merde à San Diego ; un des reproches faits à Godzilla sera de calquer un peu trop les films de Spielberg) pour être honnête. Reconnaissons (c'est le seul point fort du film) qu'il est bien foutu, que les effets spéciaux sont bien foutus. Le film a 20 ans cette année, il reste, pour ses effets spéciaux, parfaitement regardable. Heureusement, parce que pour tout le reste, putain, c'est un sacré nanar. Mais je l'aime, ce con. Je le regarde de temps à autre, pas souvent (je l'ai revu hier, et ça faisait genre deux ans que je ne l'avais pas revu), et à chaque fois, même si ses défauts me hurlent au visage j'suis là ! J'suis là ! Et là aussi ! T'as vu ?, je ne peux m'empêcher de bien l'aimer, ce con. Parce qu'il est si drôle ! Ses personnages à la con ! Ses figures d'autorité qui, toutes (militaires, flics, maire de la ville, reporter-vedette de la chaîne de TV), sont connes ! Ses raids aériens dans les rues de la ville, qui font que les militaires causent plus de dégâts, limite, que la bestiole qu'ils doivent tuer et qu'une fois sur deux, ils ne parviennent pas à toucher ! Sa course-poursuite dans les allées du Madison Square Garden ! Ses tonnes de poisson ! Et sa VF insupportable et géniale en même temps (la voix française de Kevin Dunn, qui fait très badass dans un nanar d'action ; celle du sergent O'Neal, qui accentue le côté niais du personnage) ! Et Jean Reno qui en fait des tonnes  ! Que dis-je, des tonnes, des hectolitres ! Non, vraiment, Godzilla est un nanar, mais c'est aussi un plaisir coupable ! 

29 novembre 2018

Le Roman de Polanski

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Nouvel article de la série des "Un Oeil Sur...", qui résume une filmographie. Pour ce nouvel épisode, après Cronenberg, après Eastwood, après Peckinpah, j'ai décidé d'aborder le cas de Roman Polanski. Il y à des choses à dire, en bien comme en mal, sur ce réalisateur. Sa vie, comme le moyen jeu de mots de mon titre d'article le dit, est un vrai roman. Il a surtout connu des drames, des tragédies même, et il est toujours là. Né à Paris en 1933, Polanski est de nationalité polonaise (franco-polonais, en fait), et s'appelle en réalité Rajmund (ou Raymond) Thierry Liebling. Son père fait transformer leur nom de famille en Polanski, et Raymond, par prononciation, est appelé Roman. A l'âge de 3 ans, sa famille repart en Pologne. On est donc en 1936. 3 ans plus tard, la guerre éclate. Polanski et sa famille vit dans le ghetto de Cracovie. Il échappe à la déportation, mais pas ses parents ni sa soeur, qui, son père mis à part, ne reviennent pas des camps. Premier drame. Polanski, enfant, dans le ghetto, découvre le cinéma, des films allemands sans intérêt, propagandistes pour la plupart, mais le goût du cinéma est là, en lui. En 1946, il intègre une troupe de comédiens, et entre aux Beaux-Arts en 1949. En 1953, il rencontre Andrzej Wajda, les deux deviennent amis. En 1955, il intègre une école de cinéma à Lodz, et rencontre un musicien de jazz, Krzysztof Komeda, qui, jusqu'à sa mort en 1969, fera les musiques de ses films. Premier mariage en 1958 (divorce trois ans plus tard). 

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Il réalise son premier long-métrage (après plusieurs courts) en 1962 : Le Couteau Dans L'Eau. Sorte de Plein Soleil made in Polanski (l'action se passe sur un petit yacht) le film, en noir & blanc, interprété par des acteurs peut-être connus en Pologne mais totalement inconnus autrement (et qui ne sont que trois au casting), raconte l'histoire d'un couple fortuné qui, sur leur yacht, embarquent un jeune étudiant rencontré par hasard sur la route et à qui ils proposent de faire une croisière avec eux. Leurs relations vont de plus en plus s'envenimer au fil de la croisière... Mis en musique par Komeda, doté d'un scénario et de dialogues signés (pour le scénario, en partie ; pour les dialogues, entièrement) par Jerzy Skolimowski, le film possède une ambiance à la Bergman, sombre et oppressante. Pour un coup d'essai dans le long-métrage (le film dure 90 minutes), c'est un coup d'essai réussi, pas le meilleur film de Polanski mais une première oeuvre talentueuse, originale et intéressante. Le film a été nominé aux Oscars et aux BAFTA (en 1964 pour les deux nominations) et a remporté un prix à la Mostra de Venise en 1962. Peu après, Polanski s'installe à Paris, sa ville natale, et y fait la connaissance du scénariste Gérard Brach, qui va devenir un ami et un collaborateur très régulier. Les deux essaient de vendre des scénarii, sans succès, et Polanski part s'installer à Londres.

