Mes films de chevet...

23 août 2017

La quintessence du giallo

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Spoilers...

Et c'est reparti pour un petit cycle sur la trilogie animalière ! Je m'explique : trois films réalisés par Dario Argento entre 1969 et 1971, ses trois premiers films en fait, et dont les titres ont tous un lien avec les animaux. J'avais abordé ces trois films il y à longtemps, dans le Moyen-Âge du blog, il était temps de les ressortir, d'en retirer la protection de plastique, et de les gonfler un peu avec de l'air, comme de bons vieux costards. Il était surtout temps de les refaire. Ces trois films (et après ce paragraphe je ne parlerai plus, ici, que du premier film, pour en savoir plus sur les autres, attendez les prochains articles, probablement demain et après-demain si tout va bien) sont tous du genre giallo. Vous savez bien, le giallo, ce sous-genre typiquement italien de polar, dont le nom est basé sur la couleur (jaune : 'giallo' en italien) des couverture des romans de ce genre, sorte de 'Série Noire' transalpine. Des polars angoissants en littérature de gare, qui ont donné des films angoissants, souvent de série B (pour quelques réussites majeures comme les Argento, combien de ratages ou de semi-ratages ? Bon, on a quand même de bons petits trucs comme Le Tueur A L'Orchidée d'Umberto Lenzi ou La Queue Du Scorpion de Sergio Martino dans le tas), des films qui sont toujours ou presque avec un tueur insaisissable vêtu de cuir ou d'un imper + chapeau + gants, doté d'une voix étrange quand il appelle ses victimes, victimes qui sont le plus souvent féminines, tuées à l'arme blanche, le tout quand elles sont court vêtues, ce qui apporte un peu d'érotisme à tout ce brol, et le tout avec des intrigues assez tordues, qui parfois font remonter de vieux souvenirs du passé aux protagonistes. Voyez le genre. 

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Dario Argento, un des maîtres du cinéma d'horreur transalpin (et du cinéma d'horreur des années 70/80, quelle que soit la nationalité), a commencé sa carrière comme scénariste (il a notamment collaboré, avec Bernardo Bertolucci, au scénario du Il Etait Une Fois Dans L'Ouest de Sergio Leone !). Cette expérience de co-scénariste sur ce film de Leone lui donne fortement envie de réaliser, et au cours de vacances en Tunisie, il lit le roman La Belle Et La Bête de Fredric Brown (The Screaming Mimi en titre original), un polar, qui a déjà été adapté au cinéma en 1958 avec Anita Ekberg. Il a envie de l'adapter à nouveau, mais les droits coûtent pompon, donc il va juste s'en inspirer pour un scénario qu'il écrit lui-même (de fait, le roman de Brown n'est pas crédité au générique). Ce premier film sort en 1970, et s'appelle L'Oiseau Au Plumage De Cristal (L'Uccello Dalle Piume Di Cristallo), et si vous vous demandez le pourquoi du comment de ce titre, c'est que soit vous n'avez jamais vu le film, soit vous l'avez vu il y à tellement longtemps que vous ne vous en souvenez plus, et dans un cas comme dans l'autre, comptez pas sur moi pour vous dire de quoi il s'agit. Le film existe en DVD, même s'il ne doit pas être aussi facile à choper qu'autrefois (j'ai eu l'autre jour une vision d'horreur en constatant que sur un site marchand français, Amazon pour ne pas le citer et je ne le citerai pas (ah ah ah), un vendeur le vendait 100 €, non mais sérieux - on doit pouvoir le trouver moins cher ailleurs ; moi, je m'en fous, je l'ai, mais je dis ça pour vous).

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Le film, en partie produit par la société Seda (Salvatore e Dario Argento), compagnie fondée par Argento et son père Salvatore (qui produira ou coproduira tous les Argento jusqu'à Ténèbres en 1982) et sortira donc en 1970. Il a été tourné en fin d'année 1969 à Pise, Naples et Rome et bénéficie d'une musique juste inoubliable signée du grand Ennio Morricone. Qu'Argento, alors assez peu connu et réalisateur pour la première fois, ait pu obtenir la collaboration de ce grand nom est assez impressionnant. Niveau casting, ce n'est pas aussi glorieux (enfin, pour un spectateur lambda non-italien, car peut-être que plusieurs des acteurs du film étaient très connus en Italie, mais dans le reste du monde...). Mais les acteurs sont bons (il est préférable de voir le film en VOST plutôt qu'en VF, même si le doublage n'est pas foncièrement hideux, mais c'est juste par principe). On a l'acteur américain (qui a fait une partie de sa carrière en Italie...) Tony Musante, accompagné d'Enrico Maria Salerno, Eva Renzi, Suzy Kendall, Umberto Raho, Mario Adorf, Raf Valenti et Giuseppe Castellano. Reggie Nalder, l'inoubliable vampire Barlow dans Les Vampires De Salem de Tobe Hooper, et tout aussi inoubliable tueur dans L'Homme Qui En Savait Trop de Hitchcock (deuxième version, de 1956), avec son visage de fouine si reconnaissable, joue, non crédité, dans le film, le temps d'une scène d'anthologie. Autre apparition d'anthologie, mais plus discrète : dans le film, les mains du tueur, quand on les voit en gros plan, sont celles de Dario Argento (dans la série on n'est jamais mieux servi que par soi-même). 

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L'histoire part d'un postulat d'une simplicité biblique : Sam Dalmas (Tony Musante), un écrivain américain installé à Rome afin d'y écrire un roman (et il y est parvenu), sur le point de rentrer au bercail avec sa fiancée Julia (Suzy Kendall), rentre, un soir, chez lui. Sur le chemin, il passe devant une galerie d'art, et, tournant la tête à ce moment-là, aperçoit, dans la galerie, deux silhouettes se battre : une jeune femme en train de se faire agresser par une silhouette vêtue de noir, en fait. La silhouette frappe la jeune femme et s'enfuit, la laissant allongée, ensanglantée, au sol. Sam se précipite, mais reste coincé dans le sas entre les deux longues vitres coulissantes de l'entrée de la galerie, impuissant devant la vision de la jeune femme, en train d'agoniser. Un passant a suffisamment de présence d'esprit pour appeler la police, et Sam, en tant que témoin, s'explique devant le commissaire Morosini (Enrico Maria Salerno), qui ne le suspecte pas particulièrement, mais lui prend quand même son passeport l'air de dire de ne pas trop s'éloigner de Rome pour les prochains jours. La jeune femme, qui travaille à la galerie, s'en sortira.

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Ce n'est pas le premier meurtre (ici, tentative) à Rome, mais une série, et Morosini n'a aucune piste pour traquer le tueur. Il espère bien que Dalmas pourra lui en dire un peu plus sur ses souvenirs oculaires de l'agression. Mais Sam, chez lui (un appartement minable dans un vieil immeuble promis à la destruction, et dont il est le seul occupant) a beau se refaire la scène dans sa tête, rien ne lui revient, même s'il a l'impression que quelque chose ne va pas dans ce qu'il a vu, mais il n'arrive pas à définir ce que c'est. On découvre une nouvelle victime du tueur, et parallèlement, Sam va, avec la bénédiction de la police, enquêter de son côté, fouillant dans l'entourage et le passé des précédentes victimes. L'une d'entre elles était vendeuse dans un magasin d'antiquités, et avait vendu, le jour de sa mort, un curieux tableau représentant une agression violente sur la neige, tableau dont Sam récupère une copie photographiée (un plan de l'appartement du tueur, dans la pénombre, peu après, indique que l'original est chez le tueur). 

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Au fur et à mesure qu'il enquête, Sam va recevoir des menaces de plus en plus poussées de la part du tueur : tentative d'agression ratée dans la rue, coups de téléphones impromptus et menaçants (l'un d'entre eux possède en fond sonore un curieux bruit que Sam confie à des spécialistes - son téléphone est mis sur écoute, l'appel a donc été enregistré - afin de savoir de quoi il s'agit, ça peut être un indice pour localiser l'appel), et un soir, un homme vêtu de jaune (Reggie Nalder), armé d'un revolver, le suit et tente de le tuer. Puis, alors qu'il est absenté pour son enquête, le tueur se rend chez lui et tente de pénétrer dans l'appartement, dans lequel Julia se planque, terrorisée... 

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Je vais m'arrêter là. Inutile de vous dire qui est le tueur, et quel est ce bruit étrange sur l'appel téléphonique, il vous faudra voir le film pour ça. L'Oiseau Au Plumage De Cristal (un des plus chouettes titres de films que je connaisse, il sonne franchement bien) est un chef d'oeuvre du genre, un des meilleurs films d'Argento et un des meilleurs gialli qui soit (même si Les Frissons De L'Angoisse, qu'Argento a réalisé en 1975, est pour moi le summum du giallo, et de Dario Argento, du moins dans sa version complète de 126 minutes). Le film joue à fond sur les faux-semblants, le regard est extrêmement important : quand Sam passe devant la galerie, au début du film, et y aperçoit, par inadvertance, l'agression, il la voit de loin, et le spectateur aussi, et des tas de détails manquent, ou sont mal vus, avant que, durant tout le film, des flashs ne reviennent hanter le héros (et le spectateur), avec à chaque fois des petits détails qui s'ajoutent, ou se modifient. Il est difficile, quasiment impossible, de résoudre le film avant d'en arriver à sa conclusion. Le scénario est inventif, bien qu'inspiré d'un roman noir.

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Les acteurs sont bons, certains seconds rôles (l'antiquaire efféminé qui drague Dalmas, le proxénète bègue qui le renseigne du parloir de sa prison - une des victimes était prostituée - ou le peintre solitaire, bougon et grand amateur de chats) sont assez drôles, ce qui apporte de la légèreté à un film majoritairement sombre, aux scènes de crimes assez brutales et sanglantes (enfin, pas de gros plans sur le couteau qui rentre dans la chair quand même : le film date de 1970 je le rappelle), suffisamment pour qu'il reste interdit aux moins de 12 ans. La musique de Morricone est à tomber par terre sur du verre  pilé et à se relever pour recommencer tout en chantant du M. Pokora en verlan serbo-croate en même temps. Oui, elle est belle à ce point. Elle est sublime (thème principal, en vocalises), parfois inquiétante (les la, la...la, la... enfantins agrémentés de dissonnances, lors des scènes de remémorance de l'agression, ou lors des scènes de pur suspense). Du pur Morricone, qui signera aussi la bande-son des deux autres volets de la trilogie animalière. 

