Mes films de chevet...

09 juin 2014

"Viddy well, brother, viddy well"

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 OK. OK, maintenant, ça va chier. Parce que je vais reparler de Kubrick, et d'un de ses meilleurs films (en même temps, en a-t-il fait de mauvais ?), et d'un de mes films préférés au monde. Orange Mécanique. Un des films les plus polémiques au monde. Sorti en 1971, le film sera, dans son pays d'origine (l'Angleterre, pays dans lequel Kubrick s'était définitivement installé, en bon new-yorkais qu'il était, depuis le milieu des années 60), pendant longtemps interdit de diffusion et de commercialisation, et ce, suite à des faits divers violents (attaques de hooligans, diverses agressions et casses) survenus peu après la sortie du film. Pour tout dire, c'est Stanley Kubrick lui-même qui demandera le retrait de son film à l'affiche, du jamais-vu : un réalisateur qui fait retirer son propre film de l'affiche et en fait stopper la diffusion, qui se refuse à gagner de l'argent dessus, en gros ! Après la mort de Kubrick, le film (qui circulait quelque peu sous le manteau, entre temps) sera remis en circulation officielle, on peut désormais l'acheter en DVD ou blu-ray sans problème en perfide Albion, actuellement. Pour la France, il n'y à jamais eu de problèmes (on est les plus forts), même si le film a, aussi, été source de polémique : trop violent, quelques faits divers survenus peu après sa sortie ont sans doute, comme en Angleterre, été inspirés par le film, etc... Mais dans les années 90, le film fut (enfin) commercialisé en VHS, on fut même parmi les premiers, en Europe, à le faire ; et aujourd'hui, entre le DVD et le blu-ray, choisissez ! Sans parler des diffusions TV : n'espérez pas voir ce film un jour sur TF1 ou M6 un soir de semaine à 20h50, juste après Canteloup ou Scènes De Ménages, mais Arte, quand il leur prend la bonne idée de faire un cycle Kubrick (et depuis la mort de Kubrick en 1999, c'est arrivé au moins trois fois, ce cycle !), ne manque jamais de le diffuser, en seconde partie de soirée.

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A la base, ce film ne devait pas voir le jour : Après 2001 : L'Odyssée De L'Espace (1968), Kubrick avait l'intention de faire un film sur Napoléon (c'est même Jack Nicholson qui aurait tenu le rôle). Mais un autre film ayant été fait, peu de temps avant (Waterloo, avec Rod Steiger), et ce film ayant été un bide retentissant, Kubrick décidera, alors qu'il avait amassé une tonne de documentation pour son film, de ne pas le faire. A la place, il choisira d'adapter un roman paru en 1962, écrit par Anthony Burgess : L'Orange Mécanique. Ecrit dans un langage inventé (le nadsat, sorte de croisement entre anglais argotique, russe et romani) pour sa grande majorité, le roman parle d'une société un peu futuriste (ou utopique) dans laquelle évolue Alex et ses amis, des adolescents, à peine 15 ans dans le roman, qui font les 400 coups. Agressions, vols, cambriolages, viols, tabassages, bastons dans les rues, etc, ils n'en manquent pas une. Alex se fait serrer par la police suite à une agression, sa victime décède, il part en taule, et là, sa vie bascule. A sa sortie, ce n'est plus le même homme, et la société va lui faire payer ses erreurs, qu'il a déjà payées, d'ailleurs. Voilà, grosso merdo, le résumé du roman, et du film, mais je vais faire un résumé plus détaillé ci-dessous, quand même. Le roman est un chef d'oeuvre, mais il est dans un premier temps difficile à lire ; pas à cause de la violence qui y règne, mais à cause de ce langage, ce nadsat (un glossaire est en fin de livre, bien utile), qui est utilisé pour la quasi-totalité du livre, et qui, à grands coups de tchelloveck (homme), rassoudok (cerveau), viochka (vieille) ou autres mots, transforme le roman en... autre chose. La trouvaille du roman, de Burgess, trouvaille que Kubrick a bien repris dans son adaptation.

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Le film est une adaptation, dans l'ensemble, fulgurante du roman, à ceci près que Kubrick a changé certaines choses : le personnage d'Alex est nettement plus jeune dans le roman que dans le film (Kubrick a vieilli le personnage à la fois parce qu'il pensait avoir du mal à trouver un acteur de l'âge de l'Alex du roman, soit 14 ans, qui soit bon ; en partie aussi parce qu'il avait découvert Malcolm McDowell et le trouvait parfait pour le rôle malgré qu'il soit plus âgé ; et en partie pour ne pas rajouter de futures emmerdes de morale à celles que le film allait, de toute façon, récolter) ; le personnage de la "femme aux chats", c'est le contraire : dans le roman, c'est une vieille peau, et dans le film, une femme dans la force de l'âge (mais une vieille peau aussi, dans un sens, ah ah) ; autre différence, le personnage du vieux lecteur de la bibliothèque disparaît, plus ou moins remplacé par celui du clochard, qui, dans le film, a les mêmes rôles que lui (les mêmes scènes). Enfin, la différence la plus majeure consiste en l'absence totale du dernier chapitre du roman dans l'adaptation, mais a s'explique par deux choses : tout d'abord, cet ultime chapitre n'a pas été publié directement dès la première publication du roman (1962), et Kubrick, quand il fit l'adaptation en scénario du roman, ignorait l'existence de ce dernier chapitre ; ensuite, il a dit que même s'il avait eu vent de ce dernier chapitre, il l'aurait laissé de côté quand même, car selon lui, il brise un peu la cohésion du roman.

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Dans cet ultime chapitre, on découvre Alex, vieilli de quelques années mais tout de même dans les 20/25 ans, qui travaille et gagne de l'argent, mais continue de diriger une bande de jeunes voyous, plus jeunes que lui ; mais le coeur n'y est plus, et le fait de voir un de ses anciens droogs ('amis', en nadsat) marié avec un gosse lui donne des idées de faire de même... Une fin pleine de morale, mais un peu facile, et on comprend parfaitement que Kubrick ne l'aurait pas adaptée s'il l'avait connue avant de faire le scénario. Personnellement, j'ai lu le roman un nombre hallucinant de fois, et la première édition que j'avais du roman (foutue à la poubelle depuis, car partie en capilotade à force de la lire et relire !) ne comprenait pas ce chapitre. En rachetant le livre par la suite, j'ai découvert l'existence de ce chapitre ultime. J'étais d'abord content, un truc de plus à lire, que je ne connaissais pas, mais j'ai vite déchanté : on sent que Burgess a écrit ce final pour calmer le jeu, mettre de l'eau dans son vin, mais ça ne fait pas très cohérent avec le précédent chapitre (Alex qui, remis de sa tentative de suicide désespérée, est redevenu aussi brutal qu'avant son traitement), qui apportait, lui, une fin bien saisissante et, surtout, logique au roman. Cet ultime chapitre est plus un épilogue qu'autre chose, et en tant que tel, c'est un mauvais épilogue, mais bon, passons, et reparlons du film.

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Le film, 2h15 en tout, est interprété par Malcolm McDowell, Patrick Magee, Michael Bates, Adrienne Corri, Warren Clarke, Aubrey Morris, Philip Stone, Steven Berkoff, Paul Farrell, Carl Duering, Miriam Karlin, Godfrey Quigley, Anthony Sharp et David Prowse. Si l'on excepte McDowell et Magee, aucun acteur n'est connu (certains d'entre eux comme Magee, Stone ou Sharp, joueront dans d'autres films de Kubrick, comme Barry Lyndon, pour les trois cités), et McDowell, à l'époque de la sortie du film, s'il n'était pas un inconnu (il avait joué le rôle principal dans If... de Lindsay Anderson, Palme d'Or à Cannes en 1968 ou 69, film qui fit grand bruit, c'est en voyant ce film que Kubrick voulut de lui pour le rôle), n'était tout de même pas une star. Aujourd'hui encore, même s'il a beaucoup tourné, son plus grand rôle reste Alex dans Orange Mécanique. Le scénario est signé Kubrick lui-même, et la musique est un mix entre morceaux de musique classique (Beethoven, Rossini, Elgar...) et thèmes de musique contemporaine signés Walter Carlos (qui, désormais, s'appelle Wendy Carlos, il a depuis longtemps changé de sexe), certains basés sur de la musique classique. La musique fit grand bruit, cartonna, fait partie des albums de bandes originales les plus vendus au monde, et des plus réussis. Un seul mot convient pour la décrire : mythique. Comme le film, d'ailleurs, lequel, tout en étant d'une violence parfois à la limite du soutenable (même si on peut trouver pire dans le genre), est aussi et surtout un régal d'humour noir, une comédie cynique, caustique, sombre comme la nuit, et une sorte de conte moral fonctionnant, comme pas mal de films de Kubrick, sur plusieurs parties, et sur le jeu du miroir (Eyes Wide Shut fonctionne aussi de la sorte).

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Le film démarre (après un générique d'une simplicité biblique : les titres sur fond de couleurs primaires, rien de plus) par une image qui, direct, frappe, cogne dur : le regard allumé, violent, narquois d'Alex Dellarge (Malcolm McDowell), et la caméré qui recule, zoom arrière, pour laisser la place à la vision d'Alex et ses trois droogs Dim, Georgie et Pete, assis dans un night-club décadent et psychédéliquement décoré (tables en forme de femmes nues, lettrage chelou...), en train de boire du lait que l'on apprend être coupé avec de la drogue. La voix-off arrive, celle d'Alex (en VO, la voix de McDowell, nasillarde, est juste parfaite ; la VF, bien que réussie, n'est pas totalement à la hauteur, malgré des fulgurances), le narrateur de l'histoire (comme dans le roman), qui décrit rapidement sa petite personne, ses amis et ce qu'ils font là. Une fois cette courte description faite, hop, on passe à la scène suivante (un des trucs de Kubrick, c'est qu'il passe directement d'une scène à l'autre, sèchement, sans fondu au noir), qui met dans le bain : Alex et ses amis passent dans un tunnel, aperçoivent un clodo (Paul Farrell) qui chante, bourré, et le tabassent, violemment, à grands coups de pied, de canne. Tout en rigolant. Puis une baston entre la bande d'Alex et une autre bande, celle de Billy Boy (qui s'apprêtait à violer une pauvre jeune fille), puis une virée en campagne avec une voiture volée, direction une maison isolée, celle d'un écrivain (Patrick Magee) et sa femme. Alex se fait passer pour un homme victime d'un accident, afin de se laisser entrer dans la maison ; une fois à l'intérieur, les droogs saccagent tout, tabassent le mec, violent la femme sur fond d'Alex chantant (horriblement faux) Singin' In The Rain et disant au pauvre mec, viddy well, brother, viddy well ! ("Mate-bien, mon frère, mate-bien !") Après ça, le groupe repart en night-club (qui s'appelle le Korova Milk-Bar), pour boire un dernier coup avant de rentrer chez eux, et Alex s'en prend à Dim (Warren Clarke), qui avait eu l'audace de siffler narquoisement sur du Beethoven, ce qu'Alex n'apprécie pas du tout.

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Il faut dire qu'Alex, qui vit encore, dans un appartement situé dans une barre d'immeubles assez glauque, chez ses parents, qu'Alex, donc, est un fana de musique ; de grande musique. Il voue un culte absolu à "Ludwig Van" (c'est ainsi qu'il l'appelle) Beethoven, et d'ailleurs, une fois rentré chez lui, bien qu'en pleine nuit, il met de la musique, Beethoven, et pendant que l'Ode A La Joie (9ème Symphonie) surgit des enceintes, il a des visions décadentes, camées, dingues et, en même temps, assez drôles. Le lendemain, Alex reçoit la visite de Monsieur Deltoid (Aubrey Morris), son éducateur, qui se préoccupe de savoir qu'il ne va plus trop à l'école. Après lui avoir certifié qu'il filait droit, Alex part au drugstore, s'acheter un disque, et ramène chez lui deux jeunes filles qu'il se tape chez lui. Puis c'est le retour à la nuit, de nouvelles exactions en perspective, et l'une d'entre elles (pénétrer dans une maison isolée tenue par une femme vivant seule avec ses chats, maison dans laquelle des objets de valeur se trouveraient) vire au cauchemar par Alex : il tabasse violemment la femme (Miriam Karlin) une fois rentré chez elle, et alors qu'il tente de se barrer, ses droogs lui tendent un piège, l'assomment, et Alex, impuissant, attent l'arrivée de la police. Pendant le (plutôt violent) interrogatoire, il apprend que la femme est morte. Direction la prison pour Alex. Le séjour se passe sans trop de problèmes malgré la hargne du chef des matons (Michael Bates, impayable), Alex devient le chouchou de l'aumônier de la prison (Godfrey Quigley), et un jour, après avoir entendu parler d'un traitement miracle qui garantirait que la personne guérie ne serait jamais plus violente, Alex demande à l'aumônier de jouer de ses relations pour lui. Au cours d'une visite du nouveau Ministre de l'Intérieur (Anthony Sharp), Alex se fait remarquer, et on le choisit comme patient-test pour le traitement, la méthode Ludovico.

