Mes films de chevet...

23 septembre 2017

Sur un air de Calypso

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 Spoilers...

Les plus âgés d'entre vous se rappelleront peut-être de ces séries documentaires diffusées à la TV le week-end (le dimanche, en fin d'après-midi, sur la 2, je crois), et qui mettaient en scène le commandant Cousteau et son équipage, à bord de leur bateau la "Calypso", sur les mers du globe, ainsi qu'en-dessous de ces mêmes mers. L'une d'entre elles s'appelait L'Odyssée sous-marine du commandant Cousteau, je me souviens. C'était diffusé à la TV des années 70 aux années 90, plus des rediffusions. Et bien entendu, avant ça, bien avant ça, il y à eu le documentaire co-réalisé par Louis Malle et Cousteau, en 1956, Le Monde Du Silence, premier documentaire à obtenir la Palme d'Or (à l'époque, Grand Prix) à Cannes. Mort en 1997 à l'âge de 87 ans, Jacques-Yves Cousteau, officier de la marine nationale et explorateur océanographique, grand défenseur de la cause maritime et de l'écologie (il s'opposera pendant longtemps à ce qu'un pont soit construit pour relier l'île de Ré, pensant que ça allait augmenter l'affluence de touristes et dégrader l'environnement de l'île, ce en quoi il n'avait pas tort, mais il n'obtiendra pas gain de cause), méritait bien qu'un jour où l'autre, on en fasse un film.

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C'est chose faite depuis 2016 et ce film au titre épique, L'Odyssée. Réalisé par Jérôme Salle, le film est interprété par Lambert Wilson, Pierre Niney, Audrey Tautou, Laurent Lucas, Benjamin Lavernhe, Chloe Hirschmann, Vincent Heneine, Thibault De Montalembert et Roger Van Hool. Le film, basé sur un livre de Jean-Michel Cousteau (un des enfants du commandant) et sur une biographie du commandant écrite par le second de Cousteau, Albert 'Bébert' Falco, le film, donc, se base aussi bien sur les passions et aventures du commandant que sur ses relations parfois houleuses avec ses enfants, et surtout son fils cadet, Philippe, mort en 1979 dans un accident d'avion. C'est Wilson qui campe Cousteau, Pierre Niney joue Philippe, Audrey Tautou joue Simone, femme de Cousteau et mère de ses enfants, pour les rôles principaux de ce film ayant été tourné en décors naturels, et de sublimes décors d'ailleurs, aussi bien le sud de la France que l'Antarctique. 

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En 1950, Jacques-Yves Cousteau, ancien officier de la Marine Nationale, qu'il vient de quitter, veut se lancer dans l'exploration des fonds sous-marins, milieu qui l'a toujours passionné, et dont il a su faire partager la passion avec sa femme Simone et leurs enfants Jean-Michel et Philippe. Il loue la "Calypso", un vieux dragueur de mines britannique, à son propriétaire, et l'arraisonne afin d'en faire un navire d'exploration (un jour, à quai, un homme, Albert Falco, arrive et demande à Cousteau s'il n'aurait pas besoin d'un plongeur pour son équipage, et le commandant l'engage, et en fera son second pendant toutes ses années d'exploration). Trop jeunes, ses deux enfants sont envoyés en pension, ce qui sera très difficilement vécu par le cadet, Philippe, que les cartes postales, souvenirs et lettres de ses parents, au fil de leurs aventures, ne contentera pas. Une fois majeur, il rejoint l'équipage de la "Calypso" et, avec son père, tourne une série de films documentaires pour la télévision, qui obtiendra un gros succès. Mais entre les deux hommes, le père et le fils, les relations ont toujours été difficiles, et ne s'amélioreront pas vraiment avec le temps. Après une brouille, les deux hommes se réconcilient autour d'un projet : la sauvegarde de la planète et l'écologie, sujet important et qu'ils vont considérablement aborder, afin de sensibiliser la Terre à sa sauvegarde...

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Beauté des paysages naturels, excellence de l'interprétation (Lambert Wilson et Pierre Niney sont remarquables), efficacité de la réalisation, L'Odyssée est un très très bon biopic mâtiné de film d'aventures maritimes, qui donne envie de prendre le large pour explorer la mer et ses recoins, comme ce passionné de l'océan l'a fait pendant toute sa vie. Le film n'oublie pas les aspects un peu sombres de la vie du commandant (pas très intéressé par l'écologie au départ ; assez colérique parfois ; ayant des relations des plus délicates avec ses enfants, et surtout Philippe ; avide de célébrité et plus intéressé par son image de marque et l'argent que par le bien-être de son fonds de commerce, avant que son fils ne lui en fasse prendre conscience), mais ce n'est pas pour autant un réquisitoire. L'Odyssée aborde la vie du commandant et son aventure sans trop occulter les moments difficiles, mais en sachant aussi faire la part belle à ses beaux moments. Un film plutôt neutre, comme tout biopic qui se respecte, et un film plutôt bien écrit dans l'ensemble.

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Une seule chose m'a franchement énervé dans le film, car c'est un détail qui revient beaucoup trop souvent dans les biopics, surtout français : mettre, en ouverture de film, une séquence se passant à la fin de l'histoire (ou vers la fin), puis repartir bien des années plus tôt, faisant du reste du film un gigantesque flash-back. Ce genre de procédé tue en partie le suspense (on voit tout de suite ce qui va survenir à un des personnages principaux du film : en l'occurrence, ici, c'est le crash aérien de Philippe Cousteau, dans lequel il perdra la vie) et fait vraiment cliché, je ne compte plus les films biographiques qui l'utilisent. C'est de moins en moins original, ça ne l'est même plus du tout, et ça me saoûle personnellement, donc si parmi les gens qui me lisent figurent des scénaristes qui, un jour ou un autre, plancheront sur des biopics : arrêtez ce genre d'ouverture en flash forward, c'est nul, chiant, cliché, déjà vu, bateau, tout ce que vous voulez, mais en tout cas, ça n'améliore pas un film. Heureusement, L'Odyssée est, mis à part cette séquence d'intro (qui, vous vous en doutez, revient vers la fin du film, au moment de l'accident), un très très bon film. 


Liste

Voilà une petite liste des films que je compte aborder sur le blog d'ici quelques semaines ou mois (aucun ordre dans la liste) : 

Un Homme D'Exception

V Pour Vendetta (très bientôt)

Fargo

La Danza De La Realidad

La Dernière Vague

Sang Pour Sang

L'Odyssée (très bientôt)

Dark Shadows

Zulu

True Grit

The Player

Burn After Reading

Lovely Bones

John McCabe

Alien : Covenant

O'Brother

Invasion Los Angeles

Good Morning England

Le Dernier Roi D'Ecosse

Solaris (remake de Soderbergh)

Animal Factory

Pi

Shine A Light

The Big Lebowski

Miller's Crossing

22/11/63 (série TV)

La Couleur Pourpre

Star Wars, Episode 7 : Le Réveil De La Force

Du Sang Dans La Poussière

Memento

La Chevauchée Sauvage

Brewster McCloud

Signes

Insomnia (remake de Nolan)

The Mist

Scream

Alice Au Pays Des Merveilles (Burton)

Alice De L'Autre Côté Du Miroir (qui sera abordé sur le même article que celui du précédent film de la liste)

Le Grand Saut

Superfly

Le Village

American Gangster

Night Gallery (Série TV)

La Dernière Séance

When You're Strange

Chambre 1408

Sous Surveillance

Network

High Fidelity

Le Prestige

Rêves

Fisher King

Coeurs Perdus En Atlantide

1492, Christophe Colomb

Le Cid

Dreamcatcher

The Barber

Edge Of Tomorrow

Miss Peregrine Et Les Enfants Particuliers

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Red Christmas, plutôt

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Spoilers...