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Le tableau

Inventif, obsessionnel, hitchcockien, L'Oiseau Au Plumage De Cristal est un régal absolu qui ravira les amateurs de thrillers et d'intrigues alambiquées, les personnages troubles, les ambiances étranges, les faux-semblants, les détails qui clochent ou qui manquent pour compléter le puzzle... bref, les gialli. Ce coup d'essai d'Argento est un coup de maître, difficile de se dire que c'est son premier film tant il est maîtrisé. A sa sortie, le film (dont le seul défaut pour moi est sa courte durée : 90 minutes) sera un succès commercial, aussi bien en Italie (il y lancera la mode du giallo, un nombre hallucinant de films de ce genre, et aux titres souvent alambiqués, sortiront entre 1970 et 1971, au point que quant Argento sortira le dernier volet de sa trilogie, le genre sera déjà quasiment dépassé) qu'aux USA, chose assez rare pour une petite production italienne. Ca reste un des meilleurs films de son époque, et donc un des meilleurs Argento, à voir à tout prix. 


Même pas mort

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Spoilers...

Depuis le temps que Leonardo Di Caprio en rêvait, Alejandro Gonzalez Inarritu l'a fait : lui faire obtenir l'Oscar du meilleur acteur. Avec ce film qui a par ailleurs remporté deux autres statuettes (meilleur réalisateur et meilleure photographie), l'ancienne idole des jeunes à l'époque de Titanic et Roméo + Juliette a enfin réussi à se faire consacrer meilleur acteur, récompense que, simple avis personnel, il aurait du obtenir pour d'autres de ses précédents films (Aviator, Les Noces Rebelles, Gangs Of New York, Gatsby Le Magnifique ou J. Edgar sont d'autres preuves qu'il est vraiment devenu - depuis que Scorsese et Spielberg se sont intéressés à lui en fait - un des meilleurs acteurs de sa génération). Mais c'est pour ce film de 2015 que Di Caprio a été récompensé : The Revenant. Réalisé donc par Alejandro Gonzalez Inarritu (un réalisateur mexicain), le film se base sur un roman de Michael Punke qui s'inspire lui-même d'un fait réel, le nom du personnage de Di Caprio est celui de ce personnage réel, le trappeur américain Hugh Glass (1783 - 1833) qui, gravement blessé par un grizzly et laissé pour mort par ses collègues, parviendra tant bien que mal à regagner les siens après un long et éprouvant périple de quelques 300 kilomètres et 6 semaines. Son histoire a aussi inspiré le film Le Convoi Sauvage (Man In The Wilderness) de Richard C. Sarafian, avec Richard Harris, en 1971. 

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Dans ce film, on comprend aisément pourquoi Di Caprio a obtenu la précieuse statuette. Il est juste incroyable du début à la fin, et n'a pas besoin de longues répliques (suite à une blessure à la gorge, il ne peut plus parler, et compte tenu qu'il est seul dans la nature, le personnage ne parlerait de toute façon pas) pour ça. Tom Hardy, qui joue le deuxième rôle du film, fut nominé à l'Oscar du meilleur second rôle, mais c'est Mark Rylance qui l'a obtenu pour son rôle dans Le Pont Des Espions de Spielberg (mérité, ceci dit, mais Hardy l'aurait mérité aussi). Le film aurait mérité aussi l'Oscar du meilleur film (c'est Spotlight qui l'obtint). Pour toutes ces raisons (trois Oscars dont deux majeurs, d'autres nominations, plusieurs autres récompenses - 3 Golden Globes) j'ai retardé, assez connement, le visionnage de The Revenant. Jusu'à ce que je me paie (enfin, dirons-nous) un lecteur Blu-ray en fin d'année 2016 et que l'un des premiers films que je me sois payé en Blu-ray soit The Revenant, justement.

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J'avais loupé le film en salles, j'allais de toute façon nettement moins au cinéma en 2015 qu'autrefois (c'est que ça coûte cher, une place, et je n'ai jamais pris de carte d'abonnement car ça m'obligerait à y aller plus souvent que voulu, pour la rentabiliser ; et je ne vais voir un film que si j'ai vraiment envie de le voir, pas pour rentabiliser un abonnement annuel). Je me suis donc rattrapé chez moi. Et quel rattrapage ! C'est un fait, on tient ici un des 5 meilleurs films de 2015 avec Seul Sur Mars de Ridley Scott et Mad Max : Fury Road de George Miller. Un film, autant le prévenir tout de suite (il est de toute façon interdit aux moins de 12 ans), très brutal, très violent, parfois assez sanglant (la séquence où Hugh Glass, c'est à dire Di Caprio, éventre un cadavre de cheval - un cheval fraîchement mort - afin de s'enfouir, nu, dans sa carcasse encore chaude pour se protéger du froid est d'une violence...et tellement réaliste qu'on a l'impression que l'acteur a réellement fait ça, de même qu'on a l'impression, dans la fameuse scène du grizzly au début du film, que Di Caprio s'est vraiment fait foutre la misère par un ours pas content). Cette séquence a d'ailleurs occasionné de belles blessures à Di Caprio, ce qui me laisse penser que l'ours n'a peut-être pas totalement été fait par ordinateur. 

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Croisement réussi et inoubliable entre western, film d'aventures et survival, The Revenant se situe en 1823, vers le Missouri ou le Dakota. Hugh Glass (Leonardo Di Caprio) est un trappeur expérimenté qui, avec son fils croisé (la femme de Glass, morte au début du film, était une Indienne Pawnee), mène une expédition de trappeurs bossant pour Andrew Henry (Domhall Gleeson) vers le Fort Kiowa. Ils sont, dès le début du film, violemment attaqués, quasiment massacrés, par des Indiens Arikara. Les survivants, dont Glass, reprennent la route, mais alors qu'il est en reconnaissance, Glass est violemment attaqué par un grizzly. Retrouvé par les autres, il agonise lentement, et celui qui prend dès lors la tête des trappeurs, John Fitzgerald (Tom Hardy), décide de le laisser mourir, de ne pas s'embarrasser de lui. Son ascendant fait que les autres, exténués, font ce qu'il dit. Le fils de Glass tente d'empêcher Fitzgerald mais celui-ci le tue, sous les yeux d'un Glass muet par une blessure de l'ours à la gorge, et totalement impossible de bouger. La troupe s'en va. Glass, par la force de la volonté, parvient à se ressaisir, à se déplacer, et après avoir enterré son fils, reprend la route vers le Fort Kiowa, avec une seule chose en tête : retrouver Fitzgerald et lui faire payer la mort de son fils et son propre abandon...

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Cruel, violent, brutal, cru et sans concessions, The Revenant est un monument à la gloire de la volonté humaine. Très gravement blessé, seul dans un environnement hostile (peuplé de loups, d'ours, d'Indiens belliqueux, et qui plus est, en hiver, sous la neige et le froid), quasiment désarmé et en lutte constante pour se réchauffer et manger, Glass va cependant survivre, regagner la civilisation, et il aura sa vengeance (j'avais de toute façon prévenu en haut d'article qu'il y aurait des spoilers, les mecs). Le final du film est assez ambigu : après avoir laissé un Fitzgerald très gravement blessé par ses soins (l'affrontement final est gore) à une tribu d'Indiens passant par là, afin qu'ils l'achèvent, Glass se réfugie, lui aussi gravement blessé (mais les Indiens le laissent en paix) dans une grotte, et aperçoit l'esprit de sa femme morte le visiter. Le film se finit ainsi. Que se passe-t-il pour Glass ? Va-t-il mourir dans sa grotte, ou survivre encore  ? Le vrai Glass est mort une dizaine d'années après sa terrible aventure (il est mort au cours d'une attaque d'Indiens en 1833, le même genre d'attaque que celle du début du film), on peut supposer que Di Caprio ne meurt pas à la fin du film, mais The Revenant, qui se base certes sur l'expérience de Glass, en propose une version assez fictionnelle, inspirée elle-même d'un roman basé sur l'histoire vraie, donc on peut tout imaginer.

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Toujours est-il qu'on a affaire à un film violent et magistral, sublimement mis en images et incroyablement interprété par deux acteurs au sommet : un Di Caprio sensationnel et un Tom Hardy inoubliable en méchant anthologique, une vraie ordure. Cet acteur est vraiment devenu un de ceux dont il faut suivre la trace. Réalisation efficace, scénario très bien écrit, belle musique (de Ryuichi Sakamoto), ce film est à voir à tout prix, mais pas en famille (si vous avez des enfants), car je le répète, c'est vraiment brutal et violent. L'histoire de Hugh Glass en elle-même est brutale et violente, on se demande vraiment comment il a fait pour survivre à tout ça. Incroyable !

22 août 2017

Trois façons d'avoir peur

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Spoilers...

Mario Bava, vous connaissez ? Non ? Un des maîtres du cinéma d'horreur made in Italy. Un grand nom, qui n'a certes pas réalisé que de grands films (par exemple, Baron Vampire, L'Île De L'Epouvante, Une Hache Pour La Lune De Miel ne sont pas terribles) mais à qui on doit quand même un des premiers gialli (pluriel de giallo) de l'histoire : Six Femmes Pour L'Assassin. Le giallo (genre qui n'est pas concerné par le film que je vais aborder ici, pour la seconde fois, sur le blog), c'est ce polar horrifique au climat stressant et poisseux, aux meurtres stylisés, au tueur généralement ganté et vêtu de noir, insaisissable jusqu'à la fin, et aux intrigues alambiquées. Le terme de giallo ('jaune' en italien) vient d'une série de romans policiers à la couverture jaune, des romans de bas étage, des romans de gare. L'équivalent transalpin de notre fameuse Série-Noire. Mais si Bava a quasiment crée ce sous-genre de thrillers typiquement italiens (il a aussi fait La Baie Sanglante en 1974), sous-genre qui sera par la suite popularisé par Dario Argento (sa trilogie animalière, Les Frissons De L'Angoisse, Ténèbres), il a aussi fait de purs films d'horreur.

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Parmi les plus connus, on a Le Masque Du Démon (1960), Le Corps Et Le Fouet (1963) avec un Christopher Lee terrifiant... et on a, en 1963 aussi, ce film, sorti dans les pays anglophones sous le titre de Black Sabbath (ce qui inspirera son nom à un certain groupe de hard-rock britannique...), dont le titre original italien est I Trei Volti Di Paura, et dont le titre français est Les Trois Visages De La Peur. Long de 90 minutes, ce film en couleurs est d'un genre assez particulier et que personnellement j'adore : le film à sketches. Comme son nom l'indique, le film à sketches est constitué de plusieurs films dans le film, des courts-métrages plus ou moins reliés entre eux. Et comme le titre du film l'indique, ici, on en a trois. D'une durée à peu près égale (dans les 20 minutes pour le premier, un peu plus de 40 minutes pour le second, presque 30 minutes pour le dernier, tous avec un mini-générique. Et tous remarquables. 