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Cette méthode consiste à faire visionner, de force (et après l'avoir passablement drogué), des films ultra-violents à Alex. D'abord content de voir de la violence, qu'il adore, il commence, progressivement, et dès la première séance, à se sentir très mal. Au bout de la fin des séances, il est guéri, le simple fait de tuer une mouche le rendrait malade comme un chien. Désormais totalement inoffensif (mais incapable de choisir entre le bien et le mal, une sorte de zombie vivant), Alex est relâché. Son retour dans la vie de tous les jours sera difficile : ses parents ont loué sa chambre et ne peuvent virer le locataire comme ça ; un clodo lui demandant une pièce le reconnaît (c'est le clochard qu'Alex et ses amis avaient tabassé) et s'en prend à lui, sans qu'il ne puisse réagir ; la police arrive pour calmer le jeu, et Alex reconnaît en eux Dim et Billy Boy, un de ses anciens droogs et un autre ancien délinquant (les deux, pour s'amuser, embarquent Alex en pleine campagne pour le tabasser avant de le laisser sur la route). Alex gagne, transi de froid et meurtri, une maison isolée, afin d'obtenir un refuge. C'est la maison de l'écrivain tabassé, qui ne le reconnaît pas (Alex était, alors, masqué), mais lui, si, et il se sent mal à l'aise. Pendant la soirée, l'écrivain, qui semble avoir un grain de folie, vit désormais en fauteuil roulant, et dont la femme n'a pas survécu, commence à avoir un comportement des plus bizarres.

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Alex sent qu'il est démasqué, et en effet, sa nourriture a été droguée, et il tombe dans les vapes. A son réveil, il est enfermé dans une pièce à l'étage d'une maison, et une sono, en bas, fait retentir du Beethoven, musique qu'Alex a avoué, avant, ne plus pouvoir écouter sans que ça ne lui rappelle de la violence et, donc, ne le rende malade. L'écrivain fou, en l'enfermant et en lui faisant écouter de force du Beethoven, n'a qu'une envie, le forcer à se tuer, ce qu'Alex fait, en se défenestrant. Il ne se tue pas, mais se réveille, cassé de partout, à l'hôpital. Des tests psychologiques tendent à prouver que le choc lui a 'remis les idées en place' : il peut penser à de la violence sans avoir de nausées, il est redevenu comme avant et, donc, s'estime guéri. Ce qui est pour lui plaire, surtout que le Ministre de l'Intérieur, venu en visite officielle, lui fait une alléchante proposition : un boulot sympa, bien payé, pas fatigant, comme cadeau d'excuses du Gouvernement, qui l'a utilisé comme cobaye sans se soucier des conséquences. Une ultime vision d'Alex, avant la fin du film, nous prouve qu'il est vraiment guéri : il s'imagine baiser une fille pendant que des gens en costume l'applaudissent !

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Film violent, Orange Mécanique, alias A Clockwork Orange en VO, est aussi, donc, un conte moral (assez amoral, en fait, vu le final !) et surtout, surtout, une comédie noire, une satire de notre société, de plus en plus brutale et violente (plus encore maintenant qu'au moment de la sortie du film). On imagine aisément le traumatisme que ce film, sans lequel un film comme Funny Games n'aurait sans doute jamais vu le jour, a suscité à sa sortie : tout en ayant été un carton au box-office (pour la Warner, ce fut un de leurs plus gros succès ; au fait, ce film fut aussi le premier à être fait en son Dolby Stéréo), Orange Mécanique a été un scandale monstre, on a reproché au film sa violence complaisante, l'amoralité de son héros et de son histoire... Kubrick a voulu choquer, et il a entièrement réussi son pari, mais il n'a pas oublié, en même temps, de faire un grand film, le genre de film qui reste totalement monstrueux plus de 40 ans après sa sortie. Un choc absolu, donc. Pour finir, si vous vous demandez ce que signigie le titre du film, sachez que ça n'a au final rien à voir avec le fruit ou la couleur orange. Pas expliqué dans le film, le titre est cité dans le roman, Alex hurlant aux personnes lui ayant fait subir le traitement Ludovico s'ils ne le prendraient pas pour une orange mécanique. C'est aussi, dans le roman, le nom du livre que l'écrivain est en train d'écrire quand il se fait agresser par Alex et ses droogs (notons que cette sinistre mésaventure est réellement arrivée à Anthony Burgess, c'est ce qui lui a donné l'idée de faire ce roman). Une orange mécanique, c'est un homme qui ne peut plus choisir, vit mécaniquement, comme un robot. Comme Alex dans la dernière partie du film. 'Orange' vient du mot 'orang', mot malais qui signifie 'homme' (comme dans 'orang-outan'). Tout simplement (dit-il d'une voix satisfaite) !


07 juin 2014

Appelez-le Monsieur Tibbs

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Norman Jewison a réalisé quelques grands films : L'Affaire Thomas Crown avec Steve McQueen et Faye Dunaway, Rollerball avec James Caan, Le Kid De Cincinnati avec, encore une fois, Steve McQueen, Justice Pour Tous avec Al Pacino...et ce film, sorti en 1967, et ayant fait obtenir l'Oscar du meilleur acteur à Rod Steiger : Dans La Chaleur De La Nuit. A l'origine d'une série TV du même nom dans la fin des années 80 (et avant ça, deux suites seront faites au film, en 1970 et 1971), ce film scénarisé par Stirling Silliphant est probablement un des films les plus importants du cinéma américain des années 60. Voire du cinéma tout court, pour la même décennie. Le film est interprété par trois grands acteurs (des trois, seul le premier cité est toujours de ce monde) : Sidney Poitier, que le film a révélé, Rod Steiger et Warren Oates. On note aussi la présence de Lee Grant, Harry Dean Stanton (crédité sans le 'Harry'), James Patterson et Peter Whitney. Comme je l'ai dit, Dans La Chaleur De La Nuit, ou In The Heat Of The Night en VO (la chanson du film porte le même nom, et a été spécialement écrite pour l'occasion par le grand Ray Charles, qui la chante ; la musique du film, en général, est signée d'un autre grand nom : Quincy Jones), a permis de révéler au grand jour Sidney Poitier, un des plus grands acteurs afro-américains qui soient (de sa génération, c'était le meilleur ; par la suite, il faudra attendre Denzel Washington pour avoir un acteur afro-américain au moins aussi bon, charismatique que lui). Ce n'est pas son premier film, le bonhomme ayant démarré sa carrière vers 1947. Mais Dans La Chaleur De La Nuit est le premier de ses films ayant vraiment permis de le mettre en avant.

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Un Oscar du meilleur acteur a été décerné, concernant ce film, mais ce ne fut pas Poitier qui l'obtint, mais Rod Steiger (lequel est, il faut bien le dire, anthologique dans le film). Vous êtes peut-être en train de vous dire, ça aurait été trop demander à l'Académie des Oscars de donner, en 1967, une statuette du meilleur acteur principal à un acteur de couleur, hein ? Même si, en 1939 (ou 40 ? Mais le film concerné date de 1939, c'est Autant En Emporte Le Vent), une actrice de couleur, Hattie McDaniel, obtint la statuette pour la catégorie meilleur second rôle féminin. Ce qui fit d'elle la première actrice de couleur à avoir un Oscar. Mais sachez que Poitier avait déjà obtenu cette récompense de meilleur acteur en 1964 (faisant de lui le premier Black à avoir cet Oscar-là), alors on lui a sans doute préféré Steiger en 1967. Le film a obtenu quatre autres Oscars, dont celui du meilleur film. Il faut dire ce qui est, c'est vraiment amplement mérité. C'est un polar, adapté d'un roman de John Ball (portant le même titre que le film), et il fonctionne parfaitement en tant que tel, une enquête policière rondement menée. Mais c'est aussi et surtout une critique acerbe du racisme, de la ségrégation raciale : quand le film a été fait, les Blacks étaient encore très fortement ostracisés, la situation s'améliorait progressivement, mais ce n'était pas encore ça. Des groupes de rock comme Love ou les Equals, multiraciaux, avaient posé problème à cause de ça, chez certains cons. Quand le film est sorti, les USA étaient en proie à certaines émeutes ; un an après (pas précisément un an après, mais, en gros, ce fut en 1968), Martin Luther King était assassiné...

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De quoi parle le film ? Virgil Tibbs (Sidney Poitier), d'origine afro-américaine, est un officier de police originaire du nord des Etats-Unis. En voyage, il arrive à Sparta, dans l'Etat du Mississippi (dans le Sud, donc), et il arrive à un moment assez compliqué : Philip Colbert, un industriel de Chicago qui projetait de construire une usine à Sparta, est retrouvé mort, assassiné. Le chef de la police, Bill Gillespie (Rod Steiger), un homme assez simple (pas idiot, mais pas le genre à se prendre la tête pour chercher une autre solution quand il en a une devant lui), entend bien trouver rapidement le coupable. Un de ses hommes, Sam Wood (Warren Oates), découvre, de nuit, le soir-même de la découverte du corps de Colbert, un homme de couleur, à la gare, Virgil Tibbs. Ce dernier est immédiatement arrêté : Gillespie est empli de préjugés raciaux, obnubilé par la découverte de l'assassin de celui qui allait sans doute apporter de l'emploi dans sa ville, et, de plus, Tibbs, de couleur et pas du coin, possède une valise avec de l'argent dedans, et une arme (normal, il est flic). Quand Gillespie apprend que Tibbs est flic, et, donc, quelque part, un collègue, il est totalement surpris, et même écoeuré, de se rendre compte qu'il ne tient pas le coupable. Tibbs se propose comme aide afin de retrouver le meurtrier de Colbert, et va, donc, mener son enquête, dans une petite ville du Sud, encore pleine de préjugés raciaux, ce qui ne va, on s'en doute, pas du tout plaire à la population et aux autorités locales...

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Célèbre à la fois pour ses 5 Oscars, son duo d'acteurs (Poitier et Steiger sont tous deux, autant le dire, époustouflants), sa musique d'enfer (très soul, normal, Quincy Jones et chanson du Genius) et son ambiance très contestataire et sudiste, Dans La Chaleur De La Nuit l'est aussi pour une réplique comptant parmi les plus grandes du Septième Art, une réplique que j'ai quelque peu détourné pour le titre de mon article : They call me Mr Tibbs ! ("On m'appelle Monsieur Tibbs !"), réplique dite par Poitier quand, dans le film, on lui demande, de manière un peu goguenarde, comment on a coutume de l'appeler dans sa ville, dans le Nord. Il faut dire que le film (et c'est surtout le cas en VO) propose un langage assez ordurier à l'encontre de Tibbs, le pauvre flic de couleur en prend plein la tronche, des nègre, négro, coon, nigger, etc, tout un vocabulaire raciste qui était, hélas, le pain quotidien des Noirs à l'époque et avant le film. Tout le sens de la réplique est là : montrer, sèchement, que dans d'autres endroits du même pays (les USA), un homme de couleur est respecté de la même manière qu'un Blanc, qu'on l'appelle Monsieur, ce qui est normal. Je ne vais pas aller jusqu'à dire que le film a permis de changer tout ça, mais ce fut quand même un élément du changement, un petit, certes, mais quand même. Les deux flics, le Black et le Blanc raciste, sont obligés de faire équipe, ce qui ne plaît ni à l'un ni à l'autre (et on se rend compte que ça plaît sans doute encore moins bien à Tibbs qu'à Gillespie, parfois !), mais il faut retrouver le meurtrier...

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Scènes cultes, dialogues mordants, acteurs parfaits, réalisation solide, scénario efficace, musique géniale, ambiance géniale aussi : Dans La Chaleur De La Nuit est un film culte et grandiose. Un film qui fait réfléchir sur le racisme et les inégalités, tout en proposant un divertissement de qualité. Comme je l'ai dit en intro, deux suites, aussi avec Poitier, seront faites (aucune n'est mauvaise, mais rien de comparable avec le film original), et il y aura même une série TV (sans Poitier et Steiger), je n'en ai vu aucun épisode (ou alors, je n'en ai aucun souvenir). Tout ça pour dire à quel point ce film est important, culte, essentiel pour tout amateur de cinéma, de vrai bon cinéma. Un exemple parfait de divertissement intelligent et avec du fond.