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Polanski va attendre 1965 pour son deuxième film, Répulsion. Film donc britannique, on y trouve Catherine Deneuve, Yvonne Furneaux, John Fraser, Ian Hendry, Patrick Wymark et Helen Fraser. Encoe une fois en noir & blanc (le premier film en couleurs sera pour 1967), Répulsion, interdit aux moins de 18 ans à sa sortie, est une oeuvre forte sur une jeune femme, jouée par Deneuve, qui vit, avec sa soeur, dans un appartement londonien. De caractère assez renfermé, elle déteste l'amant de sa soeur, et sa présence l'empêche de dormir, de vivre même. Elle est schizophrène et on sent bien que, tôt ou tard, elle va totalement déraper dans la folie. C'est le premier volet d'une trilogie officieuse (trois films indépendants dans leurs histoires, mais reliés par un détail), celui des appartements maléfiques, les deux autres sont Rosemary's Baby et Le Locataire. Répulsion, magistralement interprété par une Catherine Deneuve qui sera, par la suite, rarement aussi bluffante, est un film sombre, doté d'un remarquable scénario de Brach et Polanski. Il sera un très gros succès et a aidé à lancer Polanski. Son film suivant, aussi britannique, sort en 1966 et est interprété par Donald Pleasence, Lionel Stander, Françoise Dorléac (soeur de Deneuve, dont le vrai nom est Dorléac), Jacqueline Bisset, Jack McGowran et Iain Quarrier : Cul-De-Sac. Totalement différent du précédent film, c'est une comédie noire, satirique et totalement dingue (pour l'époque) et parle de deux truands maladroits qui s'installent, en pleine cavale, dans une propriété située sur une presqu'île, et vont s'immiscer dans la vie des deux châtelains, uniques habitants du coin, et faire de leur vie auparavant bien rangée un vrai bordel. Le film a été tourné sur l'île de Lindisfarne, dans le comté de Northumberland, et le tournage fut compliqué : météo capricieuse, budget étroit, manque de considération de l'équipe technique vis-à-vis du réalisateur et de certains acteurs... Le film est très réussi, et transpire cette tension sur le tournage. 

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Encore un an plus tard, Polanski s'offre pour la première fois la couleur avec Le Bal Des Vampires, qui sera un très gros succès (bien des années plus tard, le film sera adapté en comédie musicale). Film dont le titre original est interminable (The Fearless Vampire Killers, Or Pardon Me But Your Teeth Are In My Neck), c'est une comédie fantastique à l'atmosphère lugubre, gothique à la Hammer, et aussi profondément délirante, comme si Mel Brooks avait tourné pour la Hammer ou la Amicus. Polanski s'offre un petit plaisir : il interprète un des rôles principaux, première fois qu'il jouera dans un de ses films. Les autres acteurs sont Jack McGowran, Sharon Tate, Ferdie Mayne, Iain Quarrier, Ronald Lacey, Jessie Robins et Fiona Lewis. Sharon Tate et Polanski tomberont amoureux sur le tournage, se marieront. Le film raconte l'histoire d'un chasseur de vampires et de son adjoint maladroit qui arrivent en Transylvanie, non loin d'un château, celui de Von Krolok, qui s'avère être un buveur de sang redoutable... Musique géniale de Komeda, acteurs sensationnels, scènes cultes, dialogues et personages hilarants (le tavernier qui fait mine de ne pas comprendre pourquoi il y à autant d'ail dans son établissement et sa cuisine)... Le film est un petit chef d'oeuvre ! On notera que la MGM, qui distribua le film (au début du film, le fameux lion est transformé en vampire de cartoon aux dents sanguinolentes), fera couper, pour l'exploitation américaine, pas mal de scènes et en fera rajouter d'autres. Le résultat des test-screenings sera si calamiteux que le film finira par sortir tel que Polanski le souhaitait !

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Un an plus tard, Polanski s'offre sa première adaptation de roman : Rosemary's Baby. L'auteur du roman, Ira Levin, dira par la suite que Polanski s'est évertué à adapter, scrupuleusement, le roman, respectant les dialogues, et allant même jusqu'à respecter les décors et costumes décrits dans le livre, allant jusqu'à demander à Levin dans quel numéro d'un magazine d'actualités se trouvait la publicité pour des chemises décrite dans une page du roman (détail que Levin inventa pour le roman, au passage) ! Le film, tourné aux USA (son premier tourné là-bas, mais aussi un de ses derniers), est une oeuvre fantastique troublante et oppressante interprétée par Mia Farrow, John Cassavetes, Ruth Gordon, Maurice Evans et Sidney Blackmer. Polanski voulait au départ donner le rôle principal à Sharon Tate, mais les studios préfèreront Farrow. L'histoire est connue : un jeune couple sans enfant s'installe au Bramford (dans la réalité, le film est tourné au Dakota, qui fut l'immeuble où Lennon passera la fin de sa vie), un vieil immeuble new-yorkais. Leurs voisins sont assez étranges, mais sympathiques (un vieux couple du genre envahissant). Un soir, après avoir mangé, Roemary se sent bizarre, et sombre dans une sorte de semi-coma, elle s'endort et fait un rêve totalement dingue. Peu de temps après, elle se découvre enceinte. Ses voisins, les Castevet, vont la chérir de petites attentions. Ce qu'elle ne sait pas, c'est qu'ils sont satanistes, et qu'elle est enceinte du diable... Dernier film dont la musique est signé Komeda (les vocalises du générique sont de Mia Farrow), et c'est une musique enivrante, Rosemary's Baby est un chef d'oeuvre de paranoïa, un des plus grands films de Polanski.. et effectivement, une quasi parfaite adaptation du remarquable roman de Levin. Un an plus tard, Sharon Tate, enceinte de Polanski, est assassinée (ainsi que d'autres personnes) dans sa villa des hauteurs de San Francisco, par une bande de malades dirigée par un certain Charles Manson. Nouveau drame, et pas des moindres, dans la vie du réalisateur, qui va mettre deux ans avant de remonter la pente et de refaire un film.