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Le film est présenté (il apparaît au début et à la fin du film, mais il joue aussi dans le second sketch) par le grand Boris Karloff. Cet immortel interprète de la créature de Frankenstein dans les années 30 (La Fiancée De Frankenstein, ce chef d'oeuvre), qui sera aussi le maître d'oeuvre de la série TV horrifique Thriller diffusée aux USA au début des années 60, n'était alors plus de la toute première jeunesse, mais il était toujours aussi inquiétant et hypnotique. Il présente le film sur un fond bleu, avant le premier sketch, et revient dans le final, dans une scène totalement loufoque qui, dans les premières versions du film, avait été virée et remplacée.

 

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DVD du film

 

Je ne me souviens plus de la scène qui avait été placée en conclusion à la base, mais je sais que la fin officielle est présente sur le DVD français du film (aux éditions Montparnasse, très bonne qualité générale, film en VF et VOST, et malgré les photos du boîtier, il est bien en couleurs du début à la fin), et on y voit Karloff à cheval, dans le look qu'il a dans le second sketch (car il joue dans ce second sketch), et alors que la caméra recule, on distingue l'équipe du tournage et on se rend compte que le cheval est un faux. Une fin amusante qui veut dire qu'après tout, il ne faut pas tout prendre au sérieux. Un peu comme la fin d'un certain film de Jodorowsky fait 10 ans plus tard...

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Le premier sketch s'appelle "Le Téléphone", et il est interprété par Michèle Mercier, immortelle interprète de l'héroïne-titre de la saga des Angélique dans les années 60 (une saga romantico-historique qui repasse à la TV plus souvent qu'à son tour, généralement en été parce qu'en été les gens sont tellement abrutis par le soleil et les vacances qu'ils regardent la TV comme des veaux sans se poser de questions (ou ne la regardent pas du tout), et elle est d'ailleurs en train d'être rediffusée en ce moment, sur Téva il me semble). Elle est blonde dans la saga (et dans la vie), mais dans ce film, elle est brune. Elle campe une jeune femme qui, un soir, chez elle, reçoit un coup de téléphone étrange, un homme (qui l'appelle par son prénom) la menace de la tuer avant la fin de la soirée. Apeurée, elle va recevoir un certain nombre de coups de téléphone, et affolée, va appeler une amie (avec qui, on l'apprend, elle est longtemps restée en froid, avant ce soir-là) afin qu'elle vienne chez elle la soutenir. Le pire dans l'histoire : peu après ce coup de fil désespéré à son amie (qui va la rejoindre), l'amie en question, un mouchoir sur la bouche, appelle l'héroïne pour la menacer de mort et on comprend que c'est elle le mystérieux interlocuteur !

Ah oui, j'avais prévenu en haut d'article qu'il y aurait des spoilers, désolé, mais faut vous en prendre qu'à vous.

 

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Dans le second sketch, "Les Wurdalaks", on est en pleine Europe centrale, genre Transylvanie (ce n'est pas précisé), et probablement au début du siècle ou à la fin du précédent (genre l'époque de Dracula, quoi). Un jeune noble (Mark Darmon) arrive, de nuit (une nuit d'orage), à cheval, non loin d'une bâtisse isolée afin d'y être hébergé pour la nuit. Les habitants sont assez tendus, apeurés, ils attendent le retour du patriarche (Boris Karloff), parti sur la route, et ils espèrent tous qu'il sera de retour avant cinq jours, ce qui fait le soir-même, à minuit. Car, leur a-t-il dit, si je ne reviens pas avant ce délai, c'est que j'aurai été attaqué par un wurdalak et transformé en l'un d'eux. Peu après minuit, on frappe à la porte, et c'est le vieux qui arrive. Mais sa famille, le voyant avec une tache de sang sur la poitrine, et compte tenu que le délai a été passé, refuse d'abord de le faire entrer, de peur, avant de céder. D'inquiétants évênements vont alors se produire durant la nuit...

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Enfin, dans le dernier sketch, "La Goutte D'Eau", on a Jacqueline Pierreux (une autre actrice française) dans le rôle d'une thanatopracticienne (une préparatrice) qui, un soir, est appelée de toute urgence par la dame de compagnie d'une malade. D'abord refusant de venir compte tenu de l'heure, elle cède et à son arrivée, voit le cadavre de la femme, apparemment morte dans une longue agonie, le visage étant atrocement défiguré par la douleur ou la peur. Aperçevant au doigt du cadavre une belle bague, elle la vole, discrètement. De retour chez elle, elle va se mettre à entendre le bruit d'une goutte d'eau s'écoulant d'un robinet. Mais aucun des robinets de son appartement ne fuit, pourtant. Une soirée qui va la pousser à la terreur et à la folie...

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Trois sketches remarquables (mention spéciale aux ambiances, glaçantes, notamment dans le premier sketch, qui a tout d'un Alfred Hitchcock), très bien réalisés (Bava n'a jamais été un metteur en scène de génie, mais il sait très bien placer sa caméra, c'est déjà ça), bien écrits et globalement très bien interprétés (conseil : regarder le film en VOST, c'est de l'italien, mais cette langue passe très bien à l'oreille ; et le jeu des acteurs est souvent affaibli par le doublage, qui n'est pas particulièrement affreux ici, mais n'améliore pas l'ensemble, comme toujours). Mon préféré des trois segments est probablement cette efficace et intéressante variation sur le vampirisme (plus des goules que des vampires, ceci dit) qu'est le second et plus long sketch, celui avec Boris Karloff, un Karloff excellent du début à la fin, et sur lequel plane un gros doute pendant la première partie du sketch (est-il un Wurdalak ou non ? Vous le saurez en regardant le film). Dans l'ensemble, Les Trois Visages De La Peur est un chef d'oeuvre du genre, et probablement même le meilleur film de Bava, devant Le Corps Et Le Fouet, Le Masque Du Démon et Six Femmes Pour L'Assassin, tous remarquables en même temps. Mais je le place en premier, personnellement !

La Valse de Méphisto

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Spoilers...

Dans la lignée de Rosemary's Baby (1968), le cinéma hollywoodien a produit moult films qui surfaient sur le thème du démoniaque, du satanisme, du Diable, de la possession : L'Exorciste de Friedkin, La Malédiction de Donner, La Sentinelle Des Maudits de Winner... Avant ces trois films-là (qui datent respectivement de 1973, 1976 et 1977), il y à eu un film nettement moins connu (déjà, celui de Winner est moins connu que les autres que j'ai cités), sorti en 1971 sous un titre français des plus idiots et racoleurs : Satan Mon Amour. Son titre original est une allusion à un morcau de musique classique (de Liszt) que l'on entend dans le film : The Mephisto Waltz. Ce film est réalisé par Paul Wendkos, un tâcheron ayant touché à peu près à tout : séries TV (surtout), TVfilms, westerns (il a signé une des suites, minables, du classique Les 7 Mercenaires de Sturges). N'ayant pas obtenu beaucoup de succès à sa sortie, le film a acquis par la suite une réputation de film culte, et un paquet de fans en exigeront la sortie en DVD quasiment dès l'existence de ce format. Il existe depuis en DVD (il a été édité chez nous à deux reprises, la plus récente est chez Wild Side, visuel reprenant à peu près celui de l'affiche, racoleuse elle aussi), et si vous êtes intéressés par ce film, c'est probablement (avec Internet) la seule façon de le voir : avec son titre racoleur et douteux, il me semble improbable que ce film soit, un jour, programmé à la TV, sauf sur le satellite ou les chaînes internet !

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Le film est interprété par Alan Alda, Jacqueline Bisset (ravissante, et même magnifique, comme toujours), Barbara Perkins, Curd Jürgens et on a aussi, dans des rôles secondaires, Bradford (crédité Brad) Dillman, Pamelyn Ferdyn (qui jouera, la même année, dans Les Proies de Siegel), Kathleen Widdoes et William Windom. Le film est adapté d'un roman de Fred Mustard Stewart, et bénéficie d'une musique inoubliable, souvent angoissante et dissonnante, du grand Jerry Goldsmith. Le titre français du film pourrait laisser penser à une histoire de secte sataniste à la Rosemary's Baby, et dans un sens...c'est le cas. C'est vraiment un titre douteux et ridicule, qui rendrait limite le film dangereux (comme si regarder un film dont le titre associerait le nom du Prince des Ténèbres à la notion d'amour serait dangereux pour la santé mentale) mais le film est juste assez angoissant par moments (sans toutefois atteindre les sommets de La Malédiction ou de Rosemary's Baby) et parle plus d'une histoire de possession que du Diable en lui-même. 

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Myles Clarkson (Alan Alda) est un pianiste amateur (sa vocation fut, à l'enfance, quelque peu contrariée et il abandonnera le piano dès lors) et surtout un journaliste spécialisé dans la musique. Il vit avec sa femme Paula (Jacqueline Bisset) et leur enfant Abby (Pamelyn Ferdyn), âgée d'environ 12 ans. Un jour, Myles reçoit un appel téléphonique de Duncan Ely (Curd Jürgens), un pianiste virtuose de renommée mondiale qui vit, dans sa luxueuse maison, avec sa fille adulte Roxanne (Barbara Perkins). Entre Myles et Ely (qui va le convaincre de se remettre au piano) une amitié va naître, amitié qui ne sera pas vraiment partagée par Paula, qui n'aime ni Ely ni surtout Roxanne (qu'elle soupçonne de vouloir séduire Myles, et qu'elle soupçonne aussi de coucher avec son père). Ely, qui est atteint de leucémie et n'en a plus pour longtemps, est, avec sa fille, sataniste (ils ne l'avouent évidemment pas à Myles ni a Paula).

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Un soir, Ely fait venir Myles chez lui. Alors que Myles attend d'être reçu, Ely est à l'article de la mort, et invoque des prières satanistes dans son dernier souffle (tandis que Roxanne dessine un pentacle). Ely décède, est enterré, et à son enterrement, Roxanne déclame, en français dans le texte (tout comme la prière qu'Ely déclamera sur son lit de mort), une prière sataniste. Peu après, Paula remarquera de profonds changements dans le comportement de Myles : il devient un pianiste virtuose, l'égal d'Ely (et commence à se produire sur scène avec un succès grandissant), il commence à délaisser Paula et à s'intéresser de plus en plus à Roxanne, et surtout, il change de caractère, se met à ressembler de plus en plus à Ely (qui était du genre froid, calculateur, cruel). Paula va commencer à croire à l'impensable : Ely, avant de mourir, grâce à un pacte avec Satan, aurait transféré son âme dans le corps de Myles...