Parmi les premiers slashers (ah non !, je ne vais pas rappeler ce qu'est un slasher, j'ai abordé Scream de Wes Craven il y à quelques jours, et j'y expliquais ce qu'est ce sous-genre de film d'horreur) de l'histoire du cinéma, on peut compter La Colline A Des Yeux, de, ah ben tiens justement, Wes Craven, sorti en 1977, avec cette brave gueule de Michael Berryman dans le rôle de Pluto, le taré des collines. Mais il y à un film qui, sorti trois ans plus tôt (en 1974, donc), est parfois considéré comme le premier vrai slasher : Black Christmas, réalisé par Bob Clark, également réalisateur de l'immortel The Karate Dog en 2004, et de Porky's en 1982. De là à dire que Black Christmas est son chef d'oeuvre, je n'en sais rien, mais c'est quand même bien parti pour. Ce film est interprété par Margot Kidder (qui a obtenu un pri de la meilleure actrice, au Canadian Film Awards 1975, pour ce rôle), Olivia Hussey, Keir Dullea, John Saxon, Art Hindle, Andrea Martin, Doug McGrath et John Rutter, et il fut, au départ, prévu que Bette Davis et Malcolm McDowell jouent dans le film, qui ont apparemment refusé la proposition. Bien que le réalisateur soit américain, le film, tourné à Toronto, est officiellement canadien. Concernant Keir Dullea (mondialement célèbre, au final, pour un seul rôle : celui de Bowman dans 2001 : L'Odyssée De L'Espace de Kubrick et sa suite 2010 : L'Année Du Premier Contact de Peter Hyams), il n'a tourné que pendant une semaine, et n'a pour ainsi dire pas cotoyé les autres acteurs, n'ayant notamment jamais rencontré Margot Kidder ; mais le montage du film a été fait de telle sorte qu'on a l'impression qu'il était présent tout du long.

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- Allô ?

- Si tu avances quand je recuuuule, comment veux-tu, comment veux-tu, que je t'...

Film d'horreur culte s'il en est, Black Christmas a, signe distinctif des films d'horreurs cultes, été l'objet d'un 'rimaique' en 2006, par Glen Morgan. Peu importe ce qu'il vaut (sûrement que dalle), on ne va pas en parler ici. L'original, en revanche, mérite sa part de kudos et son statut culte et novateur : comme dans un gros paquetard de slashers qui viendront par la suite (La Nuit Des Masques, les Freddy, Scream...), le tueur, qui n'est pas masqué ici mais dont on ne voit jamais le visage, tue des étudiant(e)s au cours d'une date particulière du calendrier (pour La Nuit Des Masques, c'est à Halloween, d'autres films se passent durant le spring break, etc...), en l'occurence, à Noël. Sa proie principale, celle qu'il va harceler tout le long du film tant qu'il ne l'aura pas décapsulée, est une femme, touzours. Et il appelle ses victimes au téléphone (en VO, la voix du tueur de Black Christmas est celle du réalisateur) pour les terrifier avant de passer à l'acte. En revanche, dans la majorité des slashers, le tueur tue à l'arme blanche (couteau, machette, bonne grosse hache bien honnête, ou les doigts en ciseaux de Freddy Krueger), toujours, tandis que dans Black Christmas, ce n'est pas forcément toujours le cas. 

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L'action se passe pendant la période de Noël, dans une résidence étudiante de filles. Certaines pensionnaires, dont Jessica (Olivia Hussey) et Barbie (Margot Kidder), ne retournent pas dans leurs familles pour les vacances, mais décident de fêter Noël ensemble, à la résidence. Au cours d'une soirée entre copines, des appels téléphoniques, assez sordides, glauques, menaçants, se produisent. Bien qu'inquiètes, les étudiantes décident de ne pas appeler la police, de ne pas prendre ces menaces au sérieux, mais rapidement, une étudiante va disparaître, et la police retrouve le cadavre d'une étudiante non loin. Pendant que les étudiantes, affolées, recherchent leur ami disparue, un tueur fou et mystérieux, pénétré dans le bâtiment, va semer la mort parmi elles...

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A sa sortie, le film marchera plutôt bien (et même très bien : il a coûté quelque chose comme 600 000 dollars, il en rapportera 4 millions !), mais les critiques furent pour le moins partagées. Scénario remarquablement pourri (un tueur sème sa merde dans une résidence étudiante à Noël), mais scènes de meurtres plutôt bien foutues et ambiance globalement horrifique et réussie, le film de Bob Clark peut aujourd'hui encore mériter sa place parmi les meilleurs slashers qui soient. Le film se base sur une série de meurtres qui aurait eu lieu dans une université à Montréal, ainsi que sur une légende urbaine. Le film joue à fond sur l'horreur et le suspense, on ne voit jamais le visage du tueur (seulement sa silhouette et ses yeux), et autant le dire, on ne sait toujours pas, à la fin du film, de qui il s'agit, mis à part qu'il s'agirait d'un certain Billy. Bien entendu, d'autres films seront faits par la suite sur ce tueur insaisissable. Je ne les ai pas vus, j'imagine seulement le résultat et ça me coupe direct l'envie de les voir (j'ai trop bouffé ma part de mauvais slashers dans mon adolescence pour  avoir la moindre...petite...envie...de recommencer). Pour en finir avec Black Christmas, c'est un classique du genre, avec ses qualités, ses défauts, il a un peu vieilli, mais ça reste très efficace !

22 septembre 2017

Kolchak

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Spoilers...

En 1994, la publication en français de l'essai de Stephen King Anatomie De L'Horreur (Stephen King's Danse Macabre en titre original) est enfin sur les étagères des librairies de France, de Navarre et de la Creuse orientale. Quand on sait que l'essai en question date de 1981, on se dit que vieux motard que jamais (euh...), pas vrai ? Dans cet essai gigantesque que je conseille à tous les fans de l'auteur (et à tous les fans de fantastique/horreur), King parle de l'horreur selon plusieurs formes : le cinéma (y compris les séries Z), la littérature (un chapitre immense et long parle de 10 romans grandioses parus entre les années 50 et 1981), la radio, les mythes, il parle aussi un peu de lui...et un chapitre parle de la télévision. King parle de séries TV qui l'ont marqué, ou qui ont marqué la télévision : Au-Delà Du Réel, Thriller (présenté par Boris Karloff dans les années 60), La Quatrième Dimension...Il parle aussi, rapidement, pour la défendre un peu tout en reconnaissant que ce n'est pas génial, d'une série TV n'ayant eu qu'une seule saison, en 1974 : Dossiers Brûlants. Cette série, disponible en deux coffrets de 4 DVD, n'a donc durée qu'une seule saison, et 20 épisodes plus deux pilotes long-format (qui, pour des raisons de différences de droits, ne sont pas sur les DVD, et ne sont même pas commercialisés en-dehors des USA).

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Chaque coffret DVD contient 10 épisodes. Je peux pousser un coup de gueule ? Merci. Pourquoi avoir scindé la seule et unique saison en deux boitiers de 4 DVD quand on pouvait réunir les quelques 16 heures de la série (20 épisodes de 50 minutes chacun) en 5 ou 6 disques et un seul coffret ? Après tout, la saison 4 de La Quatrième Dimension est constituée de 18 épisodes de 50 minutes et malgré cela, elle est disponible en un coffret 5 DVD (avec le dernier des 5 disques qui ne contient que deux épisodes). Expliquez-moi comment un rajout de 100 minutes (soit deux épisodes) entraîne deux coffrets de 4 disques, avec à chaque fois deux disques de 3 épisodes et deux disques de 2 épisodes ? Et ne me parlez pas du fait qu'il s'agisse probablement d'un éditeur DVD différent, car ce n'est pas le cas : Dossiers Brûlants et La Quatrième Dimension sont tous deux édités en DVD par Universal... On a donc pour moi un bel exemple d'attrape-couillons, concernant ces deux coffrets commercialisés alors qu'un seul pourrait très bien avoir suffi. Fin du coup de gueule. 