01 juin 2014

Swan Song

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Attention : monument. Et un de mes films préférés au monde, aussi et surtout. Ce que j'ai déjà eu l'occasion de dire ici, vu que cette chronique n'est pas la première que je fais de ce film sur ce blog. Ce film, c'est Phantom Of The Paradise, de Brian De Palma. C'est le huitième film du réalisateur, et seulement le deuxième de vraiment connu, après Soeurs De Sang en 1973. Les précédents, tels Greetings, Murder A La Mod ou Get To Know Your Rabbit, ne sont pas très connus, et ne représentent pas vraiment le style De Palma. Ce sont le plus souvent des comédies, pas mal d'entre elles avec William Finley (qui joue aussi dans Soeurs De Sang, et dans le film qui nous intéresse ici), certaines avec un tout jeune Robert De Niro. Après avoir réalisé le très hitchcockien Soeurs De Sang (une histoire de soeurs jumelles psychotiques, avec William Finley, Margot Kidder et Jennifer Salt) en 1973, un film tellement hitchcockien que même sa musique est signée Bernard Hermann (compositeur attitré, pendant de nombreuses années, d'Hitchcock), De Palma, qui entre temps est devenu le petit ami de Margot Kidder (ça ne durera pas, il sera, par la suite, le compagnon de Nancy Allen, puis de la productrice Gail Ann Hurd, avant de partager la vie, depuis plusieurs années, de la chanteuse Elli Medeiros), se lance ensuite dans la préparation de son film suivant, un film qui sortira, donc, en 1974, et sera dans l'ensemble un succès critique, car il obtiendra le Grand Prix à Avoriaz (1975). En revanche, ce ne fut pas un succès commercial fulgurant.

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Mais c'est en tout cas devenu, et ce, très rapidement, un film méga-culte. Pour à peu près tout le monde. Fans de rock, de films fantastique, de De Palma, etc, tout le monde, ou presque, au final, se retrouve dans ce film. Je ne résiste pas au plaisir de donner une anecdote, ici, que j'aurais très bien pu balancer plus tard dans la chronique (une anecdote qui n'est pas méconnue, allez sur Wikipédia, et vous l'aurez !) : ami A l'époque déjà en préparation de son futur Star Wars, il est en quête de nouvelles idées, pour rendre le tout encore plus affriolant. Entre l'idée du texte défilant au début du film (ce qu'il découvrira une fois le film sorti, évidemment), les décors lumineux et le look du Phantom (casque, voix bousillée par un vocoder, respiration lourde sous le casque), il aura eu de quoi faire : il se serait inspiré du Phantom pour en faire Darth Vader, en gros ! Plus récemment, les Daft Punk n'auraient eu d'autre influence que celle du Phantom pour ce qui est de leur idée de se cacher derrière des masques et tenues de cuir, pour leurs apparitions publiques (Paul Williams, qui a collaboré au dernier Daft Punk, et qui joue dans le film de De Palma et en a signé la bande-son, en est intimement persuadé). Un manga japonais (pléonasme, j'ai envie de dire), Berserk, se serait inspiré du look du Phantom, aussi, pour un ou deux de ses personnages.

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Ca, se sont des exemples de personnes ou oeuvres qui se sont inspirées, de près ou de loin, du film. Mais le film, aussi et surtout, s'inspire de tas d'autres choses, de son côté. Oeuvres littéraires, cinématographiques, musicales, aussi. On citera, dans les premières, Le Portrait De Dorian Gray, d'Oscar Wilde, ou Faust, ou bien Le Fantôme De L'Opéra, de Gaston Leroux, sans parler, aussi, du Frankenstein de Mary Shelley. Une réplique du film, faite par un flic, offre même une allusion amusante et facile au Du Côté De Chez Swann de Marcel Proust, référence volontaire selon toute vraisemblance. Dans les autres références (cinéma), citons Psychose, Sueurs Froides (deux films d'Hitchcock, tiens !), La Soif Du Mal, Le Cabinet Du Docteur Caligari, le Dracula de Todd Browning... Musicalement, on a aussi de belles références : les Beach Boys sont parodiés par un des faux groupes apparaissant dans le film (les Beach Bums), Alice Cooper, via les Undeads et Beef, est aussi caricaturé, et le personnage de Phoenix semble être directement inspiré par Janis Joplin ou Grace Slick (chanteuse du Jefferson Airplane), pour la voix. Le personnage de Swan est une sorte de Howard Hughes musical, un Phil Spector (producteur musical) déjanté. Mais la plus grande référence musicale du film est involontaire : la maison de disques de Swan s'appelle, dans le film, Death Records (avec, en logo, un oiseau couché), mais à la base, il s'appelait Swan Song ("le chant du cygne"), allusion plus qu'évidente au nom du personnage. Mais, pendant le montage du film, on se rendra compte, et ça ne sera pas sans soucis juridiques, qu'un label hébergé par Atlantic Records existait déjà sous le nom Swan Song : crée en 1974, il est très précisément le label personnel de Led Zeppelin (logo : un ange tombant du ciel). En urgence, on gommera le nom Swan Song de la pellicule, et on le remplacera par Death Records. On a ainsi évité de gros soucis judiciaires, d’autant plus que Peter Grant, manager de Led Zeppelin, n’était pas un mec du genre accommodant ! Dernier détail référentiel, qui n'est, lui, ni littéraire, ni cinématographique (et encore), ni musical : un des acteurs ayant collaboré avec De Palma sur ses premières oeuvres s'appelle Winford Leach. De Palma s'inspirera en grande partie de son nom pour celui du malheureux héros de son film, qui s'appelle Winslow Leach !

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On peut désormais commencer à parler de l'histoire : Winslow Leach (William Finley) est un jeune compositeur qui ne demande qu'à percer dans le métier. Il vient d'écrire une cantate entière sur le mythe de Faust, et vient se présenter au cours des répétitions pour une émission produite par Swan (Paul Williams), un producteur musical de génie, sur qui traîne pas mal de légendes. Mais si Swan est interessé par la chanson que Leach chante, seul au piano, et à l'arrache (il profite d'un moment de libre pour squatter l'instrument et tenter sa chance), il ne l'est absolument pas par son interprète. Il charge Philbin, son sbire (George Memmoli), de racheter la musique à Leach, uniquement la chanson qu'il a entendue (et qui, sur l'album de la bande-son du film, s'appelle Faust ; et c'est vraiment Finley qui la chante, et pas un doubleur vocal). Leach refuse, pour lui, c'est toute la cantate, ou rien. Peu après, il tente encore une fois sa chance, en se rendant aux locaux de Death Records pour y rencontrer Swan (on le jette dehors direct), puis en se rendant à une audition pour une chanteuse (il y rencontre une jeune chanteuse à la voix d'or, Phoenix - Jessica Harper, là aussi, c'est bien elle qui chante - avec qui il sympathise totalement. Il se rend par ailleurs compte que la chanson que toutes les prétendantes s'acharnent (souvent bien mal) à chanter n'est autre que Faust, qu'on lui a piqué. Phoenix est virée, elle refuse de coucher pour réussir. Tentant d'approcher une fois de plus Swan, Leach est viré, et même, piégé : on le tabasse, on le jette dans la rue, au vu de la police, et on cache sur lui de la drogue. Il est arrêté, jugé, condamné à vie à Sing Sing pour usage de stupéfiants. Il clame son innocence, mais rien n'y fait.

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En prison, sur l'îlot de Sing Sing (comme Alcatraz, mais pour New York), il fait partie d'un programme d'hygiène expérimental organisé par la Fondation Swan (il n'est pas volontaire, on le choisit) : on lui retire toutes ses dents et on les lui remplace par des dents en métal. Six mois après, alors qu'il survit tant bien que mal à Sing Sing, Winslow entend, sur un transistor, alors qu'il bosse à l'atelier de la prison à fabriquer des cartons, une chanson, interprétée par les Juicy Fruits (groupe dont le nom s'inspire d'un vrai groupe dans lequel Paul Williams a participé dans sa jeunesse), un groupe produit par Swan. La chanson fait partie de celles qu'il a écrites. Fou de rage, Winslow se rue dans un carton, parvient tant bien que mal à s'évader, et se rue, une fois dehors, dans les locaux de Death Records, plus précisément, là où on presse les disques vinyle. Alors qu'il s'escrime à essayer de détruire la presse fabriquant le disque de la reprise de sa chanson, il est victime d'un accident, sa tête se prend dans la presse. Il sort, défiguré, atrocement blessé, du bâtiment, et tandis que les gardes armés lui tirent dessus, se jette dans le fleuve Hudson ; on le croit mort. Très peu de temps après, Swan s'apprête à ouvrir son nouveau night-club, le Paradise, et fait les derniers rôdages. Pendant les répétitions d'une chanson des Beach Bums, une bombe explose dans un des éléments du décor, une petite voiture. Immédiatement après, Swan (qui a assisté à l'incident), reçoit une visite dans son bureau : Winslow. Un Winslow qui se cache derrière un imposant masque type oiseau, masque ne cachant cependant pas totalement le fait que son visage est en partie détruit. Un Winslow arborant aussi une tenue avec cape, bien dans le ton des locaux (il s'est faufilé discrètement dans le Paradise et a raflé une tenue dans un dressing-room). Un Winslow devenu totalement muet suite à l'accident, et ivre de vengeance.

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I can give you the power to create, I'll make you somebody

Swan, qui le reconnaît illico, ne perd pas contenance et propose à Winslow un pacte : il bosse avec lui, réécrit sa cantate, la chantera, même, car Swan, avec un système de vocoder, va lui redonner une voix humaine (ironie de l'histoire, c'est la propre voix de Swan que Swan va donner à Winslow, quand celui-ci chantera...sa voix parlée, elle, sera une grossière imitation robotisée d'une voix humaine). Winslow exige de Swan qu'il engage Phoenix, la jeune chanteuse qui fut évincée du casting car elle refusait de coucher avec Swan. Swan accepte de lui donner une deuxième chance, et Winslow signe, ainsi, le contrat qui va le lier avec Swan. Le contrar, épais comme une Bible imprimée en police taille 97, est à signer avec la plus vieille encre du monde, le sang. Une fois le contrat signé, Swan enferme Winslow dans le petit studio, le force à écrire, composer, dans l'ombre. Ravagé par la colère et ivre de vengeance, sentant bien qu'il va sous peu se faire enfumer encore une fois, et plus que tout désireux de protéger Phoenix, Winslow fomente la deuxième partie de sa vengeance. Pendant ce temps, Swan engage un chanteur au look éffeminé et musclé en même temps, totalement glam, Beef (Biceps en VF, joué par Gerrit Graham, et doublé, pour le chant, par Ray Kennedy), à qui il veut donner un rôle prépondérant dans son nouveau spectacle pour le Paradise. Un choix qui n'est pas sans souverainement déplaire à Winslow. Arrive le temps de la première du Paradise...

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Tragique histoire de vengeance, d'honneur bafoué, d'amour aussi, Phantom Of The Paradise, on le voit, tient énormément au roman de Gaston Leroux cité plus haut. D'autres éléments font penser à Faust (le contrat), au roman de Wilde aussi. Je n'en ai pas parlé dans le résumé, mais Swan est lui aussi sous contrat, un contrat signé avec Qui-vous-savez et qui lui offre la jeunesse éternelle, c'est une vidéo de lui qui vieillira à sa place. Le Portrait De Dorian Gray, évidemment. Le film est assez dense, et le seul reproche que je peux lui trouver est de ne pas durer très longtemps : 90 minutes à peine, ça passe beaucoup trop vite ; mais on se console en se disant que rien n'est à jeter ici, aucun moment de flottement, ça va très vite. A peine le film démarré que Winslow est jeté de l'audition et piégé par des agents de police pour le moins à la solde de Swan ! Le film est interprété par quelques acteurs vraiment épatants, le regretté (mort en 2012) William Finley, le compositeur et producteur Paul Williams, Jessica Harper... Les autres acteurs, nettement moins connus, sont très bons, mention spéciale à Gerrit Graham, qui livre une composition hilarante dans le rôle de Beef/Biceps. Une fois n'est pas coutume, et même s'il vaut mieux, en règle générale, voir un film en VOST qu'en VF, notons que la VF du film est juste parfaite, ce qui est au final assez rare pour être signalé.

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Musicalement, c'est du grand art, la bande-son est parfaite, des chansons géniales (composées, toutes, par Williams, qui en chante quelques unes ; dans le film, c'est le Phantom qui les chante, pour l'histoire, avec la voix que Swan lui a offerte par des bidouillages de studio, et qui n'est, donc, autre que sa propre voix ; Swan, c'est pas un petit gagneur !). Citons, parmi les plus belles, Old Souls (chantée par Phoenix, et donc, Jessica Harper, une chanson que l'on entend deux fois de suite, en entier, dans le film !), The Hell Of It (chanson du générique de fin, un des meilleurs génériques de fin qui soient, je trouve) chantée par Williams, Phantom's Theme (Beauty And The Beast) chantée aussi par Williams, Life At Last chantée par Beef (voix de Ray Kennedy)...et Faust, version originale chantée par Finley, et une autre version, plus riche en production, par Williams (absente, sauf erreur de ma part, du film, sauf dans la scène où Swan fait les essais de voix pour le Phantom). La photographie est excellente, les décors et costumes sont chatoyants (on en prend plein la gueule), et le film est tellement rempli de scènes cultes qu'en réalité, tout ce qu'il contient l'est, culte, comme je l'ai dit en intro d'article. Notons, parmi les passages les plus marquants, l'évasion de Winslow et son accident dans la presse à disques ; la première apparition du Phantom, dans le bureau de Swan ; la signature du contrat ; les essais de voix du Phantom par Swan ; Beef se faisant agresser au débouche-chiottes, sous la douche, par le Phantom l'enjoignant fortement de ne pas chanter ce qu'il a écrit pour Phoenix ; le grand moment de Beef sur scène ; le Phantom assistant, anéanti, à la tentative aboutie de Swan pour séduire Phoenix ; et le final, dantesque. Soit un grand nombre de scènes. Et il y en à d'autres !