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Malgré une esthétique (justement qualifié de proche de celle d'un soap-opera dans le descriptif du film au dos du boîtier DVD) ayant vieilli et un acteur principal (Alan Alda) franchement médiocre - en réalité, c'est Jacqueline Bisset l'actrice principale du film, elle a plus d'importance qu'Alda, et heureusement car elle ne joue pas mal), Satan Mon Amour - ce titre français, bordel à queue ! - est une assez bonne surprise, une série B plutôt angoissante, pas flippante non plus quand même, et flirtant avec un sujet qui, à l'époque, reviendra assez souvent dans le cinéma horrifique. Bien que n'apparaissant que dans la première partie du film, Curd Jürgens est assez inquiétant et son ombre rôde sur tout le film. Barbara Perkins est elle aussi assez inquiétante dans la manière dont elle interprète son personnage. Le film se paie le luxe de quelques scènes assez incroyables, comme celle de la soirée chez Ely, costumée, et qui démarre par la vision totalement LSDesque d'un chien à tête humaine. Pas un mec déguisé en chien sauf pour la tête, mais un vrai chien auquel on a placé une fausse tête humaine dessus, mais l'effet est si réussi qu'on se demande, au visionnage de ce plan, s'il est dans la réalité ou si on délire.

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Le final du film est lui aussi incroyable dans son genre, et je ne le révèlerai évidemment pas, mais il est du genre vertigineux et totalement en raccord avec l'ambiance générale (assez poisseuse parfois) du film. The Mephisto Waltz (le titre original est une allusion à un morceau de musique classique, comme je l'ai dit, mais est à double sens, évidemment) est un efficace film d'angoisse donc, pas un sommet, il a ses défauts, il a vieilli, on trouve mieux dans le genre, mais c'est typiquement le genre de film qu'un amateur de cinéma horrifique appréciera de regarder de temps en temps. Une bonne série B parfaitement appréciable ! A noter que le film est interdit aux moins de 12 ans mais, malgré cela, ne contient que peu de scènes graphiques. 

21 août 2017

Memo From Turner

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Spoilers...

En revoyant ce film récemment, je me suis demandé comment j'avais fait pour ne pas l'avoir abordé sur le blog depuis tout ce temps. C'est en effet un de mes films cultes absolus. Tout concourrait à ce que ce film fasse partie de mes films cultes, en même temps : c'est un film rock, des années 70 (de 1970 précisément), totalement barge dans sa réalisation, et avec une star du rock parmi les acteurs principaux. De plus, c'est un film de Nicholas Roeg, réalisateur de déjà deux de mes films de chevet, à savoir Ne Vous Retournez Pas (1972, avec Donald Sutherland et Julie Christie) et L'Homme Qui Venait D'Ailleurs (1976, avec David Bowie dans son premier rôle au cinéma). Il a aussi réalisé La Randonnée, qui est vraiment excellent. Mais le film dont je vais parler aujourd'hui, que Roeg a co-réalisé avec Donald Cammell (scénariste du film) et qui est sorti en 1970, s'appelle Performance. En France, il est sorti sous un autre titre, Vanilla, ne me demandez pas pourquoi. C'est en tout cas un film interprété par James Fox, Mick Jagger, Anita Pallenberg et Michèle Breton (pour les acteurs principaux), on trouve aussi, dans le rôle d'un homme de main de gangster du nom de Moody, un certain John Bindon qui était un authentique mafrat, un délinquant, repris de justice, un caïd, et qui, quelques années plus tard, sera engagé par Led Zeppelin pour seconder l'équipe de sécurité du groupe (une des pires erreurs qu''ils aient commis, car le mec était tout sauf un tendre et les choses ont souvent dégénéré avec lui). Pour l'anecdote.

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Performance est un film de malades qui fut interdit aux mineurs à sa sortie en raison de très importantes scènes de nudité et de violence, et de nombreuses allusions à la drogue. Pas que des allusions, d'ailleurs : le tournage du film a été fait quasiment intégralement par des acteur en totale défonce (Anita Pallenberg, morte récemment, fut longtemps héroïnomane ; elle a été la petite amie de Brian Jones, guitariste des Rolling Stones mort en 1969 ; elle a très certainement eu une liaison avec Jagger sur le tournage du film ; et elle a longtemps vécu avec Keith Richards, jusqu'à la moitié des années 70, ayant eu deux enfants avec lui, dont Marlon, son aîné), ce qui se ressent totalement dans l'ensemble des scènes avec Jagger ou Pallenberg (qui était un mannequin italien, au fait, à la base, et pas une actrice). Quant à Michèle Breton, c'est une jeune Française de tout juste 18 ans à l'époque qui, selon les rumeurs (difficile d'avoir des infos sur elle), aurait fugué de chez elle et se serait retrouvé sur le tournage grâce à des relations, aurait pris de la drogue comme tout le monde, serait vaguement sortie avec Donald Cammell qui l'aurait larguée comme une merde en voyant le déchet drogué qu'elle serait devenue ; j'ignore ce qu'il est advenu d'elle, on parle d'hôpital psychiatrique pendant un temps ; en 1995 elle était encore de ce monde, mais depuis ?

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Le film possède une très forte esthétique, et témoigne du style Roeg, un style assez ahurissant et parfois agaçant (comme L'Homme Qui Venait D'Ailleurs), le bonhomme ayant monté ses films comme des clips, plans très courts qui se chevauchent, une séquence démarrant parfois, en alternance, au moment de la fin d'une autre. Je ne sais pas si vous voyez le genre, mais c'est assez difficile de s'y faire au début. Le film est culte pour son esthétique totalement dingue, la performance de Jagger (dans un rôle qui n'a pas du le traumatiser par son originalité : il joue en effet une star du rock !) et certaines séquences très osées, qui témoignent de l'ambiance camée et libre qu'il devait y avoir sur le tournage. L'histoire en elle-même n'est pas très originale : Chas Devlin (James Fox) est un gangster travaillant comme homme de main pour un caïd. Il est chargé d'intimider, de menacer, parfois de corriger violemment, tout ceux qui se mettent sur la route de ce caïd.

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Un jour, il s'en prend un peu trop violemment, et contre l'avis de son boss, à un mec, Joey, qui va se plaindre. Chas est compromis, on tente de le faire taire, mais la situation dérape encore plus quand Chas abat de sang-froid le larbin venu lui faire la leçon. Il se barre, en fuite, et trouve refuge, dans le quartier populaire de Notting Hill, dans la demeure de Turner (Mick Jagger), une star du rock vivant en reclus avec ses deux petites amies Pherber (Anita Pallenberg) et la jeune Française Lucy (Michèle Breton), en un ménage à trois bisexuel et totalement libre. Chas va découvrir une autre manière, plus libre et dépravée, de vivre sa vie, tout en cherchant un moyen de quitter l'Angleterre pour assurer sa sécurité...

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Acteurs en roue libre (Pallenberg et Jagger semblent littéralement en plein délire camé à tous instants, ça se sent dans la voix et les regards), scénario lambda qui n'est que prétexte à des scènes osées (Chas, très bien campé par un James Fox d'abord très strict avant de se relâcher quelque peu), le gangster trouvant refuge chez une rock-star dépravée vivant avec deux jeunes femmes (Anita Pallenberg et Michèle Breton sont le plus souvent nues, ou quasi nues), et musique remarquable signée notamment Ry Cooder, Merry Clayton, Randy Newman et Jagger lui-même évidemment, qui chante une chanson du nom de "Memo From Turner" dans le film (vers la fin du film, dans une scène ahurissante, sorte de clip dans le film, où Jagger, c'est à dire Turner, prend l'apparence physique, le look, du gangster joué par James Fox, Chas). On notera qu'aucune chanson des Stones n'apparaît dans le film, Stones qui, à l'époque, entre la mort de Brian Jones en été 1969 et, en décembre de la même année, l'épouvantable festival d'Altamont, en Californie, (festival rock qu'ils ont aidé à monter et qui s'est soldé par la mort d'un spectateur, assassiné au cours de leur concert par des Hell's Angels chargés de la sécurité, mauvaise idée), n'étaient pas vraiment dans la meilleure des forme. 

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Performance, alias Vanilla en France donc, est un classique étrange, un film culte scandaleux (rien que le début du film montre en alternance de plans très courts, presque subliminaux parfois, un couple en train de faire l'amour et l'homme du couple, Chas, en train de s'habiller), one sorte d'OVNI filmique au rythme agaçant et à l'interprétation parfois complètement dans les vapes (Jagger, Pallenberg et Breton semblent ne pas jouer dans le film, mais y apparaître tels qu'ils étaient dans la vie à l'époque). Sorte de croisement entre film sur le rock et film de gangsters, doublé d'un film un peu initiatique (Chas est initié à la drogue, et notamment aux champignons hallucinogènes, par Pherber et Turner), Performance, à sa sortie, on s'en doute, a été mal accueilli mais est devenu culte par la suite. Des réalisateurs tels que Tarantino ont avoué s'être inspiré notamment de la manière dont Roeg (et Cammell, même si c'est surtout Roeg, dont c'est le premier film, qui a réalisé) ont dépeint les gangsters et leur milieu. Plus de 45 ans après sa sortie, il en reste un film toujours aussi dingue, toujours aussi irritant parfois, toujours aussi envoûtant de la première à la dernière de ses 101 minutes. Oserais-je le dire ? Oui : dans un sens, Performance est un chef d'oeuvre du genre !


Le BFG (Beau Film Gentil) de Spielberg

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Spoilers...

Roald Dahl, vous connaissez ? Mais siiiii, vous savez bien, cet auteur britannique (d'origine norvégienne ou danoise si je ne m'abuse) spécialisé dans la littérature pour enfants (mais qui a aussi signé le scénario d'un des meilleurs opus de la saga James Bond : On Ne Vit Que Deux Fois, 1967), auteur de Sacrées Sorcières, Mathilda, Charlie Et La Chocolaterie (et sa suite Charlie Et Le Grand Ascenseur De Verre), James Et La Grosse Pêche et La Potion Magique De Georges Bouillon. Si Dahl (au style inimitable et aux romans passionnants à lire quand on est enfant ; il m'a donné le goût de la lecture) est essentiellement connu pour ses deux romans sur le petit Charlie et le chocolatier Willy Wonka (le premier roman a été adapté à deux reprises au cinéma, Wonka ayant été joué par Gene Wilder dans les années 70, et Johny Depp dans les années 2000) et Mathilda, il a aussi écrit le roman dont le film que j'aborde aujourd'hui est l'adaptation : Le Bon Gros Géant. Ce film sorti en 2016, film d'animation avec acteurs, est donc l'adaptation du roman de Roald Dahl. C'est Steven Spielberg (dont c'est, à l'heure actuelle, le dernier film sorti, mais son prochain devrait sortir début 2018 chez nous) qui a réalisé le film, il s'agit d'ailleurs de son deuxième film d'animation après Les Aventures De Tintin : Le Secret De La Licorne (qu'il avait cependant co-réalisé avec Peter Jackson), et le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est le film le plus enfantin (et un des plus à part) du grand Steven.