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La série TV, sinon, dont le titre original est Kolchak : The Night Stalker, est une série culte qui, à sa diffusion aux USA (il faudra attendre 1989 pour qu'elle soit diffusée en France, rapidement, sur Canal + ; elle a probablement été rediffusée sur le câble depuis lors), n'obtiendra pas énormément de succès, ce qui explique qu'il n'y à eu qu'une seule saison, évidemment. Produite par Cy Chermak, elle avait été précédée de deux TVfilms à grand succès : The Night Stalker et The Night Strangler, le premier étant adapté d'un roman que Stephen King qualifie de mauvais. Face au succès de ces deux TVfilms, on a donc décliné le tout en une série qui est aujourd'hui considérée comme l'ancêtre de X-Files : Aux Frontières Du Réel, ni plus, ni moins. Le personnage principal, Karl Kolchak, joué par Darren McGavin (qui le jouait aussi dans les deux TVfilms, dont je vais arrêter de parler car je ne les ai pas vus, et ne sais d'eux que ce que King en a dit dans son essai précédemment cité), est un journaliste curieux et cynique, au sens de l'humour décapant, un vieux de la vieille, un journaliste comme on se l'imagine, avide du moindre scoop, qui fait bien chier les flics et son boss consensuel. A chaque épisode, il va tomber sur des affaires flirtant totalement avec le surnaturel : fantômes, zombies, monstres divers, rien n'échappera aux scénaristes de la série !

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Comme King le dit dans la petite partie du chapitre TV qui est consacrée à Dossiers Brûlants, la série a été victime d'elle-même : au fur et à mesure que les épisodes étaient diffusés, il était de plus en plus difficile de croire à ce que l'on voyait. A chaque fois, un monstre différent : vampire, loup-garou, motard sans tête ("A Toute Vitesse", épisode bien glauque et assez gore), sorcières, zombies, à croire que les USA entiers (les épisodes se passaient dans diverses villes, comme Chicago, pas que dans une seule : les deux pilotes se passaient respectivement à Las Vegas et Seattle) sont peuplés de monstres et que seul Kolchak est à même de les repérer et de les affronter, tout en gardant son cynisme et son humour légendaires. Stephen King n'hésite pas à écrire que cette série est nulle, mais il l'aime bien, en partie à cause de sa nullité, on peut la qualifier de nanarde, même si certains épisodes (essentiellement les premiers : "Le Viol", "Le Zombie", "Vampires Sur Hollywood"...) sont vraiment pas mal. Mais au bout de 20 épisodes accueillis, à l'époque, avec de moins en moins d'enthousiasme, la série a cessé, n'a jamais été relancée, personne n'ayant jamais fait le coup des fans de Star Trek ayant, alors que la série avait été stoppée, réclamé à hauts cris qu'elle ne revienne sur les écrans (ce qui fut fait  et c'est probablement un cas unique de série relancée par l'amour de ses fans).

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Que vaut Dossiers Brûlants, alors ? Quelques petits moments de frissons légers mais bien agréables, des scénarii assez bien troussés parfois (mais pas toujours), un acteur principal charismatique et remarquable dans le rôle de de journaleux aux prises avec l'innommable (notons que Richard Kiel, le légendaire Requin dans deux James Bond, joua un monstre dans un des épisodes), un humour très présent, des effets spéciaux ayant pris un coup dans l'aile gauche et deux dans le pare-chocs mais tout de même sympathiques (idem pour la qualité audio et vidéo : d'époque, mais très correcte), et une ambiance surnaturelle pré-X-Files qui tient bien la route, même si, dans l'ensemble, ce n'est évidemment pas du grand art. Mais c'est regardable, et une belle petite curiosité issue du mitan des années 70. Pour fans de séries TV fantastiques, et de fantastique en général, donc, mais n'en attendez pas non plus des tonnes, ce n'est pas immense, juste correct. King est un peu méchant quand il dit que c'est nul, c'est juste médiocre, mais attachant. 

Premier Kubrick

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Spoilers...

Enfin en DVD, roooooognnnnntudjuuuu ! Enfin en DVD, même s'il ne vient pas tout juste de sortir du four, hein, il existe en DVD, de manière officielle, depuis 2012, mais tout de même. Et quand je dis DVD, je veux dire DVD Zone 2 avec sous-titres français (le film n'a jamais été doublé en VF), sur un éditeur français ("Films Sans Frontières"), pas une édition DVD anglaise sans sous-titres, ou une Zone 1 américaine illisible hors du continent de Donald. Et si je suis aussi content d'avoir enfin, chez moi, une copie DVD de ce film, c'est parce que c'est un film de Stanley Kubrick, et que je suis ultra-méga-béta-gamma-zéta-terra fan de Stanley Kubrick, et que c'était le film qui manquait pour avoir toute sa filmographie (longs-métrages) en glorieuses galettes. Et parce que ce film, son premier, tout premier, tout tout premier, tout tout tout premier film, sorti en 1953, fut pendant longtemps introuvable, sauf en copies DVD de très mauvaise qualité ou en streaming pirate d'aussi mauvaise qualité sur TonTube. Parce que Kubrick, de son vivant, fit tout pour empêcher la commercialisation et distribution en salles de ce premier film, qu'il jugea inepte, et dont il fit détruire plusieurs copies. Fear And Desire, les potes. Fear And Desire existe enfin en DVD, et de manière OFFICIELLE, et avec une copie restaurée, tant pour l'image (qui, par moments, souffre un peu, mais vraiment rien de grave) que le son. Aucun bonus, bien sûr, mais bon...

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Kubrick serait encore de ce monde, une édition DVD (et il y à même eu une sortie discrète en salles dans de petits cinémas d'art et d'essai, je crois) officielle de ce film ne serait jamais sortie. Il l'aurait refusée. Même une pétition des fans n'aurait rien changé. Il a souvent dit au sujet de ce film, un film vraiment court (58 minutes, plus un moyen-métrage qu'un long-métrage ; son film suivant, Le Baiser Du Tueur, sorti en 1955, au sujet duquel il ne sera pas beaucoup plus tendre, mais dont il n'empêchera jamais la commercialisation, est à peine plus long), qu'il n'était pas bon, un film puéril, fait trop rapidement, par un réalisateur alors amateur, avec peu de moyens, et dont le scénario (pourtant écrit par Howard Sackler, futur Prix Pulitzer) était d'une indigence crasse. A voir le film, force est de constater que Fear And Desire n'est absolument pas un des meilleurs crus du réalisateur de Barry Lyndon. On ne saurait le comparer avec aucun autre film du Maître, car c'est vraiment un film à part. Parmi les acteurs (certains dans deux rôles distincts, qui ne se croisent jamais) qui participent à ce film, Frank Silvera sera l'année suivante l'acteur principal du Baiser Du Tueur, et Paul Mazursky fait ici sa première performance d'acteur, mais sera par la suite essentiellement connu comme réalisateur. Les autres acteurs sont Kenneth Harp, Steve Coit, Virginia Leith, et la voix-off est de David Allen. 

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L'histoire tient en peu de lignes : dans un pays indéterminé, à une époque indéterminée (mais au plus tôt dans les années 40, apparemment, vu l'attirail et les tenues), une petite unité de soldats (ils sont quatre : un lieutenant, un sergent, et deux troufions) erre en territoire ennemi, pendant une guerre. Ils vont devoir évoluer sur ce territoire sans se faire prendre, devant notamment construire un radeau de fortune pour traverser une rivière afin de gagner les avants-postes. La découverte d'une jeune femme, terrifiée, qu'ils vont capturer pour éviter qu'elle ne parle à leur sujet, va considérablement faire empirer la situation : l'un des soldats, Sidney (Paul Mazursky), chargé de la surveiller pendant que les autres vont fouiller les environs, va péter les plombs à son contact, tombant amoureux d'elle avant de la libérer et de la tuer, dans un accès de folie...

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Tourné avec un budget rikiki (dans les 10 000 dollars, fournis par des proches), dans des décors naturels forestiers et avec une équipe réduite (parmi eux, Toba, son épouse d'alors) et des acteurs peu réputés, voire même non-professionnels (comme je l'ai dit, Mazursky fait ici ses débuts d'acteur), Fear And Desire ne dure que 58 minutes, générique de début compris, et c'est tant mieux, car autant le dire, on trouve le temps un peu long, des fois, et surtout durant les 20 premières minutes du film. Je ne dirai pas que c'est mal joué, et encore moins mal réalisé (surtout pas : on trouve ici, en fait, déjà plusieurs des obsessions de Kubrick pour les beaux plans, les cadrages parfaits et les jeux d'ombres, Kubrick a démarré comme photographe, après tout), mais c'est assez lent, vieillot. La voix-off fait parfois un petit peu ridicule et kitsch, et le jeu de certains acteurs n'est pas parfait. La scène où Mazursky, devant la pauvre fille (Virginia Leith) attachée à l'arbre, imite un homme en train de faire ripaille est plutôt ridicule. 