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My music is for Phoenix, only she can sing it ! Anyone else tries...dies !

Phantom Of The Paradise, même son titre est sublime, est un chef d'oeuvre. Visuellement sensationnel (j'ai toujours trouvé le look du Phantom grandiose, j'adorerais avoir une réplique grandeur nature de ce casque au design génial), musicalement d'enfer, ce melting-pot d'influences, cet opéra rock cinématographique est un des meilleurs opus de Brian De Palma qui, jamais plus, ne retrouvera cette dinguerie assumée, cette liberté. Par la suite, il livrera des oeuvres certes très fortes, mais plus conventionnelles, des films inspirés par Hitchcock (Obsession, Blow Out, Pulsions, Body Double, Femme Fatale), des adaptations de romans (Carrie Au Bal Du Diable, Le Dahlia Noir, Le Bûcher Des Vanités), des adaptations de séries TV (Les Incorruptibles, Mission : Impossible), des films de guerre (Outrages, Redacted), films noirs (L'Impasse, Scarface) et même un film de SF (Mission To Mars). Certains de ces films sont géniaux (Les Incorruptibles, Obsession, Blow Out, Carrie Au Bal Du Diable, L'Impasse, Scarface), d'autres sont nuls (Femme Fatale, Mission To Mars), d'autres assez moyens (Body Double, Pulsions, Redacted, Le Bûcher Des Vanités, Outrages, Furie), mais aucun, malgré des audaces visuelles (écran coupé en deux, etc, chose qu'il utilise déjà dans Phantom Of The Paradise), n'arrive à être aussi furieux, aussi libre et original que Phantom Of The Paradise, chef d'oeuvre rock'n'roll et orgiaque. Anyway, what difference does it make ? What choice do you have ?

Un classique de l'animation pour grands enfants de 7 à 77 ans

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J'adore Tintin. J'adore la BD en général, la BD franco-belge en particulier, et Tintin fait partie de mes séries préférées (et je sais ne pas être le seul dans ce cas). J'ai lu et relu tous les albums, vu et revu tous les films, dessins animés et épisodes de série TV animée ayant été faits à partir de cette série. Récemment, j'ai abordé ici le film de Steven Spielberg, tant attendu, et sorti en 2011. Auparavant, et il y à de celà assez longtemps (2009/2010), j'avais abordé, sur ce blog, les autres productions cinéma basées sur la série d'Hergé : les deux films avec acteurs, des années 60 (abordés en un seul et même article), et les deux dessins animés de long-métrage. J'ai eu envie de reparler du premier de ces dessins animés, sorti en 1969, réalisé par Raymond Leblanc et ses Studios Belvision, et intitulé Tintin Et Le Temple Du Soleil. Pourquoi ce dessin animé et pas un autre ? Pour deux raisons : d'abord, des différents articles sur Tintin, sur le blog, c'était le plus ancien (2009, ça commence à dater), et il fallait bien le réactualiser. Ensuite, c'est un de mes dessins animés préférés au monde, définitivement. J'avais vraiment envie d'en reparler, plus longuement, car, en plus, l'ancienne chronique (ne la cherchez plus, elle n'existe plus) était, franchement, trop courte et assez moyenne. Même visuellement, elle faisait pitié, deux pauvres illustrations minuscules et moyennement jolies, pixellisées, je ne m'étais pas fait chier à l'époque (ou alors, j'avais pris ce que j'avais trouvé sur le Net)... Je rectifie, donc, ici.

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Comme son titre l'indique, Tintin Et Le Temple Du Soleil adapte l'album Le Temple Du Soleil (ainsi que son prédécesseur, Les 7 Boules De Cristal, les deux albums formant, comme chacun le sait, un diptyque). Ce diptyque est généralement considéré par les fans comme le magnum opus de la série entière, les meilleurs albums, et force est de constater que c'est le cas (j'avoue cependant encore plus adorer les deux albums précédents, Le Secret De La Licorne et sa suite Le Trésor De Rackham Le Rouge). D'une durée de 90 minutes, le dessin animé adapte essentiellement Le Temple Du Soleil : 20 minutes à peine après le début du métrage, les héros sont au Pérou, où ils débarquent dès la première case du deuxième album du diptyque. Quant aux 20 premières minutes, c'est, donc, Les 7 Boules De Cristal, mais en accéléré : un rapide résumé au début du dessin animé, en forme de conférence (le conférencier a de belles allures d'Hergé, et on reconnaît la Castafiore et Bob De Moor - un des membres du Studio Hergé - dans le public !), sur l'expédition ayant entraîné la malédiction de la momie et les premières victimes de ladite malédiction, puis l'action démarre directement chez le dernier scientifique visé, Bergamote, chez qui se trouve la momie de l'Inca Rascar Capac, but de l'expédition maudite relatée plus avant. Au cours de cette scène orageuse (car se passant en plein orage, ah ah), la momie se volatilise avec la foudre, Bergamote est touché par la malédiction, Tournesol, ayant glissé à son poignet un bracelet sacré de la momie, est enlevé, Tintin et le Capitaine Haddock (et Milou) se lancent à sa recherche, et leur traque les mène à Lima, Pérou, où le "Pachacamac", navire ayant vraisemblablement embarqué Tournesol, est arrivé.

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Dois-je, en fait, résumer cet album (ce que j'ai en partie fait juste avant), et donc, ce film d'animation ? Non, n'est-ce pas ? Vous avez, du moins je le pense et l'espère, au moins une fois lu les albums, ou vu le dessin animé, donc vous connaissez l'histoire. Tintin Et Le Temple Du Soleil en est une très bonne adaptation, pas parfaite car on y trouve des différences (notamment les Dupondt : dans l'album, ils ne participent pas activement à l'aventure, ils cherchent Tournesol de leur côté, jamais le bon, mais ne sont pas aux côtés de Tintin et d'Haddock ; dans le dessin animé, ils sont avec Tintin et Haddock, du début à la fin, pour rajouter un peu plus d'humour ; aussi, dans le dessin animé, le Grand Inca a une fille, royalement absente de l'album), des oublis (essentiellement ce qui se passe dans Les 7 Boules De Cristal et qui ne sert pas totalement à l'intrigue, comme la fameuse séquence du music-hall où on retrouve le Général Alcazar), des variations. Mais malgré ces variations, ces oublis, changements, le spectacle est réussi, et l'adaptation aussi. L'animation, il faut cependant le dire, souffre de son âge : les techniques n'étaient pas les mêmes que maintenant, et même, les Studios Belvision, bien qu'à l'époque très rôdés et maîtrisés, n'avaient pas vraiment le même budget que Disney. Bref, ça a vieilli, ce qui est aussi le cas des autres dessins animés cinématographiques (avant cela, ils faisaient de l'animation télévisuelle) des Studios (Astérix Le Gaulois, Astérix Et Cléopâtre, Lucky Luke : Daisy Town, Tintin Et Le Lac Aux Requins, La Flûte A Six Schtroumpfs).

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Mais mine de rien, avec Astérix Et Cléopâtre (1968), ce dessin animé est probablement le meilleur des Belvision. On y trouve de très belles séquences, comme le prologue en conférence qui résume quasiment tout le premier album du diptyque, ou bien le cauchemar irréel de Tintin (plus abstrait que dans la version BD), sans parler de la séquence du train, de l'arrivée dans le Temple... La musique, de François Rauber, est très jolie, et on a même droit à deux chansons inédites signées du grand Jacques Brel. Toutes deux chantées par le personnage de Zorrino, enfant péruvien servant de guide à Tintin, et qui, malgré sa présence dans cet album et aucun autre, compte parmi les personnages secondaires les plus mythiques et réussis, et attachants, de la série. Les deux chansons sont, il faut le reconnaître, mièvres (surtout la seconde, qui doit sans doute s'appeler Pourquoi Faut-Il Que Zorrino S'En Aille ? au vu des paroles ; l'autre s'appelle vraisemblablement La Nuit), datées, Brel a fait mieux (il ne les chante pas, c'est la voix de Zorrino, c'est à dire la chanteuse et spécialiste des doublages Lucie Dolène, qui avait alors quasiment 40 ans ; une femme pour doubler un jeune garçon !), et je n'aime pas ces chansons, mais un dessin animé, surtout de l'époque, sans intermède musical, ça n'existe pas, et on se console en se disant que non seulement il n'y à que deux chansons, mais qu'en plus, elles sont courtes. J'ai parlé de qui doublait la voix de Zorrino, parlons aussi de ceux qui doublent les autres personnages : Philippe Ogouz fait Tintin, Claude Bertrand le Capitaine Haddock, Fred Pasquali le professeur Tournesol, Guy Pierauld et Paul Rieger les Dupondt, et on a des voix plus connues, dans de petits rôles bien souvent anonymes : Jacques Marin, Jacques Balutin, Henri Virlojeux, Gérard Hernandez, André Valmy, Jacques Jouanneau.

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Humour très présent (les Dupondt, de vrais sacs à connerie, mais aussi certains personnages anonymes comme le bègue du port, avec la voix de Jacques Balutin), musique très belle, ambiance un peu kitsch, datée, mais ayant conservée tout son charme, scènes cultes que l'on prend plaisir à voir en animation après les avoir lues et relues en albums (le train, l'éclipse...à noter que dans l'album, elle avait été dessinée à l'envers, et que le dessin animé, qui fut supervisé par Hergé, la propose dans le bon sens !), et le simple plaisir de suivre une excellente histoire, avec de remarquables et attachants personnages, voilà qui fait de Tintin Et Le Temple Du Soleil un petit classique de l'animation, qui, certes, souffre de la comparaison avec les Disney de la même époque (et d'avant lui !), mais on ne parle pas du même budget, en même temps. C'est, sinon, tout sauf honteux, c'est très honorable, et bien que ça ait vieilli, ça a, je trouve, nettement mieux vieilli que l'autre long-métrage animé des Belvision sur le même personnage, Tintin Et Le Lac Aux Requins (1972, basé sur un scénario inédit signé non pas d'Hergé, mais de Greg) qui, sans être mauvais, est tout de même de qualité un peu moyenne. Mais ce premier dessin animé de cinéma sur Tintin est, dans son genre, et pour son budget, une belle réussite, un des meilleurs dessins animés francophones de son époque, si ce n'est le meilleur (sans comparaison, je le répête, avec les Disney) ! Ah non, pardon, il y à La Planète Sauvage (1973) et Le Roi Et L'Oiseau (1979) à mettre avant, en terme de réussite, mais celui-ci date d'avant eux, et entre dans le trio de tête quand même, même si c'est en dernier !

31 mai 2014

Houba

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Comme je l'ai dit ici à plusieurs reprises (et je le redirai notamment demain, pour ma prochaine chronique), je suis fan de BD. Aussi, quand j'ai appris qu'Alain Chabat envisageait de faire une adaptation cinéma du Marsupilami, amusante et originale bestiole inventée par André Franquin, je me suis dit chouette, Chabat + BD + Marsupilami, ça va promettre. A la base, Chabat (un grand fan de BD, ça se sent : il faut voir le traitement loufoque, et au final très proche de l'esprit de la BD, qu'il avait fait à Astérix Et Cléopâtre) devait, voulait, faire un film sur Spirou & Fantasio, mais pour des problèmes de droits, il n'a pas pu. Il s'est rabattu sur le Marsupilami, crée par Franquin quand celui-ci repris la série Spirou (qu'il n'a pas crée, mais bien popularisé), et qu'aucun autre repreneur de la série (Fournier, Nic & Cauvin, Tome & Janry, Morvan & Munuera, Yoann & Vehlmann) n'ont repris, pour des raisons de droits, justement (le premier album dessiné et scénarisé par Fournier propose certes le Marsu, mais c'est Franquin qui le dessina, par amitié pour Fournier, et pour faire une transition). Faisant un peu son James Cameron, Chabat a attendu un peu pour faire le film (apparemment, il envisageait déjà de le faire quand il s'attaquait à Astérix), ne voulant probablement pas proposer un Marsupilami médiocrement réalisé. Qu'on se rassure : le rendu visuel est ici vraiment bluffant, on en serait limite prêts à croire Chabat quand, durant la campagne de promotion du film, il annonçait, avec tout le sérieux du monde (pour ça, il est très fort), que trouver un vrai Marsupilami fut difficile, l'apprivoiser encore plus, mais qu'au final, ce fut un acteur adorable et facile à diriger, bref, que le Marsu existe vraiment et n'est pas une créature faite par ordinateur !