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Ce film, produit par Playboy (oui, le magazine érotique de Hugh Hefner !), une première pour le magazine, c'est Macbeth, qui sortira en 1971, et a été tourné en Angleterre. Troisième adaptation majeure (après le film éponyme d'Orson Welles en 1948 et le film Le Château De L'Araignée de Kurosawa en 1958, qui en reprend la trame en l'adaptant à la sauce nippone) de la fameuse pièce de théâtre de Shakespeare, mais au moins sa dixième adaptation en tout (la première remonte à 1908 !), ce film est interprété par Jon Finch, Francesca Annis, Martin Shaw et Terence Bayler, et à sa sortie, ce film très sombre et violent sera source de critiques de la part de la presse (on reprochera au réalisateur la violence du film, deux ans après le drame l'ayant personnellement touché et qui était encore dans toutes les mémoires). C'est une excellente adaptation de la pièce. En dépit du financement un peu scabreux (Playboy), il y à remarquablement peu de sensualité dans le film. Certes, Francesca Annis (Lady Macbeth), au cours d'une scène, erre nue dans son château, comme une somnambule, mais mis à part ça, le film est plutôt sombre et violent que sexy, c'est une des plus noires dépictions du Moyen-Âge avec La Chair Et Le Sang de Verhoeven. Un de mes films préférés du réalisateur, à défaut d'être un de ses plus connus. L'année suivante, Polanski se laisse aller, totalement : tourné en Italie, coproduction entre l'Italie, la France et l'Allemagne, Quoi ? est une comédie totalement délirante interprétée par Sydne Rome, Marcello Mastroianni, Hugh Griffith, Romolo Valli et Polanski lui-même (dans un petit rôle pour lequel il s'est laissé pousser une très peu esthétique moustache), et doté d'un scénario co-écrit avec Brach. Echec commercial et critique à sa sortie, ce film totalement à part, clairement pas un chef d'oeuvre, raconte les déboires d'une jeune Américaine qui se réfugie dans la villa (située sur la Côte méditerranéenne italienne) d'un vieil Anglais afin d'échapper à un viol. Dans la villa (une immense propriété appartenant au producteur du film, Carlo Ponti) vivent une galerie de personnages étranges et loufoques, une vraie faune avec laquelle elle va devoir composer. Un film qui semble inspiré par Lewis Carroll, une oeuvre drôle mais déroutante, mineure et aussi cintrée que son titre le laisse présumer (il a été pas mal improvisé). Une curiosité. 

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En 1974, Polanski nous offre un de ses meilleurs films, tourné aux USA, et par ailleurs le dernier film américain du réalisateur : Chinatown. Se déroulant dans le Los Angeles des années 30, le film est un régal de film noir à l'ancienne (mais en couleurs) interprété par Jack Nicholson (qui, au début des années 90, réalisera lui-même une suite au film, nettement moins aboutie mais intéressante), Faye Dunaway, John Huston, Polanski dans un court mais inoubliable rôle de truand tailladant le nez de Nicholson, John Hillerman, Perry Lopez et Burt Young. Le scénario est de Robert Towne, qui aurait dû réaliser le film, mais Nicholson proposera Polanski à la place, et ce dernier, échaudé par le bide commercial de ses deux précédents films, accepte. Chinatown sera un beau succès, et est une vraie merveille, qui possède tous les thèmes du film noir : un détective privé tenace qui enquête dans un milieu douteux, une intrigue complexe qui multiplie les faux-semblants, les fausses pistes et les secrets inavouables en enfouis, des personnages louches, une atmosphère oppressante... On ne se lasse pas de ce film, qui mérite amplement, malgré qu'il ne soit pas de la même génération, de figurer aux côtés du Faucon Maltais ou du Grand Sommeil. C'est le dernier film de Polanski tourné aux USA. En 1977 (entre temps, il a réalisé un film en France, voir plus bas), il est accusé de viol sur mineure, sera rapidement incarcéré, puis sera libéré sous caution, et ne reviendra dès lors plus aux USA, pour échapper au procès, et s'installe définitivement en Europe. Encore un fait marquant dans sa vie, pas un drame comme la Shoah ou la mort de sa femme, mais un fait divers qui va entacher sa réputation personnelle (même si, de son côté, la fille dire toujours avoir été consentante, elle était tout de même mineure).

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En 1976, un an avant ce fait divers scandaleux, Polanski tourne, en France (à Paris), mais avec un casting en partie anglophone (le film a été tourné en partie en anglais), Le Locataire, adaptation d'un excellent roman de Roland Topor, sur un scénario de Brach et Polanski. Roman interprète le rôle principal (la seule fois dans sa filmographie que Polanski joue le rôle principal), un employé de bureau d'origine polonaise assez timoré qui loue, dans un vieil immeuble respectable, un appartement vacant depuis peu (la précédente locataire, une jeune femme apparemment dépressive, s'est défenestrée). Rapidement, il va devenir la cible de ses voisins, qui vont le harceler pour qu'il ne fasse pas de bruit, faire sans cesse des allusions à la précédente locataire, et le pauvre homme va, progressivement, basculer dans la folie. Le film, immense, est un chef d'oeuvre de tension psychologique, une oeuvre flippante par moments (la scène des toilettes, nocturne, vous retournera la tête), angoissante au possible. Un film qui rend fou. Les acteurs sont prodigieux : outre Polanski, très très convaincant, on a Isabelle Adjani, Melvyn Douglas, Shelley Winters, Jo Van Fleet, Lila Kedrova, Bernard Fresson, Rufus, des apparitions rapides de Michel Blanc, Josiane Balasko, Bernard-Pierre Donnadieu, Claude Piéplu, Gérard Jugnot, Romain Bouteille, Eva Ionesco, Jacques Monod... Pour moi, ce film est  le meilleur du réalisateur, en tout cas un de ses cinq plus grands films. Sa musique (à base d'un glass-harmonica, un assemblage de verres de cristal qu'on fait 'chanter' avec les doigts), signée Philippe Sarde, qui apparaît rapidement dans la scène du cinéma, est immense et participe à l'atmosphère oppressante et étrange. Un film à voir à tout prix, d'autant plus qu'il n'a pas eu de chance à sa sortie (pas un succès monumental). Un an plus tard, le scandale arrive, et Polanski va mettre deux ans avant de refaire un film.