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Fear And Desire, j'ai donc la tristesse de le dire, n'est pas un très très bon film, malgré qu'il s'agisse de Kubrick et que, comme il est indiqué au dos du DVD, il marque le début d'une sorte de cercle achevé avec Eyes Wide Shut (un autre film sur "la peur et le désir", mais dans un tout autre contexte). Mais c'est  cependant bien peu de choses que ce petit film (dans tous les sens du terme), qui n'a de remarquable que d'être le coup d'essai cinématographique (ses premiers courts-métrages exceptés) du futur réalisateur de tant de monuments. Clairement, ses deux premiers films, celui-ci et Le Baiser Du Tueur, sont ses moins aboutis. Ils restent à voir, et donc Fear And Desire reste à voir, par curiosité, et parce qu'il s'agit de Stanley Kubrick, mais il faut quand même avouer que peu de choses ici (la beauté des cadrages et de la lumière, le nom de Kubrick et la réputation d'oeuvre quasiment perdue du film) éloignent ce film de la production cinématographique américaine lambda de son époque (pour les 'petits' films type série B, je veux dire). On notera cependant que ce premier Kubrick est, déjà, un film de guerre, genre qu'il reprendra à deux reprises, en 1957 et en 1987. Mais ne vous attendez pas à des scènes de guerre pour autant !


Les révoltés de Cinque

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Spoilers...

Ce film aurait pu être tellement grandiose : Steven Spielberg s'attelant à un film sur l'esclavage et les droits de l'Homme, avec comme têtes d'affiche Morgan Freeman et Anthony Hopkins. Il n'est que très bon, la faute à une réalisation des plus académiques et à une durée un peu épuisante (le film dure 2h30 mais semble en durer deux fos plus parfois à cause de longueurs). Je veux bien sûr parler d'Amistad, réalisé par tonton Steven en 1997, une bien mauvaise anne pour le réalisateur, car aussi celle du Monde Perdu : Jurassic Park II, suite vraiment ratée du Jurassic Park de 1993. Notons au passage que la suite de Jurassic Park et Amistad furent les premiers films de Spielberg depuis La Liste De Schindler et Jurassic Park, tous deux de 1993. Quatre années pendant lesquelles Spielby n'a rien tourné, ayant cependant conçu sa société de production Dreamworks SKG pendant ce laps de temps (1994), et Amistad sera le premier  Spielberg produit par Dreamworks. Aussi, quand Spielberg est revenu au boulot en 1997, on attendait vraiment quelque chose de sa part. Histoire que ces quatre années n'aient pas été en vain. Mais Le Monde Perdu : Jurassic Park II, tout en ayant été un succès au box-office (je ne me l'explique pas, personnellement), est aujourd'hui considéré comme un des pires films de son réalisateur, et Amistad, sorti peu après, et qui, lui, n'ameutera pas vraiment les foules, n'a pas une meilleure réputation.

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C'est un fait, dès sa sortie, le film a été quelque peu qualifié de sous-Spielberg, au même titre, autrefois, que Hook et Always. Et un peu comme le seront, par la suite, Le Terminal et Cheval De Guerre. Certes, Amistad n'est pas parfait : comme je l'ai dit, sa réalisation très académique et figée desservent le film et la réputation de Spielberg. Le film a été tourné sans génie, c'est quand même meilleur que le niveau d'un TVfilm, mais ce n'est pas du niveau d'un grand cru spielbergien. Les acteurs sont vraiment bons, en revanche : Morgan Freeman, Djimon Hounsou (révélé par le film, il jouera par la suite dans Gladiator), Matthew McConaughey, Anthony Hopkins, Stellan Skarsgard, Anna Paquin, Pete Postlethwaithe (qui, la même année, joua aussi dans la suite de Jurassic Park), Nigel Hawthorne, Tomas Milian. La photographie est signée du grand Janusz Kaminski, et est sublime, et la musique, de John Williams, grand habitué spielbergien, et si ce n'est pas un des meilleurs scores de Williams, c'est tout de même très bon. Mais malgré tout ça, malgré un casting excellent, une belle photographie, et le nom de Spielberg, malgré aussi la beauté du sujet (l'esclavage, un sujet fort, prenant, qui touche tout le monde), le film se ramassera une pile et des critiques assassines. On reprochera à Spielberg la violence de certaines scènes (attendez, les mecs ! Attendez de voir la séquence introductive de son film suivant, Il Faut Sauver Le Soldat Ryan, pour accuser Spielby de mettre de la violence !), et on l'accusera d'avoir traité le sujet avec désinvolture.

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Le sujet est basé sur un roman lui-même basé sur des faits réels survenus en 1839 : des esclaves noirs, capturés en Afrique (Sierra Leone) par des Espagnols, sont embarqués sur un bateau (une goélette) à destination du Nouveau-Monde, l'Amérique. Le nom du bateau : La "Amistad". Au cours de la longue et épuisante traversée, les esclaves, menés par Cinque (Djimon Hounsou), vont se révolter et massacrer leurs geôliers (sauf deux hommes qu'ils épargnent). Ils prennent alors le contrôle de La "Amistad", qui arrive aux Etats-Unis. Cinque avait ordonné aux deux Espagnols qu'il avait épargnés de conduire le bateau vers l'Afrique, afin de les ramener chez eux, mais au cours d'une nuit, un des Espagnols vira de bord à destination de l'Amérique. Le navire arrive à bon port, et dès qu'il est arraisonné, les esclaves sont arrêtés et conduits en prison pour y être jugés pour le meurtre de leurs geôliers. C'est alors qu'un jeune avocat, Roger S. Baldwin  (Matthew McConaughey), quasiment inexpérimenté et encore idéaliste, se propose des les défendre. Il va solliciter l'aide d'un ancien Président, fervent abolitionniste, John Quincy Adams (Anthony Hopkins), afin de l'aider dans sa tâche, tâche difficile compte tenu qu'aucun des esclaves (considérés comme de la marchandise) ne comprend l'anglais ou l'espagnol...

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Histoire vraie ayant servi la cause abolitionniste et devenue par la suite un exemple, celle de ces esclaves révoltés accusés de meurtre pour s'être rebellés contre ceux qui les avilissait était un sujet en or pour le cinéma, et Spielberg clairement un réalisateur idéal pour faire le film. Il n'empêche qu'Amistad est moyennement réalisé, comme si Spielberg s'était quelque peu désintéressé de son film pendant le tournage. Le film contient cependant de beaux restes, comme la révolte des esclaves, au début, séquence d'une grande violence (et d'autres séquences, situées par la suite dans le film, en flash-back, sont aussi très dures, comme quand la femme de Cinque, sous le regard de son mari, préfère se jeter dans l'océan, avec leur bébé, plutôt que de continuer à endurer tout ça ; Cinque la regarde faire, acceptant silencieusement ce choix désespéré), ou le plaidoyer de John Quincy Adams, sublime monologue tenu par un Anthony Hopkins en très grande forme. 

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Le film n'est donc pas immense, mais il reste à voir, ne serait-ce que pour ses acteurs et son sujet. Sujet qui sera probablement encore mieux abordé par Steve McQueen (non, pas le même ! Celui-ci est black, et toujours en vie, deux raisons pour ne pas le confondre avec l'autre Steve McQueen) et son film 12 Years A Slave, film très dur et absolument remarquable. Dur, Amistad l'est aussi, et certains passages sont franchement remarquables. Dans l'ensemble, c'est un bon film, un cru moyen de Spielberg certes, mais comme je l'ai déjà dit, même les Spielberg les moins bons sont quand même pas mal du tout (enfin, sauf Hook et la suite de Jurassic Park), et si on ne le regardera pas aussi souvent que, disons, Rencontres Du Troisième Type, on verra quand même Amistad sans déplaisir. Sans trop de déplaisir, plutôt. 