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Le film s'appelle Sur La Piste Du Marsupilami, se base sur un scénario original (qui reprend cependant des éléments des albums, des détails, allusions...) est interprété par Alain Chabat, Jamel Debbouze, Fred Testot, Lambert Wilson, Géraldine Nakache, Patrick Timsit, Aïssa Maiga, Jacques Weber, Liya Kebede et The Great Khali. Plus le Marsupilami, une fouine hilarante, un chihuahua dévastateur et un perroquet tuant. Le film reprend des détails, petites allusions, à l'univers de la BD popularisée par Franquin, entre le nom d'un joueur de base-ball du nom d'Andréo Franquino, le pays fictif dans lequel se passe l'action (la Palombie), le personnage, évidemment, du Marsupilami, celui du dictateur d'opérette dont le look et le symbole rappelle furieusement le Général Zantas (Le Dictateur Et Le Champignon, septième tome de Spirou) alias Zantafio... Mais dans l'ensemble, c'est comme pour Astérix Et Obélix : Mission Cléopâtre : Chabat a bien détourné, perverti la base pour en faire son truc. Si son film sur Astérix, de 2001, reste son meilleur, Sur La Piste Du Marsupilami n'en demeure pas moins une belle réussite dans son genre, un film hilarant, servi par des acteurs qui se sont super éclatés et livrent bien souvent des prestations juste à se pisser dessus : Patrick Timsit est impayable en chef de la sécurité fort peu avare en coups d'aiguillon à bestiaux, Lambert Wilson, en ex-dictateur déchu fan de Céline Dion, livre une scène d'anthologie tout simplement ahurissante (les critiques, généralement, à la sortie du film, n'en parlaient pas trop, de cette scène, pour laisser la surprise, et je ferai donc de même dans le cas où vous n'auriez pas encore vu le film), Fred Testot est génial dans le rôle de ce vieux scientifique (un botaniste) qui trouve le secret de l'éternelle jeunesse et devient un dictateur d'opérette, et le duo Jamel/Chabat fonctionne parfaitement.

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L'histoire ? Dan Geraldo (Alain Chabat) est un journaliste-reporter qui, autrefois, fit sensation avec un reportage tourné sur le vif en pleine guerre civile en Palombie, petit pays d'Amérique du Sud. Depuis, Geraldo a fait son chemin, mais le problème, c'est que son émission ne marche plus trop. Pour sa patronne (Aïssa Maiga), il est temps de passer à autre chose, aussi lui donne-t-elle son ultimatum : il repart pour la Palombie, afin de faire un reportage sur la tribu des Payas, qui auraient découvert, depuis longtemps, le secret de la longévité et de la jeunesse éternelle, et s'il refuse de partir, il passe à la trappe. Geraldo accepte, à contrecoeur. A son arrivée à Chiquito, capitale de la Palombie, il est immédiatement arrêté par le chef de la police (Timsit) du pays, qui l'embarque au palais du Général Pochero, le dictateur du pays (Lambert Wilson). Il est enfermé dans les geôles du palais, suite à une série de méprises ayant fortement énervé Pochero. De son côté, Hermoso (Fred Testot), un vieux botaniste travaillant au palais, et Pétunia (Géraldine Nakache), son assistante, découvrent, en forêt, une nouvelle variété d'orchidée. En travaillant dessus, de nuit, alors qu'il est fatigué, Hermoso fabrique, sans le savoir, un élixir à partir de la plante, et, s'étant mis de cet élixir sur le visage, se réveille, le lendemain matin, rajeuni, la trentaine environ, en pleine force de l'âge. Se rendant compte de sa découverte, il pète les plombs, fait renverser Pochero et prend sa place de dictateur.

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Parallèlement encore, Pablito Camaron (Jamel), vétérinaire raté et accessoirement celui qui devait servir de guide à Geraldo, apprend que ce dernier est emprisonné. Ayant besoin de l'argent que devait lui donner Geraldo pour payer des dettes auprès de truands locaux, il va essayer de sortir Geraldo de prison, afin de l'aider dans son reportage. Encore parallèlement, une petite créature bien connue des palombiens est à la recherche de la fleur qu'Hermoso a trouvé, fleur qui est sa nourriture quotidienne : le Marsupilami. Tout ceci (Geraldo/Pablito, Hermoso, le Marsupilami) va bien finir par se retrouver à un moment donné...

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Chose amusante : le film se visionne sans problème, on suit l'intrigue sans souci, mais à raconter, c'est difficile ! Plein de détails ont été oubliés dans mon résumé : Pablito a déjà vu le Marsupilami autrefois, mais personne ne le croit, surtout pas ses enfants, qui le traitent de menteur (ce qu'il déteste par dessus tout), et il a envie de leur prouver qu'il a dit la vérité, et, donc, il veut à tout prix essayer d'avoir une preuve tangible que le Marsu existe ; Geraldo, aussi, a des trucs à cacher ; et on y parle, aussi, d'une certaine prophétie paya, qui est très importante dans l'intrigue. Mais résumer correctement le film en parlant de tout ceci entraînerait a) que l'on révèle des tas de choses qui, une fois sues avant le visionnage, rendraient le film moins drôle, et b) un résumé interminable et pesant. Donc, oui, j'ai moyennement réussi le résumé, mais ne m'en voulez pas trop ! Sinon, le film est une mine de scènes hilarantes, voir le passage (photo ci-dessus) où Jamel négocie son évasion avec...une fouine, ou bien la séquence de la prophétie, en film rigolo projeté on ne sait comment par les Payas. Sans oublier cette inénarrable séquence avec Lambert Wilson, celle entre Timsit et le Marsu, et, enfin, last but not least, la scène du chihuahua érotomane (pauvre Jamel). Celle-là, j'en ai pleuré, au cinéma !

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Sur La Piste Du Marsupilami, aussi et surtout, offre un régal de séquences avec le Marsu, justement, adorable petite bestiole à la longue queue et au cri des plus mythiques (Houba !), et le simple fait d'enfin voir évoluer, dans un film autre que d'animation, cette créature tenant du singe et de la fantaisie pure, est un bonheur. On a enfin la possibilité de voir cette créature qu'on pensait qui n'existait pas, mais qui n'existe, comme il est dit dans le film. Sublimement bien foutu (chaque poil du Marsu est visible à l'écran comme s'il existait vraiment), attachant, craquant, hilarant, c'est la raison principale, évidemment (mais pas la seule : Chabat, Jamel, Testot, Wilson et Timsit se livrent à des prestations terribles) de voir ce film vraiment réussi, peut-être pas le meilleur de Chabat, mais sincèrement, on n'en est pas loin. S'il n'avait pas réalisé Astérix Et Obélix : Mission Cléopâtre, ça serait le cas ! C'est la deuxième fois que Chabat adapte une BD, et quand on voit que ses deux meilleurs films sont ces adaptations, on espère vraiment qu'il ne s'arrêtera pas là.


"J'insiste sur le D"

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Aaah, Quentin Tarantino... Ce mec me tue. On a l'impression qu'il peut tout faire. Et d'ailleurs, il a quasiment tout fait : film de guerre, film de gangsters, film d'exploitation pur et dur, film de blaxploitation, film d'horreur (en producteur et/ou scénariste), film de baston...et western. Ne lui reste plus qu'à faire un péplum, ou un film d'aventures classique, et il aura tâté d'à peu près tous les genres cinématographiques (ses films étants dans l'ensemble vraiment fendards, on peut rajouter la comédie dans les genres qu'il a expérimentés). Tarantino est un fou furieux amateur à en crever de cinéma, aussi bien de grand cinéma (Le Cercle Rouge de Melville, A Bout De Souffle de Godard, Au Revoir Les Enfants de Malle sont autant de films qu'il aime) que de cinéma de divertissement (sin film Inglourious Basterds s'appelle ainsi rapport à un film de série B bien nanardesque et italien réalisé par Enzo G. Castellari, un tâcheron qui n'a jamais rien fait de potable dans sa carrière, que des nanars). En 2012, il sort son huitième film (en comptant pour deux les deux parties de Kill Bill), et c'est ce film qui, justement, permet à Tarantino d'ajouter le western à son tableau de chasse. Le film, 2h40 de bonheur, s'appelle Django Unchained, et est à la fois un remake libre d'un film du nom de Le Dernier Jour De La Colère, de Tonino Valerii (un western spaghetti) qu'un film s'inspirant, là aussi assez librement, d'une série de westerns spaghetti avec Franco Nero, les Django. Nero apparaît d'ailleurs en clin d'oeil dans le film.

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Niveau acteurs, Quentin s'est encore une fois fait plaisir : Christoph Waltz, acteur autrichien (allemand d'origine, naturalisé autrichien) ayant, dans son précédent film Inglourious Basterds, joué un officier SS lui ayant valu le Prix d'interprétation masculine à Cannes et (entre autres) un Golden Globe, Christoph Waltz, donc, signe avec Django Unchained sa deuxième participation à un film réalisé par Tarantino ; ici, pas de rôle de méchant, mais celui du Docteur King Schultz, un chasseur de primes (maquillé en dentiste ambulant). Le rôle principal, celui de Django, devait à la base être donné à Will Smith, qui refusera en lisant le script, il n'apprécia pas que le rôle de Django ne soit pas le principal N°1 du film (celui de King Schultz est au moins aussi important, ainsi que Calvin Candie) ; c'est au final Jamie Foxx, un rappeur/acteur, qui a obtenu le rôle, qui a failli être donné à Chris Tucker, on ne se rend compte de sa chance qu'une fois que le pire est passé, non mais Chris Tucker, vous vous rendez compte ? Leonardo Di Caprio joue ici dans son premier Tarantino, il joue un méchant anthologique, Calvin Candie, un esclavagiste propriétaire de plantation, une monstruosité cruelle faite homme.

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Kerry Washington joue la femme de Django. On note aussi la présence de Samuel L. Jackson, Don Johnson, Laura Cayouette, Dennis Christopher, James Remar, Walton Goggins, Michael Parks, James Russo, Franco Nero, Bruce Dern, Russ Tamblyn, Don Stroud (d'anciennes légendes vivantes d'Hollywood !), Zoe Bell, Robert Carradine, Tom Savini, et Tarantino lui-même, comme à son habitude, apparaît dans son film. La bande-son mêle extraits de bandes originales de westerns spaghetti (notamment de Django, Le Dernier Jour De La Colère, On L'Appelle Trinita, mais aussi de Sierra Torride, qui n'est pas un western spaghetti, mais un western tout court) et chansons, moins fréquentes (Freedom par Richie Havens, dans une scène anthologique). La photographie est sublime, avecdes effets de faux raccords et autres brûlures de pellicule, comme pour les anciens films (de même, la bande-son musicale fait entendre, parfois, des cracs très vinyliens, tout ceci est évidemment voulu, pour accentuer le côté vieux film). Rien que le générique, qui utilise la bande-son du Django originel signée Luis Bacalov, et propose les crédits en grosses lettres rouge sang à l'ancienne, donne le ton, avec ses zooms multiples. Ce qui est bien, avec Tarantino, c'est qu'il ne se contente pas de faire un film typé à l'ancienne, non : il fait le film qu'il a toujours eu envie de voir un jour en salles, il fait des films rêvés, fantasmés. Un cinéphile amateur de séries B et de films de genres, en regardant ses films, se prend énormément de plaisir dans la gueule !

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Bon, sinon, l'histoire. Ca se passe en 1858, soit deux ans avant le début de la Guerre de Sécession. Django (Jamie Foxx) est un esclave, sa femme Broomhilda (Kerry Washington) aussi. Parce qu'ils ont essayé de s'enfuir, ils ont été rattrapés, tabassés, marqués comme rebelles, et, surtout, séparés. Django ne sait pas où sa femme a été vendue, mais lui, il arpente les routes, en compagnie d'autres esclaves, tenus par une petite bande d'esclavagistes. Leur chemin croise celui d'un dentiste ambulant, le Docteur King Schultz (Christoph Waltz), un Allemand, qui espère bien acheter un des esclaves. Son choix se porte sur Django, mais au lieu de l'acheter, il extermine les esclavagistes et libère les esclaves. Il garde Django avec lui, afin d'en faire son associé pour une affaire (Schultz est en effet un chasseur de primes). Django accepte d'être l'associé de Schultz pour retrouver un ou deux mecs dont la tête a été mise à prix, et en remerciement, Schultz, de son côté, ayant appris l'histoire de Django, accepte de l'aider à retrouver sa femme. Les deux hommes découvrent rapidement qu'elle a été 'vendue' à un propriétaire de plantation très cruel et influent, richissime, du nom de Calvin Candie (Leonardo Di Caprio), qui dirige Candieland, une immense propriété dans le Mississippi. Pour Django, il faut y aller, rechercher Broomhilda, mais pour un Black, ancien esclave, se rendre dans un tel endroit, dans une partie esclavagiste des USA, s'apparente à un suicide programmé. Mais Django est décidé, et Schultz a promis de l'aider...