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Ce film, sorti donc en 1979, c'est Tess, adaptation du roman Tess D'Uberville de Thomas Hardy. Long de 3 heures (le film le plus long du réalisateur), c'est un film qu'il voulait faire depuis un moment, envisageant de donner le rôle à Sharon Tate, et le film lui est dédié. Produit par Claude Berri, c'est un des plus beaux succès commerciaux et surtout critiques du réalisateur, et il est interprété par Nastassja Kinski, Peter Finch, Leigh Lawson. Arielle Dombasle joue un petit rôle. Je sais, on s'en fout. Le film se passe dans l'Angleterre victorienne et raconte la vie d'une jeune fille de paysans qui, après avoir appris que sa famille descendrait d'une ancienne famille aristocrate ayant perdu ses terres et sa fortune, va essayer de réussir sa vie dans la grand monde en cotoyant des cousins fortunés, en essayant de se faire accepter d'eux. Mais la frontière entre ses origines rurales et la vie aristocrate est trop dure. Magistralement interprété, le film est aussi et surtout un enchantement visuel, une sublime reconstitution de l'Angleterre du XIXème siècle, à la photographie impeccable (par moments, on pense à Barry Lyndon ou aux Duellistes). Bien que long, Tess est une splendeur et est, globalement, passionnant. Le tournage et surtout le montage (qui prendra un an) seront si épuisants pour Polanski qu'il pensera arrêter le cinéma. Il va en tout cas mettre 7 ans (à la sortie du film et jusqu'à la sortie du suivant) avant de faire un autre film. Ce film, sorti en 1986, c'est Pirates, interprété par Walter Matthau, Cris Campion, Charlotte Lewis et Richard Pearson (on y trouve aussi Ferdy Mayne, Daniel Emilfork, Emilio Fernandezet Roy Kinnear). Un film franco-tunisien (produit par Tarak Ben Ammar), qui bénéficiera d'un budget assez important, un vrai bateau ayant été fait spécialement pour le film. Hélas, ce film d'aventures, léger et totalement réussi, sans doute le meilleur film de pirates jamais fait, sera un retentissant échec commercial, un des pires (avec Quoi ?) de Polanski, mais une vraie pile, qui a failli mettre à mal la carrière du réalisateur. C'est dommage, car Pirates est une belle réussite, un film bien divertissant. On notera que jusqu'aux films avec Johnny Depp, les films de pirates auront bien du mal à marcher au cinéma, celui-ci ne fait donc pas exception.

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Deux ans plus tard, Polanski tourne, à Paris, Frantic, un thriller interprété par Harrison Ford, Emmanuelle Seigner (que Polanski rencontre sur le tournage, ils se marient en 1989 et sont toujours ensemble ; Frantic est le deuxième film qu'elle a fait), Betty Buckley, Gérard Klein, Laurent Spielvogel, Alain Doutey, Dominique Pinon, Artus De Penguern, Yves Rénier... Le film raconte le calvaire d'un médecin américain qui, de passage à Paris avec sa femme à l'occasion d'un congrès scientifique, plonge dans le cauchemar : sa femme est enlevée et la police française semble ne faire aucun effort pour la retrouver. Alors il décide, étranger en terre étrangère, ne connaissant pas bien la langue et ne connaissant personne, de faire son enquête lui-même... Film oppressant, Frantic est un excellent film, pas le sommet de Polanski, mais un film vraiment réussi, dans lequel Harrison Ford est très convaincant. Echec commercial aux USA, le film marchera mieux en France, et est depuis considéré, par certains critiques américains, comme étant un des meilleurs films du réalisateur. Quatre ans plus tard, en 1992 donc, Polanski réalise Lunes De Fiel, d'après un roman de Pascal Bruckner. Le film est interprété par Peter Coyote, Emmanuelle Seigner, Hugh Grant, Kristin Scott-Thomas. Sur un bateau de croisière, en Inde, un couple de jeunes Britanniques fait la connaissance d'un autre couple, étonnant : un Américain infirme et quinquagénaire et une jeune danseuse française. Oscar, l'Américain, va raconter sa vie à Nigel, l'Anglais : lui et sa jeune femme vivent une relation de domination/soumission, et ce n'est pas elle la soumise, bien au contraire... Un film sulfureux, qui fera parler de lui à sa sortie en raison de scènes assez osées. Ce n'est cependant pas un très grand film, ni de Polanski, ni en général. 

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En 1994, Polanski adapte une pièce de théâtre (ce qui se ressent à voir le film, qui se passe essentiellement dans un seul endroit)d'un dramaturge chilien, Ariel Dorfman, lequel a été victime (mais en a réchappé) du régime de Pinochet. Le film (comme la pièce) porte aussi le nom d'une oeuvre de Schubert : La Jeune Fille Et La Mort, oeuvre que l'on entend évidemment dans le film. Interprété par Sigourney Weaver, Ben Kingsley et Stuart Wilson, c'est un drame psychologique qui se passe dans un pays d'Amérique du Sud non cité, peut-être fictif, mais inspiré par le Chili et l'Argentine. Après des années de dictature, un nouveau régime, démocratique, a pris la place. Un avocat est chargé de diriger une commission d'enquête sur les crimes de la dictature. Le soir de sa nomination, il crêve un pneu sur la route de chez lui, et son voisin, médecin, le raccompagne chez lui. La femme de l'avocat, ancienne torturée sous le régime dictatorial, croit reconnaître en Miranda (le médecin) un de ses anciens tortionnaires. La soirée s'annonce mouvementée... Ayant choisi des acteurs n'ayant pas la 'gueule de l'emploi' (Kingsley était célèbre pour avoir joué Gandhi, ainsi que le comptable juif dans La Liste De Schindler ; Stuart Wilson, lui, avait l'habitude de rôles négatifs, mais pas ici) afin de bouleverser les codes, Polanski livre ici un film intense, prenant et rempli d'un suspense douloureux et oppressant. On s'imagine à la place de Sigourney Weaver, dont le personnage fut atrocement torturé, et on se dit que si jamais on se trouvait face à son bourreau, la tentation de se faire justice soi-même serait trop forte pour y résister. Qui est le bourreau, ici ? Celui de la dictature, ou la victime qui se fait vengeance ? Un film remarquable, sans doute un de mes préférés du réalisateur. 