21 septembre 2017

Les affreux de la création

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Spoilers...révélations sur le film !

Tout a déjà été dit cent fois, mille fois, cent mille fois, sur ce film, alors pourquoi devrais-je essayer de dire quelque chose de plus à son sujet ? Comme l'affiche le dit fièrement, ce film des frères Cohen (leur quatrième) a obtenu, à Cannes en 1991, le Prix de la mise en scène, le Prix d'interprétation masculine, et surtout, surtout, la suprême récompense cannoise (et cinématographique), la Palme d'Or. Sept autres récompenses, au fil de cérémonies diverses (Los Angeles Film Critics Association, London Film Critics Circle, etc) et plusieurs nominations aux Oscars (mais aucune statuette en revanche) ont émaillé la carrière de ce film sorti, donc, en 1991, ce Barton Fink absolument indépassable dans le genre. Et quel genre, au fait ? Comédie, comédie dramatique, film noir, délire absurde et kafkaïen, film d'atmosphère, film d'épouvante, drame, chronique, ce film est un peu tout ça à la fois. En tout cas, il représente 111 minutes totalement sublimes que tout amateur de bon, de vrai cinéma se doit de voir à tout prix, et pas qu'une fois, non, au moins deux fois (ce n'est pas que le premier visionnage soit difficile, loin de là, mais le film mérite vraiment plusieurs visionnages).

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Le film est interprété par deux acteurs qui seront par la suite des habitués des films des Frères Cohen (au passage, le film est officiellement réalisé par Joel seul, son frangin Ethan n'étant crédité que pour le scénario, mais on sait bien que les deux frères font toujours la réalisation et le scénario à deux) : John Turturro (déjà à l'affiche de Miller's Crossing, le précédent film des frangins) et John Goodman (déjà à l'affiche d'Arizona Junior, le deuxième film des frangins), et que l'on reverra tous deux dans d'autres films des frangins, comme The Big Lebowski, O'Brother (pour les deux acteurs), Inside Llewelyn Davis, Le Grand Saut (pour Goodman). Tous deux, de remarquables acteurs (Goodman a souvent été quelque peu sous-utilisé pour son physique de bon gros rondouillard souriant au regard qui pétille, je trouve ; ici, il est dans un de ses plus grands rôles), et ils sont entourés, pour le reste de la distribution, d'acteurs tout aussi épatants : Steve Buscemi (dans un rôle court, secondaire, mais hilarant), Michael Lerner, Judy Davis, Tony Shalhoub, John Mahoney, Jon Polito. La très bonne musique du film est signée Carter Burwell.

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1941. Barton Fink (John Turturro), un homme un peu timoré et tourmenté, est un auteur de théâtre réputé de la scène new-yorkaise, il vient d'être littéralement encensé par la presse et le public pour sa pièce, dans laquelle il a tenté (avec succès, donc) de toucher le coeur des petites gens, de s'intéresser au petit peuple. Son agent l'encourage à tenter sa chance dans l'industrie du cinéma, à Hollywood, car avec son talent, il pourrait accoucher de scénarii remarquables pour le septième art. Fink, bien que triste (et même déprimé) à l'idée de quitter son cocon new-yorkais, accepte, et il débarque, presque à contrecoeur, à Los Angeles, trouvant une chambre dans un hôtel plus ou moins miteux et faussement luxueux. Dès son entretien avec Jack Lipnick (Michael Lerner), patron de Capitol Movies, la firme l'ayant engagée sur promesse de son agent et des bonnes critiques new-yorkaises de sa pièce, Barton sent que ça ne va pas être facile-facile : Lipnick, volubile (une caricature du nabab du cinéma) et quelque peu impressionnant, met d'emblée Barton sur un projet de scénario de film sur le catch. Pour Fink, auteur cérébral, tourmenté et dramatique, autant dire que ça ne convient pas trop, un peu comme si on demandait à Kubrick d'écrire un scénario de comédie pour Adam Sandler.

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Barton, cependant, accepte (en même temps, il n'a pas eu son mot à dire durant l'entretien), mais à peine la première ligne du scénario tapée sur sa machine (une simple description d'une rue crasseuse et bruyante) qu'il sèche complètement. Entendant un de ses voisins faire du bruit (et du bruit étrange : à la fois pleurs, rires et cris), il appelle la réception pour en faire part, et Chet (Steve Buscemi), l'employé unique de la réception, appelle à son tour le voisin. Qui vient directement frapper à la porte de Barton, qui ouvre, et tombe sur un costaud trempé de sueur, le regard pas commode, Charlie Meadows (John Goodman), lequel s'excuse quasi immédiatement de la gêne quand il entend de la bouche de Barton que celui-ci n'avait pas appelé pour se plaindre, mais juste pour savoir si tout allait bien chez le voisin. Entre Barton et Charlie, qui travaille dans les assurances et admire tout ce qui est cérébral (n'étant pas aussi bien fourni, niveau cellules grises, que Barton, et il le reconnaît sans peine), le contact va très bien passer, immédiatement. 

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Un jour, dans un restaurant huppé où il déjeunait avec Ben Geisler (Tony Shalhoub), le producteur du film qu'il est censé écrire (mais ça n'avance toujours pas), Barton fait la connaissance, dans les WC, de W.P. Mayhew (John Maloney), fameux écrivain plus qu'à moitié alcoolique (il l'a d'ailleurs entendu gerber copieusement dans les chiottes) mais à la réputation immense (soit-dit en passant, ce personnge fictif s'inspire d'un vrai écrivain, William Faulkner), qui travaille également dans l'industrie du cinéma comme scénariste. Lui demandant, gêné, quelques conseils, Mayhew lui demande de passer le voir dans l'après-midi, et s'y rendant, Barton fait la connaissance d'Audrey (Judy Davis), l'assistante et amante de Mayhew, lequel est alors en pleine crise de delirium tremens et hurle partout. Barton, au fil de ses rencontres avec Mayhew (qu'il admire pour son oeuvre), va sympathiser avec Audrey, qui accepte de l'aider à écrire le scénario du film. Ils finissent même par coucher ensemble. Le lendemain de leur nuit d'amour, Barton, en écrasant un moustique sur le dos d'Audrey, allongée endormie dans le lit, voit subitement une énorme tache de sang sur le matelas, et constate, terrifié, paniqué, qu'Audrey est morte, assassinée pendant la nuit. Complètement affolé, il fait venir Charlie qui le croit immédiatement quand il lui dit qu'il n'y est pour rien, et se débarrasse du corps pour l'aider. Ce choc semble avoir débouché quelque chose chez Barton qui, d'un coup, va réussir à écrire son scénario...

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Je préfère m'arrêter là pour le résumé, j'ai déjà parlé de pas mal de choses, mais je n'ai pas envie de dire ce qui se passe après. Sachez seulement qu'il est difficile de prévoir ce qui va se passer dans ce film, tant Barton Fink mélange  les ambiances, les genres. Le moindre petit détail percute, souvent de manière humoristique : le papier peint de la chambre de Barton qui se décolle par pans (au point qu'il est obligé de le punaiser) ; les moustiques qui le bouffent alors que selon un des personnages, il n'y à pas de moustiques à Los Angeles, la ville étant, d'un point de vue du climat, plutot sèche qu'humide ; le passage de la Bible de sa chambre d'hôtel qui, ouvert à la Genèse, cite littéralement la première phrase du scénario qu'il a écrite et sur laquelle il sèche ; le bruit ahurissant que fait la porte de sa chambre en s'ouvrant et se fermant ; le couloir de l'hôtel, qui semble interminable et toujours parsemé de chaussures en attente d'être cirées... Magistralement écrit, ce film est un régal de tous les instants, qui donne envie de rire et de frémir en même temps (la fameuse boîte qu'un des personnages remet à Barton dans le film, qu'il n'ouvre jamais, et il ignore ce qu'elle contient, mais arrivé un moment du film, on a des doutes sur la question).