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Le film est interprété par Mark Rylance (dont c'est, après Le Pont Des Espions qui était le précédent film de Spielberg, la deuxième collaboration avec le réalisateur ; il jouera dans Ready Player One, un des prochains films du réalisateur, sortie en 2018 ou 2019) dans le rôle du Bon Gros Géant ou BGG pour les intimes (en anglais : The Big Fat Giant ou BFG) et Ruby Barnhill, on y trouve aussi Penelope Wilton dans le rôle de la Reine d'Angleterre Elizabeth II et Rebecca Hall. La voix VF du BGG est assurée par Dany Boon, ce qui explique son tag en bas d'article. Le film est doté d'un scénario signé Melissa Mathison (d'après, évidemment, le roman) et est dédié à Mathison, décédée en novembre 2015. C'est elle qui avait signé les scénarios d'E.T. L'Extra-Terrestre et du segment spielbergien le moins bon du film, hélas) du film à sketches La Quatrième Dimension.  Elle fut aussi assistante de Coppola pour Le Parrain 2 et Apocalypse Now, et a signé les scénarios de Kundun (de Scorsese), L'Etalon Noir et L'Indien Du Placard, pas de très grands films (hormis le Spielberg ; je ne parle que de ceux dont elle a signé le scénario), mais c'est tout de même malheureux qu'elle ne soit plus, et il est logique que Spielberg lui ai dédié ce film, le dernier dont elle a signé le scénario. 

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L'histoire se passe en Angleterre, à une époque indéterminée mais que l'absence d'éléments tels que téléphones portables, ordinateurs (etc) situent à peu près à l'époque de l'écriture du roman initial, soit 1982, si ce n'est bien des années auparavant. Sophie (Ruby Barnhill) est une jeune orpheline d'une dizaine d'années, et vit dans un orphelinat londonien. Une nuit, elle aperçoit, dans la rue, une gigantesque forme humaine qui éteint les réverbères et s'approche de l'orphelinat, un géant (Mark Rylance) qui va l'emmener avec elle au Pays des Géants. D'abord effrayée par ce géant de plus de 7 mètres, elle va rapidement se rendre compte qu'il est gentil, et va très fort s'intéresser à lui. Le Bon Gros Géant (qui, comparé aux autres géants de son pays, est plutôt chétif ; et les autres géants sont, eux, des brutes sanguinaires qui passent leur temps à se foutre sur la tronche et, quand ils capturent des enfants, les mangent) va emmener Sophie au Pays des Rêves, l'endroit où il recueille (sur un gigantesque arbre) des rêves qu'il distribue, ensuite, la nuit, aux enfants (c'est d'ailleurs ce qu'il était en train de faire quand Sophie l'a surpris). Mais la présence de Sophie attire l'attention des autres géants, qui vont dès lors représenter une menace. Ils risquent fort d'attaquer l'Angleterre, et il faut à tout prix avertir la Reine et faire quelque chose contre eux, avec l'aide du BGG...

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L'histoire est simple, on le voit, mais c'est après tout une adaptation d'un roman pour la jeunesse, il ne faut pas chercher une étude psychologique poussée des personnages ou une critique de la société. Mark Rylance est excellent dans le rôle de ce gentil géant (la VF est parfaite, au passage), l'animation est tellement monumentale qu'on a l'impression qu'il n'y à pas de trucages. Certaines séquences sont touchantes, d'autres, comme celle de la dégustration de frétibulle au Palais de Buckingham, sont hilarantes. Cette scène m'a fait hurler de rire. La frétibulle est une boisson dont le BGG est particulièrement friand, une eau gazeuse dont les bulles vont à rebours, ce qui fait qu'au lieu de faire roter, elle fait péter, et assez violemment, de la fumée verte (couleur de la boisson). Quand, dans le Palais, la Reine, ses conseillers d'état-major, le BGG lui-même et même les chiens (des corgis) de la Reine en boivent, on a un instant de flottement, au moment où tout le monde se rend compte qu'il va péter sans pouvoir s'en empêcher, et soudain, c'est le chaos dans la salle (la tronche des chiens, qui se regardent, gênés, avant de tout lâcher, est impayable), sur fond de cornemuse. C'est très con, comme scène, mais vraiment à tomber par terre ! La scène la plus drôle de tout le cinéma de Spielberg (enfin, dans 1941, on en a un paquet de terriblement hilarantes aussi, c'est vrai). 

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Le film a été quelque peu critiqué à sa sortie, pas pour son rendu visuel car comme je l'ai dit, Le BGG est une merveille, c'est un enchantement visuel, d'un réalisme incroyable tout en étant d'une belle inventivité. Roald Dahl, mort en 1990, aurait été fier et emballé du résultat. Mais on a critiqué le film pour être gentillet, limite on ne comprenait pas pourquoi Steven Spielberg, le réalisateur de La Liste De Schindler et des Dents De La Mer, faisait un tel film, qu'on se serait attendu à être réalisé par Brett Ratner ou Gore Verbinski. C'est justement ça que j'adore chez Spielby, sa capacité à changer complètement d'univers de film en film. Son film précédent était sur la Guerre Froide et l'espionnage, et le film qui suivra Le BGG sera sur l'affaire du Watergate (et ensuite, un film de SF). C'est quand même un des rares réalisateurs capables de passer d'un film sur la vengeance d'Israël suite aux attentats palestiniens des JO de Munich à un Indiana Jones, ou d'un (autre) Indiana Jones à un film sur la condition des Noirs dans l'Amérique profonde des années 1900. Le BGG est un autre exemple de ce grand écart thématique que Steven pratique de film en film. Notons qu'il avait l'intention d'adapter ce roman depuis 1991 environ, il attendra notamment (comme Cameron pour son Avatar) que les technologies évoluent suffisamment pour lui permettre de faire ce qu'il avait envie de faire avec le projet. Robin Williams fut un temps envisagé pour le rôle-titre, ce qui aurait été une très bonne chose, mais hélas la vie en a décidé autrement. Rylance est cependant excellentissime dans le rôle-titre.

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En partie produit par Walt Disney Productions (comme ce fut le cas de Cheval De Guerre), Le BGG est un très beau film d'animation pour tout le monde, à la fois drôle et touchant, magnifiquement réalisé (à un moment donné, on oublie totalement qu'il s'agit d'un film d'animation, même si ce n'est pas, en fait, vraiment le cas : seuls les acteurs jouant les géants sont faits en animation d'après acteurs, les autres sont des acteurs en chair et en os ; mais à un moment donné, même les géants semblent totalement réels, et pas refaits par ordinateur d'après des acteurs avec des capteurs sur la peau), et dont le seul point faible, d'après certains, est d'avoir été réalisé par Spielberg, qui s'est vraiment laissé retomber en enfance pour le coup (mais de temps en temps, ça fait du bien, non ?). Certes, ce n'est pas le sommet du réalisateur, mais c'est un film vraiment très agréable, visuellement magique, et une belle récréation pour le réalisateur de Jurassic Park. Quitte à faire un film totalement irréel et destiné à tout le monde, quitte à faire un film magique, autant que cela soit Le BGG que le franchement médiocre Hook (1991), non ? Bref, pour finir, voici un charmant film pour toute la famille !

20 août 2017

Métaphysique, géomancie et Wilhelm Reich

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Attentions, SPOILERS !!

Voici un film des plus atypiques. C'est même probablement le film français le plus étrange, le plus étonnant que je connaisse, en tout cas un des plus étranges. C'est un film qui, déjà, est difficilement classable : j'aurais envie de dire que c'est de la science-fiction, ou du fantastique, et il est généralement rangé dans le genre ésseffe, mais c'est en fait un film initiatique qui, maintenant que j'y repense (j'ai revu le film récemment, ça faisait longtemps que je ne l'avais pas vu, et je l'ai tout autant apprécié qu'autrefois), ressemble beaucoup à La Montagne Sacrée de Jodorowsky, avec deux ans d'avance (il date donc de 1971, mais est sorti en 1972), et en un milliard de fois moins brutal et riche. Et encore, c'est pour le côté initiatique du film, pas pour l'histoire en elle-même. Le film s'appelle Les Soleils De L'Île De Pâques et c'est un film de Pierre Kast, réalisateur peu connu mais à la filmographie plutôt remplie, mort en 1984 et ayant notamment réalisé une adaptation du roman L'Herbe Rouge de Boris Vian pour la TV (en 1985, diffusé donc de manière posthume), roman que toute personne l'ayant lu pourra décrire comme étant indescriptible et inadaptable, mais Kast l'a fait (j'ignore le résultat, n'ayant pas vu le film). 

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Le film, diffusé sur Canal + il y à une vingtaine d'années, et dont le DVD est depuis un moment difficile à trouver (et la plupart du temps, vendu cher), est interprété par sept acteurs dont quelques uns sont plutôt connus : Françoise Brion, Maurice Garrel (père de Philippe et grand-père de Louis), Jacques Charrier, Norma Bengell (actrice et chanteuse brésilienne qui fut la première actrice de son pays a apparaître nue au cinéma, dans un film brésilien, dans les années 60), Alexandra Stewart, Zozimo Bulbul (un acteur brésilien) et Marcello Romo. Le scénario est signé Kast, la musique, étrange, est signée Bernard Parmegiani. J'imagine très aisément que lorsque le film est sorti en salles, il n'a pas du faire beaucoup parler de lui. Quant à parler de résultats commerciaux, mieux vaut franchement changer de sujet. J'ignore si le film a été rediffusé à la TV ces 20 dernières années, mais à mon avis, non. Ce n'est vraiment pas un film connu, et c'est dommage. 