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Acteurs juste surpuissants (Foxx, Waltz, Di Caprio, Samuel L. Jackson qui est parfait dans le rôle de Stephen, le "vieux Nègre" - n'y voyez pas de racisme de ma part, les gars, le personnage s'appelle lui-même ainsi - esclave et dirigeant les autres esclaves de la plantation Candieland), scénario diabolique, sens du rythme, dialogues tuants, scènes cultes, photographie sublime, musique géniale et bien réutilisée, Django Unchained multiplie les bons points. Certes, on notera des anachronismes (l'utilisation de la dynamite : elle a été inventée en 1866, son brevet a été déposé un an après, mais l'action se passe en 1858, l'utilisation, aussi, d'une carabine Winchester à répétition, arme inventée en 1873) et la vision de l'esclavage montrée dans le film est assez outrancière, la violence a été surmultipliée. La violence dont je viens de parler est celle des mauvais traitements infligés aux esclaves (comme ces combats mandingue, dont la véracité historique n'a pas été totalement prouvée), mais est aussi plus générale. Si vous n'avez pas vu le film, sachez que le sang y coule à flots, il gicle, pulse, il y en à partout, c'est très violent, brutal, comme du Tarantino habituel. Et, comme du Tarantino habituel, la violence, très présente, surgissant brutalement comme dans les meilleurs films de Peckinpah, est ici très caricaturale (volontairement), et sert à dénoncer la violence plutôt qu'autre chose. C'est une violence grand-guignolesque, éhontée, exagérée, cartoonesque, ce qui la rend, quelque part, moins agressive, même si ceux qui n'aiment pas la vue du sang, même du faux sang, auront sans doute du mal. Enfin, si vous avez vu Kill Bill et survécu, aucun problème.

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Django Unchained est donc un film puissant, violent, musclé, survitaminé, avec des dialogues impeccables (comme toujours), un découpage assez inventif et des scènes cultes. Notons parmi celles-ci toute la séquence où Django et Schultz rendent visite à "Big Daddy" (Don Johnson), un propriétaire terrien esclavagiste caricatural et impayable (surtout que le doublage VF est signé, pour ce personnage, par  Patrick Poivey, qui est la voix française officielle de Bruce Willis et Don Johnson, une voix parfaite pour le doublage). On a une poignée de scènes (qui se suivent) avec ce personnage, et la dernière, nocturne, montrant "Big Daddy" et plusieurs de ses amis, cagoulés (type Ku Klux Klan) et s'apprêtant à règler leur compte à Django et Schultz, est juste hilarante : où comment ridiculiser le KKK (ou affiliés) avec une simple histoire de cagoule dont les trous ne correspondent pas vraiment à l'emplacement des yeux...  Autre scène géniale, la manière dont Schultz (devant un Django médusé) règle son compte à un shérif bouseux et quelque peu truand, ou bien l'apparition en clin d'oeil de Franco Nero, qui échange avec Django sur la manière dont il faut prononcer son nom (Foxx qui lui dit : D, J, A, N, G, O, et j'insiste sur le D. Nero lui répond : Moi aussi ; le tout est une allusion au film originel dans lequel Nero tenait le rôle-titre).

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I like the way you die, boy !

Bref, le film, bien que long (et encore, ça ne m'a pas gêné ; mais Tarantino nous a habitué à de longs films, et il aurait pu être encore plus long, ce film, car Quentin a affirmé qu'il a retiré 90 minutes au film et envisageait de sortir la version longue en mini-série de 4 épisodes d'une heure chacun), est juste grandiose, un des meilleurs de son réalisateur. Son meilleur depuis Kill Bill (les deux volets réunis), un grand moment de cinéma décomplexé, certes violent et parfois extrémiste (des pics de violence qui ne sont parfois pas totalement justifiés, une cruauté sans aucun doute surmultipliée pour le film ; si les esclaves avaient tous été au quotidien traités de la sorte, leurs 'propriétaires' auraient été obligés d'en changer quotidiennement, ce qui, pour eux, aurait été une perte financière ; tout ceci pour dire que si la vie des esclaves était terriblement dure, elle ne l'était sans doute pas autant, en général, que dans le film), mais un grand film dans l'ensemble. Immense !

30 mai 2014

Sean Connery en slip rouge

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Beyond 1984, beyond 2001, beyond love, beyond hate...

Je l'ai fait pour mon blog musical (Rock Fever), pourquoi ne pas le faire aussi pour Mes Films De Chevet ? Faire quoi, au juste ? Hé bien, refaire des articles publiés depuis longtemps, afin a) de remettre les films abordés par ces anciennes chroniques au goût du jour car ça fait longtemps que ces articles pataugeaient dans  la Préhistoire du blog et b) de proposer des chroniques plus développées que les anciennes, mieux écrites (enfin, je l'espère), bref, du neuf avec de l'ancien. Ca peut aussi permettre de proposer un avis différent de l'ancien, dans le cas où mon avis sur tel ou tel film aurait changé, ce qui, soit-dit en passant, ne sera pas le cas pour les premières 'nouvelles-chroniques-remplaçant-les-anciennes' qui seront publiées ici sur l'article-même de l'ancienne chronique (le lien ne change donc pas dans les pages de sommaire). Quand j'avais crée ce blog, à la base sur AllôCiné, le premier article que j'avait fait concernait le film Zardoz de John Boorman. Par la suite, lorsque j'ai transposé les articles sur la plateforme Canalblog (avec l'aide d'Alice In Oliver, qui a fait une partie du taf), l'ordre n'a pas été repris, on a fait ça au fil de l'eau. Mais pour cette première chronique refaite au sujet d'un film déjà abordé ici, c'est avec Zardoz que j'ai voulu démarrer. Pour le symbole ? Pour faire remonter à la surface un vieux film aujourd'hui bien oublié, et qui, de plus, possède une réputation à faire frémir celle de Bernard Madoff ? Un peu des deux, bro'.

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Ce film, il est vrai, n'a pas eu de bol dans la vie. D'abord ce fut, et ce, malgré la présence alléchante et même rassurante de Sean Connery en tête d'affiche, un bide commercial retentissant, les gens ne se sont pas rués dans les salles, c'est le moins que l'on puisse dire. Le film a aussi été un échec critique, il a été allumé, démoli par la presse, et ça a perduré pendant des années avant que, progressivement, Zardoz ne se fasse, petit à petit, réhabiliter (et encore, c'est pas gagné en 2014, 41 ans après la sortie du film). Pendant longtemps, le film a trouvé une place de choix dans les listes et classements des plus grands nanars et films de série Z (gasp...) du cinéma, un livre sur les nanars possédait même une photo issue du film, photo il est vrai peu engageante (Connery, dans sa tenue minimaliste rouge, un flingue antique à bout de bras, dans un décor désertique), en guise de visuel de couverture, honneur infâme ! Le film est sorti en DVD en 2002, il était, avant cela, difficile de le voir, et on ne peut pas dire que Zardoz fasse partie des films les plus souvent diffusés à la TV, satellite compris (en fait, en-dehors des chaînes du satellite, c'est bien simple : je n'ai JAMAIS vu ce film une seule fois à la TV en diffusion). Le film est oublié, et certains diront même qu'il est à oublier ; je ne suis pas de cet avis.

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Certes, Zardoz est un film possédant des tares. Dans le commentaire audio sur le DVD, John Boorman, réalisateur (et unique personne faisant le commentaire), explique que le film, tourné en Irlande non loin de la maison du réalisateur (ce qui fut aussi le cas d'Excalibur, en 1981, notamment), possédait un budget des plus rikiki, et ça se ressent fortement dans le visionnage. Pas à cause de la tenue minimaliste (un slip rouge, une ceinture de munitions, des bottes cuissardes) de Sean Connery, qui, soit-dit en passant, s'est fortement congelé les couilles pendant le tournage, qui n'a pas eu lieu en été, mais à cause de tout le reste.

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Zardoz est un film de science-fiction, et Boorman n'est pas un spécialiste de ce genre. Niveau effets spéciaux, c'est pour le moins...sobre. Il y en à, mais on aurait aimé qu'il n'y en ait pas, voilà ce que je veux dire : les effets spéciaux sont ratés. Des fondus image par image, ce genre de choses. Ca, plus une histoire des plus étranges et complexes (première fois que j'ai vu le film : j'ai strictement rien capté ; seconde fois : aussi ; troisième fois : ça allait un peu mieux), plus des décors assez étranges (à la fois rustique et futuriste, ça fait vraiment chelou), tout ça fait qu'on se demande souvent, en visionnant le film, où Boorman voulait en venir. La réputation merdeuse de Zardoz semble, au départ, justifiée. C'est avec le temps qu'on se rend compte que le film va loin et est des plus riches. C'est, aussi et surtout, un film culte s'il en est, et possédant quelques images qui restent longtemps en mémoire, comme ce générique nuageux avec, sur fond sonore de la Septième de Beethoven, un masque de pierre grimaçant à l'effigie de Zeus (voir affiche, voir, aussi, photo ci-dessus), planant dans les airs avant de se poser. A la base, le film démarrait ainsi, par le générique (non, rien d'original, hein ?), mais Boorman, sentant que les projections-test étaient brouillonnes, fera rajouter une scène de deux minutes (environ) montrant, sur fond noir, une tête humaine, flottant, et parlant (photo ci-dessous). Cet homme, dont on ne voit que la tête, parle, et nous explique qui il est : Arthur Frayne, alias Zardoz. Ce petit passage a été rajouté afin d'aider les gens à comprendre le film, mais Boorman avoue, dans le commentaire audio du DVD, que ce ne fut pas des plus concluants ! A noter que sur le DVD, cette scène n'a pas été doublée en français, et qu'il faut, donc, à moins d'être parfaitement bilingue ou de ne voir, par conviction, les films qu'en VOST, mettre le sous-titrage pour comprendre ce qui est dit. Cette scène introductive n'a sans doute pas été utilisée lors de la sortie française du film à l'époque !

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Sinon, de quoi parle Zardoz ? Vaste programme, comme le Général l'aurait dit sur un tout autre sujet. L'action de ce film se passe en Angleterre (du moins, le suppose-t-on ; comme je l'ai dit, ça a été tourné en Irlande), en 2293. Le monde est ravagé, décor post-apocalyptique. Les Hommes qui (sur)vivent dans ce monde désolé sont divisés en trois catégories : les Brutes, les Exterminateurs et les Eternels. Les premiers, des gens simples, des paysans, des pauvres, fournissent de la nourriture pour les Eternels, qui méritent bien leur nom car ils ont découvert le secret de  la vie éternelle, et vivent reclus dans des 'vortex', des régions isolées protégées par des murs invisibles (des champs de force). Les Exterminateurs, eux, sont chargés de réguler les Brutes, et vouent un culte au Dieu Zardoz, qui est aussi vénéré par les Brutes, et leur apparaît sous la forme d'une gigantesque tête antique de pierre, qui leur crache des armes ou de la nourriture, et sert aussi pour récupérer la nourriture pour les Eternels. Ce Zardoz n'est en réalité qu'un Eternel du nom d'Arthur Frayn (Niall Buggy) qui, pour passer le temps, a eu l'idée de se faire passer pour un Dieu. Un jour, Zed (Sean Connery), un des Exterminateurs, a l'idée de se cacher dans la tête de pierre après que les autres Exterminateurs soient partis, afin de savoir ce qu'il y à de l'autre côté. Il arrive ainsi dans le 'vortex', et va découvrir les Eternels. Eux aussi vont découvrir, avec stupeur, un Homme pouvant mourir (ce qui, pour certains d'entre eux, est un cadeau divin, l'immortalité pouvant être très usante et lassante...), un Homme différent d'eux, totalement inculte, sauvage, une bête pour eux...