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Les acteurs ? Immenses. Turturro et Goodman sont juste inoubliables, et les acteurs secondaires sont tellement puissants, comme il fut dit dans une critique (française) du film à l'époque, qu'ils semblent avoir autant d'importance que Turturro et Goodman. L'atmosphère du film alterne entre comédie absurde, film noir, chronique d'un écrivain paumé à Hollywood et délire à la Festin Nu (sans aller dans les mêmes délires visuels ceci dit, que le roman de Burroughs et son adaptation par Cronenberg). Il est difficile de ne pas ressentir de l'attachement pour les deux personnages principaux, Turturro et Goodman parvenant à être émouvants par un simple regard. Emouvants ou drôles : l'entretien entre Barton et Lipnick, au début du film, durant lequel Lipnick impose le film de catch (qu'il ne veut pas être une série B, alors que ça ne pourra qu'en être une au final, vu le sujet !), est terrible, les regards de Turturro sont juste géniaux, il dit toute sa détresse affolée et consternée sans quasiment prononcer un mot. Imaginez Sacha Guitry à qui vous demandez d'écrire un scénario de film d'horreur du type slasher, imaginez son regard quand vous lui demandez ça, et bien, c'est pareil. Ne vous fiez pas à la photo ci-dessous, elle n'est pas issue de cette scène de l'entretien, mais a lieu bien plus tard, dans un tout autre contexte. Ceci dit, l'expression de Turturro est sympathique là aussi.

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Pour finir, Barton Fink est assurément le meilleur film des frères Cohen, et je sais ce que vous vous demandez sûrement si vous connaissez un peu l'oeuvre des frangins : pourquoi ne pas citer Fargo, ou The Big Lebowski ? Attention, ces deux films sont géniaux, c'est clair (Fargo et Barton Fink sont mes deux préférés des bonshommes), mais Barton Fink est pour moi, clairement le plus abouti, et le fit que ce soit justement ce film qui ait obtenu la Palme d'Or n'entre qu'un peu en ligne de compte. Après tout, les frangins auraient très bien pu obtenir la Palme pour leur génial No Country For Old Men, ou pour Fargo, ces deux films auraient certainement mérité une telle récompense, mais c'est Barton Fink qui l'a eue, et je pense que c'est tout totalement mérité. Dans l'ensemble, la filmographie des frangins est excellente, des films comme Arizona Junior, The Barber, Burn After Reading, O'Brother, Fargo, Sang Pour Sang ou The Big Lebowski, sans oublier No Country For Old Men et Miller's Crossing, sont autant de petites (ou grandes) claques, des films envoûtants, remarquables, drôles ou pas, toujours cyniques et bien à part. Deux réalisateurs, deux auteurs, cultes et remplis de talent. Une filmographie quasiment intouchable (pas fan de The Ladykillers, Intolérable Cruauté et Ave César) et dont, définitivement, ce Barton Fink de 1991 est le jalon absolu. Il faut voir les films des frères Cohen. Tous. Mais si vous ne deviez en voir qu'un seul, optez pour Barton Fink.

Le loup de La Défense

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Spoilers !

Janvier 2008 : l'Affaire Kerviel explose dans les médias. Et si vous ne savez pas de quoi je veux parler, je ne peux plus rien pour vous. 4,8 milliards d'euros perdus par la Société Générale par le simple biais d'un seul de ses traders, Jérôme Kerviel, engagé depuis 2000 dans la banque, et ayant assez rapidement intégré la salle des marchés boursiers. La question se posait : comment un seul homme pouvait-il avoir fait perdre autant d'argent à une banque, sans que celle-ci n'ait rien vu ? On a assez rapidement accusé le bonhomme de malversations, il a fait de la taule, un long procès a été fait, suivi d'un autre en appel, etc, un vrai bordel judiciaire dans lequel je n'entrerai pas car : a) je ne m'y connais pas assez en droit et en justice pour expliquer tout ce qui a été fait et dit et b) je n'ai pas tout suivi, sans oublier c) je ne suis pas là pour ça, mais pour parler du film, car film il y à eu, qui a été fait sur cette incroyable histoire. Le film est sorti en 2016, soit 8 ans après, et est réalisé par Christophe Barratier, le réalisateur des Choristes et de Faubourg 36, pas vraiment le mec qu'on se serait attendus à voir réaliser (et écrire, car il a co-signé le scénario avec Laurent Turner) un film sur l'Affaire Kerviel. Le film s'appelle L'Outsider, et il est interprété par Arthur Dupont, François-Xavier Demaison, Sabrina Ouazani, Soren Prévost, Ambroise Michel, Stéphane Bak, Tewfik Jallab, Thomas Coumans, Mhamed Arezki et Sophie-Charlotte Husson. 

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Contrairement à L'Ivresse Du Pouvoir de Chabrol qui abordait l'Affaire ELF en changeant les noms de tous les protagonistes et firmes (mais personne n'était dupe, surtout que Chabrol lui-même avait dit que le film parlait de ce scandale), L'Outsider ne change rien : le personnage principal s'appelle Jérôme Kerviel, la société qui l'engage est la Société Générale, et probable que les noms des collègues, du moins les plus importants dans l'intrigue, ont été conservés. Il en résulte une ambiance assez proche du documentaire, mais avec acteurs, et une réalisation et interprétation type thriller. L'histoire démarre en 2000 avec l'arrivée, au sein de la Société Générale, de Jérôme Kerviel (Arthur Dupont, remarquable), recruté pour bosser au middle office, au service des traders. Son boulot est d'apporter du grain à moudre aux traders de la salle des marchés, et suite à un coup de chance, il intègre rapidement ladite salle, un vrai zoo humain. Il se retrouve au desk (bureau) de Fabien Keller (François-Xavier Demaison), en tant que simple assistant, un boulot de malade qui ne lui laisse que peu de temps pour respirer et le fait quitter la salle totalement éreinté en fin de journée. 

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Keller et ses collègues vont lentement mais sûrement inculquer les bases du métier de trader à Jérôme, et lui faire découvrir un mode de vie plus ou moins dissolu (sorties en boîtes, dérives de toutes sortes au cours de séminaires professionnels...), tandis que lui va connaître une histoire d'amour plus ou moins mouvementée avec une employée de la boîte, Sofia (Sabrina Ouazani), rencontrée suite à une mauvaise blague que ses collègues lui ont fait à son sujet, la faisant passer pour une nymphomane. Jérôme, au fil de son parcours, et jusqu'à la chute en 2008, va prendre du galon, de l'assurance, plaçant l'argent de la Société Générale sur des marchés boursiers de plus en plus risqués, faisant gagner beaucoup d'argent à la société (et, donc, à lui, car il touche des commissions en plus de son salaire), mais prenant évidemment des risques de plus en plus forts, et de moins en moins calculés... Ses supérieurs ne viendront jamais lui dire quoi que ce soit sur ses placements à risques, ce qui incitera Jérôme à en vouloir encore plus. Plus dure sera la chute ! 

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Construit comme un thriller tout en étant une comédie dramatique, L'Outsider est très bien écrit, passionnant de bout en bout, une sorte de Loup De  Wall Street en version française et pépère. Ce n'est évidemment pas aussi puissant que le film de Scorsese, il n'y à pas cette atmosphère de pur délire que l'on retrouve dans le film (qui plus est, long de 3 heures) inspiré de l'histoire vraie de Jordan Belfort, mais c'est grosso modo la même chose, l'histoire d'un homme ayant parié gros dans le monde de la bourse, ayant amassé pas mal d'argent (mais pas pour lui, ici) et surtout, en ayant perdu un gros paquet, avec case prison et procès au final, avant la rédemption. Les acteurs sont vraiment excellents, surtout Arthur Dupont et François-Xavier Demaison (d'autant plus convaincant en trader impitoyable qu'il a travaillé dans la finance avant de se lancer comme comique ; c'est le fait d'avoir assisté, dans un bureau de Manhattan où il bossait en stage alors, aux attentats du 9/11 qui l'a incité à changer de voie), la réalisation est sobre et efficace, et le film n'est pas trop long, un peu moins de 2 heures. On suit le parcours incroyable de ce trader, tout en sachant ce qui va se passer à la fin, avec d'autant plus d'intérêt qu'on a l'impression de regarder un polar, pas un biopic ou un film sur un scandale financier, alors que L'Outsider, à la base, n'est rien d'autre que ça. Je conseille vraiment le visionnage de ce film, ce n'est pas un monument, on est d'accord, mais c'est vraiment bien foutu et on ne s'ennuie pas à le regarder. 