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En 1999, Polanski adapte un roman d'Arturo Perez-Reverte, Club Dumas. Le film s'appelle, lui, La Neuvième Porte (le roman est nettement supérieur) et est une coproduction franco-américano-espagnole tournée essentiellement en France. Le film est interprété par Johnny Depp, Lena Olin, Frank Langella, Emmanuelle Seigner,  on y trouve aussi Willy Holt (qui fut décorateur de cinéma), Catherine Benguigui et Barbara Jefford. C'est un film fantastique tournant autour du satanisme. Un collectionneur en livres rares engage un expert en livres anciens, Dean Corso, afin que ce dernier lui déniche les deux derniers exemplaires existants d'un antique livre d'invocation satanique, Les Neuf Portes Du Royaume Des Ombres. Corso parcourt l'Europe à la recherche de ces livres, mais la piste de ces livres va se joncher de morts curieuses et de faits étranges. Un film doté d'une atmosphère lugubre et ésotérique, mais qui, hélas, se plante impérialement (c'est encore plus fort que 'royalement') et sombre dans le ridicule au fur et à mesure que le film avance. D'un roman remarquable, Polanski a fait un film mineur et au final même franchement embarrassant, malgré de bons moments. Après un tel naufrage, Polanski chute un peu, mais il va considérablement remonter la pente avec l'adaptation de l'autobiographie du pianiste polonais Wladyslaw Szpilman (qui est mort en 2000, alors que le scénario était en rédaction) : Le Pianiste. Palme d'Or à Cannes, récompensé par 7 Césars (dont meilleur film) et 3 Oscars, le film raconte l'histoire d'un pianiste polonais juif pendant la Seconde Guerre Mondiale, qui va se cacher et errer dans le ghetto de Varsovie pour éviter la déportation. Adrien Brody et Thomas Kretschmann sont hallucinants dans ce film dur, intense, prenant, qu'il est impossible de regarder sans penser à la vie de Polanski, qui a vécu, enfant, dans le ghetto de Cracovie et dont une partie de la famille n'est pas revenue des camps (lui y a échappé). On comprend qu'il n'y avait que lui pour faire ce film. A noter qu'à la base, Spielberg avait proposé à Polanski de faire La Liste De Schindler, mais Polanski refusera, ne se sentant alors pas près de faire un film sur un sujet le touchant aussi profondément. C'est sa rencontre avec Szpilman qui le convaincra d'adapter son autobiographie et, donc, de faire un film sur ce sujet douloureux. Un immense cru de Polanski. 

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En 2005, Polanski signe encore une adaptation de roman, il doit faire partie des réalisateurs (avec Kubrick) ayant le plus adapté des romans. Le roman en question est un grand classique de la littérature, signé Charles Dickens. Le film, Oliver Twist, tourné en République Tchèque (le film est une coproduction entre ce pays, la France, l'Angleterre et l'Italie), est interprété par Barney Clark, Ben Kingsley, Mark Strong, et raconte l'histoire, pleine de rebondissements, d'un jeune orphelin dans l'Angleterre victorienne, qui va vivre sa vie de gamin des rues, au sein d'un gang de jeunes voleurs. Dans le rôle-titre, Barney Clark, 12 ans à l'époque, est excellent, et d'une manière générale, les acteurs sont excellents. C'est une très bonne adaptation du classique de Dickens, que Polanski a fait afin de changer un peu de l'ambiance sombre de ses précédents films. C'est à sa femme, Emmanuelle Seigner, qu'il doit d'avoir fait ce film, c'est elle qui lui a proposé l'idée. Sans être un chef d'oeuvre, c'est une très belle adaptation, qui plaira aussi bien aux plus jeunes qu'aux adultes. Cinq ans plus tard, en 2010 donc, sort The Ghost Writer, encore une adaptation de roman (de Robert Harris, qui a cosigné l'adaptation avec Polanski). La postproduction de ce film a été marquée par l'arrestation, en Suisse, de Polanski, rapport au scandale de 1977. Il passera quelques mois en prison puis en résidence surveillée, en Suisse. Le film, interprété par Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Olivia Williams, Kim Cattrall, James Belushi, Tom Wilkinson et Timothy Hutton, est une réussite remarquable (qui obtiendra de nombreuses récompenses). Un nègre littéraire, ou ghost writer en anglais, est engagé pour terminer les mémoires d'Adam Lang, ancien Premier Ministre britannique, qui vit quasiment reclus dans une belle propriété située à Martha's Vineyard, une île au large du Massachusetts. Le précédent ghost writer est mort dans un accident étrange (tombé du ferry). Alors qu'il s'installe dans la maison afin de travailler sur les mémoires avec Lang, un scandale mettant en cause Lang retentit, on l'accuse de complicité de crimes de guerre. Dans ce contexte, il doit quand même travailler sur l'autobiographie de Lang, qui se doit d'être idyllique... Acteurs remarquables (Brosnan dans un rôle plus sombre que d'ordinaire, McGregor tout en retenue), scénario parfait, ce film est un des meilleurs de Polanski.  ce jour, sans doute son dernier grand film sorti. Et je sais que cette phrase tue le suspense de la fin d'article, mais j'y peux rien. 