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C'est un film étrange, très étrange en tout cas, et il faut le voir deux-trois fois, si ce n'est plus, pour bien entrer dedans, le premier visionnage sera probablement abscons, beaucoup de choses sont dites dans le film, et beaucoup vous passeront au-dessus de la calebasse. L'histoire est racontée en voix-off par un des personnages principaux, Maurice (joué par Maurice Garrel ; au passage, quasiment tous les personnages portent les mêmes prénoms que les acteurs ou actrices les interprétant), un homme passionné de géomancie (ne me demandez pas ce que c'est, c'est difficile à décrire, mais en gros, c'est une technique de voyance ; le film démarre par Maurice expliquant à une amie, en détails, ce qu'est la géomancie, exemple à l'appui), et qui descend d'une longue lignée de sorciers, alchimistes et voyants. Un soirr, après une séance de géomancie chez lui, il commence à se sentir un peu bizarre : il ferme les yeux, pris de vertige, et reçoit une série d'images variées, le flux se terminant par quelques images de l'île de Pâques. Peu après dans la même soirée, il découvre, dans la paume d'une de ses mains, une sorte de petit disque argenté, comme une pastille, qui semble faire partie intégrante de lui, qui n'est pas douloureux, et ne peut être enlevé, comme une marque de naissance. 

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Il ne peut pas savoir qu'un peu partout dans le monde (en réalité, essentiellement en Amérique du Sud), plusieurs autres personnes, cinq autres personnes précisément, vont avoir le même type d'expérience : un flux d'images variées, dont certaines de l'île de Pâques, et la découverte, dans la paume de la main, de cette curieuse marque argentée et circulaire. Parmi ces personnes il y à Alexandra (Alexandra Stewart), une jeune éleveuse de chevaux chilienne d'origine écossaise (qui va entretenir son ami Alain (Jacques Charrier), psychologue français basé à Valparaiso et passionné par l'oeuvre de Wilhelm Reich, sur le sujet et son expérience) passionnée par l'énigme de Nazca ; Norma (Norma Bengell), une astronome brésilienne persuadée que la disposition de statues de prophètes, sur le parvis d'une église brésilienne, répond à un certain ordre cosmique, un sens caché ; Helvio (Marcello Romo), un entomologiste chilien ; Irenio (Zozimo Bulbul), un prêtre macumba brésilien ; et Françoise (Françoise Brion), une ethnologue française de retour de Tahiti.

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Par plusieurs groupes de deux, ces personnes qui ne se connaissent pas (sauf Alexandra et Alain, lequel n'a pas reçu le message et restera un peu en retrait) vont se retrouver, au Chili, les uns s'y trouvant déjà, et les autres comme irrésistiblement attirés par la destination, au point de faire le voyage. Une fois ensemble, ils se sentent unis, complets, comme une seule entité, et peuvent se comprendre sans problème même en parlant chacun dans sa langue. Une dernière destination les relie : ils savent qu'ils doivent aller sur l'île de Pâques (sous gouvernance chilienne), et Alain, sentant qu'il a un rôle à jouer dans  tout ça, les accompagne. Sur place, ils vont découvrir...

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Mais je m'arrête là. Il reste à peu près une demi-heure de film à ce moment précis où le groupe arrive sur l'île de Pâques (et le film dure 90 minutes), et je n'ai pas envie de dire ce qui va se passer une fois là-bas. Mais c'est du même acabit que le reste du film. Les Soleils De L'Île De Pâques est un film étrange, à la fois verbeux et onirique, très bien interprété, correctement réalisé (rien d'extraordinaire), et distillant une atmosphère tellement bizarre qu'on a envie d'en savoir plus. Sans parler des sublimes paysages naturels de l'île de Pâques : rien que pour ça, le tournage de ce flm a dû être un bon souvenir pour l'ensemble des acteurs. Quand j'ai vu ce film pour la première fois, sur Canal +, alors que j'avais dans les 15 ans à peu près, j'ai été cueilli, happé par le film (je n'avais strictement jamais entendu parler de ce film, ou de Pierre Kast, auparavant, ni de la grande majorité des acteurs du film, Garrel et Brion exceptés), je l'ai adoré et c'est toujours le cas. C'est un de mes films de chevet, que j'avais abordé parmi les premiers sur ce blog, il y à longtemps, cet article étant une réécriture plus détaillée et soutenue que l'ancienne chronique. 

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Je ne saurais le conseiller à un amateur de blockbusters, mais si vous aimez les films qui font réfléchir (le message final du film est éloquent : une belle critique de la nature humaine, disons un constat, plutôt), si vous aimez les films initiatiques, alors vous devriez aimer. C'est un peu comme La Montagne Sacrée (film que je ne connaissais pas à l'époque de mon premier visionnage du film de Kast), on a un groupe de personnes qui, ne se connaissant pas, partent ensemble, reliées, vers une même destination. Mais là où le film d'Alejandro Jodorowsky est un trip ultime (plusieurs scènes furent tournées sous LSD) d'une violence parfois intense et d'une complexité métaphysique et symbolique ahurissante (tellement de symboles que Jodorowsky lui-même n'en aurait pas fait le tour, selon ses propres aveux !), le film de Kast est assez reposant, doux (malgré des images dures dans un des flux d'images reçus par les protagonistes). C'est en tout cas un film à part, complexe, un vrai OVNI cinématographique, une rareté, que je conseille. 

Le film le plus ultime de Sam Peckinpah

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Spoilers !

J'avais déjà abordé ce film en 2009, c'était même un des premiers films que j'avais abordé sur mon blog quand il était encore sur Allociné (et c'était avant 2009, en fait, 2009 étant l'année du transfert de mon blog sur Canalblog, mais je ne sais plus en quelle année précisément). Autrement dit, ça commençait à dater sérieusement, à sentir le moisi, et rien de tel, dans ce cas-là, que d'aérer quelque peu en refaisant une chronique du film. Quel film ? Allons bon, voilà que vous ne savez plus lire les affiches de films. Apportez-Moi La Tête D'Alfredo Garcia, voilà quel film. Un film absolument quintessentiel s'il en est, un des chefs d'oeuvre du cinéma des années 70 (il date de 1974) et incontestablement le film le plus remarquable d'un réalisateur ayant pourtant enchaîné quasiment sans interruption, du début à la fin de sa carrière, des classiques : Sam Peckinpah. D'abord spécialisé dans le western (de Coups De Feu Dans La Sierra, son premier film, jusqu'à Un Nommé Cable Hogue en 1971, fait quelques 10 ans après son premier, tous ses films sont des westerns, et on y trouve évidemment le classique absolu La Horde Sauvage, 1969), Peckinpah a ensuite évolué, faisant un survival (Les Chiens De Paille en 1971, avec Dustin Hoffman), du polar pur et dur (Le Guet-Apens, 1972, avec Steve McQueen et Ali McGraw, qui se sont rencontrés sur le tournage et passeront une partie des 70's ensemble) et même une comédie dramatique countrysante (Junior Bonner, également en 1972, également avec Steve McQueen, sur un champion de rodéo vaguement loser magnifique sur les bords), reviendra une dernière fois au western en 1973 (l'immense Pat Garrett & Billy The Kid) avant de faire, tout simplement, autre chose. 

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Et cet autre chose commence en 1974 avec un film qui, cas unique dans la filmographie de Peckinpah, ne subira les affres d'aucune censure, d'aucune coupe, d'aucun remontage de la part des producteurs ou distributeurs. Car ce fut le cas d'une grande partie de ses précédents films. Notamment Major Dundee (1964), à qui on supprimera de longues minutes. Notamment Pat Garrett & Billy The Kid, qui subira moult versions différentes et remontages. Mais curieusement, Bring Me The Head Of Alfredo Garcia (hé oui !, le titre original du film est lui aussi assez idiot !) sortira tel quel, dans son montage définitif d'une durée de 108 minutes. C'est le film le plus sombre de Peckinpah, son plus radical, et son plus personnel aussi, rien que pour le fait qu'il soit sorti comme Peckinpah le voulait. J'ai toujours trouvé le film trop court ( disons que ça passe super vite, on n'a pas le temps de s'emmerder), mais il n'existe pas de version plus longue. Pour ce qui est de qualifier le film, disons que c'est un croisement entre un road-movie, un thriller et un film d'aventures. 

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Le film est interprété par Warren Oates, Isela Vega, Emilio Fernandez, Gig Young, Helmut Dantine, Robert Webber et Kris Kristofferson, plusieurs sont de grands habitués peckinpahiens. Le film, à sa sortie, récoltera un parangon de mauvaises critiques, et sera un retentissant échec commercial, pas le premier de Peckinpah (il ne me semble pas que Junior Bonner ait été un succès à sa sortie), et pas le dernier, loin de là. En fait, les films de Peckinpah ayant cartonné au box-office américain se comptent sur les doigts d'une main. Curieusement, si le film n'a jamais réussi à convaincre pleinement aux USA, sauf ces dernières années (des réalisateurs tels Tarantino, Robert Rodriguez, sont fans et s'en sont inspiré), en France, on n'a pas mis longtemps à considérer ce film comme un des meilleurs, si ce n'est le meilleur, du réalisateur. Ah, l'exception culturelle francaouise, que voulez-vous... C'est la même chose pour Croix De Fer, ce film de guerre ahurissant que Peckinpah a réalisé en 1977 : bide à sa sortie, incompris dans son propre pays, porté aux nues chez nous (en revanche, ni Tueur D'Elite, sorti en 1975, ni Le Convoi, sorti en 1978, n'ont convaincu, aussi bien aux USA que chez nous, ce sont des films restés vraiment mineurs).

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Le film se passe intégralement au Mexique (comme plusieurs autres films de Peckinpah qui ont au moins une partie se passant dans ce pays, comme La Horde Sauvage ou Pat Garrett & Billy The Kid) et on y découvre, dès les premières minutes, une végétation luxuriante, un décor magnifique et reposant : un lac situé dans une grande propriété. Une jeune femme est assise, les pieds dans l'eau, quand on vient la chercher, pour la conduire auprès de son père, propriétaire terrien puissant (et on s'en doute, plus qu'aux trois-quarts mafieux), surnommé El Jefe (Emilio Fernandez). La jeune femme est enceinte, et la première et unique chose que son tyran de père lui demande (n'hésitant pas à ordonner à un de ses nervi de coller un petit coup de poing dans le ventre de la fille), c'est qui est le père du futur enfant. Apeurée, de la haine dans le regard, la fille répond Alfredo Garcia, et El Jefe, après l'avoir fait sortir, ordonne à ses hommes de lui ramener la tête de cet Alfredo Garcia, contre 1 million de dollars. Sympa, les films qui commencent directement par l'explication de leur titre, non ?