20 septembre 2017

Beautiful Loser

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Spoilers...

Il me restait un film de Sam Peckinpah à aborder ici. Enfin, non, il m'en restait trois : celui-ci, et ses deux premiers films, Coups De Feu Dans La Sierra et New Mexico, mais je n'ai pas l'intention de les aborder. En revanche, depuis le temps que je voulais le faire, ce Junior Bonner, maintenant c'est chose faite. Je vais commencer ma chronique par pousser un violent coup de gueule : ce film, sublime, est totalement oublié. Il ne passe jamais à la TV (en tout cas, pas sur la TNT et les chaînes du câble ; peut-être sur des chaînes cinéma internet ou satellite, je ne regarde jamais leur programmation vu que je ne les ai pas, mais j'en doute fortement quand même), et son édition DVD française est tout simplement merdeuse, honteuse. Il n'existe pas en Blu-ray, bien entendu, au passage. Et pour ce qui est du DVD, c'est une édition au rabais de chez au rabais, avec uniquement la VF, sans aucun bonus évidemment, avec une qualité audio et vidéo digne d'une vieille VHS (et rien qu'à regarder la jaquette DVD au rabais, qui semble faite par des amateurs et avec un résumé plutôt mal foutu et ne résumant pas bien le film, on a l'impression que c'est juste un transfert, en DVD, jaquette comprise, d'une édition VHS). Et le pire du pire : le film, mis à part ses génériques, a été outrancièrement recadré ! Compte tenu qu'un des atouts du film (et des films de Peckinpah en général), c'est le grand angle et les grands espaces, c'est peu de dire que Junior Bonner, Le Dernier Bagarreur, dans cette édition DVD, est quasiment irregardable ! Il existe d'autres éditions DVD, étrangères mais quand même en Zone 2, mais compte tenu qu'elles ne proposent le film qu'en VO sans sous-titrages français, il convient d'être parfaitement anglophone ou anglophile pour se les procurer, et j'espère au moins que sur ces éditions DVD-là, le film n'est pas recadré, mais je ne peux pas en être certain.

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En attendant qu'une édition DVD (et si possible, BR) française digne de ce nom, avec copie non recadrée, remastérisée et restaurée, et avec la VOST en plus de la VF, ne sorte (ce qui est des plus improbables, vu la relative indifférence dans laquelle est tombée ce film), il faut donc se fader un DVD atroce, édité on ne sait  où (aucun nom d'éditeur, rien), et se payer uniquement la VF, d'époque et plus ou moins bonne, comme toute VF qui se respecte, etpour un cinéphile comme moi, croyez-moi, c'est dur, surtout quand on a affaire à un film considéré par par mal de spécialistes comme un des meilleurs films de Sam Peckinpah. Si encore c'est Le Convoi qui avait été traité ainsi en DVD, passe encore, mais non, le DVD du Convoi est correct, VF/VOST, non recadré, édité chez un vrai éditeur, et avec même un tout petit bonus (photos de tournage). A se foutre une balle. Allez, j'arrête de gueuler contre ça, personne n'y peut rien, et à part inonder le Ouèbe et les éditeurs francaouis (Studio Canal, etc) de pétitions du style un DVD de qualité optimale pour Junior Bonner où on fait sauter quelque chose, on ne peut rien faire. Sans doute est-ce une affaire de droits, qui empêchent le film de ressortir en version DVD normale, ou de passer à la TV. Ou sans doute est-ce la fainéantise de certains programmeurs TV...

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Le film date de 1972, année où Peckinpah réalisa aussi Le Guet-Apens. Tout comme Le Guet-Apens, ce film est interprété par Steve McQueen (et Ben Johnson, qui jouait aussi dans The Getaway, joue dans ce film, un habitué de Peckinpah). On trouve aussi Robert Preston, Ida Lupino, Barbara Leigh, Bill McKinney, Dub Taylor et Joe Don Baker dans ce film. Ainsi que Sam Peckinpah lui-même, et son fils Matthew. Tourné en Arizona, utilisant de la musique country comme bande-son, et utilisant aussi à fond les grands espaces locaux (ceci dit, le film se passe au...Texas !), Junior Bonner, Le Dernier Bagarreur est un drame de la vie, un film magnifique et intense à mille lieues des productions habituelles de Peckinpah. Pas de violence, ici, mais un rythme calme, qui n'est pas sans faire penser à certains films de Clint Eastwood (pas encore réalisés à l'époque) comme Bronco Billy ou Honkytonk Man, ainsi qu'à La Dernière Séance de Peter Bogdanovich et L'Homme Qui Murmurait A L'Oreille Des Chevaux de et avec Robert Redford (pour certaines ambiances, pas pour l'histoire en elle-même ; encore que Bronco Billy...). On a cependant des éléments très peckinpahiens dans ce film : le personnage principal, attachant au possible, est un loser magnifique comme seul Peckinpah savait les trousser, au même titre que Warren Oates dans Apportez-Moi La Tête D'Alfredo Garcia ou Kris Kristofferson dans Pat Garrett & Billy The Kid. Sans oublier l'inoubliable Jason Robards dans le nom moins inoubliable Un Nommé Cable Hogue (film qui était, de tous ceux qu'il avait faits, le préféré de Peckinpah).

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Contrairement à ce que certains photos et l'affiche (ainsi que le nom de Peckinpah) pourraient laisser penser, le film n'est pas un western. Ou alors, c'est un western moderne, se passant à notre époque. Junior Bonner (McQueen) est un champion de rodéo, un peu beaucoup en perte de vitesse. Paumé, il revient à Prescott, Texas, sa ville natale, le jour de la fête nationale (4 juillet), jour où, dans sa ville, on organise pour fêter l'évênement un grand concours de rodéo. Ca fait des années qu'il n'était pas revenu, et il retrouve ainsi ses parents (Robert Preston et Ida Lupino), Ace et Elvira, qui vivent séparés, ainsi que Curly (Joe Don Baker), son frère cadet, un homme d'affaires. Il se retrouve d'ailleurs d'emblée en conflit avec lui, Curley ayant décidé de brader la propriété familiale pour la raser et y faire construire un lotissement pour caravanes, projettant d'en installer 700 sur le terrain. Pour Junior, cette manière de faire est totalement irrespectueuse des traditions et valeurs familiales, et il ne manque pas de le lui dire. Retrouvant ses amis, eux aussi passionnés de rodéo, Junior s'inscrit au rodéo et se voit attribuer un taureau plutôt coriace. Il apprend de sa mère que son père, Ace, a l'intention de tout plaquer pour partir s'installer en Australie, afin d'y devenir prospecteur dans une mine d'argent, ainsi qu'éleveur de moutons. Ace propose d'ailleurs à Junior de partir avec lui, mais ce départ pour l'Australie n'est encore qu'un espoir : la somme de 5000 dollars, nécessaire pour le billet de départ, reste encore à trouver. C'est sans compter sur Junior qui, s'il gagne le rodéo, pourra sans doute gagner suffisamment d'argent pour offrir ce rêve à son vieux paternel...

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Film magnifique hélas sabré par son édition DVD calamiteuse (oui, je sais, j'ai suffisamment gueulé à ce sujet en introduction, aussi devrais-je laisser tomber, mais que voulez-vous, ça me tue vraiment, tout ça), Junior Bonner, Le Dernier Bagarreur  est malgré son visionnage énervant car tronqué à cause du recadrage, un de mes films préférés de Sam Peckinpah et de ce grand acteur qu'est Steve McQueen, qui aura rarement été aussi captivant et habité que dans le rôle de ce cowboy moderne, amateur de rodéo et amoureux des valeurs familiales (et j'en profite pour un autre coup de gueule : un autre sublime film avec McQueen, Un Ennemi Du Peuple, de 1978, un de ses derniers, n'existe pas en DVD et ne passe, lui aussi, jamais à la TV, qu'attendez-vous pour réparer cet oubli ?). Sublime photographie et réalisation, acteurs remarquables, scénario intelligent, belle musique, ce film est un pur bonheur qui mérite mieux  que son actuel traitement. Car c'est franchement un des meilleurs films et de Peckinpah, et de McQueen !