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Interprété, donc, par Sean Connery, mais aussi Charlotte Rampling, John Alderton, Sara Kestelman, Niall Buggy et Sally Anne Newton, Zardoz est un film vraiment étrange. Certains diraient même que c'est un grand film malade. Tourné quasiment chez l'occupant (Boorman !) avec peu de moyens, une débauche de décors bizarres (les intérieurs de maisons, du 'vortex', donnent l'impression que les décorateurs ont été puiser chez divers antiquaires du coin, un bric-à-brac, le tout, dans une sorte d'ancien corps de ferme, apparemment, très rural ; parallèlement, d'autres décors font très futuristes, plein de miroirs, de reflets, de couleurs, de prismes, kaléïdoscopes, etc), des acteurs dans l'ensemble peu connus (Connery et Rampling exceptés) et exclusivement britanniques, et un scénario des plus abscons, Zardoz n'a pas vraiment de quoi plaire au premier abord. Comme je l'ai dit plus haut, je n'ai rien compris au premier visionnage (en même temps, j'avais 12 ans, c'était en salles, dans un cinéma d'art et d'essai qui rediffuse de temps en temps de vieux films), et je n'avais pas trop aimé, par conséquent. Le film m'est devenu culte par la suite, et je n'ai pas honte de dire que c'est clairement un de mes films préférés au monde avec La Montagne Sacrée de Jodorowsky et Phantom Of The Paradise de De Palma (les tous les Kubrick de la période 1968/1980). Je pense aussi que c'est un des meilleurs films de John Boorman, réalisateur aussi de Délivrance, Excalibur, Le Point De Non-Retour et Leo The Last, autres excellents films. Zardoz est surtout un des films les plus sous-estimés et oubliés qui soient, un classique de la SF, un film bien timbré, il est vrai, et je peux comprendre qu'on ne l'aime pas, mais je pense qu'il est, en tout cas, à voir, vraiment.

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Oubliez le look totalement dévasté de Sean Connery et le manque de moyens, on sent vraiment une totale originalité (le scénario est de Boorman seul), ça change des films de SF classiques. Le film est assez initiatique, assez expérimental parfois, totalement décomplexé, abordant des sujets assez graves comme la mort et les différences sociales, riche en images qui font date (la tête de pierre, la dernière séquence, même ce pain de couleur - bleu ! - que Boorman dira, par la suite, assez fréquemment trouver dans les chambres d'hôtel qu'il réservait, en hommage de certains fans ayant appris sa présence dans l'hôtel), et baigné par une musique sublime (Beethoven, need I say more ? Mais on a aussi de la musique composée, pour le film, par David Munrow, qui est pas mal du tout). On peut se demander, parfois, en visionnant le film, qu'est-ce qui a bien pu passer par la tête de Boorman pour faire un film aussi barré (à noter que le rôle principal fut refusé par Burt Reynolds, non pas par goût, mais pas nécessité, il s'était blessé au dos), mais la réponse est toute simple : Délivrance (avec, justement, Reynolds), le film précédent de Boorman, fut un tel succès que l'on dira à Boorman tu as carte blanche pour ton prochain film, fais-toi plaisir, on te laisse faire ce que tu veux, et ce fut Zardoz. Ceux qui lui dirent ça (distributeur, etc) regrettèrent-ils cette déclaration une fois le film achevé ?

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En tout cas, moi, je le dis haut et fort, clair et net, ce film, certes pas parfait, est tout de même un sacré classique de la science-fiction/anticipation, nettement plus apprécié aujourd'hui qu'en 1973 par ailleurs, totalement culte, mythique même, et un des films de SF les plus originaux qui soient. Et non, non, non, ce n'est ni un navet, ni un nanar. C'est un bon reflet de son époque, aussi, car un film pareil, aujourd'hui, personne, et je dis bien : PERSONNE, ne pourrait le refaire. Un film qui a des défauts et des qualités, et parfois, ses qualités sont ses défauts, et réciproquement. Et si vous voulez savoir ce que le titre du film signifie, sachez que (SPOILERS ! ceux qui n'ont pas vu le film et ne veulent pas savoir, arrêtez la lecture ici !) que c'est une allusion au roman et au film Le Magicien D'Oz : wiZARD of OZ, et une autre allusion à ce roman et ce film se trouve dans le personnage d'Arthur Frayne, une sorte de Oz, dans un sens (le personnage du Magicien d'Oz est un faux magicien, qui se fait passer pour tel afin de se faire vénérer et craindre comme un dieu)...

Le plus grand des Présidents

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Des films abordant la vie (ou une partie de la vie) de vrais Présidents des Etats-Unis, il y en à eu : Nixon par Oliver Stone, W. (sur George W. Bush) par le même réalisateur (qui a aussi fait un film sur l'enquête officielle - le Rapport Warren - sur l'assassinat de Kennedy avec JFK), Primary Colors de Mike Nichols, qui s'inspire plus qu'à moitié de la campagne électorale de Bill Clinton, Jefferson A Paris de James Ivory. Sans parler des films sur des Présidents fictifs (Primary Colors est aussi à citer, mais on nommera également Les Pleins Pouvoirs, Des Hommes D'Influence...). Parmi les grands Présidents, il y en à un qui n'avait, jusqu'à 2012, jamais été le sujet principal d'un film, un Président dont la vie ou la carrière n'avait jamais été adaptée au cinéma : Abraham Lincoln. Aussi, quand Steven Spielberg a annoncé qu'il avait l'intention de faire un film sur Lincoln (ce dont il avait toujours eu envie de faire), un film par ailleurs basé sur des livres sur le Président, on a commencé à se dire ah, Spielby nous prépare un autre chef d'oeuvre. Le film sortira en 2012, comme je l'ai implicitement dit un peu plus haut dans ce premier paragraphe. Comme on pouvait s'y attendre, le titre du film est sobre (son affiche aussi) : Lincoln. D'une durée de 2h25 (on imaginerait difficilement un film sur un sujet aussi dense avec une durée plus courte), le film est interprété par Daniel Day-Lewis, qui a obtenu un Oscar (pas son premier !) pour sa prestation, et on y trouve aussi Sally Field, Tommy Lee Jones, David Strathairn, James Spader, Tim Blake Nelson, Joseph Gordon-Levitt, Hal Holbrook, Jackie Earle Haley, Walton Goggins et Grainger Hines.

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C'est la troisième fois que Steven Spielberg aborde, en filigrane, la question du racisme et de l'égalité des droits civiques entre Blancs et Noirs, après La Couleur Pourpre en 1985 (qui parlait de la vie des Noirs dans les années 1900) et Amistad en 1997 (qui parlait de la révolte d'esclaves africains sur un bateau les transportant de leur continent natal jusqu'aux Etats-Unis, au XIXème siècle). Deux films qui soit ont choqué (le premier, qui fut assez incompris par certains critiques, qui trouvèrent indécent qu'un réalisateur blanc adapte un roman écrit par une Noire, sur un sujet qu'un réalisateur de couleur aurait mieux maîtrisé que lui, on voit jusqu'où va la connerie des critiques), soit ont foiré au box-office (le second), et qui, dans les deux cas, divisent les fans du réalisateur et ne restent pas (en particulier le second !) dans ses réussites. Un passif difficile, pour Spielberg, au moment d'aborder la vie du Président ayant fait abolier l'esclavage aux USA, et se terminer la Guerre de Sécession. Bien qu'un peu longuet par moments (et surtout au début, j'ai trouvé la première demi-heure assez lente), Lincoln est un film nettement plus abouti que ces deux autres films. A l'heure actuelle son dernier film sorti, il a été nommé 12 fois aux Oscars 2013. Day-Lewis a tellement reçu de prix divers pour son interprétation que j'ai la flemme de les compter, la liste est impressionnante ; et c'est totalement mérité, car il est ici totalement renversant. La métamorphose est totale, on croirait vraiment voir le vrai Lincoln. Maquillage, coiffure, posture, regard, tout y est, d'autant plus qu'à la base, en regardant bien, Daniel Day-Lewis a quelque chose de lincolnien en lui.

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Le film, magistralement interprété (les autres acteurs, comme Tommy Lee Jones ou Sally Field, qui campe Madame Lincoln, sont vraiment bons), servi par une très belle musique du fidèle spielbergien John Williams, le film, donc, ne raconte pas toute la vie d'Abraham Lincoln. Ni toute sa vie politique. Quand l'action démarre, on est en pleine Guerre de Sécession, en janvier 1865. Il ne le sait évidemment pas, mais il ne reste qu'à Abraham Lincoln que quelques mois à vivre, il se fera assassiner, d'une balle en pleine tête, par John Wilkes Booth le 15 avril de cette même année, dans un théâtre de Washington. Lincoln est un biopic qui relate les derniers mois de la vie de celui qui, par la suite, sera qualifié, très souvent, pour ne pas dire tout le temps, de plus grand Président de l'histoire des USA. Le film montre le combat de Lincoln, qui vient alors d'être réélu (en 1864), pour faire passer au Congrès le XIIIème Amendement de la Constitution, abolissant l'esclavage sur tout le territoire américain, qu'il ne cesse de défendre (le XIIIème Amendement, hein, pas l'esclavage ; Lincoln est farouchement abolitionniste). La Guerre de Sécession est sur le point de se finir, les Etats confédérés (et esclavagistes) du Sud sont perdants, et pour Lincoln, il faut à tout prix que la loi passe avant, pour marquer le coup. Le combat politique s'engage alors au Congrès. Ne pouvant, de par son statut de Président, se rendre au Congrès (c'est la même chose en France, notamment), Lincoln est représenté par Thaddeus Stevens (Tommy Lee Jones), de la Chambre des Représentants, un Républicain radical.

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Comme je l'ai dit plus  haut, Lincoln est, dans son démarrage, un peu lent, il faut bien attendre une petite demi-heure pour que ça devienne plus prenant (ou alors, j'étais un peu fatigué le soir où je l'ai vu, et ça a joué dessus). Ensuite, le tempo ne s'accélère pas forcément, ce film n'étant pas un film d'action et ne comprenant pas de scènes de batailles ou de bagarre, mais ça devient vraiment prenant. Le talent de Spielberg, celui de ses acteurs, la beauté des images, un Daniel Day-Lewis crevant de réalisme dans un rôle qui semble fait pour lui, et le fait qu'on suive une histoire vraie, et qui plus est une date majeure dans l'histoire des Etats-Unis (la fin de l'esclavage, et, de manière sinistre, la fin d'un des plus grands Hommes de ce pays), fait que le film de Spielberg est vraiment intéressant. Et sobre, aussi, pudique même : ne vous attendez pas à voir la mort de Lincoln en gros plan, rien n'est montré, ça se passe à la toute fin, et est rapidement éludé, hors-champ, le tout est très pudique, vraiment. On n'en attendait pas moins de Steven Spielberg, qui prouve encore une fois, comme s'il fallait vraiment qu'il continue de le prouver, qu'il fait partie des grands. Un film remarquable.

27 mai 2014

"Refais l'accent belge, et je t'explose ta gueule ! Compris ?"

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Après le succès monumental (c'est le mot qui convient le plus, vraiment) de Bienvenue Chez Les Ch'tis en 2008, inutile de dire que Dany Boon, dont ce n'était que le deuxième film en tant que réalisateur (le premier, c'était La Maison Du Bonheur, film vraiment sympa et rigolo, mais pas grandiose, en 2006), était attendu au coin du bois avec des branches d'arbres enflammées et des fourches, dans le cas où le successeur de ce succès public ahurissant s'avérait être un bide. Deux ans après son film sur le Nôôôôôôrd, Boon nous offre son troisième film, donc, un film dans lequel il co-tient la vedette avec Benoît Poelvoorde, fameux acteur belge. Poelvoorde n'est d'ailleurs pas le seul acteur d'outre-Quiévrin à jouer dans le film, et c'est bien logique, car Rien A Déclarer, tel est son titre, se passe en partie en Belgique, et plus précisément, se passe dans un petit poste-frontière (fictif) entre la France et la Belgique. Le tout, au moment précis de l'ouverture des frontières, espace Schengen, 1993. Le film est aussi interprété par François Damiens, Olivier Gourmet, Julie Bernard, Bouli Lanners, Eric Gaudon (acteurs belges), Karin Viard, Laurent Gamelon, Bruno Lochet, Philippe Magnan, Nadège Beausson-Diagne, Guy Lecluyse, Zinedine Soualem et Bruno Moynot (acteurs français), et est basé sur un scénario signé Dany Boon. Parmi les acteurs, notons aussi Jérôme Commandeur, Laurent Capelluto (acteur belge jouant le petit truand dit "La Balle", parce qu'il percute) et Jean-Paul Dermont (acteur belge jouant le père Vandevoorde).

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A sa sortie, le film sera un rès très très beau succès commercial (plus de 8 millions d'entrées), et s'il n'atteindra pas le nombre d'entrées de Bienvenue Chez Les Ch'tis, il n'en sera pas moins le succès de 2011...du moins, jusqu'à ce qu'un certain film du nom d'Intouchables arrive, et le détrône assez rapidement. D'autant plus facilement qu'il détrônera Bienvenue Chez Les Ch'tis ! Les critiques seront dans l'ensemble sévères : entre ceux qui n'aimeront pas le film parce que Dany Boon (son précédent film aussi fut critiqué, parfois) et ceux qui ne feront que le comparer avec le film précédent,et jamais à l'avantage du nouveau, Rien A Déclarer aura eu du mal avec la presse (des critiques seront positives quand même, faut pas croire !). Le film, comme je l'ai dit, se passe dans un lieu fictif, un poste-frontière franco-belge, du nom de Courquain (pour la France), alias, pour la Belgique, Koorkin. Mathias Ducatel (Boon) et Ruben Vandevoorde (Poelvoorde) sont deux douaniers, l'un est Français, et l'autre, Belge. Et, surtout, Vandevoorde est, et c'est, chez lui, de père en fils, totalement et irrémédiablement francophobe, il hait ceux qu'il appelle avec mépris les 'Frouzes', il ne supporte pas la France, ne voit que par la Belgique... Comme on pourrait s'en douter, son zèle anti-Français lui cause souvent des soucis auprès de son supérieur, Willems (Eric Godon), et comme, là aussi, on pourrait s'en douter, il n'est vraiment pas ami avec sees collègues de France, et surtout avec Ducatel, qu'il déteste (lui, en revanche, n'a rien contre Vandevoorde, il n'est pas belgophobe).