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En 2011, Polanski adapte une pièce de théâtre de Yasmina Reza, Le Dieu Du Carnage, qu'il renomme Carnage. Film très court (80 minutes), cette coproduction franco-germano-hispano-polonaise, tournée en France mais se passant à New York, est constituée d'une distribution essentiellement américaine : Jodie Foster, John C. Reilly, Kate Winslet et Christoph Waltz (OK, ces deux dernier ne sont pas ricains). Comédie dramatique sobrement réalisée (c'est une pièce de théâtre à la base, ça se ressent dans l'écriture et la réalisation), le film parle de deux couples qui vont se déchirer, se friter à cause d'une tension entre leurs enfants respectifs, à l'école. Un authentique jeu de massacre qui prouve que les parents sont souvent plus cons que leurs progénitures quand il s'agit de jouer à qui pisse le plus loin et est le plus fort des deux. Les acteurs sont excellents et se sont apparemment bien amusés à faire ce film qui, cependant, ne rentre pas parmi les plus flagrantes réussites de Polanski. Après trois films aussi réussis que Le Pianiste, Oliver Twist et The Ghost Writer, un film aussi sobre, court et minimaliste que Carnage surprend un peu, frustre aussi, même. Ce n'est cependant pas mauvais. En 2013, Polanski adapte une pièce de théâtre de David Ives qui, elle-même, s'inspire d'un roman de Leopold von Sacher-Masoch (le terme de masochisme vient de cet auteur et de son roman), La Vénus A La Fourrure (le roman porte aussi ce nom). Le film est interprété par Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric, et parle d'un homme voulant monter une pièce de théâtre mais n'arrivant pas à trouver l'actrice idéale pour le rôle principal. Jusqu'au jour où il la trouve en la personne d'une très extravagante jeune femme qui va littéralement l'obséder, et faire de lui ce qu'elle veut... Un film étrange, qui fait un peu penser à Lunes De Fiel par moments, vu le sujet, mais est tout de même très différent. Les acteurs sont bons, mais je n'ai pas réussi à entrer dedans, un cru mineur selon moi.

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En 2017, Polanski adapte (le scénario est cosigné par Polanski et Olivier Assayas) un roman de Delphine De Vigan : D'Après Une Histoire Vraie. Horriblement mal réceptionné par la presse qui jugera le film grotesque et totalement raté, il convient de dire que c'est hélas totalement le cas. Interprété par Emmanuelle Seigner et Eva Green, et avec aussi Vincent Pérez, Josée Dayan, Brigitte Roüan, Elisabeth Quin, Noémie Lvovsky, Camille Chamoux et Dominique Pinon, c'est, selon l'affiche, un thriller psychologique qui raconte l'histoire d'une écrivaine qui a écrit un roman à succès dans lequel elle parle de sa mère. Un jour, elle reçoit des lettres anonymes dans lesquelles elle est accusé d'avoir livré sa famille en pâture au public et à la presse. Déjà éreintée par la résurgence de mauvais souvenirs que l'écriture de son livre a entraîné, et par le battage médiatique, elle n'arrive plus à écrire. Elle fait alors la connaissance d'une jeune femme qui va la comprendre et elle va s'abandonner à elle...qui, dans le film, n'est d'ailleurs appelée que par ce pronom. Sincèrement, c'est assez chiant, malgré le jeu des actrices principales. Mais ce film est clairement un des ratages (il y en à peu, reconnaissons-le) de Polanski. En espérant que son film suivant, à sortir l'année prochaine, J'Accuse, sur l'Affaire Dreyfus, avec Louis Garrel, Jean Dujardin, Emmanuelle Seigner, Mathieu Amalric, Melvil Poupaud, Olivier Gourmet et Eric Ruf, sera meilleur. Mais vu le sujet, je n'ai aucun doute à ce sujet, et j'ai hâte de voir ce film !

28 novembre 2018

Le nouveau

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Spoilers...

Il y à des films qui ne se loupent pas, qui ne s'oublient pas, aussi. Celui-là en fait partie. C'est une des oeuvres les plus touchantes, poignantes, réussies sur un sujet ô combien délicat (et rebattu, on ne compte plus les films qui abordent cette portion de l'Histoire) : l'Occupation et la Shoah. Réalisé en 1987 par Louis Malle, qui a aussi signé le scénario du film (une novélisation, signée Malle, sortira par la suite, il me semble), Au Revoir Les Enfants (qui aurait dû s'appeler Le Nouveau) a obtenu le Lion d'Or à Venise, 7 Césars dont meilleur réalisateur et meilleur film, et a été nominé deux fois aux Oscars. De tous les films que Malle a réalisés, c'est probablement celui dont il devait être le plus fier, et quand on voit la filmographie du réalisateur (Lacombe Lucien, Milou En Mai, Black Moon, Ascenseur Pour L'Echafaud, Le Souffle Au Coeur, Atlantic City), on se rend compte de son talent. Le film, sobre, sombre aussi vu son sujet, est basé sur une histoire vraie dont Louis Malle, alors enfant, a été témoin, mais est aussi nettement romancé. Le film est interprété par deux acteurs alors débutants, alors âgés de respectivement 12 et 13 ans, et qui ne feront pas vraiment carrière au cinéma (le premier est désormais musicien, le second illustrateur pour livres pour enfants) : Gaspard Manesse et Raphaël Fetjö. On y trouve aussi Philippe Morier-Genoud, François Berléand, Irène Jacob (dans son premier rôle), François Négret, Francine Racette (une actrice canadienne dont ce sera le dernier rôle, qui a joué dans Quatre Mouches De Velours Gris de Dario Argento, et qui est l'épouse de Donald Sutherland, pour l'anecdote) et Stanislas Carré de Malberg. 