"I can feel myself fading away"

Philadelphia

Spoilers...

Oui, on peut parler de classique pour ce film, ce qui explique la catégorie du blog dans laquelle je l'ai rangé. Car oui, ce film est un classique. Dès sa sortie en 1993, Philadephia a été encensé comme tel. J'ai d'ailleurs mis un certain temps avant de le voir, mais en même temps, en 1993, je n'avais que 11 ans, ce qui n'est définitivement pas l'âge idéal pour voir ce film ! J'ai du le voir quelque chose comme 10 ans plus tard, au cours d'un passage TV, et ce fut une claque. Comme je l'ai dit ici récemment, quand j'ai abordé Apollo 13 de Ron Howard, ce film et Apollo 13 ont été très importants pour Tom Hanks (Forrest Gump, en 1994, sorti entre Philadelphia et Apollo 13, a aussi été très important, évidemment). Avant Philadelphia, Tom Hanks était l'acteur de comédies populaires (surtout aux USA) type Big ou Les Banlieusards, ou bien encore Turner & Hooch. Pas des merdes (encore qu'il a tourné dans de mauvais films, surtout à cette époque), mais pas des classiques, rien de grandiose, le genre de films qu'on prend plaisir à regarder comme ça, mais qu'on oublie juste après (Une Baraque A Tout Casser). Philadelphia, premier film pour lequel il a obtenu l'Oscar du meilleur acteur (il récidivera l'année suivante avec Forrest Gump ; deux récompenses hautement méritées), marque son entrée dans la cour des grands. Son Oscar pour ce rôle n'est d'ailleurs pas sa seule récompense concernant ce film, et ce film a aussi obtenu d'autres récompenses (la chanson du film, "Streets Of Philadelphia", par Bruce Springsteen, aussi).

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Denzel Washington, qui joue le deuxième rôle principal du film, était déjà plus typé 'acteur de renommée' à l'époque, via des films comme Cry Freedom (1987), Glory (1989) et Malcolm X (1992). Bien qu'il ait aussi joué dans des films plus commerciaux comme U.S.S. Alabama ou L'Affaire Pélican, Washington avait probablement déjà, à l'époque, sa réputation d'acteur Oscar-friendly, le genre de mec qui chope assez facilement les films dans lesquels il est hypothétiquement capable de se choper une récompense. Une réputation dont Hollywood se moquera gentiment via une réplique amusante dans Les Ailes De L'Enfer, quand, en parlant d'un taulard black à la vie criminelle et carcérale impressionnante, un flic dira qu'en vue d'une adaptation de l'histoire de sa vie au cinéma, Denzel Washington serait intéressé par le rôle. En parlant de rôle, dans Philadelphia (film réalisé par Jonathan Demme, mort récemment), il est absolument remarquable, au même titre que Tom Hanks. Mais le reste du casting, que ce soit Antonio Banderas (dans un de ses premiers films hollywoodiens après un début de carrière chez Almodovar), Jason Robards, Mary Steenburgen, Joanne Woodward, le reste du casting est vraiment remarquable aussi. Le film s'inspire de la vie de l'avocat Geoffrey Bowers (mort en 1987), dont le nom a été changé pour le film (la famille de Bowers intentera un procès aux scénaristes et producteurs du film).

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Andrew Beckett (Tom Hanks) est un brillant avocat travaillant dans une importante firme d'avocats basée à Philadelphia. Homosexuel (il vit avec Miguel Alvarez - joué par Antonio Banderas) et séropositif, il cache ces deux importants détails de sa vie à ses collègues et employeurs. Mais un jour, un de ses collègues lui fait remarquer une lésion sur son front. Becket prétexte un coup qu'il a reçu sur la tête en faisant du sport, mais en réalité, il le sait bien, cette marque sur son front est un sarcome de Kaposi, une marque liée au Sida. Il se met en congés maladie pendant quelques jours, cherchant à cacher les marques de ces sarcomes tout en continuant, de chez lui, à travailler sur des dossiers importants et urgents, laissant aussi à ses assistants des consignes à suivre pour la paperasse des dossiers. Mais un souci va quasiment empêcher que des documents soient transmis au tribunal pour un procès en cours, les documents ne se trouvant pas là où ils auraient du être. Ce problème ayant failli être très grave, Beckett est, le lendemain, sur ce prétexte quelque peu tendancieux, licencié. 

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Beckett est persuadé qu'en réalité, on ne l'a pas viré pour ça, le prétexte étant un peu gros, mais parce qu'en réalité, il est atteint du Sida et que, d'une manière ou d'une autre, ça s'est su au sein de sa firme. Il va contacter plusieurs avocats, dont Joe Miller (Denzel Washington), afin de l'aider à se défendre contre ses anciens employeurs pour licenciement abusif et discriminatoire. Miller, homophobe, refuse, ayant peur que Beckett ne le contamine. Juste apr_s avoir refusé l'affaire, il se rend chez son médecin qui lui affirme que si le Sida est contagieux, il l'est par le biais de rapports sexuels non protégés, ou par échange de fluides tels que salive, sang ou sperme, mais pas en tant que simple contact du type 'poignée de mains'. Beckett, ne trouvant pas d'avocats, en est réduit à se défendre lui-même, et va chercher de la documentation. Il y retrouve un jour, dans une bibliothèque spécialisée, Miller, par hasard.

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Ce dernier, qui vient d'être observé pendant de longues minutes par un employé (et ce, sans doute uniquement parce qu'il est noir), entend dans la conversation entre Beckett et un autre employé que Beckett cherche des informations sur le Sida, et se voit proposer, dans la gêne, d'étudier ces documents dans une autre salle. Sans doute parce que les autres usagers auraient peur d'être contaminés. Miller, qui vient d'être ostracisé d'une autre manière, se sent concerné, et file voir Beckett pour lui annoncer qu'il accepte de le défendre. Les deux hommes vont dès lors lutter ferme pour prouver que Beckett a été abusivement licencié et que le fait d'être atteint du Sida ne peut être considéré comme un risque pour sa firme et ses clients. Pendant ce temps, tout le long de ce pénible et long procès, l'état physique de Beckett va aller en s'aggravant, la maladie prenant progressivement le dessus...

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Comme Philippe Labro (journaliste et écrivain, autrefois réalisateur aussi) le dit sur l'affiche française du film (un extrait de sa critique du film), Philadelphia est un film tellement fort qu'on en sort différent. Un peu comme le personnage de Miller, joué par un Denzel Washington qui aurait mérité l'Oscar du meilleur second rôle (il a cependant obtenu, conjointement avec Hanks, le MTV Movie Award du meilleur duo d'acteurs principaux). Son personnage, au début, est homophobe et le simple fait d'avoir cotoyé un malade du Sida le terrifie car il pense qu'une simple poignée de main suffirait à le contaminer. Puis un retournement de situation (le fait de voir Beckett souffrir en silence de sa discrimination et le fait d'être lui-même victime d'une autre sorte de discrimination) lui fait ouvrir les yeux. Quant au final du film, que je ne révèlerai pas si vous ne l'avez pas encore vu (et qu'attendez-vous ?), il est sublime. Le film est absolument grandiose, déchirant au possible, difficile de ne pas avoir les yeux qui piquent à la fin. Les performances de Hanks et Washington sont magistrales, ce film est une preuve parfaite du talent de ces deux acteurs. C'est aussi, avec Les Nuits Fauves de Cyril Collard (décédé du Sida) et fait à peu près à la même époque, le plus grand film sur cette saloperie de maladie. Un chef d'oeuvre d'humanisme (et un grand film de procès) à voir et revoir à tout prix. Ca tombe bien, c'est typiquement le genre de film dont les DVD et Blu-ray ne sont généralement pas vendus très cher, et qui passe régulièrement à la TV (récemment encore, il me semble) ! Vous n'avez donc strictement aucune excuse si vous n'avez toujours pas vu Philadelphia.

Et le titre de cet article est tiré des paroles de la chanson de Springsteen écrite pour le film.