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Le problème, pour Ducatel, c'est qu'il est amoureux de Louise (Julie Bernard), jeune soeur de Ruben. Ce dernier ne le sait pas, et il ne vaut mieux pas qu'il le sache. Mais Louise, elle, en a marre des rendez-vous en cachette, et veut absolument clarifier la situation auprès de sa famille. Hors de question, pour elle, de quitter sa famille comme ça, mais elle aime Mathias aussi, et Mathias doit, donc, annoncer à Ruben la nouvelle... Parallèlement, on approche, en cette fin d'année 1992, de 1993 (fatalement...), et ainsi de l'ouverture des frontières, plus de douanes, et pour les douaniers des deux pays, la réorganisation s'avère difficile. Pour les commerçants de Courquain/Koorkin aussi, comme Jacques (François Damiens, Belge comme son personnage) et Irène Janus (Karin Viard, Française comme son personnage), bistrotiers du coin, qui sont dans une merde financière pas possible, et se demandent bien comment ils vont pouvoir gagner correctement leur vie maintenant que Courquain va devenir un trou perdu, sans même les douanes pour animer un peu le coin... Arrive Duval (Laurent Gamelon), un trafiquant de came que le passage à la libre-frontière perturbe aussi quelque peu...

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Riche en scènes drôlatiques (notamment le passage en douane de Jérôme Commandeur, automobiliste français admettant sans honte à Vandevoorde qu'il vient faire son plein d'essence en Belgique parce que c'est moins cher et qui, ainsi, récolte les fruits de sa colère francophobe), Rien A Déclarer n'est certes pas la meilleure comédie de Dany Boon réalisateur, ni la meilleure comédie française, ni au monde, mais, sincèrement, c'est vraiment réussi. Mention spéciale à François Damiens, humoriste belge (spécialisé en caméras cachées) qui, dans le rôle d'un restaurateur con comme la Lune (et l'admettant sans problème, quoique, aussi, sans vraiment s'en rendre compte), est à se pisser dessus ; mention spéciale, aussi, à un Poelvoorde déchaîné dans son rôle de francophobe, un personnage totalement ahurissant qui va jusqu'à trouver que l'eau minérale française est dégueulasse, qu'elle a un goût sec (pour de l'eau, c'est quand même bizarre) par rapport à de l'eau belge, vous dire jusqu'où va sa francophobie ! A côté, Boon est bien dans le rôle de Ducatel, mais en retenue. Les autres acteurs secondaires sont très bons, comme Laurent Gamelon et Bruno Lochet, impayables en passeurs de came (chaque scène avec eux, comme celle avec l'"amblance", ou celle avec les petites boules de came à s'insérer dans le fion, est géniale), et si certaines scènes peuvent sembler faciles (sans parler de la fin qui se traîne un peu en longueur), dans l'ensemble, Rien A Déclarer est une très bonne comédie qui se regarde avec plaisir, à moins d'être réfractaire à Dany Boon et/ou à Benoît Poelvoorde (qui, clairement, est le rôle principal ici, on passe plus de temps avec lui qu'avec Dany Boon) !

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26 mai 2014

Grippe de berde...

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SPOILERS...

Come on Mary, don't fear the Reaper... C'est sur la magnifique et triste mélodie de la chanson (Don't Fear) The Reaper du groupe de hard-rock américain Blue Öyster Cult (chanson de 1976), chanson déjà citée en ouverture du roman dont il est l'adaptation, que ce TVfilm réalisé en 1994 s'ouvre. Ce TVfilm, long de six heures (quatre parties de 90 minutes chacune), c'est bien entendu l'adaptation du fameux roman de Stephen King Le Fléau (The Stand), roman datant de 1978 (et dont King publiera aussi une version étendue, définitive, en 1989). Un roman majeur, culte, essentiel à tout fan, et bien souvent considéré, par les fans, comme leur préféré (du moins, ceux qui ne préfère pas Ca, ce qui est par ailleurs mon cas, même si j'adore aussi Le Fléau). Scénarisé par King lui-même (qui se permet de jouer un petit rôle, Teddy Weizak, visible dès la troisième partie), le TVfilm, produit par CBS, sera diffusé en France par M6 (gros succès d'audience) en 1995, et est réalisé par Mick Garris, lequel avait, un an plus tôt, réalisé le film cinéma La Nuit Déchirée (Sleepwalkers), basé sur un scénario original de King (un gentil nanar horrifique et rigolo) et non pas sur une de ses nouvelles ou romans. Garris, ensuite, réalisera le remake télévisuel de Shining, puis d'autres adaptations en TVfilm : Désolation, Sac D'Os (encore inédit chez nous)...

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Le Fléau est interprété par une foule d'acteurs, certains assez connus, d'autre franchement peu : Gary Sinise (Stuart Redman), Molly Ringwald (Frannie Goldsmith), Corin Nemec (Harold Lauder), Miguel Ferrer (Lloyd Henreid), Ruby Dee ('Mère' Abigaël Freemantle), Rob Lowe (Nick Andros), Laura San Giacomo (Nadine Cross), Jamey Sheridan (Randall Flagg, alias l'Homme Noir), Adam Storke (Larry Underwood), Bill Fagerbakke (Tom Cullen), Ray Walston (Glen Bateman), Matt Frewer (L'Ordure ; s'appelle La Poubelle dans le roman), Ossie Davis (le 'Juge' Richard Farris), Peter Van Norden (Ralph Brentner), Stephen King (Teddy Weizak), Shawnee Smith (Julie Lawry), et on notera les participations amicales et furtives de Kathy Bates (une animatrice radio), John Landis (Russ Dorr), Sam Raimi (Bobby Terry), Ed Harris (le général Starkey) et Kareem Abdul-Jabbar (le prédicateur fou dans les rues de New York). Comme on le voit, le casting aligne des pointures (Sinise, Ferrer, Lowe, Harris même si ce dernier n'apparaît pas longtemps) et des acteurs moins connus, mais que vous reconnaîtrez (des visages connus des amateurs de séries TV ou de Tvfilms), comme Laura San Giacomo, Ray Walston ou Matt Frewer. Quant à Ruby Dee, ce fut une actrice réputée dans les années 30/40, il me semble ! Les acteurs sont tous excellents (j'ai un problème avec Laura San Giacomo : pour dire les choses clairement, je n'aime pas sa tête, elle m'énerve ; mais dans son rôle, celui d'une femme trouble, en proie à de gros soucis intérieurs, elle excelle ici). Jamey Sheridan peut être un choix étonnant pour jouer l'Homme Noir, mais il est excellent aussi (King aurait bien vu Robert Duvall à la base, ou Eastwood, mais ce ne fut apparemment pas possible ; il ne regrette pas d'avoir opté pour Sheridan, ceci dit).

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Je ne vais pas revenir en détail sur l'histoire : un virus de grippe mortel à 100% se propage aux USA (et dans le monde, même si l'action ne se situe qu'aux USA) suite à un accident dans une base scientifico-militaire américaine et à la fuite (il a eu peur et essayé de partir le plus loin possible) d'un de ses gardiens, Charles Campion, qui propage encore plus le virus. Des survivants, mystérieusement épargnés, immunisés, font, tous, des rêves étranges, soit sur une très vieille femme noire du Nebraska (Mère Abigaël), soit sur un homme mystérieux et quelque peu diabolique, l'Homme Noir. Progressivement, les survivants se réunissent, en deux clans : les 'bons' choisissent Mère Abigaël, et les 'mauvais', le camp de l'Homme Noir. Avec, apparemment, comme but, un ultime affrontement (titre original du roman : «L'Affrontement») entre le Bien et le Mal... Cette adaptation est dans l'ensemble très réussie, malgré des différences notables (le personnage du Kid, absent du roman dans sa première version, mais présent dans la version longue, manque ici, et le personnage de Nadine est en fait un mix entre deux personnages : Nadine (sans le personnage de Joe, enfant un peu sauvage qui, dans le TVfilm, est directement avec un autre personnage, Lucy Swan), et Rita, une femme rencontrée à New York par Larry, et qui n'accompagnera pas longtemps Larry, d'ailleurs). Il y à aussi le 'problème' du choix des acteurs : quelqu'un ayant lu le roman avant de voir le TVfilm n'aura pas imaginé Harold Lauder (plutôt grassouillet, physique ingrat et boutonneux, dans le roman ; boutonneux et physique anodin dans le film, mais corpulence normale, et avec lunettes) ou l'Homme Noir (plus comme Eastwood que comme Sheridan, acteur peu connu mais pas mauvais, dans le roman, selon moi) comme ils le sont dans le film. Perso, je me suis toujours imaginé Frannie blonde, cheveux longs, tout le contraire de Molly Ringwald qui l'interprète (brune, cheveux mi-longs) ! Aussi, dans le roman, Nick est, à un moment donné, traité de bamboula (terme péjoratif et raciste), ce qui signifierait qu'il serait Noir, mais rien ne le dit, en fait, dans le roman, j'imagine donc que ça doit être une erreur de traduction ; dans le film, Rob Lowe, qui interprète ce personnage de sourd-muet, est Blanc). Chacun imagine les personnages comme il le sent, après tout.

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Mais ces différences (on notera aussi que la fin est un peu plus rapide que dans le roman) ne sont pas monstrueuses. Dans l'ensemble, Le Fléau est une excellente adaptation, qui va parfois droit à l'essentiel il est vrai, du roman du même nom. Un TVfilm ultra recommandé à tout fan de King ne l'ayant pas encore vu, malgré, cependant, des reproches à faire : visuellement, ça a vieilli. Non seulement c'est un TVfilm, ce qui signifie que le budget, tout en ayant été important pour le coup, n'était pas aussi important que pour un film cinéma de la même époque, mais en plus, ça date de 1994, bref, ça a 20 ans (déjà!). L'image est un peu granuleuse, les effets spéciaux (les transformations de Randall Flagg, peu nombreuses certes, mais il y en à quelques unes) sont datés. Certaines scènes, comme cette longue scène située vers le début du second épisode et montrant Mère Abigaël, seule, se parlant à elle-même (en fait, non : elle s'adresse à Dieu), ont vieilli ; cette fameuse scène, avec son décor moyen (ça se sent que ça a été tourné en studio, dans cette scène, les décors font pièce de théâtre de seconde zone) et son long monologue, est limite embarrassante au bout d'un moment ! Enfin, au rayon des reproches, la VF est parfois ratée (des voix ne correspondant pas trop au personnage, des intonations moyennes, etc), les voix françaises de Laura San Giacomo, Bill Fagerbakke (son personnage, Tom, est un attardé mental attachant ; était-ce utile, cependant, de lui filer une voix totalement débile et niaise ?) et Corin Nemec sont foirées. Celle de Jamey Sheridan n'est guère mieux, celle de Matt Frewer aussi. La VO, en revanche, rien à dire. Mais il faut toujours voir un film en VOST, c'est bien souvent (quasiment tout le temps, en fait) meilleur pour le jeu des acteurs. Après tout, en VOST, on entend leurs voix (sauf quand, pour une raison ou pour une autre, ils ont été overdubbés) !

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Au final, malgré un aspect visuel un peu daté, Le Fléau est une excellente adaptation, certes longue (6 heures ! Mais il fallait bien ça pour adapter le roman), du roman du même nom. Acteurs très bons, scénario bien taillé, réalisation classique (Garris n'est pas un grand réalisateur, mais rien de honteux non plus), sens du suspense, tout est là pour faire de cette mini-série de quatre épisodes un bon moment, surtout pour les fans. Ca vous donnera sans doute aussi envie de lire le roman, si vous ne le connaissez pas encore. Ou de le relire. Ca existe en DVD (deux disques, avec deux épisodes par disque), bien souvent vendu à bas prix, alors n'hésitez plus ! Certes, ça a vieilli (un TVfilm de 20 ans...déjà qu'un TVfilm, à la base, vieillit moins bien qu'un film cinéma...), certes c'est long (regardez-le en plusieurs fois, pas d'un coup), certes la VF est à chier par moments, certes le roman est meilleur...mais c'est quand même franchement très bon. Je conseille, donc !