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L'action (un terme un peu fort quand on parle de ce film, qui est assez lent) se passe durant l'Occupation, durant l'hiver 1943-44 précisément. Issu d'une famille bourgeoise parisienne, Julien Quentin (Gaspard Manesse) et son grand frère François (Stanislas Carré de Malberg) sont pensionnaires au petit collège Saint-Jean-De-La-Croix tenu par les pères carmes, dirigé par le Père Jean (Philippe Morier-Genoud). Après les vacances de Noël, il retrouve le chemin de l'école et n'est pas vraiment motivé. Peu de temps après son retour au collège, trois nouveaux élèves arrivent et sont présentés par le Père Jean. L'un d'entre eux, Jean Bonnet (Raphaël Fetjö), se retrouve voisin de dortoir de Julien. D'abord assez méfiant (comme l'ensemble des élèves), Julien va, peu à peu, tisser des liens d'amitié avec Jean (la lecture étant un point commun non négligeable, qu'ils partagent), devenant vraiment inséparables après une mésaventure en forêt (perdus au cours d'une excursion, ils sont retrouvés, tard le soir, par une patrouille allemande qui les ramène au pensionnat). Un jour, Julien aperçoit Jean en train de prier étrangement, en hébreu. Il découvre aussi qu'il ne manque pas de porc. Il va rapidement finir par découvrir qu'en réalité, il s'appelle Jean Kippelstein, et qu'il est juif. Ce qui, pour lui, importe peu, ce qui ne l'empêche pas de garder ça pour lui. Un jour, le commis de cuisine, Joseph (François Négret), un jeune homme un peu paumé dont les élèves se moquent mais avec qui certains tissent un circuit de marché noir, se fait virer pour vol, ce dont il n'est pas totalement responsable...

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Le film, tourné en intégralité à Provins (77), se passe donc dans un pensionnat religieux qui, pour le vrai, se trouvait à Avon (aussi en Seine-et-Marne, vers Fontainebleau ; à ce titre, la scène de la forêt est tournée dans la forêt de Fontainebleau, fameuse notamment pour ses amoncellements de rochers), et s'inspire de faits réels. Ce qui n'empêche pas le film d'être romancé : le jeune Louis Malle a certes connu le vrai Jean Bonnet (dont le vrai nom n'est pas celui donné dans le film), mais n'était pas ami avec lui, il le connaissait et c'est tout (Malle, dans des interviews, dira que son regret de ne pas avoir mieux connu cet enfant l'a conduit, plus que tout, à faire ce film, dans lequel son alter ego corrige ce regret). J'ai prévenu qu'il y à des spoilers en haut d'article, et de toute façon, l'histoire du film est connue, alors autant le dire : oui, Bonnet (et les deux autres enfants, aussi juifs) sont, à la fin du film, en un glacial matin de janvier que le réalisateur, en voix-off finale, dira ne jamais oublier, arrêtés par la Gestapo et envoyés dans un camp de concentration, dont ils ne reviendront jamais. Le Père Jean (dans la réalité, le Père Jacques de Jésus) aussi...

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Film culte pour tout cinéphile qui se respecte, Au Revoir Les Enfants est une oeuvre majeure, un film à montrer aux adolescents en cours d'histoire sur la Seconde Guerre Mondiale, un film triste et prenant qu'il est impossible de regarder sans ressentir des pincements au coeur ou aux tripes. Le personnage de Joseph, remarquablement joué par François Négret, et qualifié par Malle de 'petit cousin de Lacombe Lucien' en allusion au personnage-titre, de collabo, de son film de 1974 (même physiquement, il y à des similitudes), est à la fois monstrueux et pathétique. Dans un autre registre, les enfants, dans le film, sont au début assez difficiles à apprécier, on ne voit pas forcément leurs meilleurs aspects (mettez des enfants ensemble dans un pensionnat, c'est vannes, sales blagues et bagarres à gogo, peu importe que l'on soit en pleine Occupation), et à ce titre, le personnage joué par Manesse est, au début, loin d'être sympathique (il ne le devient qu'au fur et à mesure). Malgré cette froideur, on s'attache aux personnages, criants de vérité, et l'aspect documentaire du film (réalisation sobrissime) en rajoute dans le pathos. Les acteurs sont prodigieux. On notera, pour l'anecdote finale, que ce film est apparemment un des grands préférés de Tarantino, qui avouera un jour avoir rendu hommage à ce film via le titre de son premier film, Reservoir Dogs. Selon lui, 'reservoir' serait une prononciation assez maladroite de 'au revoir' par un américain n'arrivant pas à prononcer du français correctement. Que cela soit vrai ou non, on sait Tarantino fan de cinéma français (sa société de production, A Band Apart, est tiré d'un titre de film de Godard), et il est vrai que ce film majeur de Malle est un de ses préférés. C'est surtout un chef d'oeuvre à voir et à revoir, ne serait-ce que pour ne pas oublier que c'est une histoire vraie, et que des histoires vraies de ce genre, malheureusement, il y en à eu des tas, à une certaine époque (à ce titre, le film se base aussi sur l'histoire de Gilles Jacob, ancien directeur du Festival de Cannes, qui fut caché, durant la guerre, dans un séminaire)... 

26 novembre 2018

Monter en bas, ou descendre en haut ?

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Spoilers...

Sincèrement, ce film n'est pas un chef d'oeuvre. Ce n'est pas une pure merde, ce n'est pas un nanar, mais ce n'est quand même pas un film inoubliable. C'est, aussi et surtout, ça n'aura échappé à personne, un remake, celui d'un film catastrophe de 1972 intitulé L'Aventure Du Poséidon, qui était réalisé par Ronald Neame et interprété par Gene Hackman, Ernest Borgnine, Red Buttons, Shelley Winters et Stella Stevens. Un film catastrophe (adapté d'un roman) dans la veine de ceux qui florissaient dans le cinéma de l'époque, Airport (et ses oubliables suites, déjà que le film initial a très mal vieilli), La Tour Infernale, Sauvez Le Neptune... Le genre sera quelque peu relancé à la fin des années 90 avec Independence Day, mais surtout Titanic et Armageddon. Le film qui nous intéresse aujourd'hui date de 2006 et est signé Wolfgang Petersen, et est, donc, le remake du film de 1972 (lequel est un des meilleurs films du genre et de son époque). Il s'appelle Poséidon et bénéficie lui aussi d'un casting de stars, même si, soyons honnêtes, ce ne sont pas des méga stars. On a ici Kurt Russell, Richard Dreyfuss, Josh Lucas, Kevin Dillon (frangin de Matt), Emmy Rossum (qui, deux ans plus tôt, joua dans un autre film catastrophe, Le Jour D'Après de Roland Emmerich), Mia Maestro (?), Mike Vogel (??) et la chanteuse Fergie. Qui, évidemment, se fait entendre dans le film en train de chanter. Et qui, évidemment là aussi, interprète la chanson du générique de fin. Sinon, la musique est signée Klaus Badelt, un des spécialistes, avec Hans Zimmer, du gros son trippant au cinéma (la saga Pirates Des Caraïbes). 