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Faisant passer le message à diverses organisations criminelles, El Jefe s'assure ainsi que son souhait sera exaucé. Un jour, dans un bar minable de Mexico, deux hommes, Sappensly (Robert Webber) et Quill (Gig Young) accostent le pianiste du bastringue, un Américain aussi minable que le bar, Benny (Warren Oates), et lui demandent, photo à l'appui, s'il connaît un certain Alfredo Garcia, et lui expliquent ce qu'il en est de la récompense et de ce qu'il faut récupérer de Garcia. Benny leur répond qu'au Mexique, un tel nom est équivalent à John Smith aux USA, et dit que cependant, ça lui dit quelque chose, mais on sent bien qu'il en sait plus qu'il ne leur annonce. Chez lui, il demande à sa fiancée, Elita (Isela Vega), une employée de bordel, si elle a revu, récemment, Alfredo Garcia. Car, oui, Benny sait de qui il s'agit : c'est un mec qui est autrefois sorti avec Elita, alors qu'elle était déjà avec Benny. Elle lui apprend que Garcia est mort, dans un accident de voiture, très récemment, et qu'il a été enterré dans son village natal. Prenant contact avec Quill et Sappensly, Benny se rend à leur QG, et rencontre le chef de leur gang, Max (Helmut Dantine), pour leur annoncer qu'il sait où est Garcia et va se charger lui-même du boulot et leur ramènera sa tête, contre 10 000 dollars.

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Lui et Isela (à qui il ne dit pas tout au départ) partent en excursion, direction le cimetière où Garcia serait enterré. En route, au cours d'une halte, ils se font agresser par deux bikers (dont Kris Kristofferson) qui menacent de violer Elita. Elita accepte de coucher avec eux s'ils les laissent en vie, et pendant qu'elle se tape les motards, Benny les abat avec son revolver. Puis il explique, pris d'une soudaine envie de jouer cartes sur table, le but de leur expédition : déterrer Garcia pour le décapiter, et ramener sa tête à des mafieux. Elita est terrifiée et demande à Benny de changer d'avis, mais il tient bon, et arrivé au cimetière, fait sa triste besogne. Mais au moment d'agir, il est assommé, et à son réveil, lui et Elita sont à moitié enterrés dans la tombe. Elle est morte. Le corps de Garcia n'a plus de tête. Parvenant à regagner sa voiture, il retrouve rapidement la voiture de ses assaillants, et après un gunfight, les abat, et récupère la tête dans un sac de toile de jute, qu'il balance sur le siège passager. Le début d'un long périple où Benny, sous une chaleur éreintante et voyageant avec une tête commençant à pourrir, va risquer sa vie et surtout sa santé mentale...

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Ce que j'ai raconté est environ la moitié du film, peut-être un petit peu plus (genre la première heure), mais je ne tiens pas à raconter ce qui se passe ensuite, il vous faudra regarder le film (qui existe en DVD et Blu-ray, heureusement) pour ça. Le film est absolument incroyable et bénéficie d'une atmosphère des plus poisseuses, glauques et poussiéreuses qui colle parfaitement à l'histoire. On ne voit jamais la tête coupée du malheureux Garcia, juste le sac de jute crasseux, cerné de mouches, et entouré de blocs de glace (la scène où Benny s'arrête à une posada pour acheter des cubes de glace est révélatrice d'un détail important qui aurait très bien pu être négligé dans un film d'un autre réalisateur : sous un soleil de plomb, une tête, ça pourrit facilement et rapidement). Il n'y à d'ailleurs pas ou peu de sang dans le film. On a tous les clichés du cinéma de Peckinpah, ici sublimés, comme les fameux ralentis pendant les gunfights (corps s'écroulant lentement, mordant la poussière) ou les percutages automobiles, et une certaine tendance à la virilité, si ce n'est au machisme pur et dur (la manière dont sont traitées les femmes dans le film est sans équivoque). 

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Warren Oates, ami personnel de Peckinpah et partenaire de défonce alcoolisée et cocaïnée à l'époque, campe un loser intégral, un parfait minable qui se la joue un peu caïd mais n'est en fait qu'une pauvre merde humaine, même pas capable de dire je t'aime à sa fiancée, même pas capable de s'énerver contre elle quand il apprend qu'elle l'a trompé avec Alfredo Garcia (mais en revanche vraiment marqué par sa mort). Benny plonge progressivement dans la folie, se met à discuter avec la tête d'Alfredo (enfin, il parle à la tête, nuance) sur le trajet du retour, semant dans son sillage mort et désolation. Les autres acteurs sont vraiment bons, mais incontestablement, Oates transporte le film, il le porte sur ses épaules. C'est LE personnage du cinéma de Peckinpah, le rôle le plus intense et marquant de tous les films de Peckinpah, dont plusieus sont, à divers degrés, des losers eux aussi (Junior Bonner dans le film éponyme ; Doc McCoy dans Le Guet-Apens ; Pat Garrett et Billy The Kid dans le film éponyme ; le sergent Steiner dans Croix De Fer). 

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La violence est assez présente dans le film, Apportez-Moi La Tête D'Alfredo Garcia est un film dur et brutal (malgré qu'on ne voit pas ou peu de sang, et que rien de graphique ne soit montré, on ne voit jamais la tête tranchée ni la scène de décapitation), mais quand la violence déboule, on n'a limite pas le temps de s'en rendre compte. Ca va vite. Les gunfights sont rapides, secs, pas expédiés car la réalisation est impeccable, mais Peckinpah ne s'attarde pas des plombes, ne vous attendez pas à des scènes similaires au final du Guet-Apens ou de La Horde Sauvage. Ici, c'est wham bam, thank you ma'am. On tire, on s'écroule (ou pas), on se barre. La tension, dans le film, est à son maximum : dès la première séquence avec Benny, on se demande si sa discussion autour du piano, avec les deux gangsters, ne va pas tourner à la brutalité, et quand il se rend dans leur QG, c'est tendu aussi. Dans l'intro du film, quand la fille d'El Jefe se fait interroger et se prend un coup de poing dans le bide, on a peur pour elle, priant pour que ça n'aille pas plus loin. Tout le film patauge dans cette atmosphère de totale brutalité, de violence sèche et latente, sans aucun espoir (la scène des bikers, nécessairement montrés comme des brutes paillardes), faisant de ce film le plus sombre et radical de Peckinpah, tellement violent et crépusculaire qu'à côté, l'ensemble de ses autres films ressemble à du Spielberg mainstream

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Apportez-Moi La Tête D'Alfredo Garcia est mon Peckinpah préféré pour cette raison, et pour la performance hallucinante d'un Warren Oates qui aura rarement été aussi géant (et c'était pourtant un bon acteur, bien que souvent sous-exploité), pour la beauté rustique de la photographie 70's qui respire bien le Mexique rural et pour son scénario totalement incroyable (Frank Kowalski, scénariste du film et ami de Peckinpah, aurait trouvé l'idée du film en pensant à son titre, et en imaginant le pitch de base (on exige de ramener la tête d'un homme, et celui qui se lance dans cette quête apprend que l'homme en question est déjà mort) dans la foulée). Un peu comme les producteurs de nanars des années 50/60 qui se lançaient dans la production d'un film uniquement sur la promesse d'un titre alléchant, Peckinpah adorera le titre et imaginera la suite avec Kowalski, adaptant l'histoire en scénario. On pourrait  se dire qu'écrire un scénario uniquement en se basant sur un titre racoleur n'est pas forcément une bonne idée, mais pour le coup, ça a franchement super bien fonctionné. Certes, l'histoire tient en fait en peu de lignes (un homme part, contre récompense, à la recherche d'un homme pour ramener sa tête parce qu'un mafieux l'a exigé en représailles), mais à partir de ce pitch, Peckinpah a réalisé un monstre sacré, un road-movie grandiose et ultime, une ode aux plus mauvais côtés de la nature humaine, un voyage sans retour vers la violence et la folie. Un monument. 

Un classique du western

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Vous ne le savez peut-être pas, car ce n'est pas forcément très visible sur le blog surtout ces derniers jours, mais j'adore les westerns. Le western est probablement mon genre cinématographique préféré devant la SF, l'horreur et le thriller. J'adore surtout les westerns crépusculaires et révisionnistes de la fin des années 60 et des années 70, genre les films de Peckinpah, ou Little Big Man et Missouri Breaks d'Arthur Penn, sans oublier Soldat Bleu et Josey Wales Hors-La-Loi (ce dernier, de et avec Eastwood). Les westerns spaghettis aussi, surtout ceux de Leone, Il Etait Une Fois Dans L'Ouest étant probablement mon western préféré (et un de mes films préférés, dans les 10 ou 15 premiers que je citerais). Mais j'aime tous les types de westerns (amateurs du genre n'ayant pas encore vu ce film, je vous conseille Open Range de et avec Kevin Costner, c'est juste grandiose), des plus révisionnistes aux plus classiques. Celui-ci, sorti en 1966 et réalisé par Richard Brooks (le réalisateur de De Sang-Froid, ce classique de 1967, qui sera son film suivant, mais aussi réalisateur de Lord Jim et de La Chatte Sur Un Toit Brûlant), est un classique du western à l'ancienne, et il possède un casting quatre étoiles (comme le design d'une ancienne édition DVD le précise, voir un peu plus bas dans l'article : les symboles au-dessus du titre du film !). Son titre est peu original, il fait même franchement série B d'action ou de guerre : Les Professionnels (The Professionals). 

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Mais bien que son titre soit franchement banal et ne donne pas spécialement envie de voir le film (pourtant, il le faut, surtout si vous aimez les westerns), Les Professionnels, avec son remarquable casting de gueules, est vraiment une réussite. Niveau casting, pensez-donc, on a Burt Lancaster, Lee Marvin, Robert Ryan, Jack Palance (dans l'inévitable rôle du méchant of the film, je dis 'inévitable' car Palance n'a quasiment eu que des rôles de méchants, c'est sans doute son visage de fouine et son regard perçant et sadique qui y est pour quelque chose), Claudia Cardinale, Ralph Bellamy et Woody Strode (un des rares cowboys Noirs du cinéma avec...non, s'il vous plaît, ne citez pas Will Smith dans Wild Wild West, vous me feriez du mal). Le film n'est pas très long (on s'attendrait à un film d'une durée de 150 minutes environ, comme pas mal de westerns ricains, mais non, il dure 115 minutes), a été écrit par le réalisateur d'après un roman de Frank O'Rourke, et sa musique, excellente, est signée du toujours épatant Maurice Jarre. 