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Le gros point fort du film de Petersen (pas un tâcheron, ce mec : L'Histoire Sans Fin, Le Bateau, Alerte !, Dans La Ligne De Mire), ce sont les effets spéciaux, qui sont assez renversants (vu le sujet du film, ça tombe plutôt bien). Le gros point faible, c'est la durée de Poséidon : 95 minutes douche comprise. Si on compare avec les films catastrophe d'autrefois qui, parfois, dépassaient allègrement les 2 heures (le film original de 1972 dure un peu moins de 2 heures), et à Titanic qui en enquille trois comme un grand, c'est peu. Ce film, on le comprendra, passe rapidement à l'essentiel, à peine 15 minutes après le début du film, l'accident se produit. Et ensuite, c'est du non-stop pendant un peu plus d'une heure riche en suspense et en effets spéciaux suintants d'eau. Dois-je raconter l'histoire ? L'action se passe sur un paquebot de croisière de luxe (inspiré par le "Queen Mary II", de même que le bateau du film initial se basait sur le "Queen Mary"), le "Poséidon", le soir de la Saint-Sylvestre, alors que le bateau traverse l'Atlantique, de l'Europe vers New York. Alors qu'une gigantesque fête pour célébrer le Nouvel An se produit dns la salle de bal et dans la discothèque, une énorme vague déferlante de plus de trente mètres de haut déboule et frappe de plein fouet, latéralement, le bateau, qui chavire et se retourne complètement. On imagine aisément la panique (et le bordel) à bord. Les survivants, blessés, choqués, décident, sur ordre du commandant de bord, de rester dans la salle de bal, afin d'éviter au possible une propagation des catastrophes (l'eau qui s'infiltre de partout, des incendies, etc), mais quelques courageux, et parmi eux Robert Ramsay (Kurt Russell), ancien maire de New York et ancien pompier, sa fille Jennifer (Emmy Rossum), son petit ami Christian (Mike Vogel) et une passagère clandestine (Mia Maestro), décident de tout tenter pour sortir du bateau...

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Le film reprend, en gros, l'histoire du film initial, et bien que les personnages soient différents, on retrouve, ici, les clichés du genre, des personnages bien stéréotypés : le gros bras qui prend l'ascendant sur le groupe et s'y connaît en secours ; le jeune couple ; le vieillard (ou un vieux couple) ; le fouteur de merde irritant ; les minorités ethniques ; l'inévitable petit mioche avec sa mère (ou ses parents au complet) ; le beau gosse ténébreux et mystérieux, qui peut (ou pas) cacher un lourd secret... De ce point-de-vue là, Poséidon n'échappe pas à la règle. La réalisation est solide mais sans artifices, les acteurs sont corrects (j'ai toujours aimé Kurt Russell et Richard Dreyfuss) et font ce  qu'ils peuvent avec leurs personnages stéréotypés et une durée de film qui ne laisse vraiment pas la psychologie s'installer (pas de longues scènes de présentation des personnages comme on pouvait le voir dans Airport ou La Tour Infernale, dans lesquels l'action essentielle met un certain temps, sans doute un peu trop de temps, avant de commencer). Le personnage joué par Kevin Dillon (un flambeur vulgaire et énervant) non seulement disparaît assez rapidement (et connement, mais c'est bien fait pour sa gueule), mais survole en fait carrément la partie du film dans laquelle il intervient, c'est à peine si on sait son nom (Larry la Chance, autrement dit, un surnom) !

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Mal reçu par la presse et le public (il a même été nominé aux Razzie Awards, qui récompensent le pire du cinéma américain, en tant que pire remake, mais n'obtiendra pas la 'récompense'), Poséidon n'est, il est vrai, pas un très très bon film. C'est un honnête divertissement du samedi soir (ou du dimanche soir ; il a d'ailleurs été rediffusé hier sur la TNT, ce qui m'a permis de le revoir et m'a donné envie de l'aborder ici), aux effets spéciaux vraiment bien foutus (ça sera remarqué à la sortie du film, parmi les rares choses positives qu'on dira de lui), et les acteurs et la réalisation sont très corrects. Mais la durée rikiki du film, à peine plus long qu'une comédie, n'est pas super raccord avec le sujet : on ne s'ennuie pas, certes, mais la fin arrive trop vite, on a un sentiment de bâclage, c'est expéditif. Certains diront qu'il vaut mieux ça qu'un film de 3 heures avec plus d'une heure d'ennui mortel (Titanic). Après tout, Jurassic Park III, qui dure 90 minutes, est rempli de suspense et d'action et on n'a pas le temps de s'emmerder en le regardant. Mais il n'empêche que deux heures, durée des plus standard, aurait été, disons...plus correct. Cette durée de 95 minutes m'avait limite choqué la première fois que j'ai vu le film, je me suis dit 'c'est une version censurée, ou quoi ?', mais non, c'est bien la durée du film. C'est, pour moi, son principal défaut, et il est de taille. Mais le film est, dans son genre, un sympathique et honnête divertissement à voir une fois ou deux, sans rien en attendre de particulier.