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L'action se passe en 1917. Henry 'Rico' Fardan (Lee Marvin), un ancien soldat de l'armée et ancien mercenaire sous les ordres du révolutionnaire mexicain Pancho Villa, est engagé par Mr Grant (Ralph Bellamy), un magnat du pétrole, afin de retrouver et de ramener sa femme mexicaine, Maria (Claudia Cardinale), que l'on soupçonne fortement d'avoir été enlevée par des révolutionnaires dirigés par Jesus Raza (Jack Palance). Grant offre une récompense de 100 000 dollars pour l'accomplissement de cette mission à haut risque. Fardan (qui connaît bien Raza, ils ont fait la révolution mexicaine ensemble avant que leurs chemins ne se séparent) est épaulé par d'autres professionnels pour cette  mission : Bill Dolworth (Burt Lancaster), qu'il connaît bien depuis sa période révolutionnaire (lui aussi connaît Raza) et qui est spécialiste en explosifs ; Hans Ehrengard (Robert Ryan), ancien cavalier reconverti en éleveur de chevaux, et Jacob 'Jake' Sharp (Woody Strode), un combattant de choix, sachant manier aussi bien les armes blanches que les armes à feu. Les quatre hommes font route vers le Mexique, une route semée d'embûches et de traquenards avec des révolutionnaires embusqués...

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Vraiment super bien foutu, ce film (ce qui n'empêche pas une belle erreur : à un moment donné, Lancaster regarde le désert avec une paire de jumelles...qu'il utilise à l'envers !), avec son super casting de 'professionnels' du western : Lancaster a joué notamment dans Règlement de Comptes A O.K Corral et Vera Cruz, Robert Ryan dans Du Sang Sur La Piste (1947) et La Chevauchée Des Bannis, Strode dans Il Etait Une Fois Dans L'Ouest (Claudia Cardinale aussi), Lee Marvin dans L'Expédition Du Fort King (1953) et La Kermesse De L'Ouest, Jack Palance dans L'Homme Des Vallées Perdues ou le moins réussi Amigo, Mon Colt A Deux Mots A Te Dire. Pour ne citer que ces films. Le titre du film est à double tranchant, ces professionnels sont aussi bien ces mercenaires engagés pour retrouver Claudia Cardinale que le fait que l'ensemble du casting principal du film est constitué de professionnels du western. Même le réalisateur n'en est pas à son premier western, même s'il n'en a pas fait beaucoup dans sa carrière. Mais Les Professionnels n'est pas son premier western. Ni son dernier : il a signé, en 1975, le très bon La Chevauchée Sauvage avec Gene Hackman, Candice Bergen et James Coburn.

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Les Professionnels, avec son rythme en deux temps (avant d'arriver au repaire de Raza, et la fuite du repaire, avec Maria, au sujet duquel une belle révélation est faite dans le film, et qui change pas mal de choses, je n'en dis pas plus), est un excellent western 60's, d'avant la période révisionniste (au cours de laquelle on montrera le Grand Ouest Américain d'une manière un peu plus sombre, et où on commencera à montrer les Indiens comme autre chose que des méchants qu'il vaut exterminer), et alors que le cinéma succombe aux charmes du western italien (1966 est l'année du Bon, La Brute, Le Truand). A voir absolument !

19 août 2017

Le serpent et l'Arc-en-ciel

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Spoilers...

Ce film, ça faisait tellement longtemps que je ne l'avais pas vu (pourtant, j'ai le DVD) que je ne m'en souvenais quasiment plus, jusqu'à ce que je me le revisionne, hier précisément. Si je vous dit Wes Craven, vous me répondez la saga Scream, ou bien le premier Freddy, ou bien La Colline A Des Yeux (film original), ou bien encore La Dernière Maison Sur La Gauche (là aussi, le film original), sans oublier Shocker, ce film plutôt amusant (dans son genre) mais quand même moyen sur un condamné à mort par électrocution qui, après son exécution, se reconvertit en démon électrique. Un film de Craven, sorti en 1987, est à citer à tout prix, et pourtant, ce film en question, celui que j'aborde maintenant, ne fait pas partie des classiques du genre (du moins, on ne le retrouve jamais, ou en tout cas très rarement, dans les classements du genre meilleurs films d'horreur). Ce film, c'est L'Emprise Des Ténèbres. Le titre original du film, expliqué dans un texte situé avant le générique (et c'est le seul moment du film où on a l'explication du titre, car aucune allusion n'y est faite durant les 94 minutes du film), est The Serpent And The Rainbow, et si vous n'êtes pas trop mauvais en anglais, vous remarquerez que le titre de mon article en est une traduction littérale. J'expliquerai un peu plus bas pourquoi ce film (qui s'inspire d'un livre de Wade Davis, qui a réellement vécu cette histoire même si ça a été romancé) s'appelle ainsi. 

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Soti en 1988 en France, ce film est interprété par un Bill Pullman pas encore auréolé de son rôle de Fred Madison dans le Lost Highway de Lynch, et qui n'avait pas encore, aussi, joué le Président des Zuhéssa dans Independence Day d'Emmerich. Deux films sortis entre 9 et 10 ans plus tard. Les autres acteurs du film ne sont pas aussi connus que lui (on a Cathy Tyson, Paul Winfield - le flic dans Terminator - , Zakes Mokae, Michael Gough, Brent Jennings et Paul Guilfoyle. Le film, à sa sortie, fut interdit aux moins de 12 ans, c'est d'ailleurs toujours le cas. C'est le genre de film qui fout les jetons plus grâce à une certaine atmosphère bien lugubre et glauque que par ses effets visuels, assez limités. En fait, le film ne joue pas trop la carte du plein la vue, il n'y à pas beaucoup d'effets gore. En revanche, l'ambiance est poisseuse comme pas deux. L'action du film se passe à Haïti, et se base sur des faits réels : un anthropologue américain bossant à l'université de Harvard, Dennis Alan (Bill Pullman) - dans la réalité, c'est Wade Davis - est chargé d'obtenir des informations sur une certaine substance qui permettrait la résurrection des cadavres. Plus prosaïquement, Alan est envoyé à Haïti (alors sous la coupe du dictateur Jean-Claude Duvalier et de ses Tontons Macoutes, sa police secrète) afin de savoir comment il se peut qu'un homme enterré 7 ans plus tôt, en 1978, un certains Christophe Durand, ait pu être photographié, 7 ans plus tard, bien vivant, marchant et parlant. 

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Avec l'aide de Marielle Duchamp (Cathy Tyson), jeune médecin haïtienne, Alan se rend compte par lui-même, l'ayant rencontré, que Christophe Durand est bien vivant, et que c'étai bien lui qui, sept ans plus tôt, fut enterré. Durand, un soir, dans le cimetière où il ne cesse de rôder, lui raconte qu'il se souvient de tout, et que son âme appartient désormais à un sorcier, Peytraud (Zakes Mokae), lequel fait partie du gouvernement de Duvalier. Avec l'aide d'un sorcier vaudou nettement plus recommandable, Lucien Céline (Paul Winfield), et malgré les pressions de plus en plus fortes de Peytraud sur sa personne, Alan va entrer en contact avec Mozart (Brent Jennings), un homme capable de lui fabriquer la fameuse substance (une poudre) permettant de tranformer quelqu'un en zombie : la poudre tue la personne, puis la fait revenir à la vie, mais totalement amorphe. En réalité, cette poudre, conçue en partie avec de la tétrodotoxine (un poison se trouvant dans le poisson-globe et qui a la capacité de paralyser et de plonger dans le coma), plonge la victime dans le sommeil, et à son réveil, dans le cercueil, juste avant qu'on ne l'exhume, on imagine la terreur de la victime...

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Le titre du film est une allusion aux croyances vaudou haïtiennes : le ciel est un Arc-en-ciel, et la terre, un Serpent. Entre les deux, se trouve l'Homme. Ce titre original assez énigmatique, qui ne permet pas trop de savoir de quoi parle le film, est complètement contrebalancé par ce titre français qui ne le traduit absolument pas et joue à fond la carte du macabre et de l'horreur, L'Emprise Des Ténèbres. L'affiche (la même aux USA qu'en France) est quand même suffisante dans ce cas, surtout avec cette accroche : Ne m'enterrez pas, je ne suis pas mort !, qui donne vraiment envie de voir le film. Je me souviens, enfant, d'avoir vu, dans un magazine TV (très certainement le magazine mensuel de la chaîne Canal +, que je n'avais pas, mais les membres de ma famille chez qui on allait souvent l'avait, eux, et je feuilletais cette revue), des photos du film à l'occasion de sa diffusion TV. Certaines images, comme celle ci-dessus, laissaient penser à un film d'horreur pur et dure genre L'Enfer Des Zombies (que bien entendu je n'avais pas vu à l'époque). Autant le dire ici : ce n'est pas le cas. Les quelques scènes vraiment choc du film, comme celle de la photo ci-dessus, sont issues de scènes qui, dans le film, sont autant de cauchemars faits par le personnage principal.

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La dernière partie du film, cependant, plonge dans le baroque flippant et surnaturel (le film entier plonge dans le surnaturel), ce qui est un peu étonnant par rapport à la grande majorité du film, qui fait très reportage. Très réaliste. Avec notamment une utilisation de la voix-off du personnage principal. N'oublions pas que le film se base sur un livre écrit par un anthropologue, qui a permis de rendre célèbre la fameuse poudre à zombie, et d'expliquer, en gros, en quoi consistait le zombie. Non, ce n'est pas un macchabée purulent et avide de chair fraîche qui se relève tout seul, on n'est pas chez Romero ou Fulci. C'est un pauvre type mis dans le coaltar avec une poudre, et qui revient à lui, totalement amorphe. Le film est très fortement imprégné de cette ambiance putride et glauque inhérente au vaudou, et quand à un moment donné Alan se fait pulvériser, sur le visage, un peu de cette poudre, on n'a qu'une seule envie, s'essuyer le visage tant on a l'impression que cette poudre a traversé l'image. 

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Les acteurs sont très bons (mention spéciale à Zakes Mokae, qui joue Peytraud, répugnant et cruel chef des Tontons Macoutes et sorcier vaudou zombificateur), la réalisation est efficace, la musique de Brad Fiedel a des accents Terminator par moments, ce qui est normal dans un sens, Fiedel ayant composé la musique du film de Cameron et de sa suite. Mais n'empêche. L'Emprise Des Ténèbres est un film franchement réussi, pas un monument mais une vraie bonne surprise, un film à la fois sur le vaudou, les zombies et la sinistre dictature des Duvalier à Haïti (le film se passe en 1985/86 et se termine paar la chute du pouvoir de Jean-Claude Bébé Doc Duvalier, qui fuit Haïti avec sa femme), dictature qui semblait très fortement utiliser les croyances haïtiennes pour solidifier son assise et son emprise ténébreuse sur le peuple haïtien. Un film extrêmement méconnu, pas toujours parfait, mais que j'aime énormément ! C'est même probablement mon film préféré de Wes Craven.

Posté par ClashDoherty à 12:04 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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